LIBRE DISCUSSION DANS LES COULISSES DE DEMAIN

Débattons en toute liberté, dans le respect de l’autre, sur tous les sujets qui composent notre société : politique, économie, environnement, religion, philosophie, paranormal, sciences, famille, santé, mode, sexualité, loisirs, sports, divertissements…

Derniers sujets

» L’université ne peut être réservée aux riches
par bye Mer 12 Déc - 15:31

» À propos de la vidéo de Mantes-la-Jolie « Ne se mettre à genoux que pour cueillir une fleur » J. Prévert
par bye Lun 10 Déc - 12:07

» Les Gilets jaunes : sur le chemin de l’école ?
par bye Mar 4 Déc - 12:30

» DÉCISION D’AIRBNB DE QUITTER LES COLONIES ILLÉGALES D’ISRAËL : UNE VICTOIRE PARTIELLE POUR LES DROITS HUMAINS ET CONTRE L’IMPUNITÉ
par bye Mer 28 Nov - 20:18

» Le service national contre l’ennemi de l’intérieur
par bye Lun 26 Nov - 13:19

» SÉDENTARITÉ, POLLUTION, CLIMAT, SANTÉ… IL Y A URGENCE !
par bye Sam 24 Nov - 9:06

» c'est jaune c'est moche et ça peut vous pourrir la vie
par bye Sam 17 Nov - 10:17

» Maudite soit la guerre, le syndicalisme et la solidarité sont nos armes
par bye Mer 14 Nov - 15:29

» Rapatriement des Rohingya : vives inquiétudes et forte mobilisation des acteurs humanitaires
par bye Mar 13 Nov - 18:49

» Bien nommer les choses
par bye Lun 12 Nov - 12:22

» Situation migratoire en Méditerranée : quelles réponses européennes ?
par bye Mer 7 Nov - 19:41

» Les adultes oublient
par bye Lun 5 Nov - 9:30

» « Un buzz malveillant à des fins politiques et commerciales. » À propos du livre Inch’ Allah. L’islamisation à visage découvert. Par Véronique Decker.
par bye Jeu 1 Nov - 13:12

» LE DROIT D’ASILE EN EUROPE VICTIME DE LA POLITIQUE MIGRATOIRE
par bye Mer 31 Oct - 19:08

» Stop Autisme Virtuel L’autisme provoqué par les écrans, ça n’existe pas ! Halte aux théories infondées !
par bye Mar 9 Oct - 12:24

» Rapport des enquêteurs de l’ONU sur la Birmanie : crimes de masse, impunité et transition démocratique à l’arrêt
par bye Mar 2 Oct - 14:36

» Service national universel : surveiller et soumettre
par bye Mar 25 Sep - 10:57

» Un peu moins pauvre ?
par bye Mar 18 Sep - 11:21

» Clément Méric, ni oubli ni pardon
par bye Lun 10 Sep - 12:52

» Liberté de la presse en Birmanie : deux pas en avant, trois en arrière
par bye Mer 5 Sep - 8:49

» Rohingya : un an après... si peu d'avancées 
par bye Ven 24 Aoû - 18:59

» Le Festival de Douarnenez consacre deux journées à la Fédération de la Syrie du nord
par bye Mar 3 Juil - 14:19

» Pour une autre formation professionnelle
par bye Mer 27 Juin - 14:07

» Violences policières, violences d’Etat
par bye Mer 27 Juin - 13:56

» migration internationale
par bye Mar 26 Juin - 19:25

» Guyane : non à la Montagne d’or !
par bye Mar 12 Juin - 18:05

» Crime raciste en Calabre
par bye Ven 8 Juin - 12:17

» Les premiers chiffres de PARCOURSUP : une génération sacrifiée ?
par bye Lun 4 Juin - 17:42

» LES ONG DÉVOILENT LEUR PROJET DE LOI D’AVENIR POUR LES TRANSPORTS ET LA MOBILITÉ
par bye Mar 29 Mai - 18:01

» NE JAMAIS RECHERCHER D’ADHÉSION
par bye Mar 22 Mai - 14:38

» Kanaky, quand le peuple voulait s’éduquer lui-même...
par bye Lun 14 Mai - 10:04

» Anarchisme, éducation et pédagogie
par bye Lun 7 Mai - 13:15

» Cours libres - Debout ! Debout ! C’est maintenant que ça se passe...
par bye Dim 15 Avr - 9:08

» fascisme pas mort, hélas!
par bye Ven 6 Avr - 11:52

» Notre Dame des Landes ou l’art des grands projets inutiles
par bye Mar 3 Avr - 19:20

» MÉDECINS ET ASSOCIATIONS UNISSENT LEURS VOIX POUR RAPPELER L’URGENCE D’AGIR FACE À LA POLLUTION DE L’AIR
par bye Mer 28 Mar - 18:19

» BOMBARDEMENTS AU PROCHE ET MOYEN ORIENT : EXIGEONS LE RESPECT DU DROIT INTERNATIONAL PAR TOUS
par bye Jeu 22 Mar - 18:08

» Manifestation kurde anti-Erdogan à Bruxelles
par bye Mar 20 Mar - 7:23

» Les cigarettes électroniques, plus dangereuses que bénéfiques ?
par bye Mar 20 Mar - 7:13

» La métamatière et les créations
par Claude De Bortoli Jeu 15 Mar - 11:43

» Scandale sexuel : Oxfam présente ses excuses aux autorités haïtiennes
par bye Ven 9 Mar - 18:50

» SDF, il avait volé des sandwiches dans la poubelle d’Atac
par bye Ven 9 Mar - 18:40

» Malgré l’austérité, la France va dépenser 37 milliards pour son réarmement nucléaire
par bye Ven 9 Mar - 18:31

» La pauvreté s’installe...
par bye Mar 6 Mar - 10:58

» large victoire des grévistes d’HEMERA - HOLIDAY INN
par bye Ven 16 Fév - 10:40

» jeunes à la rue dans le grand froid : faire connaitre est déjà un combat
par bye Mer 14 Fév - 18:07

» National ou civique ou militaire : en arrière-plan du service obligatoire, la militarisation des élèves
par bye Lun 5 Fév - 13:03

» ARRIVÉES ET DEMANDES D'ASILE EN BAISSE EN 2017 EN EUROPE
par bye Mar 30 Jan - 18:29

» Les véritables enjeux des réformes éducatives de Jean-Michel Blanquer
par bye Mar 30 Jan - 15:00

» Contre la sélection à l’université : "On veut de l’inattendu !"
par bye Mar 23 Jan - 19:19

» Les policiers français ont abattu 18 personnes en 2017
par bye Ven 19 Jan - 7:43

» Acheter permis de conduire français
par Pipoinzaghi Mar 16 Jan - 16:02

» Journée internationale des droits de l’Homme : en Birmanie des espoirs déçus
par bye Sam 6 Jan - 7:52

» Tapis dans le bocage : la vérité sur les armes secrètes des "zadistes"
par bye Ven 29 Déc - 14:32

» Victoire du Secours populaire contre le maire F.N. d’Hayange
par bye Mer 20 Déc - 21:28

» Peut-on renvoyer les demandeurs d’asile vers des « pays tiers sûrs » ?
par bye Mar 19 Déc - 19:52

» Une montée des violences envers les migrants à travers l'Europe :
par bye Ven 15 Déc - 18:54

» Défendre et renforcer les CHSCT !
par bye Mar 5 Déc - 12:59

» Nuage de Ruthénium-106 sur l’Europe : que s’est-il réellement passé ?
par bye Mar 28 Nov - 12:35

» Dossier sur "l’affaire du stage de Sud éduc 93"
par bye Lun 27 Nov - 12:34

» Appel de Raymond Millot : Un projet émancipateur face aux dangers de l’anthropocène
par bye Mar 21 Nov - 12:54

» Les émissions de CO2 repartent à la hausse
par bye Ven 17 Nov - 17:05

» l’idéologie du consentement, outil d’émancipation ou d’isolement individuel ?
par bye Lun 13 Nov - 12:21

» Droit au logement opposable : le bilan chiffré 2008-2016
par bye Jeu 9 Nov - 20:02

» La rétention des « dublinés », dans l’attente d’un transfert, est contraire au règlement Dublin
par bye Lun 6 Nov - 18:33

» Face à la situation en Catalogne
par bye Mer 1 Nov - 11:33

» ACTUALITÉ SOCIÉTÉ ET POLITIQUE
par bye Sam 21 Oct - 10:37

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:32

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:32

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:31

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:31

» Bus de la honte : ne laissons pas l’avenir aux réactionnaires
par bye Sam 14 Oct - 12:44

» La métamatière et le peuple
par Claude De Bortoli Ven 6 Oct - 9:27

» Vers un retour du délit de solidarité ?
par bye Sam 30 Sep - 6:45

» Dossier : de l’École capitaliste à l’éducation émancipatrice
par bye Mer 13 Sep - 19:07

» Education : le « désastre » d’un enseignement tiré vers le bas...
par bye Lun 4 Sep - 12:13

» Offre de prêt entre particuliers rapide en 72h
par BastienL Dim 13 Aoû - 19:49

» Jean Gadrey, économiste : “Il faut remettre la réduction du temps de travail au cœur du débat public”
par bye Mar 8 Aoû - 19:04

» Le « chavo-madurisme » n’est rien moins qu’une dictature pure et simple
par bye Dim 6 Aoû - 18:52

» Gel des postes et du budget de l’éducation nationale : non, cette école ne nous convient pas !
par bye Mer 12 Juil - 13:56

» G 20 Hambourg
par bye Lun 10 Juil - 11:51

» Handicapée, je ne peux continuer à enseigner dans mon académie
par bye Mer 5 Juil - 6:21

» Pour une éducation populaire féministe
par bye Lun 12 Juin - 18:20

» La CNT a écrit aux Éditions Belin
par bye Mar 6 Juin - 10:20

» Blanquer ministre de l’Education nationale : au secours, Sarkozy revient !
par bye Jeu 25 Mai - 11:08

» L'accaparement des terres en Birmanie
par bye Mer 17 Mai - 18:42

» Un enseignant kurde témoigne...
par bye Lun 15 Mai - 17:50

» La métamatière et le Roi de la Terre
par De Bortoli Claude Mar 2 Mai - 9:52

» Au-delà des élections
par bye Mer 26 Avr - 17:26

» Les Etats-Unis ont utilisé leur plus puissante bombe non-nucléaire en Afghanistan, une première
par bye Dim 23 Avr - 18:35

» « Pourquoi nous sommes en grève de la faim dans les prisons d’Israël »
par bye Dim 23 Avr - 18:31

» « Enculé, ordure ! ». Philippe Poutou insulté par les flics
par bye Dim 23 Avr - 18:25

» La Sécurité sociale, une assistance ou un droit ?
par bye Dim 23 Avr - 18:22

» Birmanie: pour établir un mécanisme indépendant de réexamen de tous les cas de prisonniers politiques
par bye Ven 21 Avr - 6:02

LE SITE

Dans Les Coulisses de Demain

FORUMS & SITES AMIS

FORUM EST INSCRIT SUR


    Un enseignant kurde témoigne...

    Partagez
    avatar
    bye
    Administratrice

    Masculin
    Nombre de messages : 8823
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Un enseignant kurde témoigne...

    Message par bye le Lun 15 Mai - 17:50

    Un témoignage terrible... A diffuser largement, c’est la première marque de solidarité avec nos collègues , et l’ensemble du peuple kurde .

    Comment vas-tu ? Ce n’est pas une question anodine comme on a l’habitude de poser au quotidien, mais plutôt : comment vas-tu réellement par ces temps-ci ?
    En ce moment, dans ce pays qui va bien ? Je serais curieux de le savoir. Ceux et celles qui se rendent compte de ce qui se passe autour d’eux sont malheureux. C’est évident. Et moi je fais partie de ces gens qui vont mal. Parce que plus personne n’a d’espoir dans ce pays. Chacun.e cherche des chemins pour fuir ce pays. C’est plus un pays, mais c’est un parc d’attraction. La Turquie est en train d’avancer sur les mêmes pas que la Syrie et l’Irak. Pour ces raisons, je ne suis pas en forme. Avec ma compagne on voulait avoir 3 ou 4 enfants, mais comme on voit que nos enfants n’ont aucun avenir, on a donc arrêté de vouloir concrétiser ce projet. La situation en est là.
    Au moment où j’ai reçu vos questions par mail, ma compagne, ma sœur, un grand nombre d’autres membres de la famille, ainsi que des amis, ont perdu leurs emplois. Nous avons passé des jours très durs. Toute notre vie a été chamboulée et mis à mal économiquement et psychologiquement. C’est seulement ces dernières semaines que l’on a enfin pu reprendre nos emplois. Je donnerais plus de détails sur ce sujet sur les prochaines questions à venir.

    Tu as été licencié ? Comment cette prise de décision s’est faite ? Comment ton licenciement a été mis en place ? Est-ce que c’est dû aux suites de la tentative de coup d’État de juillet dernier ? Et ta compagne comment va-t-elle ? Quelle est sa situation ?
    Au début, à la suite de la tentative de coup d’État, le 1er ministre, Binali Yildirim a annoncé que « les enseignant.e.s du Sud-est qui sont sympathisant.e.s avec le PKK seront licencié.e.s. » L’État voulait tou.te.s nous licencier, mais il n’a pas réussi à mener son projet à terme. Nous n’avons été licencié.e.s que sur une période restreinte. Mais à cette occasion, un grand nombre d’ami.e.s ont subi des perquisitions musclées et des tortures ont été faites sur les femmes et les enfants. Des armes ont été pointées sur la tempe des enfants et des femmes. Des maisons ont été pillées par les forces de police. 14 de nos ami.e.s ont été arrêté.e.s et plusieurs d’entre-eux ont été mis en garde à vue durant cinq jours sans avoir le droit à un avocat.
    Depuis un an et demi nous avons manifesté puis mené des actions dans un climat identique à celui qui existe depuis la mise en place de l’État d’urgence en juillet 2016. Et un grand nombre de nos ami.e.s ont été arrêté.e.s pour avoir participé de loin ou de près à ces manifestations-là. Plus de 80 personnes ont été licenciées à Amed, et plus de 2000 environ ont été licenciées dans tout le Sud-est.
    Mais ces décisions ont été, semble-t-il, planifiées bien avant la volonté de nous réprimer du fait des actions politiques que nous avons menées et suite aux déclarations d’autonomie des villes et quartiers qui ont eues lieu fin 2015 à Sur, Cizre, Idil, Yüksekova et Nusaybin. Le coup d’État a simplement solidifié leur projet et accéléré le processus de nos licenciements.
    L’AKP avait déjà listé nos noms, puis une fois le coup d’État passé, il s’est focalisé sur nous.
    Pendant cette période ma femme a vraiment subi des violences. Psychologiquement elle allait très mal. Ce n’est que maintenant qu’elle commence à s’en remettre. Moi j’ai pas du tout été touché par tout ça bien sûr (rire) ! Ce que je veux dire, c’est qu’en réalité, pendant cette période, ce sont surtout les femmes qui ont beaucoup enduré. Un exemple : deux femmes – deux sœurs – ont été arrêtées et mises en prison et leurs enfants sont restés sans personne. Ou un autre : un ami est en prison, et sa compagne est malade, elle a un cancer. Elle doit s’occuper de leurs deux enfants. Et elle est aussi dans le collimateur de la répression économique, avec le risque de perdre son emploi. Toute l’année, elle essaye de vivre entre son cancer, la prison, l’hôpital, l’école et son travail. La situation ici est très difficile.

    Est-ce que les écoles sont-elles toujours ouvertes ? Quelle est la situation des enfants ? Comment vivent-ils la situation actuelle ?
    Oui, les écoles sont ouvertes. Quand nous avons été licencié.e.s, des menuisiers, des « agents » [flics infiltrés, indics…], des policiers sans emploi, des hommes religieux, et d’autres encore ont récupéré les enfants pour les former à leur façon. Les enfants ont beaucoup souffert et ont subi de nombreuses humiliations. Mais depuis le retour à nos postes dans les écoles, les enfants retrouvent une meilleure éducation. En réalité, ils voient et savent tou.te.s ce qu’il en retourne. Et ils sont aussi très attachés à leurs institutrices et instituteurs. En ce moment ils sont heureux, mais combien de temps va durer cette situation ? De cela, nous n’avons aucune garantie.

    Comment la ville d’Amed tient économiquement et matériellement ? Comment s’en sort la population de la « capitale du Kurdistan » ?
    La population vit un anéantissement économique. Les gens se sont précarisés et ont perdu plus de 30 % de leur pouvoir d’achat dans tout le pays. Tout le poids économique est sur le dos de la classe moyenne et des plus pauvres. Et pendant ce temps le gouvernement turc marche avec la mafia en commercialisant de la drogue. C’est comme ça qu’il essaye de sauver l’économie du pays. En exportant de la drogue vers l’Europe. [??]

    Et quelle est la situation dans la ville ? Est ce qu’il y a toujours du monde pour prendre la rue et manifester ? Et les gens ont-ils toujours autant d’espoir qu’il y a un an ?
    Amed est très silencieuse. La dernière action de résistance est le fait qu’un véhicule de police a explosé et a été projeté dans les airs par une bombe artisanale. Il y a eu quelques policiers morts et quelques autres blessés. En dehors de ça, Amed est très silencieuse. Il n’y a plus d’activités de protestation. La dernière protestation avait été menée par les enseignant.e.s. C’est seulement la nuit, que certain.e.s jeunes reprennent des actions à leur façon. Les espoirs sont dans les montagnes, sous la neige. La population attend que l’espoir descende dans les villes.

    Le HDP est dans quelle situation ? Qui remplace les maires ? Et avez vous des nouvelles des député.e.s emprisonné.e.s ?
    Tout les membres actifs du HDP et du DPB, les cadres, les élu.e.s, les député.e.s, les maires, les chefs de commune, les employé.e.s des communes HDP, ont tou.te.s été licencié.e.s, emprisonné.e.s, et/ou exilé.e.s. Avec l’aide des forces armées, l’État a mis à la place ses hommes, dans les mairies, en confisquant et en dérobant les postes par la force. En ce moment, ce sont eux qui dirigent les mairies.
    Le peuple, en utilisant les « voies légales », était parvenu à instaurer une administration locale. Mais il s’est vu dérober ses droits par le sultan Recep Tayyip Erdoğan et ses sbires AKP’ci djihadistes terroristes. Le parti kémaliste CHP a affiché son soutien face à l’appropriation de nos mairies, et l’arrestation de nos élu.e.s et des membres du HDP/DBP. Le parti nationaliste MHP veut notre disparition.
    Et, oui, nous avons des nouvelles de nos député.e.s qui sont en prison et des autres prisonnier.e.s aussi. Tou.te.s sont enfermé.e.s dans le Sud-est de la Turquie. Tant que la Turquie nous laisse le droit d’avoir des nouvelles, on en a. Mais leurs vies restent en danger.

    Quelle place prend l’armée et la police dans les rues d’Amed ? Sont-elles moins présentes, ou au contraire, sont-elles plus visibles et omniprésentes ? Tu peux nous en dire plus ?
    A Amed, la police et les militaires sont dans les commissariats ou dans leurs casernes. Ils sont également présents dans leurs véhicules blindés qui sillonnent les rues. Après le 15 juillet 2016, date de la tentative coup d’État leur nombre a beaucoup diminué. Un grand nombre ont été arrêtés, tués, licenciés, ou se sont enfuis dans d’autres pays. Mais l’AKP essaye de faire venir des nouveaux policiers et militaires. En ce moment l’État a peu de marge de manœuvre à Amed. Le peuple ne veut plus vivre avec le gouvernement. Moi aussi je ne veux pas.

    Dans quel état est le quartier historique de Sur ? Les habitant.e.s de Sur, à moitié rasé par les bombes et les bulldozers de l’État turc, où sont-ils allés ? Comment vivent-ils ? L’État s’est-il retiré de Sur, ou bien a-t-il encore la main mise ?
    Le couvre-feu à Sur continue toujours. Les maisons des habitants ont été totalement détruites par les engins de l’État. Il veut arnaquer les gens en leur donnant une modique somme d’argent en dédommagement de leur expropriation. Beaucoup d’habitant.e.s ont porté plainte contre l’État, et continuent encore. Pour la plupart d’entre eux, ils vivent dans d’autres quartiers. Un grand nombre essayent d’ouvrir à nouveau des petits commerces, mais ça reste très difficile à réaliser. Tout le monde s’est retrouvé dans une précarité accélérée. Et il n’y a plus les anciens maires pour aider et soutenir. L’association de solidarité, Rojava Dernegi, a été fermée. Toute les associations d’aide ont été fermées. Tout le monde essaye de rester debout, et de continuer à survivre. L’État sous la protection de l’ONU construit des commissariats. Il continue de détruire les bâtiments et maisons qui n’ont subis aucun dégât, pour rendre Sur inhabitable et inhumaine. Et les organisations djihadistes ont le contrôle dans ces lieux. Nous, on ne va plus là-bas. Sur, le trésor de notre culture et de notre âme est en train d’être mis à néant. Et cette décision est prise par l’ONU qui reste silencieux.

    L’État a organisé un black-out médiatique. De quel façon cela affecte l’organisation de la résistance. Est ce que l’information continue à circuler d’une manière ou d’une autre ?
    Oui, effectivement, l’État bloque les médias. Tous les médias d’opposition ont soit été fermés soit été réquisitionnés. Bien sur qu’elle a des effets. L’État a maintenant totalement le contrôle. Mais des médias d’opposition continuent de diffuser, notamment par l’Europe (télévisions, radios, journaux). D’une certaine façon ça vient casser ce black-out.
    Il y a aussi une grande pression sur les utilisateurs des réseaux sociaux, une vraie stratégie de la terreur. Plus de 15 000 utilisateurs ont été convoqués pour des interrogatoires. 5 000 personnes ont été mises en garde à vue, et environ 3 000 ont été arrêtées. Des centaines de personnes ont perdues leurs travail. Mais malgré tout cela, l’information, les échanges continuent à se faire par le biais de Twitter, Telegram et Signal. Vous pouvez vous aussi installer Signal comme ça on discutera avec plus de sécurité. Mais je reste préoccupé pour ce qui est de la diffusion des informations en général. Je doute fort que tout le monde y est accès. Quand tu sais que plus de 170 journalistes croupissent en cellules dans ce pays, est-ce qu’on peut croire que l’information circule paisiblement ? Non !

    La Turquie veut également casser le mouvement économiquement, en détruisant les villes, en coupant les aides des associations. Face à cela, quels types de réponses sont apportés ? Cette situation ne démoralise-t-elle pas les gens ? Et au niveau international, quelle solidarité peut-on envisager ?
    L’État veut casser le mouvement de libération au Kurdistan. L’État parle souvent du « modèle du Sri Lanka ». La formule qu’il utilise est : « Les mettre à genoux » ! Si on se réfère au plan du régime, l’idée c’est la destruction des villes, 40 000 personnes qui vont mourir, 150 000 qui seront blessés, et 2 millions qui devront quitter leur habitats pour aller ailleurs, et qui donc seront déplacées. Mais le PKK est descendu dans les villes pour s’opposer et pour se battre contre ce projet, en tuant plus de 15 000 policiers et militaires. Pour autant le danger est toujours là, et perdure. C’est pour ça que les gens sont très inquiets et malheureux.
    Dans un premier temps, en Europe, il faut que la diaspora kurde, les militants, les associations, les États, les syndicats, et le large public sachent ce qu’il se passe ici, il faut les informer avec tous les supports – par la radio, la télévision, par la presse papier. Les droits humains les plus fondamentaux sont bafoués, des massacres sont perpétrés au Kurdistan. Puis dans un deuxième temps, il faut réussir à faire venir des groupes de personnes d’Europe pour faire les constatations directement ici, sans qu’elles soient emprisonnées ou renvoyées dans leur pays.
    Troisièmement les États devraient aider les kurdes militairement, en envoyant des tanks, des armes lourdes, des véhicules blindés. Nous sommes aussi près à payer les armes s’il le faut. On a besoin de matériel militaire, armes et véhicules. Si les kurdes, les YPG, YPJ, le PKK, les YBS, ou les SDF perdent, alors les djihadistes continueront à perpétrer des bains de sang en Europe. Car la sécurité de l’Europe passe par le Kurdistan en ce moment. Ce n’est pas à Erdogan et à ses sbires fascistes qu’il faut faire confiance. C’est aux femmes et aux hommes kurdes qui se battent au quotidien.

    Est-ce qu’il y a des nouvelles des guerillas ? Comment vont-ils ? Comment vont-elle ? Quelle est leur stratégie ces derniers temps ?
    Il y a des guerillas partout. Eux/elles vont bien. Et la guerilla ne parle à personne de ses stratégies.
    Cette répression sans limite et sans fin ne divise-t-elle pas les gens ? Dans les cafés, les parcs, et les maisons de quoi discutent-ils ? Que pensent les gens de la situation actuelle ? Quel est le sentiment partagé : la désillusion, la tristesse, la lutte, la séparation ?
    Bien-sûr que la répression a un effet sur les relations entre les gens. Ces temps-ci, on vit le moment du nazisme allemand, du franquisme d’Espagne, du mussolinisme d’Italie… Il n’y a aucune différence. Personne n’a, actuellement, de sécurité quant à sa dignité, à ses biens matériels, à sa vie. Les gens sont très en colère. Et cette colère bientôt explosera.

    Merci pour tes réponses. As-tu quelque chose à rajouter ?
    Je voudrais rajouter quelque chose qui m’appartient. Prochainement en Turquie il va y avoir un coup d’État. Le sang va encore couler. Au nord de la Turquie, les AKP’ci pro-Erdoğan et les CHP’ci vont s’affronter. Après la tentative de coup d’État du 15 juillet, une vague de violence qui vient de très profond a commencé à venir nous frapper. La Turquie va complètement se diviser. Les migrant.e.s vont se multiplier et se rendre en Europe. L’Europe doit s’y préparer. La guerre est devant la porte de l’Europe. Je pense que le PKK va prendre le contrôle, dans cette situation-là, des villes et des villages du sud de la Turquie et du Rojava.

    http://www.questionsdeclasses.org/?Un-enseignant-kurde-temoigne

      La date/heure actuelle est Sam 15 Déc - 17:38