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    Sarkozy contre la République

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    Sarkozy contre la République

    Message par bye le Jeu 12 Aoû - 4:18

    http://www.mediapart.fr/journal/france/110810/sarkozy-contre-la-republique-u

    Sarkozy contre la République: un président hors la loi
    11 Août 2010 Par Edwy Plenel

    La diversion xénophobe organisée par le pouvoir pour tenter de faire oublier
    le feuilleton Bettencourt est un tournant du quinquennat: désormais, Nicolas
    Sarkozy est un président hors la loi. La fonction que le suffrage populaire
    lui a confiée en 2007 lui impose de veiller au respect d'une Constitution
    qui « assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction
    d'origine ». Par son discours de Grenoble visant les personnes « d'origine
    étrangère », il a donc violé la loi fondamentale et, par conséquent, manqué
    aux devoirs de sa charge. Cet événement ne saurait être traité à la légère
    par les républicains et les démocrates, de quelque bord qu'ils soient: il
    oblige au sursaut le plus large et le plus solennel.
    Président de la République française depuis 2007, Nicolas Sarkozy occupe une
    fonction qui ne lui appartient pas. Il n'a pas été élu pour satisfaire son
    bon plaisir ou son libre arbitre, mais pour remplir un rôle constitutionnel
    dont il n'a pas le droit de s'écarter, sauf à renier son mandat. « La
    souveraineté nationale appartient au peuple », énonce l'article 3 de notre
    Constitution qui ajoute: « Aucune section du peuple ni aucun individu ne
    peut s'en attribuer l'exercice.» Quant à l'individu que l'expression d'un
    suffrage « universel, égal et secret » a placé à l'Elysée, sa marge de
    manœuvre est précisément définie par l'article 5: « Le président de la
    République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son
    arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la
    continuité de l'Etat. »
    Il suffit donc de relire la loi fondamentale, sur laquelle repose notre Etat
    de droit – ou ce qui en reste –, pour prendre la mesure de la rupture
    survenue le 30 juillet, à Grenoble, au détour du discours de Nicolas
    Sarkozy: la France a dorénavant pour président un délinquant
    constitutionnel, un président devenu hors la loi. Car le premier article de
    la Constitution, dont la place éminente dit bien l'importance, ne se
    contente pas de définir la France comme « une République indivisible,
    laïque, démocratique et sociale » – ces deux derniers adjectifs étant trop
    souvent oubliés. Cet article ajoute immédiatement: « Elle assure l'égalité
    devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de
    religion. Elle respecte toutes les croyances. »
    De plus, le préambule qui précède et, donc, ouvre la Constitution souligne
    que « le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits
    de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale » tels qu'ils
    ressortent non seulement de la Déclaration de 1789 mais du préambule de la
    Constitution de 1946, issue du combat contre le nazisme et le pétainisme.
    Lequel préambule proclame que « tout être humain, sans distinction de race,
    de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés ».
    Nul besoin d'être un constitutionnaliste chevronné pour comprendre que
    Nicolas Sarkozy a commis une faute contre la nation, la république et le
    peuple tels qu'ils sont définis par notre loi fondamentale. Par
    l'affirmation que « la nationalité doit pouvoir être retirée à toute
    personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la
    vie d'un fonctionnaire de police, d'un militaire de la gendarmerie ou de
    toute autre personne dépositaire de l'autorité publique », le chef de l'Etat
    a publiquement proposé d'instaurer deux catégories de Français et de ruiner
    le principe d'égalité devant la loi, en créant une nationalité
    conditionnelle pour les Français d'origine étrangère.
    Peu importent les précautions ou les ajustements ultérieurs, ces mots sont à
    eux seuls une rupture avec la Constitution que, plus que tout autre, le
    président doit respecter. Ils le sont sur le fond, mais aussi dans la forme
    puisque cette transgression a été préparée à la manière d'un coup d'Etat,
    dans le secret de l'Elysée et sans consultation du gouvernement, par un tout
    petit cercle de conseillers autour du seul secrétaire général de la
    présidence. A mille lieues donc de ce « fonctionnement régulier des pouvoirs
    publics » que le président de la République est constitutionnellement chargé
    d'assurer.
    Ce n'est évidemment pas le premier abus de pouvoir de cette présidence, mais
    c'est le premier qui s'en prend au fondement même de la souveraineté: le
    peuple. Le peuple, c'est-à-dire tous les citoyens qui le composent, tous ces
    Français égaux devant la loi quels que soient leur passé et leurs ancêtres,
    tous ces individus dont la somme fait une nation républicaine parce
    qu'assemblée sans distinction d'origine. Ce peuple-là préexiste au président
    qu'il a momentanément élu, et il n'est pas au pouvoir de ce dernier d'en
    changer la composition, ne serait-ce qu'en pensée.
    Système présidentiel s'il en est, la démocratie américaine n'interdit-elle
    pas explicitement, dans son quatorzième amendement, de faire ou d'appliquer
    « des lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens
    des Etats-Unis »? Instauré en 1868, ce verrou américain est né de la guerre
    de Sécession qui mit fin à l'esclavage des Noirs, tout comme le refus
    constitutionnel de distinguer entre Français selon l'origine est né de la
    guerre de Libération qui, en Europe, mit fin aux persécutions contre les
    Juifs et les Tsiganes.
    Ces précisions historiques disent la gravité de l'enjeu. En faisant de la
    déchéance nationale le pivot de son discours sécuritaire, Nicolas Sarkozy a
    officialisé la xénophobie et le racisme comme ressorts de sa pédagogie
    politique. Proclamer que des Français peuvent être exclus de la communauté
    nationale au nom de leur « origine étrangère », c'est consacrer l'étranger
    comme figure du danger, de la délinquance et de la déviance. C'est affirmer
    que la France abriterait un peuple innocent, sain et pur que contamineraient
    des populations allogènes, extérieures ou différentes.
    C'est encourager des persécutions de tous ordres contre les Français qui,
    dans l'ordinaire des préjugés contemporains, font figure d'étrangers,
    c'est-à-dire tous nos compatriotes issus des immigrations coloniale ou
    postcoloniale, arabes ou noirs, de culture ou de confession musulmane. Que
    cette ignominie soit aussi une diversion politicienne, celle d'un pouvoir
    discrédité, ne saurait autoriser à la relativiser: si un crime a bien été
    commis contre la République, son histoire, ses principes et ses valeurs, on
    ne comprendrait pas qu'il ne soit pas dénoncé sans répit et sanctionné sans
    pitié.
    • Un imaginaire d'exclusion, de tri et de sélection
    « Français ou voyou, il faut choisir », a tranquillement déclaré, lundi 9
    août, Christian Estrosi dont on peine à croire qu'il est ministre de
    l'industrie, activité qui a l'étranger pour horizon commercial, et maire de
    Nice, ville devenue française il y a seulement 150 ans. Les arguties
    sécuritaires, manipulations statistiques et généralisations ethniques n'ont
    ici d'autre finalité que d'installer dans les esprits cette croyance
    idéologique: le Français d'origine étrangère est un criminel en puissance
    qui menace la véritable identité française. Or ce n'est là que l'énoncé
    sommaire du credo raciste, du racisme comme idéologie, terreau de politiques
    criminelles dans notre modernité.
    Nous n'en sommes certes pas là. Mais nous nous sommes un peu trop habitués.
    Habitués à relativiser, à nuancer, à laisser dire et faire. A permettre
    ainsi que ce poison s'installe et se diffuse comme s'il s'agissait d'un
    argument rationnel ou d'un constat factuel. A nous taire, au lieu de nous
    dresser, massivement et fermement, pour dire, à l'adresse de ces personnes
    qui nous représentent (élus) ou qui nous administrent (ministres), qu'ils
    profèrent des bêtises doublées d'infamies.
    Aurions-nous oublié que Brice Hortefeux, toujours ministre de l'intérieur et
    proche compagnon de Nicolas Sarkozy, est sous le coup d'une récente
    condamnation pour injure raciale par le tribunal correctionnel de Paris,
    précisément pour avoir présenté « négativement du seul fait de leur origine
    les personnes d'origine arabe »? Et que loin de démissionner, voire
    simplement de s'excuser, il a fait appel du jugement, assumant sans réserve
    des propos qui exprimaient l'ordinaire des préjugés racistes?
    Ils assument ce qu'ils disent et ils savent ce qu'ils font. C'est ainsi le
    même Brice Hortefeux qui entend étendre la déchéance de nationalité aux cas
    d'excision ou de polygamie, annonce dont chacun aura compris qu'elle vise
    explicitement une religion, l'islam, fût-ce en ses versions obscurantistes.
    En imposant la déchéance nationale comme urgence politique, Nicolas Sarkozy
    savait fort bien qu'il convoquait un imaginaire d'exclusion, de tri et de
    sélection, où xénophobie et racisme s'entretiennent et s'épanouissent.
    A peine renversée la République et instauré l'Etat français, les 10 et 11
    juillet 1940, le premier geste du régime de Vichy fut de promulguer, le 16
    juillet, une loi « relative à la procédure de déchéance de la qualité de
    Français ». Dans la foulée, le 17 juillet, les naturalisés furent exclus de
    toute la fonction publique, puis, successivement, dès l'année 1940, des
    professions suivantes: médecins, dentistes, pharmaciens, avocats,
    vétérinaires, architectes. Le 22 juillet, une nouvelle « loi » – en fait,
    l'acte autoritaire d'un pouvoir dictatorial, le maréchal Pétain exerçant
    seul le pouvoir législatif – instaura une procédure expéditive de révision
    des naturalisations. Enfin, le 23 juillet 1940, était promulguée la « loi
    relative à la déchéance de la nationalité à l'égard des Français qui ont
    quitté la France », dont furent notamment victimes Charles de Gaulle et
    Pierre Mendès France.
    Le premier statut des Juifs suivit, mais plus tard, le 3 octobre 1940. En
    moins de deux semaines d'existence, le régime de Vichy n'eut donc qu'une
    obsession, avant d'accompagner de son propre chef l'extermination d'hommes,
    de femmes et d'enfants à raison de leur origine: la déchéance nationale, son
    extension et son application. Ainsi, nous savons, d'expérience nationale
    douloureuse, tout comme d'autres peuples, que le tri entre nationaux n'est
    pas sans relation avec la sélection entre humains. Non pas, évidemment,
    qu'il y ait une commune mesure entre les deux opérations, ni forcément
    enchaînement inévitable. Mais, de l'une à l'autre, laisser faire la
    première, c'est rendre possible la seconde.
    Elargie et renforcée, la déchéance nationale devient une pathologie du droit
    de la nationalité: elle ouvre une brèche dans laquelle peuvent s'engouffrer
    les fantasmes de communauté nationale épurée, avec des hiérarchies
    d'appartenance et de loyauté. Sauf à créer des apatrides, humains exclus des
    cités humaines, la déchéance ne saurait concerner que des doubles nationaux,
    ayant à leur disposition une nation de secours. Mais la volontaire
    généralité du propos présidentiel sur « toute personne d'origine étrangère »
    montre bien que ce pouvoir joue sciemment avec le feu, au mépris du droit
    international. Et qu'une fois le pas franchi, il peut s'agir de tout autre
    chose: d'une exclusion à raison d'une origine – fantasmée ou objective,
    culturelle, ethnique ou religieuse – bien plus encore que d'une autre
    nationalité.
    L'engrenage tient de l'évidence. C'est bien pourquoi nos récentes
    Républiques, que l'on se gardera pourtant d'idéaliser sur ce terrain de la
    nationalité, n'en ont pas moins tenu à distance la déchéance nationale,
    exclusion exceptionnelle, voire rarissime. Quand, entre 1940 et 1944, sous
    Vichy, il y eut 15.154 dénaturalisations dont une majorité de Français
    juifs, pour un peu moins de 2.000 naturalisations d'adultes, la Troisième
    République n'appliqua que 16 déchéances entre 1927 et 1940 pour 261.000
    naturalisations d'adultes. Rappelant que, depuis la fin des années 1950, la
    déchéance pour déloyauté, dont est passible tout Français qui possède une
    nationalité étrangère, « est tombée en désuétude », l'historien Patrick Weil
    souligne que la déchéance nationale est aujourd'hui « dormante », ne
    concernant qu'un ou deux cas par an. « Elle représente, ajoute-t-il dans
    Qu'est-ce qu'un Français? (Folio, 2004), une sorte d'arme de dissuasion, un
    article 16 de notre droit de la nationalité. »
    Ces comparaisons sont instructives : tout comme la bombe atomique ou l'état
    d'exception, la déchéance nationale est faite pour ne pas servir. Elle est
    en quelque sorte l'impensé violent et autoritaire de notre droit de la
    nationalité. Un reliquat du passé, notamment de la guerre froide. De fait,
    la plupart des vieilles démocraties ne l'ont gardée en réserve que pour des
    situations extrêmement rares et sortant de l'ordinaire, touchant à
    l'espionnage entre nations. Vouloir l'actualiser et l'étendre, jusqu'à viser
    les comportements culturels jugés déviants de certains Français, c'est donc
    ressusciter une idéologie de l'exclusion et de la purification, celle-là
    même contre laquelle se sont reconstruites nos démocraties européennes
    depuis 1945.
    Quelles que soient ses suites concrètes, cette transgression politique
    libère une violence qui n'est pas seulement symbolique. Le pacte social qui
    soude une nation autour d'un peuple souverain, communauté d'hommes libres
    assemblés librement, est rompu depuis le sommet de l'Etat. Un discours de
    guerre civile, agressant une partie de la population, toujours la même,
    tient lieu de parole officielle. L'Etat de droit et les libertés
    fondamentales sont allègrement piétinés, ainsi que l'illustre la proposition
    délirante du député UMP Eric Ciotti d'emprisonner les parents d'enfants
    délinquants. Tout comme est monstrueuse l'invention juridique du ministre de
    l'intérieur Brice Hortefeux, qualifiant de « présumé coupable » Liès
    Hebbadj, ce Nantais cyniquement promu symbole du Français «d'origine
    étrangère» qu'il faudrait déchoir de sa nationalité.
    On aurait tort de se rassurer en pensant qu'il ne s'agit là que de paroles :
    ces mots produisent forcément des actes, tant cette hystérie verbale est un
    appel à la violence. En ce sens, le crime contre la République se double
    d'une provocation contre la Nation, son unité et sa concorde.
    • Une situation d'exception qui appelle un sursaut solennel
    Quand un président renie lui-même les devoirs de sa charge, peut-on faire
    comme si la fonction était dissociable de celui qui l'occupe? Peut-on
    continuer à jouer le jeu politique comme avant, alors même que ce pouvoir
    montre, chaque jour, qu'il ne respecte aucune règle du jeu préétablie? La
    gauche peut-elle continuer à répondre sur le terrain de l'efficacité
    sécuritaire comme s'il s'agissait d'un débat rationnel, entre gens
    partageant les mêmes valeurs? Et ce qui reste de gaullistes sincères
    peuvent-ils accompagner, ne serait-ce que par leur appartenance à l'UMP, une
    politique qui renie l'héritage de la Résistance?
    L'énormité de la transgression présidentielle a suscité d'opportunes
    réactions et des protestations bienvenues. Mais l'on sent pourtant comme une
    retenue, voire un embarras. Craignant le piège d'une polémique estivale loin
    des urgences sociales et ne voulant pas paraître en retrait sur le terrain
    sécuritaire, la gauche se veut d'abord responsable et raisonnable. Du coup,
    elle ne solennise pas sa protestation, renvoyant Nicolas Sarkozy à
    l'agitation excessive qui l'anime. D'autres voudraient croire qu'il ne
    s'agit là que des «erreurs» d'une présidence qui vaudrait mieux que cette
    surenchère démagogique, accélérée par son affolement panique après l'affaire
    Bettencourt.
    C'est se tromper doublement, dans l'analyse comme dans la perspective.
    Alliage de xénophobie et de violence, la politique de la peur est, depuis
    l'origine, au ressort du sarkozysme, de sa marche vers la présidence comme
    de sa gestion du pouvoir. En 2005, les mots incendiaires – notamment le
    «kärcher» d'Argenteuil – du ministre de l'intérieur précédèrent l'incendie
    des banlieues, provoqué par sa gestion à la fois mensongère et guerrière du
    drame de Clichy-sous-Bois. En 2007, la tirade islamophobe du candidat à la
    présidence, où polygamie, excision et mouton égorgé dans la baignoire
    étaient amalgamés pour dessiner une menace musulmane, précéda l'annonce d'un
    ministère de l'immigration et de l'identité nationale, énoncé explicite du
    danger de corruption de la seconde par la première. En 2009 enfin, rattrapé
    à mi-mandat par sa triple faillite économique, sociale et morale, le
    président élu en 2007 persistait en lançant l'offensive aujourd'hui relancée
    sur l'identité nationale, campagne dont les référents idéologiques sont
    clairement ceux de la droite extrême de l'entre-deux-guerres.
    Cette constance, frisant l'entêtement, montre bien que les diversions
    politiciennes n'excluent pas les convictions politiques. Et, de fait,
    qu'est-ce que la promotion de la xénophobie et la diffusion du racisme, au
    cœur des discours et des actes officiels, sinon une diversion à l'usage des
    classes populaires par rapport aux réalités sociales qu'elles endurent?
    Vieille et dangereuse recette où la guerre des pauvres fait la paix des
    riches; où le plus grand nombre est renvoyé aux peurs et aux haines tandis
    qu'une infime minorité s'enferme dans une citadelle de confort et
    d'indifférence.
    De ce point de vue, la cohérence du sarkozysme se retrouve aussi dans sa
    façon de dire et de faire: une pédagogie, à la fois verbale et gestuelle, de
    la violence; la mise en scène d'un pouvoir dont la force brute serait la
    légitimité permanente, la tension le ressort essentiel et la brutalité la
    tentation récurrente. L'imaginaire de cette présidence est policier, d'une
    police sans limites ni freins, colonisant l'Etat, ses préfectures et ses
    discours, ses administrations et ses lois. Ce qu'elle installe, avec
    détermination, c'est un Etat de guerre intérieure, un Etat policier de
    guerre sociale qui entretient l'affrontement entre les opprimés et les
    dominés en les dressant les uns contre les autres par l'exacerbation des
    hiérarchies d'origine et d'appartenance.
    Rencontre entre des institutions déséquilibrées, sans contre-pouvoirs
    substantiels, et un personnage transgressif, sans conscience des limites de
    son désir, cette présidence nous oblige au sursaut, entre courage et audace.
    Pas demain ou après-demain, dans la tranquillité illusoire des urnes de
    2012. Mais maintenant, tout de suite, dans la réalité concrète d'un
    rassemblement républicain. Tous ceux qui tergiversent ou calculent,
    conseillent de patienter ou d'attendre, n'auront à leur disposition que leur
    impuissance et leur solitude quand la violence présidentielle aura fait son
    effet, diffusé la peur et réveillé les haines, faute d'avoir été d'emblée
    enrayée par une force nouvelle, aussi unie que déterminée, aussi rassemblée
    que convaincue.
    L'événement de Grenoble le prouve, si l'on en doutait encore : à la
    différence de ses prédécesseurs, qu'ils fussent de gauche ou de droite, ce
    président-là est prêt à tout pour sauver ses intérêts, y compris à la
    perdition de la République, de ses valeurs et de ses principes. En manquant
    aux devoirs de sa fonction, Nicolas Sarkozy a créé une situation d'exception
    qui appelle une réaction de hauteur et de conviction, sans petitesse ni
    sectarisme, une protestation à la fois solennelle et rigoureuse, un front du
    refus unitaire et pacifique. Comme le serait n'importe quel délinquant
    inconscient, le président de la République doit être rappelé à la loi, à
    cette loi fondamentale qu'il a piétinée. Et c'est au peuple souverain qu'il
    revient de le faire par la force de son insurrection civique.

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    Re: Sarkozy contre la République

    Message par CHARPAL le Jeu 12 Aoû - 12:18

    On ne peut bien sûr qu 'approuver sans réserve ce réquisitoire motivé et argumenté de façon exemplaire, adossé aux valeurs républicaines.Ce qui se passe n'est en fait guère surprenant venant d' un pouvoir aux abois qui n' a toujours vu son salut que dans la "com" et dans la manipulation des foules.
    Foules dont le cerveau a été préalablement soigneusement lavé par l' écrasante majorité des médias aux mains des milliardaires réactionnaires, " sondagiers" compris ( cf le récent sondage sur la sécurité de "Dassault journal" et de "Medef IFOP"...).
    La fin de l' article de Plenel doit être méditée. Il est clair que s'en remettre uniquement aux joutes politiciennes et aux élections est une pure illusion. Qu' il s'agisse de la "sarkozie" qu'il devient d'utilité publique d'anéantir ou de la sauvagerie économique mondialisée ( barbarie financière et dictature des marchés ) dont l' Humanité doit obtenir le réddition sans condition comme pour le Reich nazi, seule la vigilance, l' action directe, la désobéissance civique, la révolte d' un maximum de citoyens seront de nature à détourner le cours des fleuves et à déplacer les montagnes, utopie devenue nécessité !
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    Re: Sarkozy contre la République

    Message par bye le Jeu 12 Aoû - 13:08

    Tout à fait d'accord, Charpal, la parole doit être à présent...à l'action!

    Les actes de désobéissance civique me semblent être une bonne voie, appuyés sur une argumentation, revendication.
    Des idées assez simples peuvent être mises en application: grippage de la machine étatique, taper à la caisse,.. Je pense qu'on en prend la direction.
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    Re: Sarkozy contre la République

    Message par bye le Dim 15 Aoû - 6:08

    Le "sarkozisme, une nouvelle forme d’extrême-droite ?
    Tribune / mardi 10 août par Georges Sali
    http://www.bakchich.info/Le-sarkozisme-une-nouvelle-forme-d,11587.html

    La posture xénophobe du chef de l’Etat pose un énorme problème dès lors que ce dernier a la responsabilité constitutionnelle de veiller, entre autres, à l’unité de la Nation.

    Les récentes déclarations du président de la République à Grenoble ne peuvent être prises à la légère au motif qu’elles auraient été exprimées sous le coup de l’émotion (émeutes dans une cité), ou encore dans un objectif politicien (la reconquête de l’électorat du FN). Que Nicolas Sarkozy tiennent des propos du niveau du café du commerce peut faire hausser les épaules. Que ces propos soit l’expression du chef de l’État pose un énorme problème dès lors que ce dernier a la responsabilité constitutionnelle de veiller, entre autres, à l’unité de la Nation.

    En annonçant la déchéance de la nationalité française à des citoyens Français d’origine étrangère ayant commis des actes criminels graves, il veut donner satisfaction à ceux des Français qui se laissent convaincre par le discours xénophobe. Il ne dit certes pas la suite que ces mêmes Français entendent pourtant dans le discours présidentiel : la perte de la nationalité veut dire pour eux « se tenir à carreau ou sinon il y aura perte des protections sociales voire expulsion du territoire national ». Il faut d’ailleurs voir la mine déconfite de Marine Le Pen commentant le discours du président Sarkozy pour voir que ce dernier a fait mouche dans son objectif d’apparaître comme le « défenseur des Français contre ces étrangers coupables qui ne méritent pas d’être Français ».

    Ce faisant, M. Sarkozy établit une distinction totalement inacceptable entre citoyens français. Dans sa vision, il y a ceux qui sont de vrais Français (qui ne peuvent donc perdre leur nationalité) et ceux qui ne le sont pas vraiment (à qui l’on peut donc retirer leur nationalité).

    Notre République prescrit que tout acte criminel doit valoir sanction à son auteur selon les dispositions du code pénal et de sa procédure et cela, de façon égale et identique pour tous les individus (quelle que soit d’ailleurs la nationalité). Avec le schéma défendu par M. Sarkozy, un même acte criminel sera jugé en intégrant la question des origines de son auteur et entraînera donc des conséquences différentes selon qu’il soit citoyen français d’origine étrangère ou pas. Il y a là une évolution juridique considérable qui soulève de graves questions.

    Et il faut immédiatement se poser la question suivante : comment l’administration va-t-elle s’y prendre pour déterminer le niveau de « francité » d’une personne ? Mentionnera-t-on désormais dans un fichier de police à créer la généalogie de chacun, sur 3 ou 4 générations par exemple, pour mesurer ce « taux » de francité ? Et l’autre conséquence majeure de ce type de logique (la nationalité Française selon le mérite) conduit immanquablement à créer progressivement des catégories nouvelles de sous citoyens sur des critères additionnels : la religion, l’orientation sexuelle, l’infirmité mentale, etc… Cela ne vous rappelle rien ? Les Allemands s’en souviennent eux !

    Il ne s’agit pas ici de se jouer à se faire peur. La discrimination entre citoyens français a eu des précédents dans notre pays, il n’y a pas si longtemps : aux 19ème et début du 20ème siècle, le code indigène appliqué en Algérie faisait que les habitants berbères ou Arabes se voyaient attribuer le statut de « Français musulman » sur leur carte d’identité leur donnant un statut de sous citoyens quasiment sans droits civiques voire civils. Sous Vichy, le gouvernement avait engagé la création d’un fichier tentant de recenser tous les Français de confession israélite en vue de les écarter des responsabilités, de les spolier et, pour beaucoup, de les éliminer.

    Naturellement, on nous objectera que M. Sarkozy ne veut pas de cela. Mais l’impact de son propos est énorme et la récente interview de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, exprimant sans détour que la question de l’immigration était posée ne peut que nous alarmer. Si le pouvoir actuel vérifie le constat fait par le philosophe Alain selon lequel « en tout homme l’action éteint la conscience », il est alors de notre responsabilité de rappeler à ce pouvoir la mise en garde prémonitoire de Nietzsche : « prenons garde qu’à combattre les monstres nous ne devenions nous-mêmes des monstres » !

    Ce qui est sous-jacent dans le discours présidentiel, c’est que l’on n’est pas français par le droit du sol seulement : il faut aussi le mériter. Or, pour M. Sarkozy, la question doit être posée pour chaque Français issu de l’immigration.

    Mais de quelle immigration parle-t-il ? Il en fixe les contours dans son discours : celle venue depuis 50 ans et qui manifestement est en échec d’intégration. La définition est donc précise :

    - cinquante ans ? cela nous renvoie au lendemain des décolonisations en Afrique et, plus particulièrement, à la dramatique séparation de l’Algérie

    - en échec d’intégration ? cela vise tout fils ou petit-fils d’immigré vivant dans une cité ghetto, citoyen français mais avec une couleur de peau, un faciès, un nom et prénom, un accent, etc…, ayant fréquenté une école publique qui arrive de moins en moins à réduire l’échec scolaire de masse, qui galère de petits boulots en petits boulots, confronté à des discriminations réelles…

    Le président de la République justifie son propos stigmatisant les Français d’origine immigrée sur le constat que les statistiques de la délinquance montrent bien que ce sont des individus issus de cette immigration (celle depuis 50 ans et en échec d’intégration) qui en sont les auteurs. Il y aurait donc un lien de cause à effet évident, statistiquement prouvé. La délinquance est le fait de cette population : elle mérite donc un traitement spécial avec notamment, pour commencer, la déchéance de la nationalité.

    M. Sarkozy ne se demande pas un instant si l’échec de l’intégration tient au fait que la République qu’il préside n’assume pas son devoir d’intégration de tous ses citoyens par le respect des droits sociaux, culturels et économiques fondamentaux que pourtant elle est censée garantir à tous ? Évidemment, cela porterait un regard cruel sur ses politiques économiques et sociales régressives et foncièrement inégalitaires qui enferment toujours plus les catégories sociales pauvres dans l’impasse et le désespoir.

    Non, il est plus commode pour lui de faire droit à un discours de plus en plus répandu selon lequel il y aurait une immigration « inintégrable » par définition. Certains intellectuels, pas tous classés à droite d’ailleurs, assurent depuis quelques années (dans la ligne de la « guerre de civilisations » revendiquée par les néo-conservateurs anglo-saxons) qu’une partie de l’immigration en France n’était pas intégrable à la République et à ses valeurs, notamment en ce qu’elle est composée de musulmans. Ce discours doctement théorisé permet de donner une légitimité intellectuelle (la défense de la démocratie) à une attitude politique soi-disant rationnelle (les statistiques supposées non ethniques). Le tour est joué.

    Mais adopter une politique d’État fondée sur de telles prémices, signifie que la France peut rentrer dans un système politique post-démocratique. Je ne dis pas dictatorial dès lors que la forme démocratique resterait respectée. Mais tous les ingrédients de la ségrégation pourront se mettre en place, dans tous les domaines, processus qui serait hautement facilité par les technologies de l’électronique et de la biologie applicables à chacun des citoyens.

    Si nous n’y prenons pas garde, la voie tracée par l’idéologie qui semble se concrétiser dans le propos de M. Sarkozy, mènera vers une impasse démocratique majeure qui sera un immense défi lancé à notre République.

    Nous ne pouvons nous taire devant une telle perspective. Et les responsables politiques progressistes n’ont aucune raison de se retrancher dans une position de prudence. Car l’essentiel est bien en jeu.

    La machine est lancée et il faut la stopper tant qu’il en est temps.

    - Georges Sali, Président des élus socialistes de Saint-Denis
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    Re: Sarkozy contre la République

    Message par bye le Sam 23 Avr - 13:30

    En Sarkozie : Libé censure, L’Élysée licencie, Bertrand bétonne...
    | politis.fr | jeudi 21 avril 2011

    vendredi 22 avril 2011

    Libé censure

    Didier Porte devait débattre avec Charb (directeur de Charlie Hebdo) au forum de Libération organisé à Rennes ce samedi 16 avril. Le chroniqueur avait été invité il y a quelques mois, avant la nomination de Nicolas Demorand à la direction du quotidien. Le débat a été annulé au dernier moment, au motif qu’il n’y avait pas assez de salles disponibles. Il n’est pas inutile de rappeler que Demorand, alors à Inter, avait lâché l’humoriste au « Grand Journal » de Canal +. Le thème du débat prévu était « politiquement correct : nouvelle censure ». En plein dans le mille !

    L’Élysée licencie

    Dans le procès aux prud’hommes qui l’oppose à la direction de Radio France, Didier Porte a reçu un témoignage de poids. Celui de Véronique Brocard, journaliste à Télérama, déclarant qu’en avril 2009, quelques semaines avant la nomination de Jean-Luc Hees et de Philippe Val, une source élyséenne lui avait annoncé l’éviction très prochaine de Didier Porte et de Stéphane Guillon. S’il y avait encore besoin de confirmer que cette éviction était programmée, c’est fait.

    La liste de Xavier Bertrand

    Xavier Bertrand n’en démord pas, il faut réduire l’immigration légale. Le ministre du Travail a donc annoncé dimanche son intention de réduire la liste des « métiers en tension » autorisant le recours à la main-d’œuvre étrangère en raison des difficultés de recrutement, estimant prioritaire de « former les demandeurs d’emploi pour occuper ces postes ». Il reprend ainsi un vieux slogan lepéniste : « Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés de trop ! »


    --------------------------------------------------------------------------------

    Transmis par Michel Berthelot
    Fri, 22 Apr 2011 17:17:26 +0200

    Extrait de la lettre d’information du site "Altermonde-sans-frontières"

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    Re: Sarkozy contre la République

    Message par bye le Lun 15 Aoû - 14:15

    Les documents Takieddine ou la sale vérité du sarkozysme
    http://www.mediapart.fr/article/offert/a5bb627b118be25d8500f8ca9b286a9f

    Les documents Takieddine, dont Mediapart a commencé la publication le 10 juillet, dévoilent la vérité de la présidence de Nicolas Sarkozy. Et cette vérité est sale. Ayant pour fil conducteur l'argent noir des ventes d'armes, cette documentation sans précédent dans l'histoire de la République met à nu un système dont l'intérêt financier est le seul mobile, au détriment des lois en vigueur et de la morale publique.

    Ces pratiques ou ces tentations ont toujours existé, et les affaires politico-financières qui ont terni les présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac en témoignent abondamment. Mais jamais elles n'avaient été installées avec tant d'ampleur au cœur du pouvoir comme le démontrent nos révélations qui attestent la place centrale occupée par Ziad Takieddine dans le dispositif sarkozyste. Jamais elles ne s'étaient étendues à ce point jusqu'à contaminer le sommet de l'Etat, ses règles fonctionnelles et ses usages administratifs. Telle est la révélation des documents Takieddine : la promotion de la corruption au cœur du pouvoir exécutif.

    N'ayant d'autres compétences que son rôle d'intermédiaire auprès de régimes autoritaires ou dictatoriaux qui échangent des marchés juteux contre une reconnaissance diplomatique, M. Takieddine n'a jamais cessé d'appartenir au premier cercle qui entoure Nicolas Sarkozy depuis qu'il fit ses premières armes, en 1994-1995, sur les contrats pakistanais qui sont au cœur de l'affaire Karachi. Ce Franco-Libanais n'est pas un simple intermédiaire, mais un conseiller occulte. Il fait des notes confidentielles, conçoit la stratégie secrète, participe aux réunions dans les palais de la République, donne son avis politique, transmet ses recommandations diplomatiques, prépare les rencontres avec des chefs d'Etat étrangers, organise les voyages préalables, s'occupe des contacts préliminaires, traduit de l'arabe les documents ou les conversations les plus sensibles, transmet officieusement des messages officiels, etc.

    Depuis le retour, en 2002, de Nicolas Sarkozy sur la scène politique nationale, cet activisme militant d'un intermédiaire en vente d'armes ne s'est jamais démenti. Via le principal collaborateur administratif de M. Sarkozy, le préfet Claude Guéant – aujourd'hui devenu ministre de l'intérieur après avoir été son irremplaçable directeur de cabinet comme ministre puis le secrétaire général de l'Elysée –, M. Takieddine n'a cessé d'occuper ce rôle clé dans la sarkozie, aussi bien auprès du ministre de l'intérieur avant 2007 qu'auprès du président de la République depuis 2007. Après le Pakistan de ses débuts, son champ d'action a notamment concerné l'Arabie saoudite – ce que nous avons déjà démontré –, puis la Libye – ce que nous avons commencé à raconter –, mais aussi la Syrie et le Liban, son pays d'origine – ce que nous allons bientôt révéler.

    Dans chaque cas, il s'est agi de promouvoir une politique extérieure de la France complaisante sinon complice avec des régimes non-démocratiques, aujourd'hui ébranlés par le vent de liberté du 89 arabe, et notamment les pires d'entre eux, les dictatures libyenne et syrienne. Mais surtout, dans chaque cas, il s'est agi d'en profiter pour obtenir ou tenter d'obtenir des contrats sur des ventes d'armes ou sur des achats de pétrole – ce que démontreront nos prochains épisodes syrien et libyen – au détour desquels l'enrichissement notable de M. Takieddine était garanti par des commissions dont les destinations finales se perdent dans des paradis fiscaux.

    Contrairement à ce qu'on avait pu croire avec les révélations constantes de Mediapart, depuis 2008, sur l'affaire Karachi qui ont amené la justice à enquêter sur son volet financier (voir ici notre webenquête, «L'autre affaire qui affole l'Elysée»), M. Takieddine n'est donc pas l'homme d'une seule affaire : cette vente de sous-marins au Pakistan dans laquelle il fut imposé en 1994 comme intermédiaire par le gouvernement Balladur dans la perspective du financement de sa campagne électorale de 1995, avec un circuit de commissions passant par une société écran dont la création fut supervisée par le ministre du budget de l'époque, Nicolas Sarkozy (lire ici et là nos articles sur l'implication de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Karachi). Il fut en vérité l'homme de toutes les opérations similaires tentées depuis 2002 par le premier cercle de l'actuel chef de l'Etat dont les documents en notre possession prouvent qu'elles avaient la même finalité : assurer des financements occultes en vue d'une conquête durable du pouvoir suprême qui serait la garantie d'une protection et d'une poursuite de ces pratiques illicites.

    Le fil noir de l'aventure Sarkozy

    Les documents déjà révélés par Mediapart à propos de l'Arabie saoudite et de la Libye le confirment. En 2003, alors que Nicolas Sarkozy est ministre de l'intérieur, Ziad Takieddine a failli toucher 350 millions d'euros de commissions occultes dans le cadre d'un marché d'armement avec l'Arabie saoudite. Interrompue sur intervention de Jacques Chirac, alors président de la République, cette négociation était secrètement conçue par celui que Ziad Takieddine nomme alors « le patron » et dont il n'était que l'exécutant : Nicolas Sarkozy. Le montage prévu afin de cacher les circuits financiers occultes passait par « les décisions suivantes du patron », écrit M. Takieddine : la création d'une « nouvelle structure complètement dépendante de son ministère » qui, en assurant « le rôle de Conseil du Projet », « sera capable de couvrir le sujet “sensible” par le biais de ses honoraires ».

    Ce sujet sensible n'est autre que le versement de commissions pour lesquelles un échéancier avait été prévu par Ziad Takieddine sur le même modèle que celui déjà utilisé en 1994 pour un contrat de ventes de frégates militaires à l'Arabie saoudite. Ce précédent contrat avait été validé par le ministre du budget de l'époque qui n'était autre que Nicolas Sarkozy. M. Takieddine finira par toucher 91 millions d'euros de commissions sur ce marché. S'agissant de la tentative avortée de 2003, on retrouve donc les mêmes personnages, le même ministre, passé du budget à l'intérieur, et le même intermédiaire professionnel, sinon personnel.

    Les notes Takieddine qui détaillent le montage financier prévu sont destinées à l'entourage direct de Nicolas Sarkozy, essentiellement son conseiller Brice Hortefeux, devenu ensuite ministre délégué aux collectivités locales, et son directeur de cabinet, le préfet Claude Guéant. Elles évoquent, dans un euphémisme transparent, lettre capitale comprise, « le Système voulu ». Elles mentionnent une « couverture/parapluie sur place » qui serait « indispensable pour permettre une “assurance” de résultat ». Enfin et surtout, elles mentionnent une « Banque d'Affaires du P. » dont le rôle financier paraît décisif : « Il sera utile lors de la prochaine visite de préparation ultime de confirmer la signature avec la Société, représentée par la Banque d'Affaires du P., du contrat en votre possession suivant le schéma approuvé », écrit ainsi M. Takieddine aux collaborateurs directs de M. Sarkozy, le 23 octobre 2003.

    Les mêmes enjeux financiers occultes sont présents dans le dossier libyen, tel que le dévoilent les documents Takieddine. Ce dernier fut l'instrument direct du rapprochement privilégié avec Mouammar Kadhafi, entrepris dès 2005 par Nicolas Sarkozy via son bras droit, Claude Guéant. L'incongruité de la réception fastueuse du dictateur à Paris fin 2007, à l'invitation personnelle du président de la République nouvellement élu, trouve ici son fin mot : après la libération des infirmières bulgares, marché symbolique qui masquait les marchés financiers, c'était en quelque sorte une bonne manière faite à un partenaire en affaires.

    Entravée de nouveau par la cohabitation conflictuelle avec Jacques Chirac, cette offensive libyenne aboutira à au moins un contrat d'armement : la livraison au régime libyen de matériel de guerre électronique offrant « une solution inviolable au système d'espionnage anglo-américain ». M. Takieddine touchera 4,5 millions d'euros de commissions sur ce marché. Auparavant, il aura cornaqué, dans leurs déplacements discrets en Libye, MM. Hortefeux et Guéant, préparant leurs voyages et leur donnant des recommandations précises.

    Des guillemets aussi symboliques qu'énigmatiques accompagnent la mention dans ses notes de l'enjeu « commercial » de ces visites de deux représentants personnels de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur : « Le “contenu”, ainsi formulé, prendra en compte les sensibilités du pays, créant ainsi un “partenariat” qui permettra la réalisation de l'objectif commercial. (...) Il est indispensable que le volet “commercial” de la visite ne soit pas mis en avant par les préparatifs officiels. Seulement comme un point important dans le cadre des “échanges” entre les deux pays dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. »

    Ainsi donc la valse des millions qui, pour Ziad Takieddine, avait commencé, en 1994, avec les commissions sur la vente de sous-marins au Pakistan – il est soupçonné d'avoir touché sur ce contrat l'équivalent de 33 millions d'euros – n'a cessé de continuer après le retour au gouvernement en 2002 de Nicolas Sarkozy, ce « patron » du marchand d'armes qui allait devenir, en 2007, président de la République française.

    Plus de 5000 documents incontestables

    L'affaire Karachi est au cœur d'une histoire passée : le financement occulte en 1995 de la campagne d'Edouard Balladur dont Nicolas Sarkozy était le plus ferme soutien et qui fut finalement vaincu par son rival à droite, Jacques Chirac. En revanche, les documents Takieddine sont au centre d'une histoire actuelle : l'élection en 2007 de l'actuel président de la République qui, jusqu'à preuve du contraire, entend bien être de nouveau candidat en 2012 pour se succéder à lui-même. La première est aux mains de la justice, deux juges d'instruction étant chargés d'enquêter sur son volet financier, Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire. Mais on serait étonné que les seconds ne suscitent pas leur curiosité, M. Takieddine faisant office de trait d'union financier entre les campagnes présidentielles de 1995 et de 2007.

    La situation créée par nos révélations est totalement inédite. En général, les investigations des journalistes accompagnent des curiosités judiciaires, avec plus ou moins de distance ou de bonheur. Mediapart, de l'affaire Karachi jusqu'à l'affaire Tapie, en passant par celle des Caisses d'épargne, sans compter bien d'autres révélations ponctuelles, a déjà prouvé qu'il n'entendait pas s'y limiter. Comme celle de la presse, l'indépendance de la justice est une bataille quotidienne qui suppose le renfort de médias libres, capables de dévoiler des réalités insoupçonnées par les juges eux-mêmes. Dans le cas qui nous occupe, Mediapart est en possession de plus de 5000 documents incontestables qui, pour l'heure, ne sont entre les mains d'aucun magistrat et ne font donc partie d'aucune procédure judiciaire.

    Jamais un organe d'information ne s'est trouvé ainsi détenteur d'une telle somme de secrets dévoilant sur une longue durée les combines d'un marchand d'armes et son ascension au cœur du pouvoir politique. C'est en quelque sorte le journal de bord d'un triple personnage, à la fois conseiller occulte, intermédiaire sulfureux et financier de l'ombre. Aucun des documents déjà révélés par Mediapart n'a été réfuté ou contredit. Sollicités, les protagonistes, quand ils veulent bien nous répondre, ne les contestent d'ailleurs pas. Il va de soi, enfin, que nous veillons à n'exploiter, dans cette masse de documents, que ce qui est d'intérêt public, en écartant tout ce qui pourrait relever de la vie privée.

    La richesse exceptionnelle de ce matériau explique sans doute la lenteur de son cheminement dans l'espace public. Il faut du temps pour en prendre connaissance, l'assimiler et l'analyser, tout comme il nous faut du temps pour le trier et le traiter. Mais, à mesure que se poursuivront nos révélations, nul doute que les questions d'ores et déjà posées, notamment par le Parti socialiste et par le Parti de gauche, seront de plus en plus relayées par une opposition qui prendra la mesure de l'extrême gravité des faits révélés. Pour aider à cette prise de conscience, nous mettrons progressivement ces documents en ligne, dans les semaines à venir, sur notre site documentaire FrenchLeaks où ils seront en accès libre.

    Quant aux très faibles ou trop rares reprises de ces informations d'intérêt public par une grande part des médias français, nos lecteurs savent que l'entêtement finit toujours par payer, comme ce fut le cas, certes plus rapidement, avec nos révélations l'été dernier sur l'affaire Bettencourt qui furent d'abord boudées ou ignorées. S'il fallait une nouvelle preuve de l'état inquiétant de notre univers médiatique, en termes d'audace éditoriale et d'indépendance politique, ces lenteurs suffiraient à l'apporter. La place occupée par l'actuel patron éditorial du Figaro, Etienne Mougeotte, dans le dispositif relationnel de Ziad Takieddine ne fait que souligner une réalité qui les dépasse tous deux : le fait sans précédent dans une démocratie digne de ce nom qu'un grand quotidien soit non seulement la propriété d'un élu notable du parti au pouvoir, mais surtout celle d'un marchand d'armes vivant de la commande publique. Le sénateur UMP Serge Dassault n'est rien sans l'Etat français, son principal client auquel il vend sans concurrence ni transparence ses avions de combat, voire ses drones comme l'illustre un contrat récent imposé par le pouvoir à nos armées malgré leurs réticences.

    C'est l'affaire des journalistes, ceux du Figaro compris, de ne pas accepter la corruption de leur profession induite par ces conflits d'intérêts qui, hélas, existent aujourd'hui dans la plupart des grands médias privés, propriétés d'industriels ou de financiers extérieurs aux métiers de l'information. Et c'est l'affaire de tous les citoyens de faire en sorte que la campagne présidentielle de 2012 porte la question centrale d'une libération de la presse française de toutes ces sujétions qui minent sa vitalité et ruinent son intégrité. Dans cette attente, Mediapart continuera d'illustrer, avec ses faibles moyens mais aussi sa grande détermination, l'indispensable rôle d'alerte et d'éveil démocratique d'une presse libre.

    S'il est honnête et rigoureux, le travail est toujours récompensé : de même qu'en juillet 2010, nombre de médias n'avaient pas fait état des décisions de justice nous donnant raison dans la diffusion des enregistrements Bettencourt, le désistement soudain de Claude Guéant dans l'action judiciaire qu'il avait spectaculairement engagée à notre encontre en novembre 2010 est presque passé inaperçu (lire ici sur Mediapart), tout comme la mise en examen de Xavier Bertrand à notre demande pour ses propos diffamatoires qualifiant nos méthodes de « fascistes » (lire là sur Mediapart). Il en ira de même avec les documents Takieddine : tôt ou tard, ils seront au cœur du débat public, tout simplement parce qu'ils dévoilent la corruption aujourd'hui installée au cœur du pouvoir. Une corruption qui ronge la République, mine ses valeurs et discrédite ses principes.

    La corruption au cœur du pouvoir

    En 1992, dans un ouvrage qui fit date, l'universitaire Yves Mény définissait en termes forts parce que simples et clairs la corruption : « Par définition, la corruption est un échange occulte, secret qui permet d'accéder à des ressources que le respect des règles et procédures n'aurait pas permis d'obtenir ou aurait rendu aléatoires. » Nous y sommes, évidemment. La Corruption de la République, sujet et titre de l'ouvrage de M. Mény, paru chez Fayard, n'est évidemment pas nouvelle, facilitée et aggravée, soulignait-il déjà, par l'absence de transparence et la concentration du pouvoir. Mais la corruption au cœur de la République, comme installée à demeure et avec tant d'impudeur, c'est de l'inédit.

    Ici, la corruption générale des règles administratives entraîne une corruption insidieuse des mœurs politiques. A l'argent sale obtenu de dictatures opprimant et réprimant leurs peuples s'ajoute le mépris total de la loi et des règlements, comme de ceux qui en sont les gardiens ou les instruments. Témoignant d'une diplomatie parallèle qui piétine allègrement les fonctionnaires du Quai d'Orsay, les documents Takieddine prouvent que le pouvoir était prêt à négocier au mépris du droit le sort judiciaire du bras droit de Kadhafi, Abdallah Senoussi, responsable, entre autres massacres, de l'attentat contre le DC10 d'UTA qui fit 170 victimes (lire ici notre enquête sur ces négociations secrètes).

    Ils prouvent aussi, de façon incontestable, que Ziad Takieddine, résident fiscal français et personnalité connue du sommet de l'Etat, ne paye pas d'impôts (lire là notre article). Malgré une fortune évaluée à 97,2 millions d'euros dont plus de 40 millions sont localisés en France, il ne verse rien pour l'intérêt général, zéro centime, défiant avec constance la loi fiscale sans laquelle il n'y aurait pas de budget de la Nation, et donc pas d'Etat. Et il le fait alors même que c'est grâce à cet Etat qu'il s'est enrichi, en touchant les commissions que sa place auprès de Nicolas Sarkozy, ministre puis président de la République, lui a permis d'obtenir.

    Sommes-nous toujours en République ? On en douterait sincèrement au constat que cette information aussi stupéfiante qu'indiscutable n'a, jusqu'à aujourd'hui, suscité aucun commentaire des ministres directement concernés, ceux des finances et du budget, François Baroin et Valérie Pécresse. On en doute assurément quand l'on constate que Ziad Takieddine n'a cessé de fréquenter des ministres du budget, de Nicolas Sarkozy lui-même à Jean-François Copé qui est non seulement son ami mais aussi son débiteur, comme l'atteste la comptabilité du marchand d'armes. On en doute définitivement quand l'on découvre, parmi d'autres hauts fonctionnaires, un ancien directeur du budget sous les gouvernements de droite parmi les invités très choisis du dîner festif organisé par Ziad Takieddine quatre jours après la victoire de la droite aux législatives de 2002.

    S'efforçant de classer la corruption par catégories de dangerosité, le politologue Yves Mény mettait en haut de l'échelle cette « situation beaucoup plus grave où quelques décideurs publics, par l'importance des décisions financières et économiques qu'ils prennent, sont à même de déterminer le mode et le type de rapports qu'entretient l'administration avec le secteur privé ». Dès lors, poursuivait-il, « au sein de l'Etat de droit se crée ainsi un club, une “société mafieuse” avec ses codes et ses règles de conduite, ses rétributions et ses sanctions ». Il faut donc croire que, là aussi, nous y sommes.

    La mafia comme métaphore politique

    Car ce qui frappe dans la masse des documents Takieddine, albums photos compris, c'est la présence constante d'un cercle très fermé de proches de Nicolas Sarkozy. On y trouve d'abord le conseiller de toujours, l'ami et serviteur indéfectible, Brice Hortefeux, dont on sait qu'il se prépare à organiser la future campagne présidentielle. Puis deux autres proches issus du terrain de jeu initial, la ville de Neuilly-sur-Seine et le département des Hauts-de-Seine : Thierry Gaubert, qui, comme Mediapart l'a raconté dès 2008, est impliqué dans un scandale immobilier lui valant aujourd'hui d'être en instance de jugement à Nanterre, notamment pour escroquerie (lire ici et là nos articles), et Dominique Desseigne, qui n'est pas seulement le patron du Fouquet's mais surtout celui du groupe Barrière dont les casinos règnent sur presque tout le territoire national.

    Enfin, deux autres personnages complètent ce tableau presque intime. Le premier est Jean-François Copé, dont on comprend mieux en découvrant les documents Takieddine la confiance présidentielle qui lui vaut d'être aujourd'hui à la tête de l'UMP. Le second est Claude Guéant qui, avant de devenir ministre de l'intérieur fin 2010, fut considéré comme le numéro deux de la République, secrétaire général de l'Elysée prenant le pas sur le premier ministre et son gouvernement au mépris de tous les usages. Ziad Takieddine est donc éminemment proche de ces cinq personnalités essentielles dans le dispositif politique de Nicolas Sarkozy. Et quand il n'invite pas ou ne régale pas les uns, il abreuve de notes ou de conseils les autres. Autrement dit, il fait lui aussi partie du clan, ou du « club » pour reprendre M. Mény. De ce premier cercle qui entoure « le patron ».

    L'Italie, qu'ont beaucoup fréquentée les politologues qui, comme Yves Mény, ont étudié la corruption de nos républiques, a eu la chance d'avoir, avec Leonardo Sciascia, un écrivain sicilien qui n'avait pas peur de la mafia au point d'en faire le matériau de son œuvre. Dans une note qui clôt Le Contexte, un roman de 1971 porté à l'écran par Francesco Rosi sous le titre Cadavres exquis, il confie avoir imaginé « un pays où n'avaient plus cours les idées, où les principes – encore proclamés et célébrés – étaient quotidiennement tournés en dérision », un pays « où le pouvoir seul comptait », pouvoir, ajoutait-il, qui, « de plus en plus et graduellement, prend la forme obscure d'une chaîne de connivences, approximativement la forme de la mafia ».

    Aussi provocante soit-elle, cette métaphore politique de la mafia ne s'en impose pas moins à la lecture des documents Takieddine. Tant ils offrent clairement le tableau d'une chaîne de connivences dont le pouvoir est le seul enjeu, et l'argent le seul ressort. D'un monde d'intérêts aussi féroces qu'égoïstes où la loi est bafouée, et la République déshonorée. S'interrogeant en 1979, dans La Sicile comme métaphore, sur la persistance culturelle de la mafia dans sa Sicile natale, Leonardo Sciascia reprochait aux partis de gauche d'avoir trop déserté « l'exercice de l'opposition, et donc de la dénonciation, une fonction salutaire et capitale dans une démocratie ». « Une vraie révolution culturelle en Sicile ne sera pas possible tant qu'il n'y aura pas une bonne opposition », concluait l'écrivain.

    Il en va aujourd'hui pour notre France sous Sarkozy comme de la Sicile de Sciascia. Devenu une île sous cette présidence, car de plus en plus coupé du monde et des autres, offrant le spectacle d'une déchéance morale en son sommet, où la xénophobie officielle sert de diversion aux corruptions essentielles, notre pays a en effet urgemment besoin d'une bonne opposition. D'une opposition qui n'ait pas peur d'affronter cette chaîne de connivences qui, désormais, s'étend à l'abri des institutions de la République.


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    Re: Sarkozy contre la République

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