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    Bolivie: la révolution tranquille

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    Bolivie: la révolution tranquille

    Message par bye le Dim 31 Aoû - 8:40

    20 août 2008
    Bolivie, après le référendum
    Evo Morales ou le triomphe silencieux
    KAYNAK Emrah
    http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7023

    Le président bolivien a remis en jeu son mandat présidentiel lors d'un
    referendum révocatoire pour contrer les velléités séparatistes et
    consolider son programme socio-économique. Sa très large victoire (63%
    en sa faveur) n'a eu qu'un faible écho dans le monde ; on n'ose imaginer
    de quelle façon une défaite aurait été tambourinée. Aussitôt la victoire
    confirmée, Evo a déclaré au grand dam de ses opposants politiques qu'il
    poursuivrait et approfondirait ses réformes.

    La polarisation sociale suit en Bolivie la ligne de démarcation
    ethnique. Depuis toujours, les pouvoirs politiques et économiques sont
    concentrés dans les mains d'une minorité blanche installée dans les
    départements de l'est riches en hydrocarbures. Les nationalisations et
    la réforme agraire misent en oeuvre par le MAS (Movimiento Al
    Socialismo) qui visent à corriger cette anormalité cristallisent les
    antagonismes sociaux. Les indigènes sont sortis de la torpeur et de la
    passiveté qu'on leur attribue pour prendre leur destin collectif en
    main. Au vrai la lutte populaire ne date pas d'aujourd'hui. Des
    insurrections des mineurs, en passant par la guérilla du Che jusqu'aux
    luttes syndicales des cocaleros, il y a une continuité qu'Evo Morales
    lui-même revendique. La Bolivie est traversée depuis des décennies par
    des contradictions irrésolues : le pays accuse un coefficient
    d'inégalité effarant et est accablé par la pauvreté, l'analphabétisme et
    le racisme. La Bolivie ne souffre pas seulement d'un problème de
    répartition mais d'un problème de production et de reproduction des
    inégalités. La domination n'est pas exclusivement économique ; elle est
    aussi symbolique par l'accaparement de la culture, du savoir et du
    pouvoir. Les revendications légitimes des indigènes longtemps tenues
    muettes ont trouvé dans le chef d'un leader charismatique leur porte-voix.

    Suite aux dernières consultations populaires relatives à l'assemblée
    constituante et à l'autonomie départementale qui ont renforcées Evo,
    l'opposition factieuse n'a eu de cesse de conspirer contre le pouvoir
    élu. La bourgeoisie nationale alliée aux impérialistes tente de saper
    par toutes les voies possibles les réformes structurelles engagées par
    le MAS quitte à scinder le pays. Les bourgeois plaident pour la
    démocratie bourgeoise et le système électoral tant qu'ils consacrent
    leurs privilèges. Dans le cas contraire, ils n'hésitent pas à prendre
    des libertés avec la légalité. Ils veulent changer les règles du jeu
    lorsque celles-ci ne les favorisent plus. Etre démocrate, c'est se
    soumettre au sort des urnes quoi qu'il en soit et surtout en cas de
    défaite. L'opposition vénézuélienne fait montre du même irrespect envers
    les valeurs démocratiques.

    Les droits des indigènes ont été impitoyablement lésés pendant des
    siècles sans que ceux-ci s'en prennent à l'intégrité nationale. Les
    disparités régionales dans les élections sont courantes sans pour autant
    que le résultat général soit réprouvé. Les départements français qui
    n'ont pas voté pour Sarkozy ne réclament pas une plus large autonomie
    pour la cause.

    Evo Morales n'use pas de la force mais de la persuasion. Son pouvoir
    n'est pas assis sur la crainte mais sur l'espoir. Il persuade par la
    raison, la diplomatie et l'exemple. Il pratique la philosophie des actes
    et son pouvoir n'en est que plus dangereux pour ses adversaires. Il est
    parvenu à mettre en place dans un contexte d'hostilité incessant des
    programmes d'instruction, de santé et d'alimentation inédits dans ce pays.

    Incapables de le déloger par les voies électorales, ses ennemis
    intérieurs et extérieurs risquent d'être tentés par le complot et la
    subversion Gageons qu'il ait le temps de mener sa politique de
    développement social et de dignité à bien pour que tout coup de force
    devienne impossible.

    Emrah KAYNAK
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    Re: Bolivie: la révolution tranquille

    Message par bye le Dim 31 Aoû - 8:41

    encor :
    Victoire d'Evo Morales en Bolivie
    26 août 2008 par André Le Corre
    http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=978

    Raúl Zibechi : les nouvelles stratégies pour empêcher le processus
    démocratiques
    Publié le 17 août 2008
    http://socio13.wordpress.com/2008/08/17/raul-zibechi-les-nouvelles-strategies-pour-empecher-le-processus-democratiques/

    Retour de la droite en Amérique latine
    25 août 2008 par André Maltais
    http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=975
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    Re: Bolivie: la révolution tranquille

    Message par bye le Mer 24 Sep - 6:56

    21 septembre 2008
    Menace contre la démocratie en Amérique latine (appel collectif)
    BENN Tony, PILGER John, PINTER Harold


    Le 10 septembre, le président de la Bolivie Evo Morales a déclaré
    l’ambassadeur des Etats-Unis persona non grata. Le 11 Septembre (35eme
    anniversaire de coup d’état militaire contre Salvador Allende au Chili) le
    président du Venezuela a demandé à l’ambassadeur US de quitter le pays. Le
    président Hugo Chavez croyait à la possibilité d’un coup d’état imminent
    dans lequel l’administration US était impliquée. Le président Morales
    pensait que son gouvernement était sous la menace d’une grave
    déstabilisation fomentée aussi par les Etats-Unis. Un troisième pays, le
    Paraguay, avait annoncé 10 jours auparavant qu’il avait repéré une
    conspiration impliquant des officiers et des politiciens de l’opposition.

    L’Amérique latine fait actuellement face à une de ses plus graves crises
    depuis la restauration de la démocratie à la fin du 20eme siècle. Le
    complot contre la démocratie au Venezuela via une conspiration, révélée
    par des conversations téléphoniques entre officiers militaires de haut
    rang et diffusées à la télévision nationale, visait à faire assassiner le
    chef de l’état démocratiquement élu. En Bolivie, les préfets séparatistes
    de cinq provinces de l’est et du sud ont entamé une campagne de violence
    et de sabotage économique destinée à déstabiliser le régime démocratique.

    Ces événements démontrent sans équivoque qui sont ceux qui défendent la
    démocratie et qui sont ceux qui la menacent aujourd’hui. Nous sommes
    scandalisés devant l’échec d’une bonne partie des médias internationaux à
    fournir une information précise et fiable sur ces événements. Tous les
    démocrates doivent se rassembler pour défendre la démocratie en Amérique
    latine.

    Signé : Harold Pinter, John Pilger, Tony Benn, Ken Loach, Jean Lambert
    MEP, Ian Gibson MP, Kelvin Hopkins MP, Billy Hayes, General secretary,
    CWU, Bill Greenshields

    http://www.guardian.co.uk/world/200...

    Traduction VD pour le Grand Soir
    http://www.legrandsoir.info
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    Re: Bolivie: la révolution tranquille

    Message par bye le Lun 3 Nov - 18:03

    Les dix commandements d'Evo Morales pour sauver la planète, l'humanité et la vie
    by Thierry PIGNOLET Sunday, Oct. 12, 2008 at 9:57 PM
    http://www.cemab.be/news/2008/10/5874.php

    Message aux mouvements sociaux qui intègrent la Journée Continentale de Solidarité avec la Bolivie.
    "Je veux partager et proposer à débat quelque 10 commandements pour sauver la planète, l'humanité et la vie",
    Evo Morales, 09 Oct 08.

    Dans le cadre de la Journée Continentale de Solidarité avec la Bolivie et avec Evo Morales qui s’est déroulée le 9 octobre 2008
    dans la ville du Guatemala –en activité connexe au III Forum Social des Amériques-, le président bolivien a fait parvenir
    le message suivant aux mouvements sociaux qui y étaient présents.

    Message du Président Evo Morales à la Journée Continentale de Solidarité avec la Bolivie, Ville du Guatemala, 9 octobre 2008.

    Soeurs et frères,

    Je salue, au nom du peuple de la Bolivie, les mouvements sociaux du continent présents à cette Journée Continentale de Solidarité avec la Bolivie.

    Nous venons de subir la violence de l'oligarchie, qui a eu son expression la plus brutale dans le massacre de Pando, fait qui nous enseigne
    que détenir le pouvoir sur base de l'argent et des armes pour opprimer le peuple n'est pas soutenable. Il s’effondre facilement,
    s’il n’est pas basé sur la conscience du peuple et un programme.

    Nous voyons que la refondation de la Bolivie affecte les intérêts mesquins de quelques familles de grands propriétaires fonciers,
    qui rejettent en tant qu’agression les mesures en faveur du peuple telles qu’une distribution plus équilibrée des ressources de gaz
    pour nos grands-pères et grands-mères, ou que la distribution de terres, les campagnes de santé et d’alphabétisation -entre autres.

    Pour protéger leur pouvoir, leurs privilèges et fuir le processus de changement, les oligarchies grands propriétaires de ce qu’on
    appelle la Demi-Lune se réfugient dans les autonomies départementales et la division de l'unité nationale, se prêtant aux intérêts
    nord-américains voulant mettre un terme à la refondación de la Bolivie.

    Nous venons cependant de recevoir, par le référendum révocatoire du 10 août, mandat de deux tiers des peuples boliviens pour
    consolider ce processus de changement, pour continuer à avancer dans la récupération de nos ressources naturelles, à assurer
    le Bien Vivre pour toutes les Boliviennes et Boliviens, et à unir les différents secteurs de la campagne et de la ville, de l'est et de l'ouest.

    Soeurs et frères, ce qui est passé dans le référendum révocatoire en Bolivie est quelque chose d’important, non seulement pour
    les Boliviens mais aussi pour tous les latino-américains. Nous le dédions, en revendiquant la lutte de tous les processus de
    changement, à tous les révolutionnaires d’Amérique Latine et du monde.

    Je suis venu exprimer la façon de récupérer l'expérience de nos peuples, appelée le Bien Vivre, récupérer notre vision sur
    la Mère Terre, qui pour nous est vie, parce qu'il n'est pas possible qu'un modèle capitaliste transforme la Terre Mère en marchandise.
    Nous voyons de plus en plus des coïncidences profondes entre le mouvement indigène et les organisations de mouvements
    sociaux qui parient aussi sur le Bien Vivre. Nous les saluons pour que nous puissions, de manière conjointe, chercher un certain équilibre dans le monde.

    Et dans ce cadre, je veux partager et proposer à débat quelque 10 commandements pour sauver la planète, l'humanité et la vie,
    non seulement à ce niveau-ci mais aussi avec nos communautés, avec nos organisations.

    1. Premièrement, si nous voulons sauver la planète Terre et sauver la vie et l'humanité, nous sommes dans l'obligation de mettre
    un terme au système capitaliste. Les effets graves du changement climatique, des crises énergétiques, alimentaires et financières,
    ne sont pas le produit des êtres humains en général, mais du système capitaliste en vigueur, inhumain avec son développement industriel illimité.

    2. Deuxièmement : renoncer à la guerre, parce que les peuples ne gagnent rien avec les guerres, seuls les empires gagnent.
    Ne gagnent pas les nations mais les transnationales. Les guerres profitent à de petites familles et non aux peuples.
    Les milliards de milliards de millions destinés à la guerre doivent plutôt l’être pour réparer et soigner la Terre Mère qui est
    blessée par le changement climatique.

    3. Troisième proposition pour le débat : un monde sans impérialisme ni colonialisme, où les relations doivent être orientées
    dans le cadre de la complémentarité et prendre en compte les asymétries profondes qui existent d’une famille à l’autre,
    d’un pays à l’autre, et d’un continent à l’autre.

    4. Le quatrième point est orienté sur le thème de l'eau, qui doit être garantie comme droit humain et protégée de
    la privatisation en peu de mains. Car l'eau est vie.

    5. Comme cinquième point, je veux vous dire que nous devons chercher la manière de mettre un terme au gaspillage d'énergie.
    Nous sommes en train d’épuiser, depuis 100 ans, l'énergie fossile créée durant des millions d'années. Comme certains
    présidents qui réservent des terres pour des automobiles de luxe et non pour l’être humain, nous devons mettre en œuvre
    des politiques pour freiner les agrocarburants et, de cette manière, éviter la faim et la misère pour nos peuples.

    6. Le sixième point est celui de la Terre Mère. Le système capitaliste ramène la Mère Terre à une matière première.
    Or la terre ne peut être comprise comme une marchandise : qui pourrait privatiser ou louer sa mère ? Je propose que
    nous organisions un mouvement international de défense de la Mère Nature, pour récupérer la santé de la Terre Mère
    et reconstituer avec elle une vie harmonieuse et responsable.

    7. Le septième point du débat est constitué par le thème central des services de base, c’est-à-dire l’eau, la lumière,
    l’éducation, la santé qui doivent être pris en considération comme un droit humain.

    8. Comme huitième point : consommer ce qui est nécessaire, donner la priorité à ce que nous produisons et consommons
    localement, mettre un terme à la consommation, au gaspillage et au luxe. Nous devons donner la priorité à la production
    locale pour la consommation locale, en stimulant l’autosuffisance et la souveraineté des communautés dans les limites
    permises par la santé et les ressources limitées de la planète.

    9. L’avant-dernier point est la promotion de la diversité culturelle et économique. Vivre unis en respectant nos différences,
    non seulement physionomiques mais aussi économiques –des économies maniées par les communautés et associations.

    10. Soeurs et frères, comme dixième point, nous proposons le Bien Vivre -ne pas vivre mieux au détriment de l'autre-,
    un Bien Vivre basé sur l'expérience de nos peuples, sur les richesses de nos communautés, terres fertiles, eau et air propres.
    On parle beaucoup du socialisme, mais il faut améliorer ce socialisme du XXIe siècle en construisant un socialisme
    communautaire ou, simplement, le Vivre Bien, en harmonie avec la Terre Mère, en respectant les modèles d'expérience de la communauté.

    Je suis finalement persuadé que vous assurez, soeurs et frères, le suivi des problèmes existants. J'en conclus qu’il y aura
    toujours des problèmes, mais je veux vous confirmer que je suis très heureux –et non déçu ni préoccupé par le fait que
    ces groupes qui ont asservi nos familles de façon permanente, pendant la colonie, la république et à l'époque du néo-libéralisme,
    continuent, regroupés dans quelques familles, à me résister.

    Il est de notre devoir de faire face à ces groupes qui vivent dans le luxe et ne veulent pas perdre celui-ci ni perdre leurs terres.
    C'est une lutte historique, qui doit continuer.

    Je vous réitère, soeurs et frères, mon salut fraternel, en espérant que cette Journée Continentale du III Forum Social
    des Amériques culmine par de forts liens d'unité entre vous tous et avec un ferme Plan d'Action en faveur du peuple
    de la Bolivie, en faveur de tous nos peuples.

    Evo Morales Ayma
    Président de la République de la Bolivie

    Traduit le 10 Oct 08 par Thierry PIGNOLET, Bruxelles (Belgique).
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    Re: Bolivie: la révolution tranquille

    Message par bye le Dim 8 Aoû - 10:36

    Bolivie : socialisme et indigénisme
    Par Sergio DE CASTRO SANCHEZ

    Le socialisme et l’indigénisme en Bolivie : acculturation, État et modernité face à la proposition du Vivre Bien (Buen Vivir) [1]. Une analyse critique du processus bolivien comme exemple de la tension grandissante entre les gouvernements du Socialisme du XXIe siècle et les mouvements indigènes.

    L’Amérique Latine est devenue un référent théorique et pratique de lutte contre le capitalisme. Une lutte qui se réalise fondamentalement à partir de cadres théoriques et pratiques très différents. D’un côté, le Socialisme du XXIe siècle qui, en reformulant les thèses classiques concernant la prise du pouvoir étatique, a atteint cette objectif dans plusieurs pays. D’un autre côté, ces luttes mettent l’accent sur la nécessité de construire une autre forme de pouvoir “anti-étatique” [2], “depuis le bas”, et parmi celles-ci se détache la proposition indigène comme possibilité de changement structurel qui va bien au-delà du contexte purement ethnique.

    Dans ce texte nous essaierons de développer une analyse critique du processus bolivien en prenant comme exemple la tension grandissante entre les gouvernements du Socialisme du XXIe siècle — dont les discours ont assimilé la proposition andine — et le mouvement indigène dans son aspect de construction de pouvoirs anti-étatiques [3].

    Bref cadre théorique

    Bien que dans la tradition européenne le concept “d’État“ apparaisse par la main de Machiavel, les bases théoriques des démocraties représentatives caractéristiques de l’état libéral n’ont appliqué ce concept qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles à travers ce qu’on appelle les “théories contractualistes”.

    D’un point de vue politique et anthropologique, le contractualisme part d’une conception de l’être humain en tant qu’individu abstrait, qui, depuis son “état naturel” (Rousseau), “pactise” avec ses semblables pour pouvoir faire partie de la société et devenir un être culturel. Un “contrat social” qui deviendra la base de l’État et du système démocratique représentatif, associé à l’État à partir de la Modernité, et où la volonté individuelle est soumise “à la direction suprême de la volonté de tous”, déclarant ainsi l’État comme unique espace “rationnel” de vie en commun possible.

    De son côté, John Locke élargira de la même manière les bases du libéralisme politique et économique après avoir défendu qu’un tel pacte a pour principale finalité la préservation de la propriété privée individuelle, considérée comme élément fondamental du droit naturel.

    Dans tout les cas, comme Zibechi le signale, la forme d’organisation socio-politique fondée sur l’État suppose la création d’un corps gouvernemental aliéné de la société, c’est-à-dire, un espace de gouvernement qui existe et fonctionne en marge de la citoyenneté. Au contraire, les pouvoirs anti-étatiques sont une forme de “pouvoir“ dispersé et multidirectionnel et ne se constituent pas en marge du reste de société. Face à la verticalité de l’État, les pouvoirs anti-étatiques correspondent à une manière de “se gouverner” fondée sur l’horizontalité, si bien illustrée par le néo-zapatisme à travers de son célèbre adage “commander en obéissant”.

    Historiquement, grâce à son caractère “globalisant”, l’État — auquel nous renvoient les mots de Rousseau cités plus haut — a abordé sa relation avec les pouvoirs anti-étatiques en cherchant à imposer la logique étatique. Celle-ci a deux versants. D’un côté, la répression contre les mouvements sociaux, si caractéristique, en particulier, des gouvernements explicitement alignés avec le néolibéralisme. De l’autre, la recherche de l’expansion de l’État à travers la démobilisation, la cooptation, la centralisation ainsi que la quête de sa représentativité dans les espaces qui habituellement ne parviennent pas à trouver leur forme d’organisation socio-politique au sein de la démocratie formelle (et de l’État).

    La proposition indigène : la communauté et le Vivre Bien

    Un bon exemple de pouvoirs anti-étatiques dans le monde indigène est celui de la pratique de la “communauté” dans la nation Aymara.

    La communauté Aymara, explique Zibechi, n’est pas une réalité objective mais “une manière de tisser des liens entre les personnes”, ce qui permet, en outre, d’universaliser ce principe en dépassant le stéréotype qui assimile le communautaire au rural, comme nous le montre la ville aymara d’El Alto. Un principe qui, de plus, doit cohabiter au sein du mouvement indigène avec l’exigence de plurinationalité, le temps que cette dernière, qui suppose néanmoins une reformulation positive du concept d’État-Nation hérité des processus d’indépendance et pour partie, de l’idéologie coloniale, continue d’être immergée dans la logique de l’État.

    Pourtant le coeur de la proposition indigène, et plus concrètement andine, nous le trouvons dans ce qui a été traduit en castillan par “Buen Vivir” (Suma Qamaña en aymara et Sumak Kawsay en quéchua) [4].

    Le Vivre Bien rompt radicalement avec les fondements anthropologiques propres à la Modernité. En premier lieu, ce concept désigne l’être humain comme un être essentiellement collectif, et non pas individuel, tel que le considère, nous l’avons vu précédemment, le contractualisme. Ce qui nous conduit à une deuxième caractéristique intimement liée à la première : la fin de l’opposition nature/culture.

    Si dans la Modernité, comme nous l’avons vu, l’être humain est défini comme tel au moment où il abandonne son “état naturel”, dans la conception du monde andin la collectivité désigne non seulement tous les autres êtres humains mais aussi la Pachamama (la Terre Mère), de telle façon que l’opposition nature/culture en tant qu'élément faisant partie de la définition de l’être humain en perd son sens.

    Comme l’affirme Mónica Chuji, le fait que “tout ce qui précède le contrat social ou ce qui reste en dehors de celui-ci soit relégué à cette enceinte si significativement appelée “état naturel”, implique la dénaturalisation de l’Homme et l’objectualisation de la Nature”, en transformant celle-ci soit en objet de connaissance (scientifique) soit en “objet duquel peut être prélevé tout ce qui est nécessaire à la production matérielle, ce qui dans la modernité acquiert la forme du capitalisme” [5].

    À partir de cette rupture radicale avec la Modernité, le Vivre Bien suppose une triple alternative au capitalisme : socio-politique, économique et écologique.

    La compétitivité, produit de la conception de l’être humain en tant qu’individu, est substituée par une collectivité dont la base existentielle est la réciprocité et la redistribution (par exemple à travers le travail communautaire et la propriété collective). De plus, la conception selon laquelle la Nature n’est pas un élément externe à nous-mêmes mais une partie de notre propre identité implique une relation économique éloignée de l’extractivisme capitaliste. De la même manière, la forme de gouvernement qui s’appuie sur des pouvoirs “anti-étatiques”, l’horizontalité et la réalisation d’assemblées (souvent basées sur le consensus et non sur le vote) représente également le corrélat politique de cette conception anthropologique.

    Le cas de la Bolivie : un indigénisme du XXIe siècle

    L’indigénisme, loin de défendre l’indianité, désigne toute une construction anthropologique qui vise l’acculturation avec l’intention d’assimiler l’indianité à la logique moderne du progrès et du développement de la nation.

    Parmi les différentes stratégies indigénistes développées au cours de l’Histoire, celle qui nous intéresse ici est celle qui consiste en l’assimilation de l’indigène comme partie de l’identité nationale. Une assimilation qui s’appuie toutefois sur la folklorisation des symboles et des traditions, convertissant l’indigène en “pièce de musée” — vide de contenu réel — en élément du passé “glorieux” de la nation et donc en source de bénéfices économiques dans le cadre de l’activité touristique.

    Actuellement, les pays “socialistes” ont encore avancé d’un pas dans le long processus de raffinement de ces pratiques, en donnant lieu à ce que nous pourrions dénommer “l’indigénisme du XXIe siècle”.

    L’indigénisme du XXIe siècle part de cette logique expansionniste de l’État cooptant et assumant la proposition indigène comme partie du discours gouvernemental-étatique. Ainsi, en Bolivie, mais également en Équateur, l’approbation de nouvelles constitutions incluant la plurinationalité et le Vivre Bien comme axe centrale, coexistent avec la continuité des politiques centrées sur l’État en tant que quasi unique organisateur de la vie socio-politique, ainsi que du modèle économique extractiviste dont les conséquences environnementales sont bien connues. Tout compte fait, l’État (et la Nation) après avoir folklorisé les pratiques symboliques indigènes, à présent, folklorise la proposition sociale, politique, économique et écologique du mouvement indigène.

    La “Modernité” politique du gouvernement bolivien

    En 2005, García Linera déclarait : “L’État est la seule chose rationnelle en Bolivie. Toute lutte passe par l’État” [6]. Une telle affirmation relie le vice-président bolivien aux sources les plus obscures de la pensée occidentale. Ainsi, Hegel — pour qui l’État Absolu correspondait à la cristallisation de l’Esprit dans son déploiement rationnel au cours de l’Histoire — affirmait que toute pensée non-occidentale — y compris bien sûr la pensée indigène — était “irrationnelle” et que par conséquent elle se trouvait en marge de l’Histoire. Tout ce qui ne faisait pas partie de cette tradition était tout simplement irrationnel. C’est sur cette thèse que la proposition sociologique de Comte — idéologue des processus indépendantistes créoles — fut construite, thèse selon laquelle toute société non scientifique est dans une phase de développement inférieur et doit nécessairement “progresser” vers la pleine rationalité occidentale. En symbiose avec la sociobiologie, cette thèse a incité des personnages comme Gabriel René Moreno à affirmer que “l’indien et le métis incas ne servent absolument à rien dans l’évolution progressive des sociétés modernes. Tôt ou tard, dans la lutte pour l’existence, ils devront disparaître sous la présence souveraine des blancs purs ou purifiés”. 


    Avec ces postulats théoriques, les pratiques politiques du gouvernement bolivien actuel ont peu à peu approfondi les pratiques indigénistes face à une proposition indigène qu’il tient pour “irrationnelle” parce qu’elle demeure étrangère tant à la logique “du progrès et du développement” qu’à l’État.

    Politique économique

    Il est bien connu qu’après l’échec du Sommet de Copenhague sur le Climat, Evo Morales a proposé la Conférence Mondiale des Peuples sur les Changements climatiques et les Droits de la Terre Mère, qui s’est déroulée à Cochabamba du 19 au 22 avril de cette année.

    Aux 17 tables de travail s’est ajoutée une de plus, la Table 18, promue par le Conseil National d’Ayllus et de Markas del Qullasusyu [7] (CONAMAQ) — allié traditionnel de Morales — qui a été durement critiquée par García Linera et non acceptée à la Conférence officielle.
    Rafael Quispe, Mallku [8] de la Commission des Industries Extractives de la CONAMAQ, en a fait des déclarations plus qu’éclairantes : “Quand COP 15 a échoué nous avons décidé avec le frère Evo Morales de convoquer une conférence des peuples, non des États”.

    Non seulement le contenu de ces déclarations justifient de la tendance déjà exposée — la réduction à la cause étatique de toute logique de lutte sociale — mais encore, la création même d’une table parallèle au sommet officiel fait apparaître le fond de la confrontation de plus en plus évidente entre le mouvement indigène bolivien et le premier président indigène d’Amérique du Sud : la continuité du modèle économique extractiviste, fondement du modèle capitaliste.

    Ainsi, également en 2005, García Linera déclarait : “L’avenir de la Bolivie est la modernité, non pas l’économie familiale”. Et il ajoutait : “Le pré-moderne ne peut pas prévaloir. Ce qui est traditionnel et ce qui est local sont des fruits de la domination. L’éloge du local et de ce qui est fondé sur la tradition correspond à l’éloge de la domination”.

    La caractérisation de l’économie familiale (propre des Ayllus) comme “pré-moderne” nous renvoie à la pensée ethnocentriste de Comte alors qu’il situe les pratiques économiques indigènes comme “antérieures” (“sous-développées”) à celle qui est propre à la rationalité moderne, c’est-à-dire, occidentale. L’État, constitué (selon la pensée libérale moderne) en garant de la propriété privée et du libre échange de marchandises — comprenez : du capitalisme — devient ainsi le seul fondement du modèle économique rationnel.

    Et c’est dans cette voie qu’est en train d’œuvrer le gouvernement d’Evo Morales.

    En mars dernier, le président bolivien présentait son Plan Stratégique 2010-2015. Avec un budget de 32 milliards de dollars ; le plan a pour finalité d’accroître l’exploitation des ressources naturelles et la construction des infrastructures de transport. Lors de sa présentation, Morales déclarait que la tâche la plus importante de son deuxième mandat serait celle de “l’industrialisation des ressources naturelles que la Terre Mère nous offre”. Certains membres du gouvernement bolivien ont déjà déclaré que la consultation préalable des peuples indigènes est une “perte de temps”.

    Une grande partie de cet argent sera affecté à l’Initiative pour l’Intégration de l’Infrastructure Régionale d’Amérique du Sud (IIRSA), un mégaprojet pharaonique d’environ 75 milliards de dollars qui, à travers de 12 “Axes de Développement”, cherchera à surmonter les “barrières” que la nature oppose au transport et à la commercialisation des ressources naturelles. Douze pays de la région – y compris tous les pays de la sphère du socialisme du XXIe siècle – sont pleinement impliqués dans cette initiative que la Coordinatrice Andine des Organisations Indigènes (CAOI) a déjà qualifié “d’écocide et d’ethnocide”.

    Carte des différents projets de l’IIRSA

    Source :
    Integración a golpe de megaproyectos [Intégration à coups de mégaprojets].

    Conclusion

    La centralité de l’État et tout le conglomérat théorique (et pratique) issu de la Modernité européenne que porte en soi le Socialisme du XXIe siècle a transformé le profil révolutionnaire de celui-ci en pratique politique réformiste pas du tout orientée vers un véritable changement structurel qui impliquerait un dépassement du capitalisme. Sur le terrain économique, la continuité du modèle extractiviste peut tout au plus aspirer à dépasser le néolibéralisme, mais au risque certain de tomber dans une nouvelle phase du capitalisme.

    Deuxièmement, et pour ce qui est de sa relation avec la proposition de pouvoir anti-étatique venue des peuples indigènes, cette démarche de l’État suscite une nouvelle forme d’indigénisme du pouvoir, qui tente de neutraliser le discours anti-étatique en l’assimilant et laisse la voie libre, justement, au même projet que les États-Nations latino-américains ont eu depuis leurs processus d’indépendance. Processus qui, comme nous l’avons vu, ont interprété la conception Moderne du monde comme unique garant du “progrès” et du “développement” des peuples.

    Post scriptum

    Pendant les derniers jours de juin, la confrontation entre le gouvernement et le mouvement indigène bolivien est monté d’un cran. Ainsi et tandis que Morales célébrait avec les foules le nouvel an Aymara — devenu Fête Nationale — les indigènes de l’Orient commençaient une marche vers La Paz pour que leurs droits territoriaux et d’autonomie soient respectés. Tandis que Morales accusait les indigènes de recevoir des fonds de l’USAID, le public apprenait que 22 projets du Plan National de Développement étaient financés par cette même organisation états-unienne.

    Une mésentente qui avait lieu également en Équateur au su et au vu de tous quand la Confédération de Nationalités Indigènes de l’Équateur (CONAIE) se réunissait à Otavalo en sommet parallèle à celui — organisé à l’initiative du président équatorien, Rafael Correa — des pays de l’ALBA auquel ont été invitées 300 autorités indigènes et afro-descendentes et durant lequel aussi bien Correa que Morales ont durement critiqué les indigènes non conformistes de leur pays respectif. 




    Notes :

    [1] Sur ce point voir les différents articles sur Primitivi faisant référence au Buen (ou Bien) Vivir.

    [2] Voir Raúl Zibechi, Dispersar el poder. Los movimientos como poderes antiestatales [Disperser le pouvoir. Les mouvements comme pouvoirs anti-étatiques] (Barcelone : Virus, 2007).
    Ce concept, ainsi que d’autres, abordés principalement dans la première partie de cet article, sont issus de cette oeuvre.

    [3] Nous sommes conscients du fait qu’une partie du mouvement indigène a opté également pour la participation électorale comme forme de lutte. Nous croyons que cette option fait partie du conflit que nous essaierons d’analyser, mais elle ne constitue pas l’essentiel de notre analyse.

    [4] NDT : le concept de “Vivre Bien” est opposé à celui du “Vivre Mieux” des sociétés occidentales modernes.

    [5] Mónica Chuji, Pueblos Indígenas y Naturaleza en el discurso de la modernidad [Les peuples indigènes et la Nature dans le discours de la modernité].

    [6] Intervention durant le séminaire Pensamiento y movimientos sociales en América Latina [Des idées et des mouvements sociaux en Amérique latine], cité dans Raúl Zibechi, op. cit., p. 127.

    [7] NDT : Ayllu, structure de communauté familiale étendue ; Markas, villages et villes ; Qullasusyu ou Qulla Susyu, ancienne province de l’Empire Inca, située au sud de Cuzco.

    [8] NDT : Mallku, terme qui désigne le chef de l’Ayllu.



    Exposé présenté lors des Journées Internationales sur l’“Anarcho-syndicalisme et Internationalisme”, célébrées à Valence du 10 au 12 juin de 2010 sous le titre “La communauté indigène comme proposition anti-étatique. Cooptation, indigénisme et socialisme du XXIe siècle. Le cas de la Bolivie”.

    Source : Kaosenlared “Socialismo e indigenismo en Bolivia : Aculturación, Estado y Modernidad frente a la propuesta del Buen Vivir”.

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