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    AIME CESAIRE

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    AIME CESAIRE

    Message par admin le Sam 12 Avr - 15:49

    Aimé Césaire est né le 26 juin 1913 au sein d'une famille nombreuse de Basse Pointe, commune du Nord-Est de la Martinique, bordée par l'océan Atlantique dont la «lèche hystérique» viendra plus tard rythmer ses poèmes. Le père est un petit fonctionnaire, la mère est couturière.

    Aimé Césaire, élève brillant du Lycée Schœlcher de Fort-de-France, poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au Lycée Louis Le Grand, à Paris. C'est dans les couloirs de ce grand lycée parisien que, dès son arrivée, le jeune Césaire rencontre Léopold Sédar Senghor, son aîné de quelques années, qui le prend sous son aile protectrice.

    Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, qu'il connaît depuis le Lycée Schœlcher, découvrent progressivement une part refoulée de l'identité martiniquaise, la composante africaine dont ils prennent progressivement conscience au fur et à mesure qu'émerge une conscience forte de la situation coloniale. En septembre 1934, Césaire fonde, avec d'autres étudiants antillo-guyanais et africains (Léon Gontran Damas, les sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal L'Étudiant noir. C'est dans les pages de cette revue qu'apparaîtra pour la première fois le terme de «Négritude». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l'oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d'une part le projet français d'assimilation culturelle et d'autre part la dévalorisation de l'Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l'honneur. Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. Il s'agit, au delà d'une vision partisane et raciale du monde, d'un humanisme actif et concret, à destination des tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu'on opprime ».

    Admis à l'École Normale Supérieure en 1935, Césaire commence en 1936 la rédaction de son chef d'œuvre, le Cahier d'un Retour au Pays Natal. Marié en 1937 à une étudiante martiniquaise, Suzanne Roussi, Aimé Césaire, Agrégé de Lettres, rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse, au Lycée Schœlcher.

    En réaction contre le statu quo culturel martiniquais, le couple Césaire, épaulé par René Ménil et Aristide Maugée, fonde en 1941 la revue Tropiques, dont le projet est la réappropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. La seconde guerre mondiale se traduit pour la Martinique par un blocus qui coupe l'approvisionnement de l'île par la France. En plus d'un situation économique très difficile, l'envoyé du gouvernement de Vichy, l'Amiral Robert, instaure un régime répressif, dont la censure vise directement la revue Tropiques. Celle-ci paraîtra, avec difficulté, jusqu'en 1943.

    La guerre marque aussi le passage en Martinique d'André Breton. Le maître du surréalisme découvre avec stupéfaction la poésie de Césaire et le rencontre en 1941. En 1944, Breton rédigera la préface du recueil Les Armes Miraculeuses, qui marque le ralliement de Césaire au surréalisme.

    Invité à Port-au-Prince par le docteur Mabille, attaché culturel de l'ambassade de France, Aimé Césaire passera six mois en Haïti, donnant une série de conférences dont le retentissement sur les milieux intellectuels haïtiens est formidable. Ce séjour haïtien aura une forte empreinte sur l'œuvre d'Aimé Césaire, qui écrira un essai historique sur Toussaint Louverture et consacrera une pièce de théâtre au roi Henri Christophe, héros de l'indépendance.

    Alors que son engagement littéraire et culturel constituent le centre de sa vie, Aimé Césaire est happé par la politique dès son retour en Martinique. Pressé par les élites communistes, à la recherche d'une figure incarnant le renouveau politique après les années sombres de l'Amiral Robert, Césaire est élu maire de Fort-de-France, la capitale de la Martinique, en 1945, à 32 ans. L'année suivant, il est élu député de la Martinique à l'Assemblée Nationale.

    Le député Césaire sera, en 1946, le rapporteur de la loi faisant des colonies de Guadeloupe, Guyane Française, Martinique et la Réunion, des Départements Français. Ce changement de statut correspond à une demande forte du corps social, souhaitant accéder aux moyens d'une promotion sociale et économique. Conscient du rôle de la départementalisation comme réparation des dégâts de la colonisation, Aimé Césaire est tout aussi conscient du danger d'aliénation culturelle qui menace les martiniquais. La préservation et le développement de la culture martiniquaise seront dès lors ses priorités.

    Partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris, Césaire fonde, dans la capitale française, la revue Présence Africaine, aux côtés du sénégalais Alioune Diop, et des guadeloupéens Paul Niger et Guy Tirolien. Cette revue deviendra ensuite une maison d'édition qui publiera plus tard, entre autres, les travaux de l'égyptologue Cheikh Anta Diop, et les romans et nouvelles de Joseph Zobel.

    En 1950, c'est dans la revue Présence Africaine que sera publié pour la première fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l'idéologie colonialiste européenne, que Césaire compare avec audace au nazisme auquel l'Europe vient d'échapper. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l'auteur qui met à nue les origines du racisme et du colonialisme européen.

    Peu enclin au compromis, Aimé Césaire, révolté par la position du Parti Communiste Français face à l'invasion soviétique de la Hongrie en 1956, publie une «Lettre à Maurice Thorez» pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qui a pour ambition d’instaurer «un type de communisme martiniquais plus résolu et plus responsable dans la pensée et dans l'action». Le mot d'ordre d'autonomie de la Martinique est situé au cœur du discours du PPM.

    Parallèlement à une activité politique continue (il conservera son mandat de député pendant 48 ans, et sera maire de Fort-de-France pendant 56 ans), Aimé Césaire continue son œuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours marqués au coin du surréalisme (Soleil Cou Coupé en 1948, Corps perdu en 1950, Ferrements en 1960). À partir de 1956, il s'oriente vers le théâtre. Avec Et les Chiens se taisaient, texte fort, réputé impossible à mettre en scène, il explore les drames de la lutte de décolonisation autour du personnage du Rebelle, esclave qui tue son maître puis tombe victime de la trahison. La Tragédie du Roi Christophe (1963), qui connaît un grand succès dans les capitales européennes, est l'occasion pour lui de revenir à l'expérience haïtienne, en mettant en scène les contradiction et les impasses auxquels sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants. Une saison au Congo (1966) met en scène la tragédie de Patrice Lumumba, père de l'indépendance du Congo Belge. Une tempête (1969), inspiré de Shakespeare, explore les catégories de l'identité raciale et les schémas de l'aliénation coloniale. Pensant à l'origine situer l'action de cette adaptation de Shakespeare aux États-Unis, il choisit finalement les Antilles, gardant tout de même le projet de refléter l'expérience noire aux Amériques.

    Au total Césaire à publié plus de quatorze œuvres, recueils des poésies, pièces de théâtre et essais. De nombreux colloques et conférences internationales ont été organisés sur son œuvre littéraire qui est universellement connue. Son œuvre a été traduite dans de nombreuses langues: anglais, espagnole, allemand et cetera.



    – Alfred Largange



    Dernière édition par Bettina le Ven 18 Avr - 23:27, édité 1 fois

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    Aimé Césaire : Ma poésie est née de mon action

    Message par admin le Sam 12 Avr - 16:17

    Né à Basse-Pointe (Martinique) le 21 juin 1913, Aimé Césaire n'est plus député et maire de Fort-de-France. Tous les jours, il reçoit dans son ancien bureau. Peintres caribéens, portraits, paysages, avec en prime un cadre pour le maillot n° 21, celui du footballeur Lilian Thuram. Normalien, agrégé, Césaire publie Cahier d'un retour au pays natal en 1939. En 1941, il fonde avec sa femme Suzanne et des camarades (René Ménil, Aristide Maugé) la revue Tropiques ; plus tard, Présence africaine. André Breton préface Les Armes miraculeuses en 1944. Après un séjour en Haïti, 1945 le voit entrer en politique. 1950 : Discours sur le colonialisme. En 1958, il fonde le Parti progressiste martiniquais pour consacrer sa rupture avec le Parti communiste. Parallèlement, il publie ses poèmes (Soleil cou coupé), son théâtre (La Tragédie du roi Christophe), ses discours. Une seule règle : "Pousser d'une telle raideur le grand cri nègre, que les assises du monde en seront ébranlées."

    • Vous aimez votre pays. Vous le visitez toutes les semaines ?
    Mais non, tous les jours. Mon chauffeur me prend à 15 heures. J'aime les paysages, la faune, la flore, le peuple martiniquais, la cabane martiniquaise, les pauvres gens...

    • C'est pour cela que vous êtes entré en politique ?
    Sans le vouloir. On a fait de moi un porte-parole. Au sortir de la guerre, je suis un jeune homme de gauche, communisant, mais je n'y connais rien. Des copains de classe font une liste assez large pour avoir des chances. Je n'y crois pas une seconde. Je signe pour leur faire plaisir, et la liste fait un triomphe ! Je réunis les employés municipaux, je leur avoue ne rien savoir : "Nous vous aiderons !" Je fixe le premier ordre du jour. Je regarde les textes, je n'y comprends rien. Les rues de Fort-de-France sont affligées de caniveaux où les Martiniquais, la nuit, en se cachant, déversent leur merde. Pas possible ! Il faut faire un réseau. Mais on n'a pas d'argent ? "Je n'en sais rien, mais je ne commencerai pas mon règne par une abdication." Quelle prétention ! hein ? Quelle emphase ! "L'argent, nous le trouverons !" Je n'ai pas demandé de subventions, j'ai fait un emprunt. Et nous avons fait moderniser ces quartiers de cases sans toit, de masures pourries et d'enfants aux pieds nus. Voilà comment est née ma carrière.

    Bien entendu, je suis très vulnérable, mais nous avions une pensée, une conception de la vie. Je ne suis pas antifrançais : je suis d'abord martiniquais.


    • Que pensez-vous du terme de francophonie ?
    Que voulez-vous ? Il existe, je l'accepte. Je ne l'ai pas inventé. Je suis francophile, mais ce n'est pas sur la francophonie que je mets l'accent. Je ne me sens pas assimilé français, mais à l'école communale on nous a appris à lire en français. J'ai appris à penser en français, j'ai aimé les écrivains français, et quand j'arrive au Havre, après vingt jours de bateau, je prends le premier train de ma vie. Par la fenêtre, je reconnais les prés, les paysages que je ne connais pas. Dans nos livres d'histoire et de géographie, tout était dit. J'étais si curieux de connaître la France, de connaître Paris. Nous aimions ce que nous lisions, le journal, les livres récents, le latin et le grec : on trouve tel mot, et je le reconnais en créole. Cela dit, jamais je n'ai voulu faire du français une doctrine. Ce qui m'intéressait, c'était l'identité nègre. Toi le Sénégalais, toi le Guyanais, qu'est-ce que nous avons en commun ? Pas la question de la langue : la question nègre. La langue française nous passionnait. Les anglophones, les Américains avaient déjà développé une littérature nègre : Langston Hughes, Richard Wright, and so on, c'était pour nous une révélation. Les premiers à avoir posé les bases, les Nègres américains.

    • Votre ami Léopold Sedar Senghor aurait 100 ans.
    Après mon bachot, M. Revert, mon professeur, me conseille d'aller préparer l'Ecole normale supérieure, à Paris. Au lycée Louis-le-Grand, où il me fait recommander, je suis très bien accueilli. En sortant du secrétariat, qu'est-ce que je vois, arrivant de l'autre bout du couloir ? Un petit homme noir à grosses lunettes épaisses, en blouse grise. Autour des reins, une ficelle au bout de laquelle pend un encrier vide qui se balade dans ses jambes. Il vient à moi : "Alors, bizut ! Comment t'appelles-tu ? D'où viens-tu ? - Je viens de la Martinique et je m'appelle Aimé Césaire, et toi ? - Je m'appelle Léopold Sédar Senghor et je viens du Sénégal. Tu seras mon bizut." Autrement dit, en arrivant dans un lycée français, ce n'est pas du tout un Français que je rencontre, ce qui m'a immédiatement paru sympathique et symbolique. On est restés copains, on se voyait tous les jours. Nous parlions de littérature. Nous avions une petite cellule africaine, si vous voulez.

    En 1945, j'arrive à l'Assemblée nationale, je vois un petit homme noir à grosses lunettes, il tombe dans mes bras : "Alors, Césaire ! tu es député de la Martinique, moi du Sénégal..." J'ai continué de le voir pendant tout son séjour parisien, ainsi que Léon Gontran Damas, le Guyanais, ou Michel Leiris. Nous parlions à l'infini des Antilles, de l'Afrique et de la "négritude".


    • Le mot "nègre" était insultant.
    Mais ce n'est pas nous qui l'avions inventé. Un jour, je traverse une rue de Paris, pas loin de la place d'Italie. Un type passe en voiture : "Eh, petit nègre !" C'était un Français. Alors, je lui dis : "Le petit nègre t'emmerde !" Le lendemain, je propose à Senghor de rédiger ensemble avec Damas un journal : L'Etudiant noir. Léopold : "Je supprimerais ça, on devrait l'appeler Les Etudiants nègres. Tu as compris ? Ça nous est lancé comme une insulte. Eh bien, je le ramasse, et je fais face." Voici comment est née la "négritude", en réponse à une provocation.

    • Dans quelles circonstances avez-vous rédigé votre Cahier d'un retour au pays natal ?

    Regardez cette photo. Petar Guberina ! Un soir de 1935, je rentre à la Cité universitaire. Je reviens du théâtre : Giraudoux, joué par Jouvet, je n'allais pas rater ça ! Je traîne, librairies, bouquinistes, je n'ai plus un sou. A la cantine, je prends, je ne sais plus, quelques traces de tomates. Alors la serveuse me dit : "Vous ne mangez jamais de viande ? Vous n'avez pas d'argent ? - Non, mademoiselle, ce n'est pas une question d'argent, c'est une question de philosophie : je suis végétarien." Grand éclat de rire derrière moi ! C'est ce beau type, assez sombre de peau, Petar Gubarina : "Moi aussi, je suis végétarien, pour la même philosophie !"

    On devient copains, les meilleurs du monde. Comme à Senghor de l'Afrique, je lui parle du monde slave. Il s'aperçoit à sa grande stupeur que je sais beaucoup de choses sur son pays. J'apprends quelques mots de croate, écoutez... je les sais encore.

    A son retour chez lui, il me télégraphie : "Aimé, qu'est-ce que tu fous à Paris ? Tu t'emmerdes, c'est l'été, viens me voir à Zagreb." Je n'ai pas un sou pour retourner en Martinique, et ce fou m'invite en Croatie. Bref, je prends le train. Au bout, sur le quai, sa famille me réserve un accueil extraordinaire. Les paysages, le découpé de la côte, l'exil, la mer, tout me rappelle la Martinique. Et du troisième étage de la maison, devant un paysage de splendeur qui me rappelait le Carbet, j'aperçois une nuée d'îles : "Petar, regarde celle-là : c'est ma préférée, comment s'appelle-t-elle ? - Martiniska ! - Mais alors ! c'est la Martinique, Pierrot !"Autrement dit, faute d'argent, j'arrive dans un pays qui n'est pas le mien, dont on me dit qu'il se nomme Martinique. "Passe-moi une feuille de papier !" : ainsi commencé-je Cahier d'un retour au pays natal.


    • Vous êtes fier de votre action politique ou de votre œuvre poétique ?
    Elles vont ensemble. Pendant les conseils municipaux, je m'absentais : pas physiquement, bien entendu, mais pour écrire en secret. Un beau jour de vacances, j'extirpais les papiers de ma poche, c'était un poème. Ma poésie est née de mon action. Je n'ai jamais voulu faire une carrière poétique, en demandant aux gens qu'on me foute la paix pour créer. Non : écrire, c'est dans les silences de l'action.


    Propos recueillis par Francis Marmande
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    Rabasse du sud

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    Re: AIME CESAIRE

    Message par Rabasse du sud le Jeu 17 Avr - 14:42

    le poète martiniquais Aimé Césaire, 94 ans, chantre de la «négritude», est décédé jeudi matin au CHU de Fort-de-France (Martinique), où il était hospitalisé depuis le 9 avril, a-t-on appris jeudi de source gouvernementale.

    Depuis son hospitalisation, pour des affections «de nature cardiologique», à l’hôpital Pierre Zobda-Quitman de Fort-de-France, des rumeurs alarmistes circulaient sur son état de santé, qualifié de «préoccupant» par ses médecins.

    Aimé Césaire fut, avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, l’un des chantres du courant de la «Négritude».

    L’auteur du «Cahier d’un retour au pays natal» avait consacré sa vie à la poésie et à la politique. Principale figure des Antilles françaises, il fut depuis les années 1930 de tous les combats contre le colonialisme et le racisme.

    Les Martiniquais attendaient ces derniers jours avec sérénité et dans la discrétion l’évolution de l’état de santé d’Aimé Césaire, notamment à Fort-de-France, la ville dont il fut le maire pendant 56 ans, de 1945 à 2001.

    Le président Nicolas Sarkozy avait salué le 26 juin dernier en Aimé Césaire le poète et «homme d’action», «porteur d’un message de paix, de tolérance et d’ouverture», à l’occasion du 94e anniversaire de l’écrivain, dans une lettre rendue publique par l’Elysée.

    Après avoir refusé de rencontrer M. Sarkozy lors d’un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles en 2005, le poète martiniquais avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l’Intérieur.
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    Un homme total: Aimé césaire

    Message par bye le Jeu 17 Avr - 21:30

    Un homme total, engagé contre la colonisation notamment, un phare considérable de l'humanité vient de s'éteindre en faisant trembler la terre et la mer des Antilles.
    Un charmeur de langue, fourbisseur de tonnerres d'images encore jamais découchées, a rejoint en ciel de négritude Léopold Senghor et Frantz Fanon.

    Au bout du petit matin...
    Va-t-en, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t-en je déteste les larbins de l'ordre et les hannetons de l'espérance. Va-t-en mauvais gris-gris, punaise de moinillon. Puis je me tournais vers des paradis pour lui et les siens perdus, plus calme que la face d'une femme qui ment, et là, bercé par les effluves d'une pensée jamais lasse je nourrissais le vent, le délaçais les monstres et j'entendais monter de l'autre côté du désastre, un fleuve de touterelles et de trèfles de la savane que je porte toujours dans mes profondeurs à hauteur inverse du vingtième étage des maisons les plus insolentes et par précaution contre la force putéfiante des ambiances crépusculaires, arpentée nuit et jour d'un sacré soleil vénérien.

    Au bour du petit matin bourgeonnant d'anses frêles les Antilles qui ont faim, les Antilles dynamitées d'alcool, échouées dans la bour de cette baie, dans la poussière de cette ville sinistrement échouées.

    Au bout du petit matin, l'extrême, trompeuse désolée eschare sur la blessure des eaux; les martyres qui ne témoignent pas; les fleurs du sang qui se fanent et s'éparpillent dans le vent inutile comme des cris de perroquets babillards, une vieille vie menteusement souriante, ses lèvres ouvertes d'angoisses désaffectées; une viueille misère pourrissant sous le soleil, silencieusement; un vieux silence crevant de pustules tièdes,
    l'affreuse inanité de notre raison d'être.

    Au bout du petit matin, sur cette plus fragile épaisseur de terre que dépasse de façon humiliante son grandiose avenir - les volcans éclateront, l'eau nue emportera les tâches mûres du soleil et il ne restera plus qu'un bouillonnement tiède picoré d'oiseaux marins - la plage des songes et l'insensé réveil.

    Au bout du petit matin, cette ville plate - étalée, trébuchée de son bon sens, inerte, essouflée sous son fardeau géométrique de croix éternellement recommençante, indocile à son port, muette, contrariée de toutes façons, incapabloe de croître selon le suc de cette terre, embarrassée, rognée, réduite, en rupture de faune et de flore.

    Au bout du petit matin, cette ville plate - étalée..

    Et dans cette ville inerte, cette foule criarde si étonnamment passée à côté de son cri comme cette ville à côté de son mouvement, de son sens, sans inquiétude, à côté de son vrai cri, le seul qu'on eût voulu l'entendre crier parce qu'on le sent sien lui seul; parce qu'on le sent habiter en elle dans quelque refuge profond d'ombre et d'orgueil, dans cette ville inerte, cette foule à côté de son cri de faim, de misère, de révolte, de haine, cette foule si étrangement bavarde et muette.

    Dans cette ville inerte, cette étrange foule qui ne s'entasse aps, ne se mêle pas: habile à découvrir le point de désencastration, de fuite, d'esquive. Cette foule qui ne sait pas faire foule, cette foule, on s'en rend compte, si parfaitement seule sous le soleil, à la façon dont une femme, toute on eût cru à sa cadence lyrique, interpelle brusquement une pluie hypothétique et lui ordonne de ne pas tomber; ou à un signe rapide de croix sans mobile visible; ou à l'animalité subitement grave d'une paysanne, urinant debout, les jambes écartées, roides.

    Dans cette ville inerte, cette fouled ésolée sous le soleil, ne participant à rien de ce qui s'exprime, s'affirme , se libère au grand jour de cette terre sienne. Ni à l'impératrice Joséphine des Français rêvant très haut au-dessus de la négraille. Ni au libérateur figé dans sa libération de pierre balnchie. Nia u conquistador. Ni à ce mépris, ni à cette liberté, ni à cette audace.

    Au bout du petit matin, vette ville inerte et ses au-delà de lèpres, de consomption , de famines, de peurs tapies dans les ravins, de peurs juchées dans les arbres, de peurs creusées dans le sol, de peurs en dérive dans le ciel, de peurs amoncelées et ses fumerolles d'angoisse.

    Au bout du petit matin, le morne oublié, oublieux de sauter.

    Au bout du petit matin, le morne au sabot inquiet et docile - son sang impaludé met en déroute le soleil de ses pouls surchauffés.

    Au bout du petit matin, l'incendie contenu du morne, comme un sanglot que l'on a bâillonné au bord de son éclatement sanguinaire, en quête d'une ignition qui se dérobe et se méconnaît.

    Au bout du petit matin, le morne accroupi devant la boulimie aux aguets de foudres et de moulins, lentement vomissant ses fatigues d'hommes, le morne seul et son sang répandu, le morne et ses pansements d'ombre, le morne et ses rigoles de peur, le morne et ses grandes mains de vent.

    Au bout du petit matin, le morne famélique et nul ne sait mieux que ce morne bâtard pourquoi le suicidé s'est étouffé avec complicité de son hypoglosse en retournant sa langue pour l'avaler; pourquoi une femme semble faire la planche à la rivièreCapot ( son corps lumineusement obscur s'organise docilement au commandement du nombril ) mais elle n'est qu'un paquet d'eau sonore.

    Et ni l'instituteur dans sa classe, ni le prêtre au catéchisme ne pourront tirer un mot de ce négrillon somnilent, malgré leur manière si énergique à tous deux de tambouriner son crâne tondu, car c'est dans les marais de la faim que s'est enlisée sa voix d'inanition ( un-mot-un-seuil-mot et je-vous-en-tiens- quitte-de-la-reine-Blanche-de-Cstille, un- mot-un-seul-mot, voyez-vous-ce-petit-sauvage-qui-ne-sait-pas-un-seul-des-dix-commandements-de-Dieu)
    car sa voix s'oublie dans las marais de la faim, et uil n'y a rien, rien à tirer vraiment de ce petit vaurien,
    qu'une faim qui ne sait plus grimper aux egrès de sa voix
    une faim lourde et veule,
    une faim ensevelie au plus profond de la Faim de ce morne famélique

    Au bout du petit matin, l'échouage hétéroclite, les puanteurs exacerbées de la corruption, les sodomies monstrueuses de l'hostie et du victimaire, les coltis infranchissables du préjugé et de la sottise, les prostitutions, les hypocrisies, les lubricités, les trahisons, les mensonges, les faux, les concussions - l'essoufflement des lâchetés insuffisantes, l'enthousiasme sans ahan aux poussis surnuméraires, les avidités, les hystéries, les perversions, les arlequinades de la misère, les estropiements, les prurits, les urticaires, les hamacs tièdes de la dégénérescence. Ici la parade des risibles et scrofuleux bubons, les poutures de microbes très étranges, les poisons sans alexitère connu, les sanies de plaies très antiques, les fermentations imprévisibles d'espèces putrescibles.

    Au bout du petit matin, la grande nuit immobile, les étoiles plus mortes qu'un balafon crevé,

    le bulbe tétanique de la nuit, germé de nos bassesses et de nos renocements.

    Et nos gestes imbéciles et fous pour faire revivre l'éclaboussement d'or dse instants favorisés, le cordon ombilical restitué à sa splendeur fragile, le pain et le vin de la complicité, le pain, le vin, le sang des épousailles véridiques.

    Et cette joie ancienne m'apportant la connaissance de ma présente misère, une route bossuée qui pique une tête dans un creux où elle éparpille quelques cases; une route infatigable qui charge à fond de train un morne en haut duquel elle s'enlise brutalement dans une mare de maisons pataudes, une route follment montante, témérairement dsecendante, et la carcasse du bois comiquement juchée sur de minuscules pattes de ciment que j'appelle "notre maison", sa coiffure de tôle ondulant au soleil comme une peau qui sèche, la salle à manger, le plancher grossier où luisent des têtes de clous, les solives de sapin et d'ombre qui courent au plafond, les chaises de paille fantomales, la lumière grise de la lampe, celle vermissée et rapide des cancrelats qui bourdonne à faire mal..

    Au bout du petit matin, ce plus essentiel pays restitué à ma gourmandise, non de diffuse tendresse, mais la tourmentée concentration sensuelle du gras téton dse mornes avec l'accidentel palmier comme son germe durci, la jouissance saccadée des torrents et depuis Trinité jusqu'à Grande-Rivière, la grand'lèche hystérque de la mer.

    Extrait de " Cahier d'un retour au pays natal ".

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    Ségolène Royal demande le Panthéon pour Aimé Césaire

    Message par admin le Jeu 17 Avr - 23:07

    Ségolène Royal a demandé jeudi l'entrée au Panthéon d'Aimé Césaire, "éminent symbole d'une France métissée" décédé à l'âge de 94 ans.

    "Une grande voix s'est éteinte, celle d'un homme de conviction, de création, de témoignage, qui fut sa vie durant un éveilleur de conscience, un éclaireur de notre temps, un démineur d'hypocrisies, un porteur d'espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l'humaine dignité", a déclaré la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes dans un communiqué.

    Ségolène Royal exprime sa "reconnaissance profonde" au président d'honneur du comité de soutien de sa campagne présidentielle de 2007.

    La ministre de la Culture Christine Albanel a estimé que l'entrée d'Aimé Césaire au Panthéon était "une décision, évidemment, qui doit être prise au plus haut niveau". "Mais il est vrai qu'Aimé Césaire aurait certainement sa place au Panthéon, qui rend hommage aux grands hommes qui ont servi notre patrie, et sa patrie c'était la France et c'était la Martinique", a-t-elle ajouté sur France-Info.

    Dans une lettre adressée au président Nicolas Sarkozy, le député Nouveau Centre Jean-Christophe Lagarde a également souhaité qu'Aimé Césaire puisse entrer au Panthéon, "sous réserve naturellement de l'accord de sa famille et de ses proches". Le député-maire de Drancy (Seine-Saint-Denis) salue "l'humanisme actif et concret" dont a fait preuve toute sa vie le poète martiniquais.

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    Aimé Césaire, figure de la Négritude

    Message par admin le Jeu 17 Avr - 23:09

    Homme politique, écrivain, penseur, Aimé Césaire incarnait à lui seul plus d'un demi-siècle de l'histoire de la Martinique. Mort jeudi à l'âge de 94 ans, cette figure type de l'engagement littéraire aura mis ses lettres au service d'un combat de toute une vie pour l'émancipation des Noirs.

    Dès ses premiers textes dans les années 1930, il aura chanté la "Négritude", concept littéraire autant que sociologique prônant le retour à l'identité et à la culture noires, et dénoncé l'oppression colonialiste blanche.

    Dans ses poèmes, ("Cahier d'un retour au pays natal", "Les armes miraculeuses", "Et les chiens se taisaient", "Soleil cou coupé", "Corps perdu", "Cadastre"), ou dans ses essais, notamment le célèbre "Discours sur le colonialisme", il aura défendu par les mots la fierté et le droit à l'égalité du peuple noir.

    "La négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir, l'acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture", écrivait-il. Il avait également écrit pour le théâtre ("La tragédie du roi Christophe", "Une saison au Congo", "Une tempête").

    Avec Léopold Sédar Senghor, autre homme de lettres noir rencontré à son arrivée à Paris en 1931, il aura développé au fil du temps la Négritude comme un pont littéraire, culturel et historique entre les Noirs des Antilles et ceux d'Afrique, notamment par l'intermédiaire de "L'Etudiant noir", la revue qu'ils avaient fondée dans les années 1930. "Le mouvement de la Négritude affirme la solidarité de la diaspora avec le monde africain", expliquait-il.

    "Nous étions très centrés sur la rencontre des civilisations. J'étais très curieux du Sénégal et de l'Afrique. Je savais bien qu'ils étaient des frères, mais personne ne me l'avait appris et surtout pas les livres", expliquait-il en 2005 au sujet de sa rencontre avec le futur président du Sénégal décolonisé. "Alors on a parlé du passé de l'Afrique, j'ai parlé de la Martinique, du créole, de l'immigration, du monde colonial, de la France et nous. Et je voyais que, sur beaucoup de points, on se rencontrait. C'est ainsi qu'est née la négritude".

    Homme de lettres, Aimé Césaire aura également traversé l'histoire politique de la France et de la Martinique depuis l'après-guerre. Homme de gauche, il aura été député de Martinique pendant près de cinquante ans, d'abord sous l'étiquette communiste, avant d'intégrer le groupe socialiste. Il est maire honoraire de Fort-de-France, ville qu'il a administrée de 1945 à 2001.

    En 2007, il avait soutenu Ségolène Royal à l'élection présidentielle et avait accepté d'être le président d'honneur du comité de soutien "Désirs d'avenir" de la candidate en Martinique. En décembre 2005, il avait refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy à Fort-de-France en raison de la polémique autour de la loi sur le "rôle positif" de la colonisation. Il avait finalement accepté de recevoir le ministre de l'Intérieur de l'époque le 10 mars 2006 lors de la visite de ce dernier en Martinique. En janvier 2007, M. Sarkozy avait fait rebaptiser l'aéroport de Fort-de-France/Le Lamentin aéroport Martinique/Aimé Césaire.

    Né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique), Aimé Fernand Césaire était issu d'une famille lettrée attachant une grande importance à l'éducation. Elève brillant, il suit d'abord ses études à Fort-de-France, avant d'entrer au prestigieux lycée Louis-le-Grand à Paris en 1931, après avoir obtenu une bourse d'enseignement. C'est là qu'il rencontre Léopold Sédar Senghor. Il intègre ensuite l'Ecole normale supérieure et la Faculté de lettres de Paris.

    Licencié es lettres, il rentre en Martinique, où il enseigne au lycée Schoelcher de Fort-de-France entre 1940 et 1945. Ce retour sur sa terre natale lui inspire ses premiers poèmes "Cahier d'un retour au pays natal", et il entame parallèlement sa longue carrière politique. Il est d'abord membre des deux Assemblées constituantes de Martinique entre 1945 et 1946, avant d'être élu député de la Martinique en 1946 (réélu en 1951 et 1956).

    Ses positions anticolonialistes le rapprochent du Parti communiste. De 1946 à 1956, il est inscrit sous cette étiquette à l'Assemblée nationale, avant d'être apparenté au groupe du Parti du regroupement africain et des Fédéralistes jusqu'en (1958-59). En 1958, il est réélu au Palais Bourbon, où il siégera jusqu'en 1993, en tant qu'apparenté au Parti socialiste.

    Parallèlement à la métropole, Aimé Césaire mène une carrière politique en Martinique, où il est président du Parti progressiste martiniquais. Il est maire de Fort-de-France entre 1945 et 1983. Sa réélection de 1983 est invalidée, mais il retrouve son écharpe en 1984, avant de se retirer en 2001. Il est conseiller général du quatrième canton de Fort-de-France entre 1956 et 1970, et président du Conseil général de Martinique entre 1983 et 1986.

    En 1968, il avait reçu le prix international de littérature de Viareggio-Versilia pour l'ensemble de son oeuvre, et en 1982 le grand prix national de poésie. En 1969, il avait été honoré par le Cameroun, qui avait émis un timbre à son effigie.
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    Rabasse du sud

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    Re: AIME CESAIRE

    Message par Rabasse du sud le Jeu 17 Avr - 23:40

    la France est actuellement traversée par la question de la colonisation et l’angle sous lequel la traiter. Césaire répondait déjà à la question dès 1955 dans son Discours sur le colonialisme : « Où veux-je en venir ? A cette idée : que nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation - donc la force - est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment. » Comme quoi, il suffit de lire (ou relire) Césaire !

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    Mort d'Aimé Césaire : les réactions

    Message par admin le Jeu 17 Avr - 23:46

    Voici les réactions à la suite de la mort du poète martiniquais Aimé Césaire, jeudi 17 avril.

    • Nicolas Sarkozy :
    "J'apprends avec une très grande tristesse le décès d'Aimé Césaire. J'imagine le chagrin immense de toute la population martiniquaise, antillaise et ultramarine qui perd, aujourd'hui, l'un de ses pères spirituels. Mais, en vérité, c'est toute la nation française qui est en deuil".

    "Esprit libre et indépendant, il a incarné, sa vie durant, le combat pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines. Par son appel universel au respect de la dignité humaine, à l'éveil et à la responsabilité, il restera un symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés".

    "On retiendra de lui qu'il est l'initiateur, avec (le Sénégalais) Léopold Senghor, du concept de la Négritude. Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l'émancipation des peuples au XXème siècle".

    Enfin, il "salue son engagement politique, sa longue carrière d'élu de la Martinique et de parlementaire de la Nation".


    • Abdou Diouf, Sénégalais, secrétaire général de la Francophonie :
    "Je salue la mémoire d'un homme qui a consacré sa vie aux multiples combats menés sur tous les champs de bataille où se jouait le destin culturel et politique de ses frères de race, un combat noble car exempt de cette haine qu'il avait en horreur".

    Il a notamment salué le "poète qui a su prendre les dimensions de l'univers, tout en restant profondément attaché aux valeurs culturelles du monde noir".

    Mais aussi "l'homme qui a vécu sa francophonie dans l'abondance de ses oeuvres qui font chanter la langue que nous avons en partage".


    • François Hollande, patron du PS :
    Aimé Césaire "n'était pas seulement l'auteur talentueux du 'Cahier d'un retour au pays natal'. Il avait aussi dans son 'Discours sur le colonialisme' proposé la critique la plus aboutie d'un système qu'il combattait depuis 1934".

    "Aimé Césaire était un homme de gauche. Tout au long de ses mandats de maire et de député de Fort-de-France, il a agi aux côtés de ceux qui se battent pour la reconnaissance de leurs droits et de l'égalité sociale".

    "François Mitterrand l'avait reconnu comme un des plus grands poètes du XXe siècle, mais 'un poète voué à la gestion des affaires humaines'", poursuit le communiqué du PS.

    "Aimé Césaire, leader historique de la gauche martiniquaise d'après-guerre, a toujours été un soutien indéfectible des socialistes lors de chacune des grandes échéances électorales nationales". Il exprime sa "solidarité à l'égard de tous les Martiniquais, profondément meurtris par cette disparition, mais fiers d'avoir été représentés par un homme aussi exceptionnel qu'Aimé Césaire".


    • Christian Paul, député de la Nièvre, ancien secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-Mer :
    "Pour cacher notre tristesse, il faut relire Césaire. L’annonce de sa mort pousse à le faire découvrir ou à replonger dans ses textes poétiques qui affrontent l’universel.

    Le lumineux et libérateur Césaire, terriblement actuel et si éloigné des modes et des facilités, a tant à nous dire. Sur le courage de rompre et de révolutionner, cet homme fraternel possédait des trésors de lucidité qui fondait une liberté indomptable. Pour la vision d’un monde qui exige une perpétuelle émancipation, Césaire le poète, ne fait pas de politique sans faire une civilisation. Pour le quotidien, Césaire le maire n’avait pas déserté la Martinique, son soleil et ses souffrances.

    Je le tiens pour un porte-voix majeur de la politique, contre le colonialisme et tous les totalitarismes, contre le racisme et pour des identités ouvertes sur le monde."


    • Jean-Marie Le Guen, vice-président PS de l'Assemblée nationale :
    "Je viens d'apprendre une bien triste nouvelle, le décès de notre ancien collègue Aimé Césaire".

    "Je me fais l'interprète de l'Assemblée unanime et du gouvernement en exprimant notre profonde émotion devant la disparition du grand poète".

    Sur demande du président de l'Assemblée, Bernard Accoyer (UMP), "l'Assemblée observera une minute de silence et un hommage particulier lors d'une prochaine séance solennelle". (Déclaration à l'Assemblée, jeudi 17 avril)


    • René Depestre, écrivain franco-haïtien :
    s'est déclaré "bouleversé" par le décès d'Aimé Césaire, "un penseur, un homme politique brillant et surtout un très grand poète".

    "On perd un fils illustre de la Martinique, de la France, de la francophonie". René Depestre avait 17 ans lorsqu'il fit la connaissance d'Aimé Césaire. "Je n'ai pas perdu le contact depuis 64 ans".

    "Je me sens presque orphelin à nouveau".

    "C'était un homme très généreux. Toute sa vie, il m'a aidé. Sans lui je ne serais pas devenu ce que je suis". La France n'a "pas encore réalisé la stature, l'importance de Césaire dans la littérature et dans la conscience publique française". (Déclaration, jeudi 17 avril)


    • Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale (UMP) :
    salue "un immense poète" et "un homme politique de premier plan", qui détient "le record de longévité parlementaire depuis 1945".

    "Par son oeuvre littéraire comme par son action politique, Aimé Césaire n'a jamais eu qu'un but : dire et servir l'identité antillaise. Il y est magistralement parvenu". "Aimé Césaire, le poète, l'homme politique, l'opposant au colonialisme, fut et restera l'une des grandes consciences du XXème siècle". (Déclaration, jeudi 17 avril)


    • François Fillon, Premier ministre :
    fait part de sa "très vive émotion".

    Le poète martiniquais disparu "avait, jusqu'à son dernier jour, tourné son regard vers les combats de demain".

    Il "ne craignait ni la force des images, ni leurs ruptures".

    "Il laissait naître de sa colère des chants puissants et durs".

    "Il mettait ses mots au service de la lutte pour la dignité humaine, en particulier celle des peuples colonisés et humiliés".

    Les concitoyens domiens voyaient en lui "un porte-parole d'une autorité et d'un charisme remarquables".


    • Jean-Christophe Lagarde, député-maire de Drancy (Nouveau Centre) :
    "Je pense qu'au regard de l'oeuvre et de la vie d'Aimé Césaire, il serait souhaitable, monsieur le président, que vous puissiez proposer, sous réserve naturellement de l'accord de sa famille et de ses proches, son entrée au Panthéon", écrit-il.

    • Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outremer :
    "La France perd l'une de ses plus nobles consciences", "un homme de combat, en politique comme en littérature" . "La nation salue le fils d'instituteur, enfant de la République qui a su éclairer la face sombre de l'esclavage et du colonialisme", communiqué.

    "La littérature pleure le fils d'une couturière qui, brodant avec ses mots, a magnifié la langue française. Dès 1938, avec sa première grande oeuvre, 'le cahier d'un retour au pays natal', Aimé Césaire découvre ce fil qui mène de Breton à du Bellay".

    "La République rend hommage à l'ardent défenseur de la départementalisation de la Martinique pour qui la vraie liberté a toujours résidé dans l'affirmation d'une appartenance pleine, fière et entière à la France".

    "Aimé Césaire, dont l'histoire ne peut se détacher de sa ville Fort-de-France, fut, sa vie durant, un homme de combat, en politique comme en littérature. 'Je suis de la race de ceux qu'on opprime', proclamait-il".


    • Victorin Lurel, député et président (PS) de la Région Guadeloupe :
    salue en Aimé Césaire un "nègre total, nègre fondamental", qui "aura tutoyé l'excellence et magnifié l'identité afro-antillaise pour en faire le socle de notre culture".

    "Ce phare qui nous a éclairé sa longue vie durant et jusqu'au soir même de sa vie, devient aujourd'hui une lueur dans nos coeurs".


    • Christine Albanel, ministre de la Culture :
    Aimé Césaire "a pétri la langue française de sa liberté et de sa révolte". "Il a fait battre (la langue française) au rythme de ses incantations, de ses cris, de ses appels à vaincre l'oppression, invoquant l'âme des peuples asservis pour adjurer les vivants de relever la tête", Christine Albanel dit sa "très vive émotion" à l'annonce du décès d'Aimé Césaire, "poète radical, chantre de la négritude, bâtisseur lucide du quotidien".

    • Jacques Chirac, ancien président de la République :
    "La France et le monde perdent un immense poète et un homme de lumière".

    "Avec sa disparition, c'est aussi un sage qui s'en va, un homme qui, par son rayonnement, aura su faire progresser les consciences, car à travers son engagement pour la négritude, c'est un message universel pour la dignité humaine, le respect et le dialogue des cultures qu'il a su porter au plus haut", poursuit l'ex-chef de l'Etat.

    Jacques Chirac, qui entretenait, selon son entourage, des relations soutenues avec l'écrivain et homme politique défunt, adresse ses condoléances "à sa famille, ses proches, à tous nos concitoyens de Martinique et d'Outre-mer".


    • Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais :
    Aimé Césaire"était un homme d'une dimension mondiale. Un Noir qui a acquis une stature mondiale du fait de la prise de conscience par l'Homme noir de sa condition et aussi de la prise de conscience par le reste du monde de la condition de l'Homme noir".

    "C'est l'homme qui a éveillé à cette conscience de l'identité noire non seulement les Noirs de la diaspora mais, nous, les Noirs d'Afrique", a souligné Cheikh Hamidou Kane, auteur d'un des monuments de la littérature africaine "L'aventure ambiguë".

    "Il a été aussi éveilleur de conscience en ce qui concerne le débat sur le colonialisme", a-t-il précisé.
    "Il était vraiment très Sénégalais, très Africain. C'était admirable car au moment où il a vécu les Antillais que les Africains connaissaient étaient considérés un peu comme des auxiliaires du colonisateur, comme des Français à peau noire", a-t-il rappelé.

    "Cahier d'un retour au pays natal, était un peu notre livre de chevet lorsque nous étions lycéens. Nous avions lu ce livre avec délectation, l'avons récité de mémoire, moi-même et ceux de ma génération. Il a été un homme considérable dans notre vie".

    Mais "je regrette qu'il n'ait pas été honoré, consacré, salué comme il le méritait au plan international", notamment avec "un prix Nobel, de la paix ou de la littérature".

    "Je regrette qu'il n'ait pas été honoré, comme l'a été Léopold Sedar Senghor, par l'Académie française. Il méritait aussi d'être membre de cette académie", a-t-il affirmé.
    (Déclaration à l'AFP, jeudi 17 avril, à Dakar)

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    La mort d'Aimé Césaire : les réactions (suite)

    Message par admin le Jeu 17 Avr - 23:48

    • Lilian Thuram, défenseur de Barcelone et de l'équipe de France :
    "je l'ai rencontré plusieurs fois, a indiqué le recordman de sélections chez les Bleus (138). Au moment de France-Costa Rica (match amical en Martinique en novembre 2005) j'avais pris la décision d'organiser une rencontre entre les joueurs de l'équipe de France et lui, parce que c'était important que les joueurs sachent qui c'est."

    "C'est quelqu'un qui a compté énormément, dans ma vie, on a tous besoin d'un guide, c'était un peu mon guide, a poursuivi le joueur guadeloupéen. Il a laissé une oeuvre pour les générations à venir."

    "Il n'a pas eu assez de consécration en France, a estimé Thuram. Il est étudié en université aux USA et en Afrique. En France, très peu d'étudiants le connaissent, parce que Césaire évoque des choses que l'on ne veut pas entendre."

    "Léopold Sedar Senghor était à l'académie française, Césaire non, parce qu'il avait un discours critique sur le rôle de la France dans la colonisation, a ajouté le défenseur du Barça. Il dérange car il dit la vérité, c'est un homme droit. Il aurait pu avoir les honneurs mais il aurait dû pour ça courber l'échine et ne pas dire certaines choses."

    "Ce que je retiens, c'est le discours sur le colonialisme et sa poésie, même si elle est difficile, a encore confié le footballeur, connu pour ses engagements en dehors du terrain. C'est quelqu'un qui m'inspire avec Mandela ou Luther King. La tentation serait de les enfermer dans un discours d'émancipation des noirs, mais il s'agit avec eux de l'émancipation de l'homme tout court."
    (Déclaration à l'AFP, jeudi 17 avril)


    • François Bayrou, le président du Mouvement démocrate (MoDem) :
    a salué en Aimé Césaire, le "sage que l'on visitait et qui, de ses yeux devenus fragiles, voyait souvent au-delà de l'horizon".

    "Je pense au poète et à cette langue si rare, maîtrisée, animant le pamphlet comme la poésie", a poursuivi François Bayrou, se souvenant l'avoir "longuement rencontré en 2006".

    Rappelant qu'Aimé Césaire avait retrouvé Léopold Sédar Senghor au lycée Louis-le-Grand dans les années 30, M. Bayrou a estimé "qu'en se croisant, ces deux destins ont changé la société française et une partie du monde".

    "Ils ont donné aux Africains, aux Antillais et à beaucoup d'autres la fierté de la peau noire et relevé ainsi des générations jusque-là courbées", a souligné le président du MoDem.

    François Bayrou retient aussi "le jeune professeur, de retour en Martinique, qui commence à forger pour les siens une identité politique différente, capable de se rebeller contre le colonialisme aveugle et de dire non à un certain stalinisme".

    "Je pense ensuite à l'élu, maire de Fort-de-France pendant plus de cinquante ans, et au combat pour la départementalisation dont il fut le rapporteur de la loi à l'Assemblée nationale", a-t-il ajouté.
    (Déclaration à l'AFP, jeudi 17 avril)


    • Lionel Jospin, l'ancien Premier ministre socialiste :
    a rendu hommage à Aimé Césaire disparu jeudi, "un alliage rare", "un être fier de sa singularité d'homme noir et un humaniste attaché à l'universel", un "homme de gauche et un ennemi du sectarisme".

    "Aimé Césaire était fait d'un alliage rage. C'était un magnifique écrivain et un vrai politique. Un maître de notre langue et un poète de sa terre. Un être fier de sa singularité d'homme noir et un humaniste attaché à l'universel. Un combattant de l'anticolonialisme et un fidèle de la République", affirme Lionel Jospin.

    Il était "un leader profondément antillais et pleinement français. Un porteur de rêves et bâtisseur de projets. Un homme de gauche et un ennemi du sectarisme", a-t-il ajouté.

    "C'est pourquoi, il était aimé, admiré et respecté. Je suis fier de l'avoir connu. Je suis triste, avec les Martiniquais, les Antillais et les Français, de le perdre".


    • Alain Juppé, maire de Bordeaux et ancien Premier ministre :
    a déclaré que la disparition d'Aimé Césaire, marque la perte d'un "grand poète amoureux de la langue française, un défenseur acharné de la francophonie".

    "J'ai eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises et j'ai pu apprécier sa faculté à concilier intransigeance et élévation d'esprit. Il avait une conception très généreuse de l'humanisme", a affirmé Alain Juppé.

    L'ancien premier ministre a également souligné son combat "pour la reconnaissance, la défense de ses racines". Il a "porté haut l'identité antillaise", selon lui.

    "Sa disparition est une grande perte pour ses chères Antilles mais aussi pour toute la communauté nationale et francophone".

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    Re: AIME CESAIRE

    Message par admin le Jeu 17 Avr - 23:49

    Adieu madras, adieu foulard
    Adieu rob'soie, adieu collier choux
    Doudou en moins li ka pati
    Hélas, hélas ! cé pou toujou !

    Bonjou Missié le gouvêneur,
    Moin vini té oune pétition
    Pou mande ou autoisation
    Afin laissé Doudou moin ici.

    Non, non ,non ,non, déjà top tard,
    Bâtiment a déjà sur la bouée.
    Non, non ,non ,non, déjà top tard,
    bientôt il va appareiller.

    Adieu madras, adieu foulard,
    Adieu grains d'or, adieu collier choux,
    Doudou en moins li ka pati
    Hélas, hélas ! cé pou toujou !

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    Re: AIME CESAIRE

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:28

    Les éditoriaux de la presse française commentent, vendredi 18 avril 2008, la mort du poète martiniquais Aimé Césaire.

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    LIBERATION: Didier Pourquery

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:29

    "A travers son combat, au fil de ses poèmes, le chantre de la négritude incarnait, au-delà de ses origines revendiquées, un appel. Un appel proprement universel à la dignité humaine. Aimé Césaire appelle à l'éveil de ses frères humains où qu'ils soient, appel à retrouver leur identité et appel à leur responsabilité. C'est cela qui fait d'abord sa force. Mais dans le même temps, il reconnaissait lui-même: "J'accepte mes origines, mais que vais-je en faire?" Il a prouvé dans son parcours politique que ce qu'il avait découvert et vécu lui servait aussi à en appeler à ceux qui veulent changer le monde. Au coeur de son discours sur le colonialisme de 1950, il y a cette prophétie: "Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente." Et la grandeur de Césaire fut aussi de prendre à bras-le-corps ces problèmes issus du colonialisme et de les régler au jour le jour, sans relâche. Poète et député, maire et visionnaire, Aimé Césaire fut l'homme de la culture en action".

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    LA CROIX : Dominique Quinio

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:31

    "Il laisse une empreinte indélébile, parce qu'aucune vague ne réussira à effacer sur le sable des Caraïbes les multiples traces qu'il y aura laissées. Celle du poète, du dramaturge, de l'amoureux de la langue française. Celle du héraut de la " négritude ", lui l'Antillais réunissant dans son identité déchirée toutes les influences de l'Afrique et de la métropole : avec Léopold Sédar Senghor, son condisciple sénégalais de l'École normale supérieure à Paris, il releva la fierté de l'homme noir, courbé par l'esclavage. Celle de l'anticolonialiste, jamais en relâche de ce combat-là et sans indulgence pour l'arrogance des colonisateurs. (...) Aimé Césaire, l'engagé et le rêveur, le magicien du verbe et le laboureur d'idées, fut homme de mots et homme d'action, sans opposition. L'une et l'autre vocation s'entremêlent en lui et se confondent avec la terre, aussi douce que volcanique, de la Martinique. Il est bon que la postérité n'oublie aucun de ses visages."

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    LE PROGRES :Françis Brochet

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:33

    "Il doit bien rire, Aimé Césaire, depuis le paradis des Nègres. A peine mort, le voici embaumé, promis au Panthéon ! La dépouille était encore chaude que s'est déchaînée la curée : Hollande l'annexe à gauche, les communistes oublient ses injures contre le stalinien Thorez, et Hortefeux, toute pudeur oubliée, l'enrôle dans son combat pour l'identité nationale... Ah, le beau sanglot de l'homme blanc sur le poète noir. Le grand remords de l'Occident perché, disait Césaire, sur "le plus haut tas de cadavres de l'humanité". Au fond, il devait s'y attendre, depuis que l'hommage au vieux Césaire était inscrit dans toutes les excursions politiques en Martinique. Lui, il lançait "des mots de sang frais, des mots qui sont des raz-de-marée et des érysipèles, et des paludismes et des laves et des feux de brousse". Il avait prévenu, le Nègre : "Accommodez-vous de moi. Je ne m'accommode pas de vous !"

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    LA MONTAGNE : Xavier Panon

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:34

    "Les obsèques nationales seront donc célébrées en l'honneur de cette personnalité que la " nation française en deuil " peut pleurer. Certes l'illustre Martiniquais, créateur des départements d'Outre-Mer, n'ignorait pas le lien complexe et souvent tendu avec la métropole. (...) Mais c'est aussi à la France de mieux reconnaître aujourd'hui la richesse d'Aimé Césaire et son apport exceptionnel dans la littérature et dans la conscience nationale. Le Panthéon que certains proposent de lui ouvrir, vaudrait en effet reconnaissance de ce que ce député poète représente d'universel. Car à travers son identité revendiquée de nègre, antillais, créole, il appelle à l'ouverture, à la reconnaissance de la diversité des peuples, de leurs identités et de leurs influences les uns sur les autres. Le métissage en somme. Césaire, en combattant pour la dignité de l'homme, nous invite finalement à prendre conscience de l'autre. Un message d'humanité qui mérite Panthéon."

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    LE DAUPHINE LIBERE : Didier Pobel

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:34

    "Lui qui vivait là-bas, loin, de l'autre côté de l'océan, sans faire de bruit entre deux sourdes colères, comment a-t-il pu, à ce point, rester aussi près de nous jusqu'au bout? C'est à ce miraculeux paradoxe qu'on mesure toute la force de Césaire, le bien Aimé. Toute la puissance de sa voix. Toute l'universalité de son combat et de sa parole. (...) À 94 ans, le "fils d'esclave inconsolé", l'éternel habitant d'"une blessure sacrée" a bouclé hier sa traversée d'un siècle tumultueux où sa trace reste à jamais inscrite. Il fut une conscience. Le voici devenu une légende. La France s'apprête à lui faire des funérailles nationales. Avant peut-être de lui ouvrir demain le Panthéon. Entre ici, Aimé Césaire!"

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    NORD ECLAIR : Jules Clauwaert

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:35

    "Une grande flamme s'est éteinte, mais il reste mille et mille bougies pour éclairer le ciel de la Martinique : chacune d'elles rappellera le message du vieil homme qui avait consacré sa vie à rendre à son peuple confiance et fierté. (...) Tandis que Senghor, membre de l'Académie française, devenait en 1960 à la présidence du Sénégal l'un des acteurs les plus respectés des dirigeants africains, Aimé Césaire, élu à la Martinique au sein de la République française, continuait de suivre avec vigilance tout ce qui, aux Antilles, apparaîtrait comme suspect de ségrégation. "Nous ne sommes pas de la race de ceux qu'on opprime" est resté son credo. Dans le même temps, le "Nègre fondamental" s'est comporté en élu respectueux des règles de la République. C'est justice que le poète vénéré de tous, et qui incarne la Martinique, et qui représente l'une des composantes incontestées de la Nation ait droit, dimanche, à des obsèques nationales : la France s'y retrouvera, métissée comme elle l'est sur les stades."

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    LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE-OUEST : Hervé Cannet

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:35

    "Qui dessinera aujourd'hui les larmes du peuple noir ? Aimé Césaire était naturellement bien davantage qu'un poète " fondamentalement poète ", un écrivain flamboyant ou un véritable républicain. Sa voix dérangeante et revendicative, ce " besoin de rugir ", portait au-delà des mornes et des anses de sa Martinique pour résonner jusqu'au plus profond de l'Afrique et de l'Amérique. La voix universelle de l'Homme noir, clamant à la face du monde sa conscience de la négritude, du colonialisme, de l'esclavage. [...] Avec son costume gris perle, ses grosses lunettes à écailles, son allure sage de premier de la classe, Aimé Césaire était un vieux lutteur. " Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent ", disait Victor Hugo. Le Panthéon paraît être le lieu idéal pour que son combat continue à vivre."

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    L'UNION : Hervé Chabaud

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:36

    "Il a marié les mots sans jamais sacrifier la syntaxe de la phrase. Est-ce le génie du poète ou son seul respect pour une langue dont le bon usage est aussi un outil précieux pour interpeller les consciences ? Est-ce la certitude qu'une langue qu'on écorche conduit une nation à l'asphyxie comme une civilisation à laquelle on coupe ses racines ? Césaire est définitivement un poids lourd intellectuel, un maître de l'invitation sincère au respect et au dialogue des cultures, un messager de l'universel. Cette dimension de frère supérieur dépasse le périmètre de l'homme politique de gauche qu'il a été. Il n'aura pas eu, selon la formule de Léopold Sédar Senghor, "l'angoisse du départ sans main chaude dans la main ". Jusqu'à son dernier souffle, il a été accompagné par cette foule qui, de la Martinique à l'Afrique jusqu'en métropole, avait compris qu'il appartenait déjà à l'histoire. Dans les esprits, il était déjà une figure de la pensée du XXe siècle avec ses richesses et ses imperfections.

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    LE MIDI LIBRE : Jacques Gantié

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:36

    "Racines ! Et donc négritude. " Nègre ", pas " Noir ". Césaire brandissait le mot dans toute sa crudité, à la face du colonialisme incarné par la France, comme une arme nouvelle dans l'histoire du déchirement des identités et des cultures. Sa poétique devint ainsi politique. (...) Senghor, Césaire. Le maire et député et l'homme d'État. Ces sages, ces voix de continents. Jusqu'à sa mort, la France a tenu le premier pour le gardien d'un monde enfoui et d'une pensée hors d'âge, au point, humiliant, sous Chirac et Jospin, de n'avoir pas daigné lui rendre l'hommage national qui lui était dû. Alors, on se rattrape avec le second. On reviendra bien assez tôt aux Chinois et aux Ch'tis, nos obsessions du moment, après avoir accompagné l'auteur de Toussaint Louverture et de La Tragédie du roi Christophe en sa dernière demeure, ce qui est la moindre des attentions. Car un demi-siècle après son Discours sur le colonialisme, la révolte d'Aimé Césaire, interprète de l'idée d'indépendance et ambassadeur de l'âme noire, brûle encore"

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    LES DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE : Olivier Picard

    Message par admin le Ven 18 Avr - 23:37

    "Même le très grand âge n'empêcha pas cet anticolonialiste définitif de s'élever contre l'absurde alinéa de la loi de 2005 qui reconnaissait le rôle positif de la colonisation... La colère le poussa à fermer sa porte au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, coupable, à ses yeux, d'avoir soutenu sans nuance ce texte régressif. C'est à cet interlocuteur intransigeant que le président de la République, pas rancunier, veut aujourd'hui réserver une place solennelle dans l'histoire de France... et même au Panthéon. La proposition est belle mais l'intéressé n'en demandait pas tant. Plutôt que les grandes orgues de Paris, il préférerait sans doute la simplicité de son île natale, et la proximité des siens. Loin de pouvoir être enfermé à jamais dans le mausolée des grands hommes de la patrie, son esprit ne sera prisonnier d'aucun temple, fût-il républicain. Il doit vivre, et pas disparaître sous des gerbes de fleurs.

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    Re: AIME CESAIRE

    Message par admin le Dim 20 Avr - 16:27

    Je n'ai pas trop envie de faire de polémique sur cet enterrement de ce grand homme, mais tout de même, ça fait trois jours que ça me trotte dans la tête et je ne peux me taire. Qu'est-ce que Sarkozy fait en Martinique, lui qui a dit que l'Homme Africain, l'Homme Noir, n'est pas entré dans l'Histoire, aller enterrer un Homme qui toute sa vie a combattu des hommes de la même graine que ce Nicolas ?
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    Re: AIME CESAIRE

    Message par bye le Dim 20 Avr - 18:44

    Tout à fait d'accord avec toi, Bettina.
    Non seulement, Sarkozy n'est pas du tout de la dimension de cet homme portant une voix bien plus haute encore que celle d'un poète ( ce qui serait dèjà bien gigantesque ); mais il est l'incarnation de l'ennemi raciste et ségrégationniste qu'a pourfendu toute sa vie ce lion révolté, ce révolutionnaire, pas seulement de la langue.

    Et les autres politiciens, tous bords confondus, ne valent pas mieux qui n'ont jamais aidé la poésie vivante, a fortiori hurlante, celle des peuples antillais ou africain notamment.

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    Re: AIME CESAIRE

    Message par admin le Lun 21 Avr - 21:43

    C'est vrai Bye...

    Pour ce qui est du panthéon, je trouve qu'il le mérite, mais je trouve que la proposition du CRAN est la meilleure : celle d'une plaque. Car Aimé doit rester en Martinique.

    Je trouve aussi qu'on doit le faire vivre, en apprenant son œuvre à l'école, en faisant des films sur lui, sur son histoire, sa vie.
    -------------
    Avec la mort de Césaire, le rappel historique qu’il y a eu, avec ce que je pressentais déjà, je me demandesi l’explication de ce que devient la Métropole avec sa soi-disant lepénisation des esprits n’est pas finalement assez simple…

    J’avais toujours compris qu’il y avait une différence de point de vue sur la Guadeloupe que j’assimilais dans sa mentalité à Malcom X et la Martinique à Martin Luther King. J’avais compris par rapport à leur histoire parallèle, similaire mais tout de même différente dans leur « conclusion », le pourquoi de cette différence de mentalité. Et j’avais toujours compris pourquoi Aimé Césaire ne pouvait être né qu’à la Martinique.

    J’avais dû mal cependant à comprendre pourquoi la Métropole avait pu se laisser tant dominer par cette lepénisation, par cette sarkorisation même.

    Certains me disent, le chômage, la pauvreté, etc. Oui, peut-être, mais ce n’est pas suffisant. La Martinique connait un taux important de chômeurs, la pauvreté est le lot de pratiquement tous les martiniquais, la vie chère est le quotidien de chaque habitant.

    Des relents vichystes ? Pourquoi spécialement en Métropole, alors ? Vichy avait lieu aussi en Martinique précédemment victime de l’esclavage…

    Alors pourquoi cette différence ? Pourquoi cette peur toujours de l’immigration, le rejet de l’autre dans sa culture, dans sa diversité, dans sa différence de peau ?

    J’ai cherché à ma façon d’essayer avec mes brides de connaissance de l’histoire française, de comprendre cette différence de mentalité qui existe entre la Martinique et la Métropole pour ce qui est de l’immigration et des rapports humains.

    C’est ma vérité, je ne dis pas que c’est la vérité. Et y a-t-il d’ailleurs une vérité ?

    Et je me dis que cette différence est due à qui nous avons pour modèle fondateur.

    En Martinique, nous sommes fiers de notre culture, de notre histoire, nous la revendiquons, nous avons fait la paix avec cette histoire aussi compliquée et aussi difficile soit-elle. Bien que nous ne pouvons pas dire avoir des racines uniquement en Afrique Noir, aux Antilles, ou en Europe, nous savons qui nous sommes, nous connaissons notre identité, nous la portons où que nous nous rendons. L’autre n’a jamais été une menace, qu’il vienne des pays arabes (comme la Syrie ou le Liban), qu’il vienne d’Asie (comme l’Inde), qu’il vienne des îles étrangères voisines (comme Haïti), qu’il vienne du continent Européen, etc.

    La Martinique si catholique, ne s’offusque pas de voir construire une Mosquée, ne voit pas de problème à faire respecter la laïcité dans ses lieux publics, ne fait aucune polémique sur le fait que son « Papa » soit enterré sans funérailles religieuses.

    En Métropole, malgré des racines profondes, une vieille histoire, une laïcité revendiqué haut et fort, on insiste que le grand homme a refusé des funérailles religieuses, on polémique sur la construction d’un lieu de culte, on ne connait pas son identité, au point que l’on pense que l’on doit avoir un ministère qui pourrait la préserver tant on la croit menacé…

    Je crois que ce constat vient de l’histoire des personnalités autour desquelles la Métropole et la Martinique se sont soudées.

    En Métropole, dans son unité, on s’est soudé autour de Napoléon Bonaparte. Une personnalité plus que douteuse, connu mondialement pour des faits militaires : les guerres napoléoniennes en Europe resteront dans l’histoire comme les plus meurtrière ; avec une estimation basse, elles coûtèrent la vie à 2,5 millions de personnes : 1,5 millions de militaires et 1 million de civils. Connu également pour avoir été celui qui a remis l’esclavage… Et autour du Général De Gaulle, autre personnalité militaire. Bien sûr, c’est l’homme du 18 juin, le résistant, celui qui attribue le droit de vote aux femmes, le fondateur de la 5ème République, de la création de la CEE, le droit de vote des femmes musulmanes algériennes. Mais c’est aussi, l’homme de l’ultra-conservatisme colonial, c’est aussi l’homme du parti RPF qui compte aussi d’anciens pétainistes et même d'anciens collaborateurs, l’homme qui n’a rien compris à 68, l’homme du coût d’état permanent, l’homme qui avait comme préfet un certain Maurice Papon… Mais bon, on aurait pu prendre pire comme modèle bien sûr. Et j’apprécie tout de même cet homme, sur certains points.

    On ne peut pas vraiment être fière d’avoir pour héros Bonaparte. Et quant à De Gaulle, en dehors de l’homme d’avant la 5ème, il ne peut dépasser les clivages droite/gauche, donc réunir les métropolitains…

    En Martinique, dans sa diversité, on s’est soudé autour de deux hommes d’une grande stature, qui transcende l’histoire de l’île, l’histoire de la France et sont porteurs de valeurs universelles et intemporelles. Victor Schœlcher (22.07.1804 / 25.12.1893), député en Martinique, sénateur, un homme qui pendant presque 20 ans s’est battu pour faire abolir l’esclavage et qui a réussi à faire des Noirs des citoyens de la République. Et autour bien sûr, l’homme de lettres Aimé Césaire (26.06.1993 / 17.04.2008).

    On a de quoi être fier. Et personne ne peut nous enlever ça, et toute personne qui « immigre » en Martinique, d’où qu’il vienne, ne peut que chercher à se reconnaitre dans Schœlcher ou en Césaire, même si on ne partage pas leur position politique, leur valeur humaniste, on ne peut qu’y adhérer.

    Ils sont le symbole même de ce que veut vraiment dire Liberté, Égalité et Fraternité. Ils sont vraiment la République. Ils sont vraiment la Laïcité. Ils sont vraiment les Droits de l’Homme. C’est leur vie, leur combat. C’est donc la Martinique.

    Peut-on en dire autant de Napoléon ? Quant à De Gaulle, c’est contrasté. Et c’est tout ça la Métropole. Elle n’est pas en phase avec ce qu’elle prétend être, comme son héros (Bonaparte) est en complète contradiction avec ce qu’est censé être la France… Et c’est donc ça la Métropole : Une Grande Schizophrène.

    Je propose pour la soigner, de lui faire des cures de Schœlcher, en faisant des livres, des documentaires et des films sur lui, et de Césaire, en mettant en scène ses pièces de théâtre, en apprenant ses œuvres à l'école dès le collège, en faisant des documentaires et des films sur sa vie...

    Montrons à la France, la France dans sa totalité et dans sa diversité (la Métropole + la Corse + les Dom-Tom), d'où elle vient, qui elle est, pourquoi elle peut être fière de ce qu'elle est et pourquoi elle ne doit pas avoir peur de l'autre d'où qu'il vienne parce qu'elle est la France.

    Oui, que la Métropole donneuse de leçon soit capable d'apprendre une seule leçon de la Martinique, une leçon essentielle : vivre ensemble !
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    Re: AIME CESAIRE

    Message par bye le Lun 21 Avr - 22:51

    Je lis ce que tu écris et le comprends, Bettina. Mais , et c'est la ( ma ) vérité, tout en lisant aussi des livres d'histoire, j'ai du mal à saisir cette mentalité hexagonale. Je sais qu'elle existe, mais ( bien sûr je la combats ) ai toujours autant de difficultés à admettre , à savoir qu'elle est autour de moi, de nous.
    A l'opposé, ce sont des sentiments évidents: comment peut-on rater sa vie ( car il s'agit de celà ) à fermer les portes, les oreilles au Martiniquais, à l'autre ( avec son histoire, la magnificence de sa culture ). S'ils savaient ce qu'ils perdent!
    Heureusement, un certain nombre d'individus réagissent différemment. Ce sont ceux-là avec lesquels je vis.
    Concernant les hommes politiques, rares ( ou inexistants ) ont été ceux ayant un discours, une pratique novateurs; c'est le plus souvent du paternalisme, proche du néocolonialisme.Il suffit de voir ce qui est arrivé à Jean-marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération qui a voulu pointer la politique de la Françafrique, et qui s'est fait déposer ( suite à l'intervention d'Omar Bongo ).

    Je crains que cette mentalité ait beaucoup de mal à évoluer, car la France métropole est vieille, dans pratiquement tous ses compartiments.Le creuset républicain corsète la société; il bloque sur son modèle laïc, toute respiration possible. Les sociologues comme Wieworka ( "une société fragmentée ") expliquent que la voie royale de l'intégration est bloquée dès le cursus scolaire, par la non reconnaissance, entre autres, de la diversité culturelle. La promesse républicaine est offerte aux démunis au prix de leur renoncement au particularisme dans l'espace public et de leur identification à l'Etat-nation en tant qu'individus souverains.Or, cette promesse est de moins en moins tenue pour des franges importantes des jeunes d'origine immigrée ( environ 1/3 de la population d'origine immigrée n'est pas intégrée sur le plan économique ) , la dualisation sociale étant désormais un fait incontournable.

    Je suis peut-être sorti du thème initial, mais je voulais souligner le caractère figé ce ce creuset, digne paraît-il de toutes les intégrations.
    Il n'empêche également qu'il ne faut pas absoudre la part de responsabilité de chacun, dans cette exclusion de l'autre.

    Aimé Césaire était, est une énorme voix de la poésie contemporaine, de la dénonciation de la ségrégation. Il reprochait également à d'autres intellectuels ou poètes ( Chamoiseau, Glissant,..) de taire un peu trop, cette révolte au nom du peuple antillais, et plus largement de tous les peuples dominés.

    Maintenant, concernant la poésie contemporaine en général, si elle se porte bien au niveau du bouillonnement, de la créativité, les politiques ou gens de pouvoir s'en moquent éperdument. Le printemps des poètes justifie à lui seul le mépris porté à la poésie par le déluge de paillettes et de superficialité que son créateur ( Jacques lang ) a voulu lui insufler.
    Pendant ce temps, on diminue encore dans l'Education Nationale, le nombre d'heures à consacrer à l'éveil et la connaissance artistique.

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    Re: AIME CESAIRE

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