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    Georges Mauvois

    Message par admin le Lun 12 Mai - 10:47


    Georges Mauvois est né le 28 janvier 1922 à Fort-de-France (Martinique), d’un père policier municipal et d’une mère petite commerçante.

    Il reçoit une éducation stricte, est un élève brillant au lycée Schœlcher, où il étudie le grec, le latin, les lettres et la philosophie.

    Sa carrière d’activiste politique précède sa carrière littéraire. Dans les années 1960, il est nommé membre du Comité Central, dirigeant du P.C.M. (Parti Communiste Martiniquais).

    Syndicaliste et militant politique engagé, Mauvois est déplacé d’office en France en 1962 par les autorités politiques françaises, mais il refuse de quitter la Martinique et se voit révoqué des P.T.T. où il était cadre supérieur. Cette période d’inemploi lui offre le loisir de se mettre à l’écriture.

    Il commence sa carrière de dramaturge par la pièce Agénor Cacoul (1966). Largement influencée par le théâtre de Molière, Agénor Cacoul aborde le sujet de la corruption du pouvoir politique.

    Mauvois se reconvertit ensuite dans l’apiculture avant de reprendre des études de droit et de rentrer au barreau. Ce n’est que dans les années 1980 qu’il revient au théâtre, un théâtre critique vis-à-vis du pouvoir français et de l’aliénation de ses compatriotes dont il se moque assez souvent de façon comique, voire farcesque. Mauvois fait la satire de la société coloniale, et souhaite réveiller les consciences.

    Il joue habilement des deux langues (créole et français) soit séparément (certaines pièces sont uniquement créolophones ou francophones), le plus souvent en alternance. Défenseur invétéré du créole, Georges Mauvois a traduit en créole l’Antigone de Sophocle et le Dom Juan de Molière, pièces qui n’ont pas été mises en scène.

    Son théâtre a été principalement joué en Martinique par des troupes locales ; Bérard Bourdon et sa troupe « Pouki pa téat », ainsi que Élie Pennont du C.D.R. (Centre Dramatique Régional) sont les principaux metteurs en scène des pièces de Mauvois.

    Dans une pièce historique (en français), Ovando, Georges Mauvois revisite de manière originale le passé de la conquête espagnole de Saint-Domingue, en tentant de renverser le cours de l’histoire.

    Mauvois est également l’auteur de recueils de contes, de sketches et d’une biographie romancée.

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    Monchoachi

    Message par admin le Lun 12 Mai - 10:51

    Monchoachi naît en 1946 au Saint-Esprit, vit aujourd'hui à la montagne Vauclin (Martinique).

    Des consonnes énigmatiques pour nommer ce poète, dont le livre de chevet pourrait bien être Éloge de l'ombre de Tanizaki... Donc pas question de chercher à lever le voile.

    Plusieurs voies peuvent néanmoins être empruntées pour qui en veut savoir plus que ce que donne l'œuvre, à profusion. Un rebelle qui résista à l'asservissement des Blancs serait l'éponyme de Monchoachi (?), une rue de la ville de Rivière Pilote, en Martinique, porte le nom de ce marron*.

    Monchoachi peut aussi avoir quelque lien avec « semer » puisqu'en langue caraïbe, il signifie « maïs ».

    Enfin, Monchoachi pourrait aussi bien désigner « celui qui se réfugia dans la montagne » à la manière d'un célèbre mythe indien.

    S'agissant de l'œuvre, exigence et résistance à toutes formes d'asservissement aboutissent à une langue poétique d'une rare éloquence qui exige du lecteur d'être en situation d'accueillir et de recueillir des paroles qui disent bien plus que les mots ne sont accoutumés à dire.

    Dans un monde vide de sens mais encombré d'objets et d'images veules, l'œuvre de Monchoachi, conformément à ce qu'on attend d'une vraie parole poétique, devient une source jaillissante où s'abreuver, et aussi une lumière obscurcissant le monde réel pour révéler l'ailleurs, présent ici même.

    La poésie de Monchoachi, qu'elle soit en langue créole, ou en langue française, se nourrit fortement du rapport au monde qu'instaure la parole créole.

    Dans le monde moderne (une tyrannie qui porte le doux nom de Liberté) où le Pacte du progrès a été scellé par une succession d'asservissements : asservissement du corps à l'esprit, de la pensée à la raison, de l'art à la technique et cetera, Monchoachi trouve dans la langue créole notamment par la forte prééminence accordée au corps, une vitalité, une richesse qui instaurent la langue comme lieu de résistance.

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    Re: La MARTINIQUE

    Message par admin le Lun 12 Mai - 11:11

    *Les noirs (nègres) marrons sont des esclaves originaires des terres d’Afrique qui, refusant leur condition servile, s’échappaient dans les bois et les montagnes des îles. Les fuyards recréaient des sociétés libres, en lutte contre les puissances coloniales. Je voulais faire un petit rappel sur l'existence de ces femmes et de ces hommes qui semblent avoir été oubliés de l'Histoire.

    Marronner, c’est s’enfuir. Le terme dérive du mot espagnole « Cimarron », lui-même emprunté au langage des amérindiens Arawaks, les premiers habitants des Antilles.

    Au XVIe siècle, alors que le royaume hispanique étend son Empire de la Caraïbes aux Philippines, le mot s’emploie couramment pour désigner les animaux domestiques redevenus sauvages.

    Par extension, « cimarron » désigne les esclaves fuyards qui deviennent des « marrons ».

    Dans l’imaginaire colonial français, espagnol, hollandais et anglais, le marron symbolise donc le domestique retourné à l’état sauvage, la bête rebelle, farouche et dangereuse...

    Dès les premières années de la traite négrière, les esclavagistes furent confrontés à la résistance des Africains captifs.

    Depuis les comptoirs, du fond des cales des navires jusqu’aux ports coloniaux, les rébellions freinaient ce trafic insoutenable qu’est la traite.

    Mais, c’est au coeur même des plantations que les tentatives de subversions furent les plus suivies.

    Une fois arrivés, les esclaves se voyaient assignés aux travaux des champs de cannes ou à l’entretien de la propriété du maître.

    Au cours d’une journée de travail ou d’une nuit sombre et calme, certains profitaient de l’inattention des gardes pour s’échapper.

    Une fuite au risque de mille périls, au cœur des bois, dans les profondeurs des forêts ou sur les hauteurs des montagnes, sans garantie d’avenir sinon l’espoir éphémère de la liberté.

    Martinique et résistance
    Très tôt, à la Martinique, les esclaves se firent marrons.

    Un marronnage si développé qu’en 1660, l’administration coloniale affronte plus de 400 marrons sur les 110 000 esclaves africains que recense l’île.

    Parmi eux, Francisque Fabulet, qui devint une légende pour ses deux années de fuite dans les forêts, ralliant au fil des mois une authentique armée rebelle.

    Traqué, il dû se rendre après que la liberté lui fut promise et jeté aux galères pour « tentative collective de marronnage ».

    Les soldats coloniaux réquisitionnés pour ces chasses racontent la violence des sanctions infligées aux fugitifs.

    Une répression officialisée et encouragée par le Code noire en 1685.

    En guise de punition, tout marron repris pouvait être « écartelé, immolé, avoir les oreilles et le jarret coupé, être marqué au fer ou exécuté ».


    Les résistants comme Séchou ou Fabulet constituaient donc un espoir pour les plus résignés des esclaves et inspiraient une telle peur aux planteurs qu’ils marquèrent l’imagination au point de donner naissance à de véritables mythes fondateurs.

    De Véritables Héros (à l'instar bien plus tard, sous l'occupation nazi, d'un Jean Moulin...) que l'Histoire ne peut pas, ne doit pas oublier...
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    Re: La MARTINIQUE

    Message par bye le Sam 25 Juin - 6:39

    Il est urgent d’être fidèle à l’humanité : Frantz Fanon, 50 ans après

    Le 6 décembre 2011, 50 ans auront passé depuis la mort de Frantz Fanon. Partout dans le monde des gens se réunissent dans les universités, les bureaux des syndicats, les bidonvilles, les prisons, les salles paroissiales et autres endroits où les gens essaient de réfléchir ensembles pour se pencher sur le message d’un homme extraordinaire et sur les luttes que nous menons ici et maintenant.

    Fanon est né en Martinique dans les îles Caraïbes françaises en 1925. L’île avait été colonisée par les Français qui avaient exterminé la population indigène et amené des esclaves d’Afrique noire et des travailleurs sous contrat indiens pour cultiver la canne à sucre. La conscience politique de Fanon s’éveilla à l’âge de 14 ans quand en 1939 il eut l’incroyable chance d’avoir pour professeur au lycée le grand poète et intellectuel anti-colonial, Aimée Césaire. L’année suivante, 5 000 marins français loyalistes du régime pro-Nazi de Vichy, sont arrivés sur l’île et les Martiniquais noirs qui s’étaient souvent crus Français se sont soudain trouvés confrontés à un racisme agressif, grossier et souvent aviné. Fanon qui était adolescent, a étonné ses amis en se jetant dans l’action le jour où il a surpris des marins français en train de battre un de ses compatriotes et il les a encore plus étonnés quand, à l’âge de 17 ans, il a quitté l’île et a rejoint en cachette les forces libres françaises qui combattaient le fascisme. Un des professeurs de Fanon avait dit à ses élèves que la guerre entre les blancs ne les concernait pas. Fanon l’a traité de crétin et a dit à ses amis : "Je m’engagerai toujours et partout pour défendre la liberté si elle est menacée".

    Mais les forces françaises libres ne se sont pas comportées de la même manière envers les soldats noirs. Fanon a reçu la Croix de guerre pour son héroïsme dans le combat mais les soldats noirs ont toujours été traités comme des soldats de deuxième classe et on a même nié leur rôle dans la victoire finale.

    Après la guerre, Fanon a étudié la médecine en France et il s’est spécialisé dans la psychiatrie. Il a publié son premier livre "Peau noire, masques blancs" en 1952 à l’âge de 27 ans. Le livre traite de ce que c’est que d’être noir dans un monde anti-noir. Il passe en revue les questions du langage, du désir sexuel, de la présence corporelle au monde, de la psychologie et des politiques d’identification à la lumière du rapport social aux noirs dans une société raciste, d’abord en Martinique puis en France. C’est un livre extraordinaire, à la fois beau et subversif, qui témoigne d’une fidélité absolue à l’idée de la liberté comme essence de l’humanité. Fanon a soumis son texte à ses examinateurs à l’université. Mais les universitaires sont souvent plus enclins à abrutir les jeunes gens qu’à encourager le libre épanouissement de leur intelligence et son travail fut rejeté. Certaines de ses figures de style inquiétaient ses éditeurs, mais quand on le questionnait sur un point particulier il donnait sa fameuse réponse : "Je ne peux pas mieux expliquer cette phrase. J’essaie, en écrivant cela, de toucher les nerfs de mon lecteur. C’est à dire, irrationnellement, presque sensuellement". Il est désormais universellement reconnu dans le monde académique que le racisme est une constituante fondamentale du monde moderne et que "Peau noire, masques blancs" est un des plus grands livres du monde moderne.

    En 1953, Fanon a obtenu un poste dans un hôpital psychiatrique de l’Algérie colonisée. Sa collègue, Alice Cherki, qui allait devenir sa collaboratrice et sa biographe rappelle que le racisme des blancs d’Algérie était "habituel ; il était imperturbable, manifeste et considéré comme entièrement naturel." de plus l’hôpital était dirigé davantage comme une prison que comme un endroit où on guérissait des gens. Fanon a tout de suite fait enlever les chaînes des patients et a essayé de faire de l’hôpital une communauté thérapeutique. En novembre 1954 une insurrection anticoloniale s’est déclenchée et Fanon s’est mis à travailler en secret avec le mouvement national de libération de l’Algérie le FNL au début de l’année suivante. Deux ans plus tard, il a écrit une lettre de démission à l’hôpital dans laquelle il disait en substance que la société coloniale était plus folle que ses patients. On lui a donné 48 heures pour quitter le pays et il s’est exilé à Tunis où il a édité le journal du FLN et a continué d’exercer la médecine. En 1959 il a écrit : "L’an V de la révolution algérienne " un livre qui étudiait la manière dont la lutte dynamise la culture. Le chapitre le plus connu de ce livre se penche sur l’instrumentalisation du voile et son rôle dans la résistance contre le colonialisme.

    En 1960, Fanon a été nommé ambassadeur du FLN au Ghana et il a voyagé dans un grand nombre de pays nouvellement indépendants du sud du Sahara pour représenter le mouvement algérien. A la fin de cette année-là il a découvert qu’il avait une leucémie. Il a immédiatement décidé d’écrire un nouveau livre, son dernier livre. Ce volume "Les damnés de la terre" a été écrit en dix semaines. Il s’ouvre sur la description d’une ville coloniale "un monde divisé en deux", passe à l’étude de ce qu’il appelle les mutations de la conscience qui accompagnent la lutte contre le colonialisme, et enfin il examine la crise des états post-coloniaux dans lesquels les gens qui ont lutté pour l’avènement de nouveaux régimes sont chassés de la vie politique active par une nouvelle élite plus prédatrice que salvatrice qui instrumentalise les mouvements de libération pour contenir les aspirations populaires et légitimer leurs machinations.

    Fanon pensait que la promesse des luttes de libération nationale ne pouvait être tenue que si la conscience nationale laissait place à la conscience sociale. Il considérait comme essentielle la seconde lutte, la lutte pour atteindre ce qu’il appelait une perspective humaine. Dans son dernier livre comme dans son premier, il reste d’une fidélité absolue à la valeur de la liberté humaine. Le livre fut tout de suite interdit de publication et Fanon est mort dans les semaines suivantes. Il fut enterré au cours des dernières batailles de la guerre d’Algérie dans une forêt des montagnes qui séparent la Tunisie de l’Algérie.

    L’oeuvre de Fanon a inspiré le mouvement de conscience noir de l’Afrique du Sud, les intellectuels emprisonnés aux USA et des gens du monde entier concernés par la question des luttes contre le racisme et le colonialisme ainsi que par la résistance contre les nouvelles élites qui avaient confisqué et détourné ces combats pour satisfaire leurs mesquines ambitions.

    Fanon n’aurait certainement pas voulu être considéré comme une autorité canonique hors du contexte de sa lutte et de son témoignage écrit. Au contraire il a constamment souligné, de son premier livre au dernier, qu’une pensée vivante devait toujours être un engagement dans une situation donnée.

    Mais 50 ans après sa mort, notre monde est à la fois étonnamment similaire et étonnamment différent du monde dans lequel Fanon vivait et luttait avec tant de passion brûlante. Ses remarques sur le pétrole de l’Irak qui a "supprimé tous les interdits et fait apparaître les vrais problèmes" et les Marines qui sont périodiquement envoyés à Haïti pour rétablir "l’ordre" sont toujours d’actualité. Sa description de la dégradation des luttes de libération nationale en pillage organisé est généralement considérée comme prophétique par ses nouveaux lecteurs d’Afrique du Sud.

    Mais même si le printemps politique d’Afrique du nord et du Moyen Orient et avant lui quelques mouvements en Amérique Latine ont certainement troublé la tranquillité qui a prévalu dans le monde ces trente dernières années, on est loin de l’Afrique en révolution dans laquelle Fanon écrivait. On est loin de l’époque, semble-t-il, où des gens comme Fanon et Lumumba trouvaient parfaitement raisonnable de se considérer comme faisant partie d’un combat plus large pour l’avènement d’une nouvelle Afrique. Ici en Afrique du Sud, la génération des grands hommes est remplacée par un ramassis de bouffons sans scrupules qui dirigent un état de plus en plus violent et prédateur et de technocrates impassibles peut-être capables de se consacrer à une organisation politique mais certainement pas à la défense de la liberté.

    Mais la résistance continue et 50 ans après Fanon nous exhorte toujours à ne pas abandonner la lutte dans cet espace social où les hommes et les femmes ordinaires peuvent encore remettre les choses en question et déployer la puissance et la sagesse d’un vrai projet politique.

    Depuis la mort d’ Édouard Glissant en février de cette année, il semble juste de dire que Patrick Chamoiseau, ce romancier inventif, est probablement l’intellectuel martiniquais le plus éminent. Dans son livre le plus célèbre, Texaco, il parle d’un prolétariat sans usines ni ateliers, sans travail ni patrons, balloté de petits boulots en petits boulots, noyé dans la survie et dont l’existence ressemble à une route parsemée de charbons ardents. C’est sur ce chemin, un chemin sur lequel il marche littéralement sur des charbons ardents et à travers les balles, des balles tirées par l’état, et au milieu des sacs plastiques pleins de diarrhée que la fidélité de Fanon envers l’humanité, toute l’humanité, doit être réaffirmée de toute urgence par notre génération.

    Richard Pithouse

    Richard Pithouse enseigne les sciences politiques à l’université de Rhodes en Afrique du Sud.

    Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/pithouse06172011.html


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