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    VOUS FAITES ERREUR, JE NE SUIS PAS CHARLIE…

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    VOUS FAITES ERREUR, JE NE SUIS PAS CHARLIE…

    Message par bye le Sam 10 Jan - 16:54

    Je ne doute pas qu’il existe des « Charlie » sympathiques et plein(e)s de bonnes intentions. Je suis inondé, comme tout le monde, de leurs courriels indignés. Je n’en suis pas.



    Je ne suis pas Charlie, parce que je sais que l’immense majorité de ces Charlie n’ont jamais été ni Mohamed ni Zouad, autrement dit aucun de ces centaines de jeunes assassinés dans les banlieues par « nos » policiers (de toutes confessions, les flics !) payés avec « nos » impôts. Si je recours aux outils du sociologue, je comprends pourquoi il est plus immédiatement facile pour des petits bourgeois blancs de s’identifier avec un dessinateur connu, intellectuel et blanc, qu’avec un enfant d’immigrés ouvriers du Maghreb. Comprendre n’est ni excuser ni adhérer.



    Je ne suis pas Charlie, parce que je refuse de me « rassembler », sur l’injonction du locataire de l’Élysée, avec des politicards, des flics et des militants d’extrême droite. Je ne parle pas en l’air : une connaissance m’explique que sur son lieu de travail, ce sont des militants cathos homophobes de la dite « Manif pour tous » qui s’impliquent dans l’organisation d’une minute de silence pour l’équipe de Charlie Hebdo.



    Je ne suis pas Charlie, parce que je refuse de pleurer sur les cadavres de Charlie Hebdo avec un François Hollande qui vient d’annoncer que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes sera construit, autrement dit qu’il y aura d’autres blessé(e)s graves par balles en caoutchouc, et sans doute d’autres Rémi Fraisse.



    Je ne suis pas Charlie, parce que je suis viscéralement — et culturellement — hostile à toute espèce d’ « Union sacrée ». Même les plus sots des journalistes du Monde ont compris qu’il s’agit bien de cela ; ils se demandent simplement combien de temps cette « union » peut durer. Se « rassembler » derrière François Hollande contre la « barbarie islamiste » n’est pas moins stupide que de faire l’union sacrée contre la « barbarie allemande » en 1914. Quelques anarchistes s’y sont laissés prendre à l’époque ; ça va bien comme ça, on a donné !



    Je ne suis pas Charlie, parce que le « rassemblement » est l’appellation néo-libérale de la collaboration de classes. Certain(e)s d’entre vous s’imaginent peut-être qu’il n’existe plus de classes et moins encore de lutte entre elles. Si vous êtes patron ou chef de quelque chose (bureau, atelier…), il est normal que vous prétendiez ça (et encore ! il y a des exceptions) ou que vous puissiez le croire. Si vous êtes ouvrier, ouvrière, contraint(e) à des tâches d’exécution ou chômeur/chômeuse, je vous conseille de vous renseigner.



    Je ne suis pas Charlie, parce que si je partage la peine des proches des personnes assassinées, je ne me reconnais en aucune façon dans ce qu’était devenu, et depuis quelques dizaines d’années, le journal Charlie Hebdo. Après avoir commencé comme brûlot anarchisant, ce journal s’était retourné — notamment sous la direction de Philippe Val — contre son public des débuts. Il demeurait anticlérical. Est-ce que ça compte ? Oui. Est-ce que ça suffit ? Certainement pas. J’apprends que Houellebecq et Bernard Maris s’étaient pris d’une grande amitié, et que le premier a « suspendu » la promotion de son livre Soumission (ça ne lui coûtera rien) en hommage au second. Cela prouve que même dans les pires situations, il reste des occasions de rigoler.



    Je ne suis pas Charlie, parce que je suis un militant révolutionnaire qui essaie de se tenir au courant de la marche du monde capitaliste dans lequel il vit. De ce fait, je n’ignore pas que le pays dont je suis ressortissant est en guerre, certes sur des « théâtres d’opération » lointains et changeants. De la pire manière qui soit, puisque partout dans le monde et jusque dans mon quartier, des ennemis de la France peuvent me considérer comme leur ennemi. Ce qui est parfois exact, et parfois non. Au moins, sachant que la France est en guerre, je n’éprouve pas le même étonnement que beaucoup de Charlie à apprendre qu’un acte de guerre a été commis en plein Paris contre des humoristes irrespectueux envers les religions.



    Je ne suis pas Charlie, parce que faute de précisions, et du fait même de l’anonymisation que produit la formule « Je suis Charlie », cette formule s’entend nécessairement, et au-delà des positions sans doute différentes de tel ou telle, comme un unanimisme « antiterroriste ». Autrement dit : comme un plébiscite de l’appareil législatif dit « antiterroriste », instrument de ce que j’ai appelé terrorisation démocratique.



    Je ne suis pas Charlie. Je suis Claude. Révolutionnaire anarchiste, anticapitaliste, partisan du projet communiste libertaire, ennemi mortel de tous les monothéismes — mais je sacrifie à Aphrodite ! — et de tout État. Cela suffit à faire de moi une cible pour les fanatiques religieux et pour les flics (j’ai payé pour le savoir).



    Je suis disposé à débattre avec celles et ceux pour qui la tuerie de Charlie Hebdo est une des horreurs de ce monde, auxquelles il est inutile d’ajouter encore de la confusion, à forme d’émotion grégaire.

    https://lignesdeforce.wordpress.com/author/cgsans/
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    Re: VOUS FAITES ERREUR, JE NE SUIS PAS CHARLIE…

    Message par bye le Sam 17 Jan - 13:14

    Après la liberté et la fraternité, l’égalité !

    Que va devenir cet élan de générosité ? Dès lundi, la lourde machine à récupérer est entrée en fonction.

    L’histoire nous l’a enseigné, les grands élans d’union nationale n’ont pas que des avantages. On connaît la mécanique : le gouvernement en place, quel qu’il soit, a plus que d’ordinaire les coudées franches ; les contre-pouvoirs sont inhibés, et la pensée binaire envahit les esprits. Les unanimités de façade sont inquiétantes parce qu’elles sont trop contraires à la réalité d’une société déchirée et fracturée par les inégalités. On est donc en droit de se demander où est le non-dit, le refoulé ? Quand et comment il va resurgir ? On en a déjà un triste aperçu. Depuis une semaine, des mosquées sont attaquées. Les réseaux sociaux se déchaînent. L’islamophobie et l’antisémitisme rodent. Quant à l’exécutif, que va-t-il faire de ce supplément de pouvoir ? Au lendemain de l’extraordinaire journée du 11 janvier, ces questions se posent plus que jamais.

    En disant cela, nous sommes bien conscients de sortir déjà du consensus. Prenons ce risque. Au fond, dans un tout autre registre, Politis, comme Charlie, a été créé pour ça. C’est aujourd’hui pour nous d’autant plus compliqué qu’il y a une part de ce consensus que nous revendiquons et dans lequel nous nous retrouvons pleinement. Je devrais peut-être m’arrêter là. C’est déjà trop pour la pensée binaire… Continuons cependant. Dans la grande communion laïque de dimanche dernier, deux principes de notre devise républicaine étaient de sortie : liberté et fraternité. Il y avait dans les rues de Paris et de tant d’autres villes une ambiance fraternelle qui faisait chaud au cœur. Les jeunes s’étaient mobilisés en masse. Des sociologues nous diront peut-être si l’impression que nous avons eue d’une population plutôt blanche et très « classe moyenne » était ou non conforme à la réalité. Pour la suite, le constat n’est pas indifférent. En tout cas, ceux qui étaient là transmettaient une énergie positive. Je retiendrai tout de même cette image de jeunes gens juchés sur le socle de la statue de la République, et qui chantaient « la Marseillaise » en agitant des drapeaux turcs, tunisiens et algériens. Une réponse à ceux qui ne veulent connaître que des identités simples. L’ennui, c’est que ceux-là, les obsédés d’une « pure » identité nationale, pourvoyeurs en 2009 d’un débat calamiteux, étaient présents eux aussi à quelques encablures. Ambiguïtés du consensus !

    Comme étaient présents ces chefs d’État étrangers peu fréquentables. Exalter la liberté au côté du Hongrois Victor Orban, qui a réinventé les camps de travail pour les chômeurs et les Roms, ou du piètre démocrate gabonais Ali Bongo, quelle ironie ! Tous ces invités, avançant en rangs serrés pour une marche de trois cents mètres sur un boulevard dont on avait chassé le moindre passant, quelle ridicule mise en scène ! Les arrière-pensées politiques étaient si évidentes ! Le Grec Antonis Samaras, en pleine campagne électorale, était venu tirer argument des attentats de Paris pour discréditer son grand rival de Syriza sur le thème de l’immigration. L’Espagnol Mariano Rajoy était là, lui aussi un « Charlie » d’occasion, alors qu’il est l’auteur de la loi dite « du bâillon » visant à faire taire ses opposants. Et que dire de la présence de Benyamin Netanyahou, incarnation du colonialisme et de l’apartheid ? Incongruité de ces intrus qui font plus partie du problème que de la solution. À leur propos, on avait envie de paraphraser Desproges : « On peut pleurer de tout, mais pas avec n’importe qui ! »

    Heureusement, il y avait la manifestation, la vraie, et la fraternité était bel et bien au rendez-vous. La solidarité aussi, bien sûr, avec le fameux « Je suis Charlie », que les grands médias, hélas, nous ont servi jusqu’à l’hystérie. Mais, revenons à notre question. Que va devenir cet élan de générosité ? Que vont en faire François Hollande et Manuel Valls ? Dans un superbe entretien aux Inrocks, Luz, le survivant, se montre sans illusions : « Cet unanimisme, dit-il, est utile à Hollande pour ressouder la nation […] et à Marine Le Pen pour demander la peine de mort. » On pourrait poursuivre l’énumération. Il va peut-être servir, allez savoir, à faire passer en douceur la loi Macron… Bref, à reléguer le débat politique. Et, en effet, dès lundi, la lourde machine à récupérer est entrée en fonction. Premier angle d’attaque, le sécuritaire. Ce n’est pas tant la mobilisation record de dix mille militaires supplémentaires pour surveiller « les points sensibles » qui inquiète, que les projets de durcissement d’une législation pourtant déjà bien pourvue. Un Patriot Act à la française n’est pas à exclure. C’est-à-dire un statut juridique qui déroge à toutes les règles du droit. À quand notre Guantanamo ? Le pire n’est pas certain, mais ce très mauvais débat est ouvert.

    Une autre menace plane qui n’est pas le fait du gouvernement mais d’intellectuels revanchards qui s’en prennent à tous ceux qui ont critiqué Charlie, ou qui ont mis en garde contre le risque de propagation de l’islamophobie. C’est un comble ! Au nom de la liberté d’expression, on voudrait museler la liberté d’expression. Pour notre part, il va sans dire que nous assumons tout. Et que ces tentatives d’intimidation n’auront pas d’effets sur nous. Nous n’allons pas encenser aujourd’hui le virage à droite de Charlie, version Philippe Val, au début des années 2000, son soudain tropisme atlantiste, son soutien aux gouvernements israéliens, son engagement en faveur du traité européen de 2005. Comme nous n’allons rien retirer à nos critiques exprimées après la publication des fameuses caricatures de Mahomet. Il manquerait plus qu’il soit interdit de réfléchir à la notion de liberté et à celle, non moins complexe, de responsabilité. Car il n’est pas vrai que l’une aille sans l’autre. Et il n’est pas de journaliste qui ne se pose en permanence ces questions. Pas même les dessinateurs de Charlie.

    Mais, la critique évidemment n’enlève rien à l’admiration que l’on pouvait avoir pour ces grands chroniqueurs de notre temps que furent en particulier Cabu et Wolinski, pour ne parler que des deux figures les plus emblématiques. Le Grand Duduche, les Beaufs, les nanas de Wolinski sont des personnages éternels. Mais Cabu était surtout pour nous un immense caricaturiste politique. Un portraitiste profond. Chirac, Mitterrand, Balladur, Jospin, Sarkozy, ils sont tous passés sous la pointe de son crayon, sèche et cruelle, avec une indicible lueur de tendresse. Derrière les masques de ces personnages aspirés par le pouvoir, on apercevait le pathétique. C’est le récit d’un demi-siècle d’histoire qui s’est écrit sur ses calepins. La tuerie du 7 janvier m’a laissé, comme beaucoup, longtemps incrédule. Comment pouvait-on haïr ces hommes-là ? Notre talentueux Aurel, qui s’inscrit dans la lignée, leur rend hommage cette semaine dans Politis. Et nous pensons, bien sûr aussi à toutes les autres victimes de cette semaine sanglante : chroniqueurs, dessinateurs, correcteur, flics héroïques. Et aux quatre otages de l’épicerie casher de la porte de Vincennes. Ceux-là n’avaient rien dessiné, rien dit, rien fait, mais ils étaient juifs. Et puis, bien sûr, nous adressons un salut amical à Fabrice Nicolino, gravement blessé, mais miraculeusement vivant. Il a été des nôtres pendant douze ans. Nous l’embrassons.

    Mais quelle sorte d’hommes sont ceux qui peuvent se livrer à pareil carnage ? Qui sont-ils pour avoir choisi de telles cibles ? Des dessinateurs de « petits bonhommes », comme le dit Luz. Pour que les lendemains ne nous entraînent pas sur une trop mauvaise voie, il faudra interroger le profil des assassins. Contrairement à l’obsession médiatique ambiante, ils ne sont pas que des « jihadistes » missionnés par Daesh ou Al-Qaïda. Ils sont aussi des jeunes de chez nous, petits délinquants, psychiquement fragiles, proies désignées des sectes qui leur donnent des raisons de vivre, puis des raisons de tuer et de mourir. Il est compréhensible que nos politiques se ruent sur le sécuritaire, le plus facile, et le plus démagogique. Il devrait être indispensable de s’interroger aussi sur les causes profondes du mal. Pour partie, elles sont à chercher dans une politique internationale désastreuse. Pas tant celle de François Hollande ou de Laurent Fabius, qu’une persistance déjà ancienne dans l’injustice et l’erreur. Pas tant non plus la politique française seule, qu’américaine et occidentale. Il arrive que les bombes nous reviennent en boomerang. L’autre question, tout aussi difficile, est sociale et culturelle. La tentation est forte pour les gouvernements libéraux – et le nôtre l’est, tout socialiste qu’il se prétende – de renvoyer à des causes étrangères ou exclusivement religieuses. Cela évite d’aborder des questions qui ébranlent tout l’édifice des politiques libérales. Sans contenu social, les grands principes comme la laïcité ne sont plus que des « gros concepts », comme disait Deleuze. La morale est indispensable, mais elle n’est pas suffisante. La vigilance antiraciste est indispensable – porter le voile ou la kippa ne peut pas devenir dangereux –, mais elle n’est pas suffisante. La journée de dimanche a réveillé fièrement deux des trois principes de la devise républicaine : « Liberté » et « Fraternité ». Il faudrait d’urgence convoquer le troisième, le deuxième en vérité dans l’ordre de l’Histoire, cette « égalité » sans laquelle les deux autres ne sont que littérature.

    http://www.politis.fr/Apres-la-liberte-et-la-fraternite,29638.html
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    Re: VOUS FAITES ERREUR, JE NE SUIS PAS CHARLIE…

    Message par bye le Dim 18 Jan - 17:49

    Le texte de l’intervention de Mordillat hier, lors du débat Fakir.

    "Les journalistes et les dessinateurs de Charlie n’ont pas été victimes d’un attentat mais exécutés nommément. C’est bien d’une exécution dont il "s’agit et d’une exécution politique comparable si l’on veut à celle de Jaurès, lui aussi journaliste, lui aussi directeur de journal. Ce sont des méthodes fascistes dont le discours religieux ou nationaliste n’est qu’un faux-nez."
    L’intégralité ici :
    "Pour être clair : Charb, Honoré, Wolinski, Cabu, Tignous assassinés dans les locaux de Charlie Hebdo étaient mes amis. Nous avons travaillé ensemble, publié ensemble, milité ensemble, mangé ensemble, déconné ensemble depuis des années…
    Je ne peux donc prétendre à aucune soi-disant neutralité.
    Comme je suis écrivain et cinéaste, je veux m’arrêter sur des mots et des images.
    Le premier mot sur lequel je veux m’arrêter est le mot " attentat " dont les médias se gargarisent depuis mercredi dernier. Je crois que ce mot est inapproprié. Le terrorisme est aveugle et les poseurs de bombes tuent parce qu’ils veulent tuer sans se soucier de l’identité des victimes dont seul le nombre compte à leurs yeux. Les journalistes et les dessinateurs de Charlie n’ont pas été victimes d’un attentat mais exécutés nommément. C’est bien d’une exécution dont il s’agit et d’une exécution politique comparable si l’on veut à celle de Jaurès, lui aussi journaliste, lui aussi directeur de journal. Ce sont des méthodes fascistes dont le discours religieux ou nationaliste n’est qu’un faux-nez. Il faut le dire haut et fort, les journalistes de Charlie ont été exécutés non par des musulmans, non par des islamistes mais par des fascistes.
    Penons une image maintenant : celle de Mahomet qui a fait tant couler d’encre. Juste pour mémoire, il y a au départ les dessins publiés au Danemark et trafiqués par deux imams intégristes qui les diffusent partout dans le monde musulman mettant le feu aux poudres. En les publiant et en publiant ses propres dessins, Charlie hebdo témoignait de sa solidarité avec les dessinateurs danois…
    C’est le point de départ. à l’arrivée il y a deux tueurs fascistes qui s’érigent en juges et bourreaux sous prétexte de " venger le prophète "..
    Mais venger qui et de quoi ?
    Je ne doute pas qu’il y ait eu un prophète en Arabie au 7e siècle. S’appelait-il Mahomet, c’est une autre histoire. Comme le dit une grande islamologue, Jacqueline Chabbi " c’est un peu trop beau pour être vrai ". Mahomet signifie " le loué ", le " louangé ", c’est un surnom, pas un nom. Peut-on injurier un surnom ?
    Nous ne savons pas quand Mahomet est né ni quand il est mort. La tradition considère que c’est en 632 mais cette hagio-biographie a été mise par écrit près de deux siècles après la mort de Mahomet. C’est-à-dire qu’en réalité, historiquement, nous ne savons rien où presque de l’homme Mahomet ; et absolument rien de son aspect physique. Un Mahomet légendaire, paré de toutes les grâces et de toutes les vertus, naîtra plus d’un demi-siècle après sa mort sous l’égide du calife Abdel Malik qui en fera en quelque sorte son porte-parole.
    Comment faire la caricature d’un homme dont on ne sait rien ?
    Les dessins publiés par Charlie Hebdo ne sont pas des caricatures mais des portraits imaginaires, peut-être des portraits charge mais des portraits du prophète de l’islam ; ils sont aussi imaginaires que ceux que l’on trouve abondamment dès le XVe siècle dans la tradition ottomane et perse et jusqu’à nos jours dans la tradition chiite. Une partie des musulmans ne s’offusquent en rien que l’on représente Mahomet comme un homme du 7e siècle. La sacralisation de sa figure n’est qu’un diktat fondamentaliste venu au XIXe siècle du wahhabisme, et c’est cette figure légendaire qui réclamerait d’être " vengée " ?
    Soyons sérieux.
    Il est urgent et nécessaire que les autorités ecclésiastiques de l’islam rappellent qu’en République il est licite de caricaturer Mahomet comme on caricature Jésus, le pape, Jéhovah, les hommes politiques, vous, moi, etc. Cela s’appelle la liberté d’expression et c’est un des piliers de la démocratie.
    Ce serait licite de caricaturer Mahomet mais " offensant ". Le mot offense revient sur beaucoup de lèvres pour reprocher aux dessinateurs de Charlie d’avoir fait ce qu’ils ont fait. Cette " culture de l’offense " est en train de se propager comme les métastases d’une tumeur. Désormais tout le monde s’offense pour un oui pour un non ! Les chrétiens intégristes s’offensent d’une pièce de théâtre mettant en scène Jésus, les juifs de la même eau s’offensent de toute critique du gouvernement israélien gangrené par les religieux d’extrême-droite, les musulmans s’offensent de voir leur prophète à la une d’un journal satirique… Toutes ces belles âmes réclament la censure et qu’on impose le silence aux offenseurs. Mais qui leur imposera le silence à eux qui offensent quotidiennement mon athéisme en m’assommant de leurs sornettes superstitieuses et en prétendant gouverner ma vie au nom d’une chimère ?
    En caricaturant Mahomet, Charb, Cabu et les autres auraient commis le délit de " blasphème ". Combien de fois faudra-t-il répéter qu’il ne peut y avoir de blasphème que dans une théocratie ? Dans la République il est parfaitement possible d’écrire, de crier, de proclamer qu’on emmerde Dieu, Jéhovah, Allah, Nanaboso le Grand Lapin, Bouddha, le Père Noël, Mickey, Harry Potter et toutes les dieux inventés par les hommes pour conjurer leur peur de la mort.
    Dans les médias, mais aussi dans la rue, on entend formuler trois accusations contre Charlie : le journal serait islamophobe, âpre au gain et provocateur.
    Charlie serait islamophobe… parce qu’il se moque des intégristes et des fondamentalistes musulmans. A ce compte, il est aussi christianophobe parce qu’il se moque des grenouilles de bénitier et des punaises de sacristie, de Jésus, du pape et de toute la quincaillerie bondieusarde chrétienne. Ajoutons qu’il est aussi vraisemblablement judéophobe parce qu’il se fout de Moïse et des prophètes. Et, pour faire bonne mesure, sans doute antisémite puisqu’il critique la politique du gouvernement israélien massacrant les populations civiles palestiniennes qui font tache sur " la terre sacrée "…
    Tout cela n’est que faux procès.
    Charlie est tout simplement anti-clérical.
    Par l’humour, la satire, l’ironie, il lutte contre tous les clergés : qu’ils soient chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes, shintoïstes, zoroastres, raéliens, j’en passe et des meilleures. Et si l’on regarde ce que publiait la presse française au moment de la séparation de l’Église et de l’État en 1905 on peut trouver que ses caricaturistes sont plutôt timorés comparés à leurs anciens… Le seul respect que l’on doive aux religions est le respect au sens étymologique : tenir à distance.
    Charlie ne publierait ses dessins que pour attirer le chaland que par une cupidité absolue, gouverné par l’idée de faire du fric, toujours plus de fric ! Inutile de souligner le grotesque de cette accusation quand on regarde la situation financière du journal et celle de ses journalistes. La sagesse des nations l’a dit une fois pour toutes : " Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ".
    Enfin Charlie serait " provocateur ", irresponsable, criminel en somme et récolterait ce qu’il a semé. C’est là le plus odieux des retournements de langage. Ou alors c’est provocateur par nature de dire le réel, de l’affronter, de le mettre en lumière. En leur temps Spinoza pour le judaïsme, Richard Simon, Renan, Loisy pour le christianisme et de nombreux auteurs musulmans des premiers siècles, Abou Navas, Al Hallaj, Al Razi ont été eux aussi accusé d’être des provocateurs et ostracisés. A leur mesure les journalistes de Charlie Hebdo sont dans le même sillage… celui de la raison critique, de l’intelligence contre l’obscurantisme.
    On présente le monothéisme comme un progrès par rapport au polythéisme ; espérons qu’après le monothéisme et son dieu unique un autre progrès nous conduise à l’athéisme. Il ne suffit pas d’en finir " avec le Jugement de Dieu " comme le préconisait Antonin Artaud, il faut en finir avec l’idée de dieu et le fleuve de sang qu’il charrie derrière lui. Encore et toujours le curé Meslier : " l’homme sera libre lorsque le dernier des rois sera étranglé avec les boyaux du dernier prêtre."
    Gérard Mordillat, 12 janvier 2015

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    gramophone

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    Re: VOUS FAITES ERREUR, JE NE SUIS PAS CHARLIE…

    Message par gramophone le Mer 21 Jan - 10:28

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    Re: VOUS FAITES ERREUR, JE NE SUIS PAS CHARLIE…

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