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    voir noir et rien savoir: Moriturus, l'Atelier contemporain

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    voir noir et rien savoir: Moriturus, l'Atelier contemporain

    Message par bye le Mar 27 Mai - 8:40

    Les revues de poésie appartiennent assez peu aux brassées quotidiennes qui nous découpent, rationnalisent, remuent pour un quotient de pacotille.Elles sont plutôt le dépouillé d'individus hors la mire, découpés aux craquements des lance-âmes.
    Ephémères souvent, elles brûlent longtemps après leur figement sur papier, leur rédition; jet de quelques assoiffés de lumière, projectile fugace à la face de la littérature bien pansée, comme l'Atelier Contemporain du fou de beauté, François-Marie Deyrolle: 700 pages hallucinantes, irréelles soudant à nos yeux qui n'en peuvent, les éclats de Joë Bousquet, de James Sacré, Jean-Luc Parant,..

    Si nous ne pouvions rien toucher avec les yeux, nous ne pourrions rien nommer de ce que nous voyons. Rien ne porterait de nom, il n'y aurait pas de mots, nous mangerions le monde comme des animaux.
    Les yeux touchent pour reconnaître ce qu'ils voient intouchable, ils touchent ce qui n'est pas touchable, ils touchent ce qui est trop loin pour être touché avec les mains. Ils touchent sans laisser d'empreintes, comme si leur toucher sur le monde faisait apparaître ce qu'ils voient et que les images dessinaient toujours les contours de nos yeux.
    Nous voyons mais nous ne voyons que les empreintes transparentes de nos yeux sur le monde, les empreintes intouchées de nos yeux intouchables.
    Les animaux, qui n'ont pas de main ( comme si avoir des mains c'était déjà pouvoir avoir des yeux qui touchent l'intouchable, comme les mains touchent le touchable ), ne touchent pas, c'est le monde qui les touche et qui s'empreinte de leur passage en lui. Les animaux mangent le monde comme l'homme le voit. Ils écrasent le nom de tout ce qu'ils mangent dans leur bouche. Ils mâchent le monde qu'ils voient. Et suivant ce qu'ils mangent, suivant comment ils mâchent les mots, leur cri les différencie les uns des autres, d'une espèce à l'autre.

    Leur cri est ce qui reste de ce qu'ils mangent du monde qu'ils voient.
    Les noms que les animaux ont donnés au monde qui les entoure, au monde dont ils se nourrissent, se traduisent par des cris. Les animaux crient pour dire ce que leurs yeux touchent et que leur bouche mange.
    Les animaux touchent avec leur yeux ce qu'ils peuvent toucher avec leur corps, ils touchent là où ils peuvent aller avec lui. Ils touchent avec les yeux ce qui leur est touchable avec les pattes. Mais l'homme touche avec ses yeux ce qu'il ne peut pas toucher avec son corps , il touche là où il ne peut pas aller avec lui. Il touche avec ses yeux ce qui ne lui est pas touchable avec ses mains, comme si ses mains avaient fait naître des distances immenses autour de lui, et qu'elles avaient lancé ses yeux si loin dans l'espace que son corps avec ses pieds seulement n'avait pas pu suivre leur projection infinie.
    Entre les mains de l'homme et les pattes des animaux il y a le lointain et le proche, le jour et la nui, le touchable et l'intouchable.

    Les yeux de l'homme voient seulement ce que les mains projettent, ils voient seulement ce que les mains ne touchent plus.
    Tout ce que les yeux voient et que les mains touchent à la fois, les animaux aussi le voient. Mais est-ce que les yeux de l'homme voient vraiment ce que les mains touchent ? Ne faudrait-il pas que l'homme ait des pattes pour le voir ?
    Les animaux ne voient pas ce que l'homme voit parce que l'homme a des mains, et avec ses mains il projette le monde infiniment autour de lui jusqu'à perte de vue. Il voir ce qui est très loin mais aussi ce qui est très près et qu'il ne peut pas toucher. Il voit l'insaisissable qu'il peut inventer avec ses mains pour le trouver avec ses yeux.

    Les yeux voient parce qu'il y a autour d'eux un espace désertique. D'immenses distances les entourent pour qu'ils restent intouchables et voyants. Le vide sans fin même est devenu visible pour que les yeux puissent se projeter infiniment loin en lui. Pour s'ouvrir, les yeux ont rendu visible l'infini. Tous s'est éloigné pour les laisser passer, tout s'est séparé, tout s'est ajouré pour être traversé. Tout a même disparu sur la terre pour apparaître dans le ciel. Les yeux ont fait la place tout autour d'eux pour voir et rester intouchés.
    Les yeux se sont ouverts et ont tout ouvert. Tous s'est fendu comme les yeux, tout a vu comme eux, tout est devenu voyant. Le monde s'est mis à parler, comme si les yeux s'étaient ouverts comme des bouches et qu'ils avaient prononcé des mots pour voir et dire ce qu'ils voient.

    Les yeux voient par ce qu'ils donnent des noms aux choses qu'ils touchent. Les étoiles ont des noms parce que les yeux les ont touchées.
    Les yeux appellent le monde, ils le crient pour le faire apparaître. Les yeux donnent des noms à tout ce qu'ils voient comme s'ils donnaient un visage et des yeux à tout ce qu'ils faisaient apparaître devant eux. Comme si les yeux identifiaient tout ce qu'ils voient pour le reconnaître et être prêts à voir ce qu'ils n'ont jamais vu.
    Les yeux sont des bouches qui ont raconté tant d'histoires qu'elles se sont mises en images devant eux, et que le monde est apparu comme si les yeux disaient toujours ce qui est vrai. Comme si seul le visible existait. Nous regardons des yeux et nous entendons toujours comme une multitude de paroles dites dans n'importe quel ordre, comme éblouie par la lumière. Comme si nous entendions à travers le regard des yeux tout ce qui se disait dans le monde au même instant, entre le jour et la nuit.
    Par la lumière qu'ils interceptent et dont la terre fait le tour chaque jour, les yeux portent en eux un tout, un concentré du monde dont le regard qui s'en diffuse éclaire d'un nouveau jour la pensée.

    En donnant les noms à ce qu'ils voient, les hommes touchent avec leur yeux ce qu'ils ne peuvent pas toucher avec leurs mains. En donnant des noms, les hommes se rapprochent de ce qui est trop loin. Comme si ce qui est trop loin n'avait pas de nom, parce ce qui est trop loin n'a pas d'yeux et de visage et que les distances laissent tout dans l'inconnu.
    Si nous ne portions pas de nom nous n'aurions jamais été touchés par des mains ou vus par des yeux. Nous portons un nom parce que nous avons été touchés dans la nuit et que nous sommes devenus visibles dans le jour où nous avons été vus pour devenir intouchables. Nous avons été éclairés par le soleil pour nous éteindre sur la terre.
    L'espace que voient les yeux est si grand que, pour tenir en lui, les hommes donnent des noms à tout ce qu'il contient pour le rendre plus petit et pouvoir s'en approcher, le toucher et s'y soutenir. Comme dans la nuit le corps de l'homme se tient au monde qui l'entoure pour se tenir debout et avancer devant lui.
    Dans le ciel les hommes ont tiré des lignes d'une étoile à une autre pour tracer une forme ou les contours d'un animal pour que cette forme ou ces contours remplissent le vide sans fin et masquent l'infini.

    Quant dans la nuit nous voyons, c'est parce que nous touchons, amis nous voyons seulement ce qui est touchable avec nos mains, nous voyons seulement ce qui est à notre portée. Dès qu'il fait jour les mains nous montrent ce qu'elles ne peuvent plus toucher, les mains nous montrent l'intouchable qui sans elles ne serait pas visible, comme l'intouchable ne l'est pas chez les animaux qui n'ont pas de mains.
    Les yeux sont ce qui prolonge les mains trop courtes pour atteindre ce que le soleil éclaire. Dans els mains il y a la nuit et dans cette nuit qui éclaire le touchable il y a la lumière qui éclaire l'intouchable. Nos mains ont fait naître dans nos yeux ce que nous ne pouvons pas toucher. Avec elles nos yeux saisissent l'insaisissable.
    Quand nous voyons ce que nous pouvons atteindre nous sommes dans la nuit, et quand nous voyons ce que nous ne pouvons pas atteindre nous sommes dans le jour.
    Quand nous touchons nous voyons parce que dans la nuit il n'y a pas de jour. Nous touchons pour voir comme le feu touche l'obscurité pour devenir de la lumière. Nos mains sont des yeux qui nous rendent voyants de tout ce qu'elles ne peuvent pas toucher. Nos yeux sont au bout de nos doigts de nos mains de nos bras tendus devant nous.

    Les animaux n'ont pas d'yeux pour voir ce qu'ils ne peuvent pas atteindre parce qu'ils n'ont pas de mains pour se projeter hors d'eux. Leur corps ne peut pas quitter l'élément où ils nagent, volent ou rampent. Leur corps existe seulement par l'endroit du monde où ils vivent, par l'élément qui les recouvre et les fait exister.
    Si les animaux pouvaient voir ce qu'ils ne peuvent pas saisir, ils quitteraient leur élément, et les poissons sortiraient de l'eau, les serpents se soulèveraient du sol, les oiseaux ramperaient dans la terre.Les animaux n'auraient plus qu'une et unique forme de corps qui les recouvrirait tous pour parcourir le monde.
    Les animaux voient jusqu 'où leur corps peut aller , ils ne voient pas là où leur corps ne va pas. Les animaux sont tout entiers là où ils sont, ils sont tout entiers dans l'eau, tout entiers sur la terre, tout entiers dans l'air. Les animaux n'ont pas de main pour être à droite ou à gauche, pour être ailleurs. Les animaux ne bougent pas de l'endroit où ils sont comme s'ils y étaient enfermés tout entiers. Les animaux ne sont pas nés, ils sont comme l'homme dans le ventre de la femme. Ils sont dans l'eau, dans l'air ou sur la terre comme dans un ventre démesuré où ils se multiplieraient pour pouvoir exister.
    L'homme a été tout entier dans le ventre comme un poisson est tout entier dans l'eau. Les animaux les plus animaux sont ceux qui vivent le plus entièrement dans leur élément.
    C'est parce que nous sommes à la fois dans l'eau, dans la terre et dans l'air que nous ne pouvons pas être immergés , enfouis ou enfuis dans un seul de ces éléments.
    Etre un homme c'est avoir pu surgir tout entier des éléments sans rien laisser dans l'eau, dans l'air et dans la terre.
    Si l'homme ne peut pas être tout entier dans l'eau, dans l'air ou sur la terre, c'est parce qu'il s'est libéré de ce qui l'entoure et qu'il ne peut plus être tout entier là où il est. L'homme est debout et debout il est partout tout autour de lui. Il s'est redressé dans la lumière pour sortir de lui-même. Le corps de l'homme a quitté la terre et s'est projeté dans l'espace pour penser. S'il ne pensait pas il serait resté tout entier recouvert par les éléments et sa tête ne pourrait pas rester hors de l'eau, hors la terre ou de l'air sans que son corps y soit, sa tête entrerait où son corps est entré, sa tête suivrait son corps, son corps dirigerait sa tête comme chez les animaux. L'homme pense parce que son corps peut entrer par où sa tête est entrée , son corps suit sa tête, sa tête dirige son corps et ses yeux vont là où son corps ne peut pas aller, son corps va là où ses yeux vont.
    Notre tête ne peut pas entrer où notre corps entre mais notre corps entre où notre tête est entrée. Si l'homme entre son corps dans l'eau il en sort toujours par sa tête au-dehors.
    Les animaux ne pensent pas parce que leur tête peut entrer par là où leur corps est entré. Leur corps est leur tête comme chez l'homme sa tête est son corps. Nous reconnaissons les animaux à leur corps comme nous reconnaissons l'homme à sa tête.
    Si les poissons ne peuvent pas sortir leur tête hors de l'eau c'est parce que leur tête suit leur corps et que leur tête n'a pas d'autres endroits à suivre pour pouvoir aller ailleurs; leur tête ne pense pas, elle est sans ouverture vers l'extérieur, leur tête est dans leur corps comme le corps de l'homme est dans sa tête.
    Depuis que nous pensons ce n'est plus notre tête qui suit notre corps mais c'est notre corps qui suit notre tête.
    Nous pouvons aller tout entiers partout où elle va, partout où elle pense. Nous partons avec notre corps dans tout ce qu'elle voit. Nous partons dans le soleil.
    Si les animaux ne sont qu'un corps aveugle, l'homme n'est qu'une tête voyante. les animaux n'ont pas de tête comme l'homme n'a pas de corps.
    Si les hommes ont leur tête pour se différencier les uns des autres, les animaux ont leur corps.
    Les hommes sont aussi différents de tête que les animaux le sont de corps. Quelque chose d'insaisissable différencie autant les hommes que ce qui différencie les hommes est palpable.
    Si avec leur tête les hommes voient ce que leur corps ne peut pas toucher, avec leur corps les animaux touchent ce que leur tête ne peut pas voir. Si l'homme est en avant avec sa tête, les animaux sont en avant avec leur corps. L'homme avance avec sa tête pour faire avancer son corps, les animaux avancent avec leur corps et entraînent leur tête.
    Les yeux de l'homme sont aussi différents que l'est le sexe des animaux.Les animaux s'accouplent comme les hommes se regardent. Les hommes se regardent quand les animaux s'accouplent, quand les animaux sont de la même taille, de la même forme et du même corps.
    Les hommes se regardent et se voient tout entiers par leurs yeux, comme les animaux s'accouplent et se touchent entièrement par leur sexe. Les hommes portent tout leur corps dans leurs yeux, les animaux tout leur corps dans leur sexe. Les hommes se voient et se regardent , les hommes se touchent et s'accouplent.

    Jean-Luc Parant A pleins yeux
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    moriturus: à Guy Viarre

    Message par bye le Mar 27 Mai - 9:14

    La revue incandescente Moriturus est née en août 2001 des déambulations croisées de Cédric Demangeot, Brice Petit, Lambert Barthélémy et Guy Viarre. Mais ce dernier, pas fait pour être, a préféré ne plus. Moriturus, qui lui doit jusqu'à son titre, ne fera pas un pas sans se souvenir de cette amputation natale - et de l'ami.

    Ainsi démarre l'aventure fantastique de ce brûlot de mots éclatés, qui telle une comète a transpercé les cornées de notre conscient fissuré. Les plus implacables écritures contemporaines, déformées par les flammes, ont pris rage et donné peste à un lectorat écartelé aux quatre coins de l'extraordinaire.

    Echéances du mort

    J'ai contracté la maladie du pur
    collaboration avec cela
    comme vacher avec troupeau.

    Vacher comme qui a remplacé
    sa mère à écouter son père.

    Comme on prend le relais d'une destruction maître.

    C'est-à-dire contraintes, religieuses
    comme lait, verdure, noviciat
    comme avoir été instruit avoir
    été affamé.

    Et celà tire sa prairie inaccessible émue
    c'est créature
    le geste est génial.

    Et aussi celui dormir comme on
    reçoit rejoint un mort douloureux
    un mort à la différence douloureuse
    comme un truisme.

    Mais boucher la distance
    boucher le coeur
    comme on confie à
    la distance et au coeur
    l'acte unique
    de se faire de se défaire.

    Péplum petit chacun d'air et de sol Vanité
    suffisance d'intestin de nostalgie
    lobotomie et ponctualité.

    La pierre se reçoit se complique s'observe
    s'ennuie s'avance.

    Parce que peser lui est
    retourner dans l'inouï.

    Vécu: vous les visages entrés rentrés
    litanies respectives
    à laisser sur sa lave
    le rendement de l'homme
    et mâchoire
    retournée
    par l'affection.

    Qui porté à la tête ne théorise pas
    passé et avenir ne
    n'a pas menti quant à l'impénétrabilité
    de la nuit.

    Une graine accessible soucieuse
    le fasse tomber de sa tête
    parole le bien perdu
    et s'il dit qu'il est maintenant tout
    aveugle
    il aura mis à mort la vue.

    Charbon par la parole entière
    la parole entièrement
    arriérée garde le sac
    connaît l'occupation du sac.

    Que je dise reine ou souveraine
    attribue et substance elle s'envoie
    en l'air béante dans le jardin
    où tout est seigneur
    où tout est mendiant et sonneur.

    Le feu émasculé. La litière vraiment courageuse
    bousculée liturgique. Le foie tantôt mâté
    tantôt éclaté.

    Je suis coincé dans mon épaule dans mon sable
    en sursis

    dans mon épaule jamais éteinte.

    La faim me tient
    moins bien que femme
    parce qu'étrange très
    le maïs
    où nous rendre souvent mal.

    Autre chose dégénère dans la main
    comme un bec
    comme un pacte avec quoi on voit
    l'enfant fendre les oiseaux.

    Mais qui plonge sa main dans la convulsion
    qui le tend le plat sauvage qui chargé
    d'infranchissable désaltère.

    Guy Viarre


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    Moriturus: le sens en sang

    Message par bye le Mar 27 Mai - 9:57

    Le voyage halluciné au milieu des coques, des mots noircis s'accélère et prend tout son tournis, sa descendante ivresse. La suivante livraison de Moriturus de mai 2003, propose sur un plat tombal, ce texte encore fûmant de Hugo Hengl.

    Tombereau

    Après que tout fut terminé, dit Merisier, comme je ne devais plus rien à personne, ue j'aurais pu sans conséquences claquer la porte sur tout cela, après que se fut définitivement effacé le sourire nigaud qu'arborait mon visage en signe de soumission, il s'en trouva encore quelques-uns pour me remercier, me féliciter de mes efforts, affecter de regretter mon départ et solliciter de moi quelques paroles enjouées de circonstance et de conclusion, comme pour jouir une dernière et délicieuse fois de l'étendue de leur pouvoir. En voilà un qui ne se plaint pas, qui ne grogne jamais et qui de plus ne coûte pas cher. Un homme de bonne volonté.Et comme je n'ajoutai rien d'autre, et qu'un silence oppressant semblait enfin devoir s'emparer de l'assemblée, l'un d'eux conclut avec bonhomie: il est trop timide pour dire que nous sommes des cons. Voilà, dit Merisier, ce que j'ai fait de ma vie ou voilà ce que ma vie a fait de moi. Ce que je redoutais le plus au monde, je le suis devenu. Tout ce que j'aurais voulu éviter m'est advenu, et rien ne m'aura été épargné, pas même de devoir échanger avec mes oppresseurs quelques paroles légères, histoire de prouver que le pacte de soumission est respecté jusqu'au bout, que le sacrifice est mené jusqu'à son terme. Harassés comme nous le sommes, dit Merisier à Würth qui, assis sur la banquette, ne disait rien, dans son manteau qui faisait honte aux autres ainsi qu'à lui-même , ayant été propulsés dans un monde qui ne peut d'aucune façon nous convenir, parce qu'il ne répond à aucun de nos besoins les plus élémentaires, il nous faut encore dépenser le peu d'énergie qui nous reste à nous justifier, à bredouiller des explications à des hommes qui triomphent de nous, qui nous écrasent sans arrêt, qui s'estiment bienfaisants, bien- pensants, alors qu'ils ne sont précisément que nuisibles et pervers, qui vivent en parfaite complaisance des vies qui ne sont en vérité que des vies d'affameurs et d'assoiffeurs, des vies d'assassins de la pire espèce. Dans ce monde actuel, dit Merisier, le fait d'être satisfait de soi et en bon accord avec sa conscience n'est guère plus que l'apannage des assassins et des tortionnaires, de ceux qui tuent , non pas une personne en en gardant toute la vie un souvenir lancinant, mais qui en massacrent ou en laissent massacrer des centaines sans que cela leur pèse le moins du monde, sans que cela leur empêche de vivre une vieillesse épanouie entourée de flopées de petits-enfants baveux. Les tortionnaires ont tout à gagner dans ce monde, dit Merisier, il faut être aveugle pour ne pas le voir. Les tortionnaires, plus ou moins ouvertement adulés et chéris, incarnent dans ce monde le modèle ultime du succès. Parce qu'ils massacrent, dit Merisier, et surtout parce qu'ils le font en toute impunité. Voilà qui fait rêver les gens, dit Merisier, massacrer en toute impunité. Voilà le but vers lequel tendent toutes les fibres de leur être dès qu'ils se mettent à exercer un semblant de pouvoir. Car il n'est de pouvoir aussi dérisoirement petit qu'ils ne trouvent aussitôt un moyen d'en abuser. Il s'agit chez eux d'un moyen irrépressible, dit Merisier, que certains s'acharnent à dissimuler avec plus ou moins de soin, mais jamais très longtemps. Il ne faut pas être dupe du manège de ceux qui font mine de ne pas vouloir vous écraser. Je dirais même, dit Merisier, que dans cette vie, quand quelqu'un , au lieu de vous frapper au visage, vous tend au contraire une main pleine de sollicitude, il faut alors mordre cette main de toutes se forces, de façon à en arracher au moins un ou deux doigts. Car ceux qui par un sentiment trouble pensent se racheter du pouvoir écrasant qu'ils exercent par quelques manifestations d'humanisme soigneusement sélectionnées sont bien entendu encore plus méprisables que les autres. Toute cette histoire de pouvoir est d'ailleurs bien pernicieuse . Nous-mêmes, nous ne sommes pas exempts de reproche à ce sujet, dit Merisier, se levant avec nous, nous-mêmes qui ne disposons pour ainsi dire d'aucun pouvoir, larves, comme a pu dire Gensfleich, dotées de l'idée du sublime, néant, comme il a dit une fois, à son propre sujet, abusivement paré des attributs de l'être, nous-mêmes sommes au fond aussi radicalement coupables que tous les autres.
    Connaît-on, en effet, un seul être qui ait, toute sa vie refusé d'exercer absolument aucun pouvoir ? La vérité, dit Merisier, est qu'à part Gensfleich, qui maintenant est mort, nul n'a à ma connaissance réussi à n'exercer pendant sa vie aucune forme de pouvoir.Gensfleich, peu fiable, irresponsable, imprévisible, et pour finir suicidaire qu'il était, est, à ma connaissance, la seule personne qui n'a jamais été tentée d'exercer un pouvoir. On me dira, dit merisier, qu'il ne disposait peut-être tout simplement d'aucun pouvoir dont il eût pu faire usage, mais ce serait bêtement méconnaître la nature du pouvoir. Le pouvoir vient en effet à nous par d'innombrables manières et sous diverses formes , et tout ce que nous pouvons faire pour l'éviter, c'est le fuir éperdument partout où il se présente à nous, où il se propose à nous et nous incite insidieusement à faire usage de lui. Gensfleich, dit Merisier, a pratiqué cela assez assidûment, et c'est précisément ce qui en faisait un personnage aussi fuyant, peu fiable et imprévisible, un personnage affligeant en même temps qu'admirable, catastrophique au plein sens du terme, voué entièrement à la catastrophe pour n'avoir jamais voulu saisir la moindre possibilité d'exercer un pouvoir, et par là même, de s'en sortir, quoi qu'on veuille comprendre par là. Pour ne donner qu'un exemple, dit Merisier, Gensfleich n'a jamais voulu aucune des quelques femmes qui se sont proposées ou offertes à lui, et a préféré presque jusqu'au bout à la merci d'une grand-mère acariâtre et d'un infernal caniche qu'il lui fallait promener plusieurs fois par jour. Ou encore, dit Merisier, comme vous savez , Gensfleich aurait, par son esprit et son éducation, pu aspirer à certains emplois moins absurdes que celui de caissier de grand magasin, qu'il se borna cependant à exercer une des rares fois ( la seule ? ) où il se mit en quête d'un emploi rémunéré. Et quand sa situation devint tout bonnement insupportable, dit Merisier, il ne se livra pas,comme certains, à un meurtre sur la personne d'un plus faible que lui, mais se livra pour ainsi dire au contraire pieds et poings liés à l'autorité de la médecine moderne qui sut faire de lui ce que la nature sait tout aussi bien faire de nous sans aucun adjuvant, je veux dire un cadavre.S'il y en a bien qui tuent ou qui se tuent par désespoir de ne pouvoir jamais atteindre aucun des pouvoirs qui leur semblent désirables, dit Merisier, ce ne fut pas le cas de Gensfleich, à qui tout pouvoir avait toujours et en tout point paru tout ce qu'il y a de plus haïssable au monde , un monde sans lequel, comme nous, il se trouvait engoncé, enfoncé à sa plus grande exaspération, monde en lequel il désespéra de son vivant de découvrir, à défaut d'un emploi ou d'une place, une niche abstraite, un espace de production symbolique tout simplement vivable, une forme lui permettant d'acquérir enfin un semblant de forme humaine. Aucune personne de notre entourage ne fut, dit Merisier, aussi éminemment poète que Gensfleich, mais la poésie est bien, en un sens, ce que Gensfleich détestait le plus. Gensfleich disait :"la poésie, cette merde", comme Céline disait : "la médecine, cette merde", ( mais comme Céline n'aurait pas dit " la littérature, cette merde" ), et la notion d'humanité lui était on ne peut plus étrangère. La poésie ne l'intéressait que par l'absolue impossibilité qu'elle représentait pour lui, une impossibilité de tous les ordres qui, quoique de façon toute négative , reflétait précisément toute sa situation. Et être un être humain, cela n'avait pas pour lui beaucoup de sens, tant il se voyait dépourvu de tout attribut d'humanité, et par conséquent de toute possibilité d'exercer un pouvoir. Le seul abus de pouvoir, si on peut dire, dit Merisier, auquel Gensfleich se soit livré, fut l'acte qu'il commit sur sa propre personne à l'aide de la médecine moderne. Et le fait qu'il se trouve encore des gens pour le lui reprocher, cet acte, dit Merisier, montre bien à quel point les gens sont scandaleusement culottés. Le fait que les gens s'estiment lésés, dit merisier, marchant vers la voiture, parce que quelqu'un se prend la vie, qu'ils considèrent cela comme un abandon, une trahison, montre à quel point les gens sont parfaitement éhontés. Car cela revient à dire que, largués comme nous le sommes dans un monde où rien ne nous ressemble, où nous n'appartenons à rien et où rien ne nous appartient, notre corps lui-même ne nous appartiendrait pas, mais appartiendrait probablement aux autres, qui, en en voyant la désolation, se consolent par là de leur propre décrépitude, dit Merisier.


    Dernière édition par bye le Mar 27 Mai - 21:01, édité 5 fois
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    Moriturus: le sens en sang (suite )

    Message par bye le Mar 27 Mai - 17:12

    Tombereau ( suite )

    Cela revient à dire que dans un monde pour nous invivable par le fait même que toutes les notions qui nous chères y sont bafouées, il faudrait encore, en dépit du bon sens, respecter une sorte de notion morale selon laquelle il ne nous appartiendrait pas, quand notre cerveau ne peut tout bonnement plus supporter les informations qu'il doit véhiculer, de mettre fin à l'activité de celui-ci, alors même que c'est une des rares choses qui soient encore de notre ressort. Non, dit Merisier, faire reproche à Gensfleich de ce qu'il a fait relève de la plus pure inconscience, de la plus grossière ignorance des conditions de vie qui furent les siennes et de celles qui sont les nôtres. Quant au sentiment de culpabilité qui s'empare de ceux qui restent en vie et qui font ces reproches , on sait bien dit Merisier, qu'il est aussi inévitable que superflu. Ceux qui restent en vie quand l'un d'entre eux se suicide s'accablent traditionnellement de sentiments de culpabilité, ils se sentent coupables et se jettent mutuellement des reproches à la figure, et plus on se jette à la figure des reproches pour n'avoir pas su retenir celui qui n'avait aucun intérêt à rester, qui avait peut-être tout intérêt à partir, plus on se sent malgré tout soulagé et dédouané, même si par hazard on porte effectivement la responsabilité toute entière de ce départ. Cela, nous avions déjà pu le constater, dit Merisier dans la voiture, lors de l'enterrement de T.Te souviens-tu, me dit Merisier, de cet enterrement, auquel nous étions tout juste tolérés en notre qualité de camarades d'études de T., mais lors duquel la bien-pensante et bien portante famille du jeune défunt nous entoura d'une sourde et perfide hostilité, je pense bien que tu t'en souviens. Et quand ce fut au tour du père et du frère aîné du défunt de dire à l'assemblée les habituelles paroles de circonstances, qui en l'occurence et vu la famille de T. ne pouvaient être qu'un assemblage incongru d'hypocrisie et de bêtises , voilà, t'en souviens-tu, dit Merisier, qu'au lieu des incongruités d'usage, des hypocrisies conciliantes et catholiques, les deux représentants de cette famille bien-pensante sortirent au contraire contre nous la grosse artillerie, ses camarades, nous accusant indirectement et même directement de son décès, nous prêtant tous les torts, tous les vices ( y compris celui de la toximanie ) et la plus mauvaise influence qu'on puisse imaginer pour un jeune innocent issu d'une famille aussi bien-pensante que la sienne. Le fait, dit Merisier, que le jeune et innocent T. n'en pouvait plus de la bêtise et de l'hypocrisie de toute la famille réunie, le fait qu'il était écoeuré jusqu'à la nausée par les valeurs iniques et mensongères que son père et son frère aîné revendiquèrent toute sa vie et prônaient encore devant son cercueil, ne leur avait naturellement pas effleuré l'esprit. En revanche, le fait que nous, ses camarades, avions abandonné T. à son sort, et comme ils le dirent textuellement, t'en souviens-tu, refusé la main qu'il tendait vers nous, voilà qui était pour eux une évidence. Te souviens-tu, dit Merisier, à quel point nous enragions en silence, assis dans cette étouffante église, atterrés par l'épouvantable mauvaise foi de toute cette famille qui, pour se dédouaner d'avoir en toute complaisance conduit T. au suicide, nous accusait de tous les maux, et d'une inconscience comme ils le dirent textuellement, criminelle, je crois que tu t'en souviens. N'est-il pas comique, dit Merisier, que ce sont justement les pires des hommes, les crapules les plus révoltantes, qui accusent si volontiers les autres hommes d'être des criminels. Ces familles qui détiennent un pouvoir social même minime, tiennent tant à le conserver qu'elles écrasent sans pitié ceux de leurs rejetons qui refusent de reprendre ce pouvoir révoltant à leur compte, et s'empressent ensuite d'accuser leurs camarades d'études de négligence criminelle, de non-assistance à personne en danger, c'est pour le moins comique. Il y a quand même quelque chose d'admirable dans cet aplomb , ce culot, dit Merisier. Pour ma part, dit Merisier, je trouve tout de même admirable le culot invraisemblable de tous ces gens bien-pensants. Ne pas s'alarmer du comportement d'un fils qui, chaque fin de semaine rentrant chez ses parents, s'enferme dans sa chambre pour ne pas supporter l'horrible vue des siens, et ensuite, lorsqu'il concrétise en fin un suicide qu'il avait en effet entrepris, à petit feu, depuis plusieurs années déjà, tomber des nues et se scandaliser de l'influence crapuleuse qu'ont dû forcément avoir sur lui les camarades d'études pour qu'il en soit venu à une telle extrémité, qui n'est autre que l'extrémité de leur propre bêtise et de leur cruauté, voilà, dit Merisier, qui ne cesse de m'impressionner. Il y a dans tous ces gens bien-pensants, dit Merisier, des ressources de haine et de violence inimaginables, et toute notre haine concentrée ne fait aps le poids en comparaison. La vérité, dit Merisier, est que nous avons raison, mais que le fait de le savoir, ne nous fortifie pas, mais au contraire nous diminue et nous mine et ne cesse de nous léser au cours de toute notre existence, tellement il nous faut payer ce savoir de la haine de tant de gens, en particulier dans les lieux où ces gens-là se réunissent, par exemple dans les églises , pour s'y livrer, sans le moindre respect pour ce que représente après tout ce lieu, à des accusations infâmes et des plaidoyers de haine.La haine de la famille de T. à notre égard, dit Merisier, était remarquable en ce sens qu'elle surpassait de loin tout l'amour qu'elle avait jamais été capable d'avoir pour T. Ces gens-là, de fait, ne sont capables que de haine, et la haine leur tient lieu de tout, même de l'amour . Ces gens-là, ne sont en somme que des pantins vociférant et gesticulant sous l'emprise de la haine, qui est le seul sentiment qu'ils connaissent avec la peur, et ne peuvent de ce fait nous attendrir. A leur contact et en face de leur haine, dit Merisier, on se sent pris d'une grande lassitude, tant leur haine n'exprime au fond que leur immense vacuité.Voilà pourquoi, à la réflexion, il est peut-être préférable de ne pas avoir assisté à l'enterrement de Gensfleich, et de nous contenter d'aller visiter sa tombe, si jamais nous retrouvons la route du cimetière. Il est vrai, dit Merisier, que de la part des quelques proches de Gensfleich , nous ne risquions pas de tels désagréments, Gensfleich ayant eu la décence de se mettre dans une situation telle que personne ne pouvait être accusé de lui avoir manqué. D'en arriver à un point où personne ne pouvait songer lui porter secours , tant l'idée même de secours lui était devenue complètement étrangère. Je dirais même, dit Merisier, que tout comme certains insistent beaucoup sur le fait qu'ils se sont faits eux-mêmes, Gensfleich mettait en un sens un point d'honneur à être l'unique auteur de sa destruction. Tout comme on entend dire de certains qu'ils ont monté par leurs propres mérites tous les paliers, strates, degrés ou que sais-je encore, ainsi on peut dire de Gensfleich qu'il a de son propre chef descendu ou dévalé les degrés qui séparent encore nos existences précaires du fond, quoi qu'on veuille entendre par là. Et de toute manière, dit Merisier, il importe peu que nous ne sommes pas allés à l'enterrement de Gensfleich , tant un tel évènement constitue en soi un non-évènement, tant il n'y avait aucune conciliation, aucune réconciliation à tirer de cet enterrement qui au contraire aurait mis à jour tous les déchirements et contradictions qui sont les nôtres. Et le fait que, tous les trois, nous nous rendions tout de même à sa tombe, interrompant un instant la routine de nos vies d'écrasement , allant même, pour certains d'entre nous, jusqu'à quitter pour cela un emploi précaire et humiliant, ne représente rien d'autre qu'un court interlude dans la dévastation au profit d'une autre dévastation, une courte escapade hors de nos dévastations individuelles pour un instant de dévastation commune, dit Merisier. Cette dévastation,qui touche l'intégralité du monde, comment l'oublier un seul instant. Même si j'oublie un instant ma propre dévastation, chers amis, dit merisier, celle de vos visages vient aussitôt la rappeler à mon esprit. La tienne, me dit Merisier aussi bien que celle de Wurth, dans son ignoble vieux manteau, déjà élimé lorsque nous étions étudiants, déjà usé jusqu'à la corde, je suppose, lorsque Würth en fit l'acquisition. Un manteau d'occasion, certes, mais alors une occasion ratée, une occasion manquée comme toute l'existencede Glensfleich. En ce sens, il est peut-être approprié que tu portes aujourd'hui cet abominable manteau, dit Merisier, s'adressant à Würth, ce révoltant manteau élimé que tu portes comme une seconde peau depuis des temps immémoriaux, comme une seconde peau qui te ferait honte plus encore que la première, tout comme elle nous fait honte à nous depuis des temps immémoriaux. Il est peut-être approprié, dit Merisier, d'aller voir la tombe de Gensfleich dans ce genre de guenilles, et il conviendrait même d'aller la voir en haillons, si cette tautologie n'avait pas été parfaitement déplacée. Car en haillons, dit Merisier, nous le sommes, et nosu ne sommes plus que cela. Pour ma part, dit Merisier, j'ai pris sur moi de repasser une chemise, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Nul ne passe autant de temps que moi à repasser une chemise, pour un aussi pière résultat. Je ne sais pourquoi il m'a semblé approprié de repasser une chemise, alorsq eu c'est une chose que je n'ai jamais su faire, qui s'est toujours obstinément refusée à moi. Quand je repasse une chemise, dit Merisier, c'est infailliblement pour obtenir une chemise encore plus froissée qu'au départ.En cela, dit Merisier, l'époque est avec moi, car plus personne n'a de nos jours envie de repasser une chemise. En cela, je suis en accord avec mon époque, même si cette époque me dégoûte au plus haut point. Rien, dit Merisier, ne m'est en effet plus détestable que cette époque de vêtements pratiques, de vêtements infroissables et décontractés, et en repassant une chemise, je ne fais que marquer mon souhait désespéré d'échapper à cette époque dont je suis pourtant le plus parfait produit, cette époque dont je ne cesse de blâmer l'ignorance crasse, faisant implicitement l'éloge d'une culture du passé, alors que je n'ai pour ma part du latin et du grec qu'une connaissance toute résiduelle et tout ce qu'il est convenu d'appeler la culture classique m'ennuie autant qeu le premier ignorant venu. Tout le passé qu'on peut invoquer maintenant n'est d'ailleurs à la réflexion autre chose qu'une pure fiction. On croit pleurer un monde, et avoir au moins cela, alors qu'on n'a même pas cela, qu'on ne pleure qu'un monde fictif, un monde qui n'a jamais existé, un monde au mieux mort-né. Nous n'avons pas même cela, et en somme, nous n'avons plus rien. N'est-il pas piquant, dit Merisier, de blâmer l'ignorance des autres alors qu'elle n'est en rien plus béante que la nôtre. Voilà d'ailleurs, dit Merisier, un point sur lequel nous sommes toujours tombés d'accord, avec Gensfleich, à savoir que notre position est parfaitement intenable. Nous passons notre temps à critiquer le monde entier, à en faire le procès, alors que nous sommes dans ce monde ceux qui sont peut-être les plus critiquables, et notre procès, n'en doutons pas, a été fait depuis longtemps. Ce qui est étonnant n'est pas tant que Gensfleich ne soit plus de ce monde, mais que nosu le soyons encore, et notre façon d'être au monde, dit Merisier, est d'ailleurs toute relative. De façon biologique, certes, nous sommes au monde, dit Merisier, mais y sommes-nous en tant qu'êtres humains, voilà qui pour Gensfleich a toujours été fort douteux, même s'il ne l'exprimait pas ainsi. Il ne s'agit certes pas de nous présenter comme des nièmes martyrs du monde moderne, dit Merisier, ni Gensfleich comme une sorte de victime sacrificielle , car Gensfleich ne s'est jamais réellement préoccupé de politique, et il ne saurait être question de le présenter comme un porte-parole de quoi que ce soit, Gensfleich ayant toujours tenu à n'être que le strict porte-parole de son existence biologique, sans aucun espoir d'accéder un jour à une existence véritablement humaine, ce en quoi, cela dit, son existence prend une portée politique tout à fait brûlante. Gensfleich disait: "On n'a pas encore gazé mon terrier", ce en quoi, dit Merisier, à peu près tout était dit sur sa condition aussi bien que sur la nôtre.
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    Moriturus: le sens en sang (suite et fin )

    Message par bye le Mar 27 Mai - 17:13

    Tombereau ( suite et fin )

    Si nous sommes relativement heureux d'être, contrairement à lui, encore en vie, dit Merisier, revenant du cimetière, ce n'est, de toute évidence que de façon toute biologique. De façon biologique, certes, dit Merisier, nous tenons à la vie, mais cette vie que nous menons ne nous intéresse somme toute que peu, et au fond nous la trouvons haïssable. Ce cimetière, nous n'y allons pas pour comprendre, car nous n'avons que trop bien compris. Pour nous, il ne s'est d'ailleurs jamais agi de comprendre davantage ou d'étendre le champ de notre expérience , mais plutôt de réduire ce champ, de ne plus rien comprendre, non pas d'ouvrir , mais de barricader les portes de notre perception. Si nous sommes allés voir cette tombe, dit Merisier, ce n'est nullement pour en avoir le coeur net, car le coeur, nous l'avions déjà net, et ce n'est pas pour faire un deuil qui était fait depuis longtemps. Expulsé de ce monde, dit Merisier, Gensfleich l'était en effet depuis toujours et en somme n'a fait que suivre jusqu'au bout un processus de raréfaction, un processus d'extinction. Ce monde le laissait hagard et en cela nous tombions bien d'accord. Constamment acculés, effarés par ce monde, il y a en effet de quoi se sentir sans aucun romantisme comme une espèce en voie de disparition. Sans aucun romantisme surtout, car il n'y a rien de pittoresque, de vibrant ou de mélancolique à tirer de cette disparition, qui au contraire possède toute la logique implacable d'un programme informatique. Nous sommes en voie d'extinction dans ce monde, dit Merisier, voilà ce qu'il faut considérer sans mélancolie et avec la plus grande froideur. Tout ce que nous représentons ( c'est-à-dire, précisément: rien, dans le monde actuel ) sont des choses qui n'ont plus cours, ou dont le cours est irrémédiablement inversé. Tout ce dont nous avons besoin pour vivre se retire et disparaît, nous vouant donc logiquement à plus ou moins court terme à une véritable disparition. Toute notre vie, dit Merisier, nous la vivons dans une espèce de transe de la disparition, dans laquelle la nostalgie n'a d'ailleurs aucune part , tant il ne nous est pas donné de nous accrocher à un quelconque état dévolu, tant il n'est rien dont nous ne puissions maintenant partir et tant nous ne sommes à présent enracinés que dans notre propre cadavre. La nostalgie, que nous voyons actuellement prospérer autour de nous, n'éveille au mieux en nous que d'intenses nausées, d'intenses vomissements ponctués de rires éraillés. Il est tristement drôle et écoeurant, dit Merisier, de voir comment les gens se mettent à regretter maintenant des périodes non moins pourries que la nôtre, datant d'à peine quelques décennies, et de penser que d'ici quelques années ils auront l'insouciance criminelle de regretter le moment présent. Coupés du passé comme de l'avenir de façon également catastrophique, dit Merisier, voilà ce que nous sommes en vérité, et condamnés à ruminer dans l'infâme présent notre inexorable extinction. Cela, nous pouvons l'écrire dans des livres que personne ne lira ou le crier dans la campagne pour effrayer les écureuils et les petits oiseaux, quelle importance, dit Merisier, quelle dérisioon. Pour être parfaitement honnête, la mort de Gensfleich ne nous surprend pas outre mesure, et cette mort nous fait plutôt l'effet d'une drogue, administrée à faible dose, qui viendrait peu à peu rappeler l'effet d'une drogue plus ancienne et puissante. Nous subissons, dit merisier, cette mort comme les effets d'une drogue, et je crois pouvoir dire que ces effets vont en s'amplifiant. Peut-être est-ce l'air entêtant de la campagne qui me donne cette impression, dit Merisier, par contraste avec l'air confiné et vicié dont mes poumons ont l'habitude, peut-être est-ce juste un air oxygéné qui irrigue en ce moment les cellules de mon cerveau, qui fait à mon cerveau un effet de stupéfiant. Pour nous qui croupissons en ville, dit Merisier, cet air de la campagne est devenu parfaitement irrespirable, tout comme le spectacle des écureuils et des petits oiseaux, loin d'être un délice, ne représente plus pour nous qu'une vague irritation. Il n'y a plus dans notre dévastation, de place pour les écureuils et les petits oiseaux, pas plus qu'il n'y a de place dans notre dévastation de place pour un véritable chagrin. Peut-être, dit Merisier, suis-je juste à deux doigts de m'effondrer. Cela vous arrangerait peut-être, dit Merisier, car je vois que vous en avez assez de subir mon bavardage. Je vois que malgré votre mutisme, vous êtes parfaitement excédés. je vois qu'il vous tarde de retourner à votre dévastation quotidienne, à vos emplois précaires ou votre encadrement psychiatrique, je vous que cette promenade à la campagne commence à vous peser autant qu'à moi. Tout, plutôt que de continuer à l'écouter, semblez-vous dire, dit Merisier, et même notre dévastation quotidienne , plutôt que çà, semblez-vous penser sans arrêt. Qu'il fasse donc son overdose d'air de campagne et qu'on en finisse enfin. Mais ne croyez pas, dit Merisier, que j'aie perdu l'esprit parce que je parle ainsi sans arrêt. Si je parle sans arrêt, c'est bien plutôt parce que vosu ne dîtes rien, parce que depuis el départ vous vous êtes enfermés dans un mutisme obtus et stupide. Nous étions embarqués à trois dans cette affaire, dit Merisier, et voilà que vous êtes muets comme des tombes, muets à faire peur. J'aurais pu, dit Merisier, choisir comme vous de me taire, et cela aurait été peut-être plus approprié. Il aurait sûrement fallu se taire, dit Merisier, et ne pas poser sur le mort des paroles qui lui sont étrangères, qu'il aurait peut-être détesté entendre. Il aurait fallu, par pudeur, lui épargner tout verbiage. Mais il ne aurait pour moi être question de me taire, et il ne sera pas dit, si je puis dire, dit merisier, qu'un mort m'aura fermé la bouche. Il s'agit ici, au contraire, d'un mort qui me fait ouvrir la bouche. Il est certains morts qui nous font ouvrir la bouche, et d'autres qui nous la clouent. Gensfleich serait plutôt l'un de ces morts qui nous la clouent, mais pour ma part, il n'est pas question de me taire,et s'il arrive que malgré tout, j'en vienne à le faire, ce sera par épuisement, certainement pas par pudeur. A un endroit, dit Merisier, Gensfleich fait dire à un cadavre: je vous ai en horreur et vous vous en avez en horreur. C'est bien ce qu'il me semble entendre de sa part aujourd'hui. Mais il ne sera pas dit que l'horreur me clouera la bouche comme elle semble vous la clouer à vous, dit merisier. Puisque rien dans ce monde n'était fait pour lui, puisqu'il n'y avait aucun moyen d'empêcher ce qui arriva d'arriver, comment ne pas l'accabler même mort de paroles inappropriées, et ne pas donner à ces paroles inappropriées un caractère aussi irrémédiable que toute son existence maudite. Puisque l'exaspération fut son lot pendant toute sa vie, qu'elle le reste donc encore dans la mort, car rien dit Merisier, ne serait en effet plus dérisoire que de souhaiter au mort qu'est désormais Gensfleich de reposer en paix. Il ne sera pas dit , dit Merisier, que quelqu'un aura dit sur cette mort des paroles inappropriées, que quelqu'un aura trouvé des mots justes pour parler de cette mort. En tout cas, je ne les laisserai aps dire, dit Merisier, et l'on ne dira de mots justes sur cette mort que par-dessus mon propre cadavre, tant aucune mort ne pourrait être appropriée, tant ce mort, plus encore que les autres , entendant nos stupides paroles, nos balivernes creuses supposées de circonstance, nos mots supposés justes et en vérité affreusement dissonants, nous semblerait se retourner , comme on dit, dans sa tombe. Il n'y aura pour ce mort-là que des paroles inappropriées, j'en fais mon affaire, que des paroles fausses, les plus fausses possibles, dit Merisier, allant vers la voiture, j'en fais une affaire personnelle. Mais il n'y aura pas non plus de silence, de silence jugé tout aussi bien approprié, jugé tout aussi bien de circonstance, et en vérité aussi faux et mensonger que le reste. Il n'y aura pas , par décence, de silence approprié, de silence atterré, de silence élégant, hypocrite et dissonant. On croit devoir laisser un mort tranquille comme un dormeur qui, grognon, tire à lui la couverture, mais il n'est pas question pour nous de laisser tranquille Glensfleich, et cette couverture, nous ne la lui laisserons pas. Même mort, dit Merisier, on n'a que les mais qu'on mérite, les éternels gêneurs et les marcheurs dans le plat,l'éternelle et exaspérante bande d'édentés braillards et grincheux, la bande cagneuse de trouble-fêtes et de trouble-morts. Il n'est pas question de laisser Glensfleich tirer à lui toute la couverture et se replier dans le néant, en nous laissant le soin de rendre tout le poison qu'il a ingéré. Car cela voudrait dire passer sa vie entière dans les vomissements. En effet, dit Merisier, il ne faudrait pas moins que toute une vie pour parvenir à vomir cette mort. Car plus que toute autre mort, cette mort nous reste sur l'estomac. Nous conservons la mémoire de Gensfleich , non pas pieusement, dans le coeur, mais avec dégoût, dans l'estomac. Non parce que cette mort est injuste, dit Merisier, car dans le monde que nous vivons , qui nous constitue, cette mort constitue un évènement tout ce qu'il y a de plus régulier, un trophée de plus à ajouter à son glorieux tableau de chasse. Une mort, dit Merisier, non pas digne d'un homme , comme sa vie ne l'a pas été non plus. Non pas une mort digne d'un homme, comme on a pu en dépeindre dans d'autres temps qui ( et peu importe ) n'ont peut-être jamais existé, mais dignes de ce temps, où seules peut-être les bactéries conservent encore un semblant de noblesse. Une mort, dit Merisier, qu'on ne souhaiterait à aucun chien, à aucun être vivant, mais qu'on souhaiterait bien volontiers à ce monde tout entier. Et comment donc aurait-il le droit maintenant d'être laissé tranquille, dit Merisier, alors que nous sommes encore en train de ramper avec cette mort qui nous leste l'estomac. Sur la terre comme sous la terre, Gensfleich le savait bien , il n'y aura plus jamais de paix pour lui. Ce n'est pas nouveau, dit Merisier, de nos jours, les morts n'ont droit à rien, et surtout pas au respect. On souhaite la paix aux morts, amis ce n'est qu'une façon de parler. Il m'a toujours semblé absurde, dit Merisier, que les morts sont en paix. Il n'est pas nécessaire, dit Merisier, d'aller jusqu'à s'étendre sur la faune qui s'active dans le sol à rendre la terre nourricière à leurs dépens, il suffit de penser aux populations de malheureux qui au-dessus du sol s'activent à transformer la terre en un lieu désert et stérile. Ce charmant cimetière, dit Merisier, où gît Gensfleich , sera tout aussi bien rasé pour faire place à quelque fantaisie territoriale autoroutière ou énergétique, à quelque rond-point abscons. Les morts ne nous laissent pas tranquilles, dit Merisier, et nous ne les laissons pas tranquilles non plus. Et nous ne les laissons pas tranquilles, car il en va de notre vie. Nous leur reprochons leur mort, et eux nous reprochent notre vie. Nous continuons à les tourmenter, à les hanter de nos reproches, car nous n'avons personne d'autre au monde à qui exprimer notre écoeurement, et nous continuons de le faire tant que ce monde ne nous aura pas intégralement dévastés. Je termine, dit Merisier. Nous nous rendons au cimetière pour nous débarrasser d'un mort, et nous repartons avec le mort dans le coffre de la voiture. Avec le mort dans le ventre. Nous songeons à des moyens de nous débarrasser du mort, mais c'est de nous-mêmes qu'il faudrait nous débarrasser, nous-mêmes qui sommes bons à jeter.Si nous sommes allés voir cette tombe, dit Merisier, et je terminerai là, c'est en quelque sorte, pour lui jeter la poignée de terre, mais en quelque sorte pour nous jeter, nous aussi, par dessus le marché. L'idéal, dit Merisier, aurait été de lui jeter une poignée de terre, et de nous jeter nous-mêmes avec. Nous sommes allés, dit Merisier, dans ce charmant cimetière de campagne, jeter une poignée de terre sur Gensfleich et nous jeter nous-mêmes avec, mais nous sommes nous-mêmes comme un poison ingéré qu'on ne réussirait plus à vomir, et il ne nous a pas été donné de nous débarrasser de nous-mêmes, aussi peu que Gensfleich a réussi à nous débarrasser de lui. je termine. Nous ne sommes pas allés voir cette tombe, qui est en somme une chape de béton, pour chercher un quelconque élément de conclusion. Si Gensfleich considérait sa vie comme une sorte d'erreur, une épouvantable erreur, sa mort ne vient nullement y remédier, et il est tout aussi vrai de dire, et je terminerai par là, qu'il est mort par erreur que de dire qu'il était né par erreur. Si sa mort ne rend notre position aucunement moins intenable, mais met au contraire en évidence ce caractère intenable, elle n'apporte pas non plus de situation à sa propre situation. Sa situation, dit Merisier, entrant dans la voiture, n'est pas plus tenable mort que vivant, voilà pourquoi peut-être nous sommes tout de même allés voir cette tombe, parce que sa mort,en somme, ne termine rien.
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    bye
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    Moriturus: l'A

    Message par bye le Mar 27 Mai - 19:21

    l'A
    La lettre est juive..
    Que l'alphabet soit un mot,
    qui, au lieu d'aller de A à Z en faisant comme s'il allait quelque part,
    aille de A à A
    et rabatte son va sur son vient..
    Ce mot n'existe pas
    ... et c'est pourquoi, vingt-six fois errante, la lettre cherche la lettre pour, à défaut du Mot, former au moins avec les autres le peuple errant..

    Bernard Noël





    Ce type de revue possède l'art de dénicher les silex de poésie, ceux qui vous rentrent dans la chair et n'en sortent plus. Moriturus d'avril 2004 , comme les autres livraisons de cet élixir, allie le poids ( 300 pages au compteur ) à la fulgurance des textes heurtés en plein ciel, comme ceux de Robert Creeley.

    Lecture d'Emmanuel Lévinas

    " Il ne limite pas la connaissance ni
    ne devient l'objet de la pensée.. "
    Krzystztof Ziarek

    Pensée hors de soi
    laissée derrière la porte

    laissée dehors dans la nuit
    hôte aux volets fermés

    rêve un rêve de rêver
    dedans semble dehors

    puisque laissée puis partie
    revient seule à la maison.

    Abaisse les mains vers
    aucune rivière un lieu

    enjambement dans la
    signification de la terre

    le lieu était sera
    ici et maintenant

    nulle part peut signifier
    rien n'est laissé

    .....

    Le dehors fait la distance
    quelques dizaines de mètres

    au loin dans l'air compartimenté
    à travers un espace enclos de briques

    une jeune femme horizontale
    haut bleu pantalon rouge

    endormie sur un lit vue
    à travers une fenêtre à carreaux

    cinq étages plus haut parfaite en sa forme
    au-dessus est le ciel bleu

    un nuage latéral
    air de penser solennel.


    .....

    Qui d'autre était
    quand étaient-ils venus

    quel était le programme
    qui était un

    pourquoi moi là
    quel autre si

    le lieu était déterminé
    l'acte était accompli ?

    PREMIER AMOUR

    Oh ton visage est là un miroir les jours
    les semaines que nous avons vécus ces autres lieux dans
    tout ce ridicule gâchis les jeunes que nous
    voulions ne pas être marchions le long de rues interminables
    dans des romans lisions sur la vie rentrions chez nous le
    soir pour dormir dans des maisons provisoires nous
    nous quittions quelque part maintenant c'est douteux que personne
    ne soit réellement parti sinon pour le journal un enfant
    deux ou trois et tous les évènements physiques
    gravés alors sur cet arbre comme des initiales
    un coeur un visage de sang calme et de toute façon
    tu ne cessais de dire et de dire une peine infinie.

    QUELQUES

    Tu n'as simplement pas
    prétendu à toi-même
    ni discuté
    l'incongruité

    de n'importe quel autre. Tu
    as toujours voulu
    être ami, être
    l'un des nombreux.

    Persuadé
    que la vie même
    dans son immensité
    pourrait être réduite

    à être concernée, tu as
    tenter de l'amener
    à ça, humble, illettrée
    maladroite en ses gestes.

    Ainsi tu pensais
    alors que l'âge inévitable approchait,
    que quelques-uns t'aimaient
    quelques.

    Tu as attendu que
    quelque vent
    se lève, que quelque
    chose arrive,

    le prouvant à la fin
    faisant sens plus
    que le littéral,
    cependant séparé.

    LIMITES

    Limites du champ, les fleurs bleues, le lavis roussâtre des
    herbes, la découpe du sentier vert menant au carré
    de jardin envahi de sauvageons et d'herbes folles

    vert avant tout, mais la lumière, l'entaille du soleil
    limite chaque changement des détails tranchants, agrandis
    même les pierres enclines à être grandes, les ombres agglomérant

    leur masse, et voyant ainsi je pouvais poursuivre jusqu'à une autre
    limite du champ lointain, où les arbres sont épais sur la
    limite du ciel, pensant je ne suis pas simplement une réponse à çà, cette lumière

    pas seulement une opération qui voit et voile vaguement, ajoute une opinion.
    Il n'y a pas d'opinion pour la vie, pas de mot plus ou moins général,
    J'étais parti et revenu, encore et encore, pour te trouver finalement,

    avais senti tout rassemblé, comme ici, pour être un lieu encore, et voulu
    décortiquer la cosse de l'habitude, m'élever jusqu'à toi dans ce soleil.
    Si c'est l'âge, alors qu'importe l'âge ? Si c'est vieux ou jeune,

    quel moment le constate ? Dans cette retenue, il ne peut pas
    y avoir un autre lieu ou temps. Tout cela vit d'être
    ici et maintenant, ce désir persistant, douleur de la promesse,
    supplice de tout le perdu.

    Maintenant comme si ce moment s'était en quelque sorte fortifié d'un corps,
    était devenu toi, juste ici et maintenant, les merveilles inséparables.

    FOUS

    1

    Arbres dénudés dans le vent mouillé,
    feuilles jaune orangé, un peu de vert encore,
    le fil mordant de l'hiver dans l'air,
    le ciel gris, fermé..

    Pourquoi n'être pas plus
    humain, comme ils disent,
    attentif,
    pourquoi ne pas essayer de s'intéresser.

    L'alternative morne est
    une existence obstinée
    le dos tourné à tout,
    résistance pathétique.

    2

    Tu pensais le fait
    un autre l'a essayé
    dans le monde ordinaire
    un langage pourrait être

    comme les animaux
    paraissent en connaître
    là d'où ils viennent
    et là où ils iront.

    Maudis le fou
    fermant sa porte triste
    ou plus encore quelque
    autre essayant de l'ouvrir.

    TRANSLATION

    Tout le temps tu as été
    ici si même si pas vu, pas pensé
    comme présent, car quand je regardais
    je ne voyais rien, quand
    je regardais de nouveau, tu étais
    revenu. Cet écho, doux
    printemps, émet un son humain
    dont tu n'as pas besoin, les faits
    précèdent ainsi, mais on entend, on
    l'entend, doit sentir l'humidité résolue,
    bourbeuse. Je me fonds de nouveau
    dans ton ample présence.

    ECHO

    Dehors les
    arbres
    donnent la limite
    du regard

    simple. Le
    temps est
    un gris, froid sur
    la

    peau. Elle se sent
    elle-même
    comme si un lieu qu'elle
    ne pourrait

    jamais atteindre
    avait été en-
    fin
    pénétré.

    ECHOS

    Quelle sorte de corbeaux
    gris et noirs, accoutrés
    comme des geais,
    tombent lourds sur les branches ?

    " Quelle sorte d'
    amour est celui-ci " tombe
    à plat nuitamment, endort
    les jours qui passent ?

    Quelle sorte de lieu
    est celui-ci ? Qu'y a-t-il là dehors
    dans ces rues mouillées
    étranges et ces visages

    aplatis, étirés ?
    Qui a été laissé ici,
    quoi de gâché
    encore.

    CHAINE

    T'avaient-ils dit, tu
    étais " quatre cellules ou plus
    reliées bout à bout ", le latin,
    catena, " une chaîne, la boucle,
    le saut de course pour le ciel
    réel se renverse à mes pieds
    stupéfiés, se déverse des fils de
    la genèse qui l'emprisonnaient,
    ô léger collier de perles,
    chaîne autour de mon cou, ma
    naissance inexorablement liée, la douce
    courbe fermée de la vie qui s'efface ?

    MORT

    Empêche els choses
    agonie statique
    de mourir en morceaux
    communs moins
    crescendo
    que cela soit simple
    mort complexe
    qu'un monde
    physique une
    fois encore sans
    fin sans commencement à
    aucun autre monde
    soit celui-ci.

    LE TEMPS EST ETABLI

    Le temps est établi
    comme une mécanique,
    ou bien l'achèvement
    pressant du jour dans

    lequel on marche,
    trouve porte close,
    et de nouveau
    est pris, est pris.

    Un coeur captif,
    une tête, une main,
    une oreille, le lit
    vide est ici

    Inerte, sourd
    un homme
    ou une femme, fermé
    à tout projet ou intrigue.

    Entre ce qui était
    et ce qui pourrait être
    semble cependant être
    une vie.

    extraits de Just in time, Poems 1984- 1994, New York
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    Moriturus: par le passif

    Message par bye le Mar 27 Mai - 19:44

    Moriturus, dont l'ambition de ses animateurs n'était pas de perdurer, mais de graver la pierre et la chair de sa poudre, s'est éteinte tout récemment.
    Nous terminerons cet hommage à l'une des plus hallucinantes revues de poésie qui nous ait recouvertes de vertiges et de projections dans l'antre de la création contemporaine, ces 10 dernières années, par un poème-canon de Pablo Neruda.

    Extrait de Moriturus n° 5, août 2005.

    Sévérité

    je vous condamne à chier le soir et le matin
    lisant de vieux journaux et des romans amers
    je vous condamne à chier repentir et mélancolie
    et douceâtres après-midi jaunissants.

    je vous condamne à chier en corset et chemise
    dans vos maisons à bicyclettes et canaris,
    avec vos paires de fesses chaudes et bleues
    et vos lamentables coeurs à échéance.

    D'un monde naufragé sortent des faits sinistres:
    fantômes mécaniques et chiens sans museau,
    ambassadeurs gras comme des roses,
    débits de tabac noirs et cinémas avariés.

    Moi je vous condamne à la nuit des dortoirs
    à peine troublée de lavements et de songes,
    de songes comme des eucalyptus à feuilles par milliers
    et des racines trempées d'urine et d'écume.

    Que je ne touche pas à vos eaux sédentaires
    ni vos réclamations intestinales, ni vos religions
    ni vos photographies suspendues avant l'heure:
    parce que j'ai des flammes dans les doigts,
    et des larmes d'infortune dans le coeur,
    et des pavots mourant nidifient dans ma bouche
    comme d'infranchissables dépôts de sang.

    Et je tiens en horreur vos grand-mères et vos mouches,
    je hais vos déjeuners et vos rêveries,
    et vos poètes qui chantent " la douce épouse ",
    et " les félicités du hameau ":
    en vérité vous méritez vos poètes et vos pianos
    et vos désagréables emmêlements à quatre jambes.

    Laissez-moi seul avec mon sang pur,
    avec mes doigts et mon âme,
    et mes sanglots seuls , sombres comme des tunnels,
    Laissez-moi le royaume des longues vagues.
    Laissez-moi un vaisseau vert et un miroir.

    Ce poème, inédit en français, est le seul de Paloma por dentro ( 1934 ) a avoir été écarté du recueil Résidence sur la terre ( Poésie/ Gallimard )

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    Re: voir noir et rien savoir: Moriturus, l'Atelier contemporain

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