LIBRE DISCUSSION DANS LES COULISSES DE DEMAIN

Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.
LIBRE DISCUSSION DANS LES COULISSES DE DEMAIN

Débattons en toute liberté, dans le respect de l’autre, sur tous les sujets qui composent notre société : politique, économie, environnement, religion, philosophie, paranormal, sciences, famille, santé, mode, sexualité, loisirs, sports, divertissements…

Derniers sujets

» Moi, Nestor Makhno (épisode 9) – Il y a 100 ans, l’autre guerre d’Ukraine – Feuilleton
par bye Jeu 21 Juil - 20:17

» AVORTEMENT AUX USA, NOUS NE VOULONS PAS PERDRE DE DROITS, NOUS VOULONS EN GAGNER !
par bye Mar 28 Juin - 12:51

» Michel Piron en garde à vue. Derrière Jacquie et Michel : un système organisé de proxénétisme et de viols.
par bye Jeu 16 Juin - 15:33

» EuroSatory : Visioconférence et Rassemblements contre le commerce des armes
par bye Lun 6 Juin - 17:32

» Entretien avec Yamina Saheb (GIEC) : “Il y a eu quelques réticences pour mettre le terme de sobriété dans le dernier rapport”.
par bye Mer 1 Juin - 8:37

» Retour sur l’accueil des déplacés d’Ukraine dans les Hautes-Alpes
par bye Mar 31 Mai - 16:17

» L’industrie pornocriminelle cible les enfants et la justice abdique !
par bye Mer 25 Mai - 16:23

» Le Royaume-Uni renforce son arsenal juridique contre les personnes en besoin de protection
par bye Jeu 19 Mai - 10:42

» Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
par bye Jeu 19 Mai - 10:36

» Moi, Nestor Makhno (épisode 7) – Il y a 100 ans, l’autre guerre d’Ukraine – Feuilleton
par bye Mer 11 Mai - 11:53

» Le "Tous capables" l'Education Nouvelle Le Groupe Français d'Education Nouvelle
par bye Ven 6 Mai - 12:42

» Menaces sur le droit à l’avortement aux Etats-Unis : le collectif Avortement Europe dénonce une énième tentative de restreindre le droit des femmes à disposer de leur corps !
par bye Ven 6 Mai - 12:30

» Biélorussie : la plus grande attaque anti-syndicale du siècle en Europe
par bye Ven 29 Avr - 12:15

» Les associations dénoncent la différence de traitement envers les ressortissants non-Ukrainiens
par bye Ven 22 Avr - 6:21

» SUD éducation gagne l’indemnité REP/REP+ pour les AED !
par bye Jeu 21 Avr - 17:21

» Guerre en Ukraine : que contient la directive sur la protection temporaire de 2001 ?
par bye Dim 17 Avr - 9:50

» ACTUALITÉ SOCIÉTÉ ET POLITIQUE
par gramophone Ven 15 Avr - 8:59

» Mutations-sanctions à l'école Pasteur (93) : dans « l'intérêt du service public », nous devons faire front !
par bye Jeu 14 Avr - 8:42

» 6e rapport du GIEC : quelles solutions face au changement climatique ?
par bye Ven 8 Avr - 12:34

» Cabinets de conseil : quand le Sénat fustige le gouvernement
par bye Mer 6 Avr - 16:36

» Les fresques carabines : une institutionnalisation des violences sexistes à l’hôpital
par bye Dim 13 Mar - 12:35

» L’Ukraine au coeur… de la classe, l’école au coeur du monde
par bye Ven 4 Mar - 17:34

» 8 Mars 2022 : Grève féministe Déferlante pour l'égalité !
par bye Mar 1 Mar - 11:08

» Une guerre “culturelle”
par bye Jeu 24 Fév - 19:27

» Nouveau camp fermé de Samos : « Barbelés, clôtures, couvre-feu […] le camp ressemble à une prison. »
par bye Jeu 17 Fév - 18:07

» Exterminez toutes ces brutes
par bye Ven 4 Fév - 10:22

» Entretien avec Laurence Scialom : « Ne pas mettre la lutte contre la dégradation de notre biosphère au cœur de la gouvernance européenne serait une erreur historique »
par bye Mer 26 Jan - 15:55

» Osez le féminisme ! fait 200 signalements de vidéos illégales sur des sites pornographiquesOsez le féminisme ! fait 200 signalements de vidéos illégales sur des sites pornographiques
par bye Lun 24 Jan - 11:46

» La mécanique des inégalités : un entretien avec les sociologues Alain Bihr et Roland PfefferkornLa mécanique des inégalités : un entretien avec les sociologues Alain Bihr et Roland Pfefferkorn
par bye Sam 22 Jan - 10:48

» Répression pour un poème au Lycée Marcelin Berthelot de Pantin.
par bye Mer 12 Jan - 20:42

» CP/ Présidence française de l'Union européenne : Une alternative pour une politique d'asile européenne réellement solidaire est possible
par bye Ven 24 Déc - 9:47

» Les fresques carabines reconnues contraires à la dignité des femmes !
par bye Mar 21 Déc - 17:56

» Frontière biélorusse : quel impact des propositions de la Commission visant à déroger au droit d’asile européen ?
par bye Ven 17 Déc - 8:59

» contre le système pornocriminel
par bye Mer 15 Déc - 18:39

» S’émanciper dès la maternelle par le travail et la coopération
par bye Mer 15 Déc - 11:40

» La coopérative pédagogique : Paroles de filles
par bye Ven 3 Déc - 10:32

» La maltraitance des migrants n’est pas une fatalité »
par bye Mar 30 Nov - 18:47

» Lutter contre la violence… pour de vrai
par bye Jeu 25 Nov - 13:13

» République blindée, Projet Local d’Évaluation, chefs dans les écoles… Fin de règne rue de Grenelle
par bye Mer 17 Nov - 13:02

» Campagne d’Eric Zemmour : un masculiniste revendiqué prétendant à l’Elysée ?
par bye Jeu 11 Nov - 12:07

» Affaire Jacquie et Michel : 4 “acteurs” mis en examen pour viol, la fin de l’impunité !
par bye Mar 2 Nov - 18:34

» Réinstallation des réfugiés afghans dans l’UE : des promesses, pas d’engagements chiffrés
par bye Sam 23 Oct - 8:14

» La marchandisation généralisée des relations humaines et des corps coïncide avec l’échec de l’ambition démocratique
par gramophone Mer 20 Oct - 19:33

» À Montpellier, descente de police contre des sans-papiers venus au contre sommet France-Afrique
par bye Mar 19 Oct - 19:07

» Climat : nous l’avons fait, l’Etat n’a plus le choix !
par bye Ven 15 Oct - 12:36

» L’école des sans-école… des jeunes migrants refusés d’école
par bye Mer 13 Oct - 11:27

» La France envoie ses déchets nucléaires en Sibérie !
par bye Mar 12 Oct - 18:05

» Total Energies et Le Louvre : alliés contre le climat
par bye Mer 6 Oct - 16:55

» L’école est à la fois un lieu de formation et d’expression des bandes
par bye Mer 6 Oct - 9:19

» Analyse/déclaration sur la vente de sous-marins américains à l’Australie
par bye Sam 2 Oct - 9:32

» À celles et ceux qui ne sont pas rentré·es,
par bye Mer 29 Sep - 11:55

» « Nous n’avons pas besoin et nous ne voulons pas d’un petit chef ! »…
par bye Mar 21 Sep - 17:18

» Noël : fêtes familiales ou marché de dupe ?
par gramophone Mar 21 Sep - 15:57

» Les troubles de l’érection
par gramophone Mar 21 Sep - 14:36

» Le 28 septembre, c'est la journée internationale de droit à l'avortement !
par bye Lun 20 Sep - 19:35

» Biélorussie : les migrants victimes de l’instrumentalisation de la question migratoire
par bye Mer 15 Sep - 19:46

» Accueil des Afghans évacués de Kaboul
par bye Ven 10 Sep - 16:48

» Marseille : un discours de chef(s) !
par bye Mer 8 Sep - 11:53

» HECTAR grand projet inutile, priorité au service public !
par bye Mer 1 Sep - 19:09

» Rapport du GIEC : Jean Jouzel appelle à une réaction
par bye Mer 11 Aoû - 5:07

» J’évite de prendre l’avion
par bye Lun 12 Juil - 20:45

» Condamné à agir d’ici 9 mois, l'Etat ne réagit pas...
par bye Ven 2 Juil - 9:05

» ENFIN L'ÉGALITÉ, la PMA pour toutes adoptée !
par bye Mer 30 Juin - 12:12

» Projet de loi sur l’enfance : le choix du contrôle plutôt que de la protection pour les mineurs isolés étrangers
par bye Sam 19 Juin - 12:16

» Appel pour les libertés, contre les idées d’extrême-droite : mobilisons-nous le 12 juin !
par bye Mar 8 Juin - 11:52

» Soutien à l’enseignante empêchée de faire cours en raison de son masque
par bye Mer 2 Juin - 18:35

» La junte du Myanmar suspend plus de 1 600 enseignant·es
par bye Mar 25 Mai - 12:24

» Manifeste pour la suspension des brevets liés au Covid 19
par bye Dim 23 Mai - 16:49

» Les dépenses militaires face aux besoins humains. Les centaines de milliards de la honte
par bye Mer 19 Mai - 18:00

» Évaluer n’est pas noter
par bye Lun 17 Mai - 11:22

» Le bilan chiffré du règlement Dublin ne plaide pas pour son maintien
par bye Mer 5 Mai - 12:37

» La compensation carbone, inefficace pour réduire les émissions du secteur aérien
par bye Mar 20 Avr - 8:39

» GRANDE-BRETAGNE. "KILL THE POLICE BILL"GRANDE-BRETAGNE. "KILL THE POLICE BILL"
par bye Ven 16 Avr - 12:34

» Covid-19 : quel impact sur les procédures d’éloignement des migrants ?
par bye Ven 2 Avr - 12:45

» Médecins : stagnation des effectifs mais baisse de la densité médicale
par bye Ven 2 Avr - 12:36

» Encore une attaque des fascistes contre une librairie libertaire
par bye Lun 22 Mar - 12:40

» A partie du 17 mars, la France est à découvert climatique
par bye Mer 17 Mar - 11:49

» Non, on ne peut pas être « féministe » et agresser des survivantes de la prostitution et des féministes le 8 mars.
par bye Jeu 11 Mar - 9:39

» Les députés les Républicains font entrave au droit à l’avortement pour toutes !
par bye Jeu 18 Fév - 12:16

» Méditerrannée : reprise des sauvetages en mer pour l'Ocean Viking
par bye Jeu 4 Fév - 19:44

» Nouveau numéro du journal Casse-rôles
par bye Lun 1 Fév - 12:53

» #METOOInceste : La loi à l’agenda de l’Assemblée Nationale !
par bye Ven 22 Jan - 13:39

» Projet Hercule : EDF serait éclaté en trois entités
par bye Sam 16 Jan - 9:00

» Les enjeux de l'intégration des bénéficiaires d'une protection internationale dans l'Union européenne
par bye Lun 11 Jan - 20:50

» La méthode Montessori en question
par bye Mer 23 Déc - 13:24

» L’environnement ? une préoccupation peu partagée par les adultes
par bye Mer 16 Déc - 12:08

» Terrorisme
par bye Lun 14 Déc - 18:45

» Éducation : il faut donner priorité aux vaincus
par bye Mar 8 Déc - 11:59

» JOURNÉE MONDIALE DE L'ENFANCE
par bye Ven 4 Déc - 17:14

» 25novembre : la lutte pour l'élimination des violences masculines continue !
par bye Mer 25 Nov - 15:07

» Les mobilisations étudiantes sous la menace de lourdes peines de prison
par bye Mar 24 Nov - 10:23

» Décision historique pour la justice climatique !
par bye Jeu 19 Nov - 20:00

» Et maintenant nous sommes là...
par bye Mer 18 Nov - 13:13

» Révélation scientifique: l’amour rend aveugle !
par gramophone Sam 7 Nov - 9:55

LE SITE

Dans Les Coulisses de Demain

FORUMS & SITES AMIS

FORUM EST INSCRIT SUR

Le Deal du moment : -20%
OnePlus Nord CE 2 5G – 8GB RAM 128GB – ...
Voir le deal
239 €

    Perquisition chez une famille tchétchène : « J’ai cru que les Russes revenaient »

    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8994
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Perquisition chez une famille tchétchène : « J’ai cru que les Russes revenaient » Empty Perquisition chez une famille tchétchène : « J’ai cru que les Russes revenaient »

    Message par bye Mer 23 Déc - 20:19

    Cela fait plus de quinze jours que les policiers sont repartis après leur perquisition mais la famille Madiev, des réfugiés tchétchènes, n’a toujours pas retrouvé le sommeil. Dina, la mère, n’arrive pas à fermer l’œil, aux aguets : « Et s’ils revenaient ? » Le moindre bruit la fait sursauter. Massoud, le père, s’est fait prescrire des anxiolytiques, mais il se réveille encore en sueur. Quand les policiers tentent de forcer leur porte, ce 30 novembre à 6 heures du matin, à Rouen (Seine-Maritime), les murs fragiles de l’appartement HLM se mettent à trembler. Le bruit est assourdissant. Dina pense immédiatement aux bombardements sur son village, pendant la guerre, et à ce jour où les soldats russes ont débarqué dans leur maison et abattu le frère de Massoud sous ses yeux : « J’ai cru que les Russes revenaient », raconte-t-elle la voix encore tremblante.

    Tétanisée, elle se lève pour aller regarder par le judas mais il est obstrué. De nouveaux coups. La porte, robuste, résiste. Dina se résout à l’ouvrir. Et se retrouve nez à nez avec une vingtaine d’hommes, pour la plupart en tenue d’intervention, armés et casqués. « Ils semblaient surpris qu’on leur ait ouvert », se souvient Dina, qui se demande toujours pourquoi ils n’ont pas essayé, tout simplement, de sonner.

    Colis de Noël ouverts

    Leurs cris la hantent encore. « Allongez-vous au sol ! », ordonnent-ils à Massoud et son fils, Anzor, 23 ans, en pointant sur eux leurs armes et leurs lampes torches. « C’était spectaculaire, comme au cinéma, comme s’ils venaient arrêter des criminels », raconte Dina. Le père et le fils, en caleçon, sont menottés et placés dans le salon, Dina dans une autre pièce. Séparés.

    Les policiers commencent leur fouille, à la recherche d’armes. « Elle est où ta kalach' ? », demandent-ils à Massoud. Bac de linge sale, albums photos, téléphones et ordinateurs portables : rien n’est épargné. Même les colis de Noël sont ouverts. Une intimité familiale retournée, fouillée, aspirée.

    Dina se souvient d’un instant d’affolement, quand les policiers ne parvenaient pas à ouvrir une mallette : « "C’est quoi le code, c’est quoi le code ?", ils criaient » – il fallait en fait appuyer sur deux attaches. Et de leur déconvenue lorsqu’ils y ont découvert une ménagère de couverts de table. Malgré la peur et les larmes, Dina cherche à comprendre. « C’est un ordre du préfet », est la seule réponse. Contactée, la préfecture de Seine-Maritime confirme et justifie la perquisition au motif que « M. Madiev fait l’objet d’une fiche S » et « qu’il est connu des services de renseignement pour entretenir des relations avec des représentants radicaux caucasiens ».

    Ce motif – qu’il conteste –, Massoud Madiev espérait ne plus jamais en entendre parler. Il lui a déjà valu le rejet de sa demande de naturalisation française et de tous ses recours, jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme. Lors de son entretien avec les services de police spécialisés en juin 2009, M. Madiev avait fait état de son soutien à la cause indépendantiste tchétchène. Il était loin d’imaginer que cette déclaration motiverait le rejet de sa demande de naturalisation, l’année d’après. Selon l’arrêté du ministère de l’immigration de l’époque, M. Madiev aurait « revendiqué [son] attachement à la cause indépendantiste tchétchène et déclaré entretenir des relations avec les membres de cette rébellion armée », qui perpètre des attentats dans son pays d’origine, est-il souligné.

    « Je n’allais pas être du côté des Russes qui ont détruit mon village ! »

    Une interprétation erronée, se défend M. Madiev : s’il n’a jamais nié que sa famille et lui avaient été, par le passé, en contact avec certaines figures indépendantistes, il n’a plus eu aucun contact avec eux depuis son arrivée en France, en mai 2004, assure-t-il. Quant à son soutien à la cause tchétchène, « ça oui, bien-sûr », il l’assume : « Je n’allais pas être du côté des Russes qui ont détruit mon village et massacré les miens ! » Cela ne fait pas de lui pour autant quelqu’un qui a pris les armes ou commis un attentat, souligne-t-il.

    « La liberté d’opinion suppose que l’on puisse se positionner pour un mouvement d’indépendance sans pour autant être favorable aux actions violentes que ce mouvement pourrait mener », abonde Me Cécile Madeline, l’avocate de M. Madiev. Et de pointer ce qu’elle juge être une contradiction du dossier : son client avait obtenu le statut de réfugié politique très peu de temps après son arrivée en France, or « on n’accorde pas ce statut à quelqu’un qui est soupçonné de terrorisme ». Selon elle, M. Madiev est ainsi victime d’un « harcèlement » : « La perquisition a eu lieu parce qu’ils avaient déjà quelque chose depuis le dossier de naturalisation. »

    Après deux heures de recherches infructueuses, les policiers sont repartis. Sans rien. Ni armes, ni drogues, ni explosifs. « Aucun élément en lien avec une activité terroriste n’a été mis en lumière », confirme la préfecture. Un silence de plomb s’est alors installé dans l’appartement. Dina a encore tremblé plusieurs heures. Puis elle s’est attaquée au nettoyage et au rangement de l’appartement, comme pour effacer les traces de ce passage qu’elle voudrait pouvoir oublier. Les dégâts psychologiques, eux, seront plus longs à réparer.

    « Il faut montrer à l’administration que tout n’est pas possible »

    « Je n’aurais jamais cru que ce qu’on avait fui dans notre pays on puisse le retrouver ici, en France, pays des droits de l’homme », dit Massoud dans un soupir, en avalant deux calmants. Triste ironie : quand ils ont mis les pieds pour la première fois en France, les Madiev se répétaient qu’ici, au moins, ils allaient enfin pouvoir dormir tranquilles. Se sentir à nouveau en sécurité leur avait pris du temps : longtemps, à la vue des contrôleurs en uniforme dans les transports, Dina ne pouvait réprimer des tremblements. Mais elle avait fini par s’apaiser.

    Aujourd’hui, les convulsions sont revenues. « Je ne me sens nulle part en sécurité », s’étrangle Massoud. « L’Etat français a-t-il prévu de réparer les dommages collatéraux de ces perquisitions violentes ?, questionne Me Madeline. Au motif de vouloir assurer la sécurité du territoire en réalisant des procédures à titre préventif, on ne peut pas agresser et traumatiser des gens. » L’expertise psychologique qu’elle a demandé pour ses clients, qu’elle juge « victimes de l’état d’urgence », confirme le traumatisme et le stress engendrés par l’événement. Et préconise un accompagnement psychologique sur la durée.

    L’avocate s’apprête désormais à contester la perquisition devant le tribunal administratif et à engager une demande indemnitaire symbolique : « Pas pour l’argent mais pour le principe : il faut montrer à l’administration que tout n’est pas possible, même en état d’urgence. »

    Dina s’est sentie « humiliée », « comme violée » dans son intimité. « Ils se comportent comme si tout était permis : ils n’ont aucune justification à donner et on n’a aucune question à poser », s’emporte-t-elle. Les méthodes employées lors de la perquisition, étaient brutales et, pour le menottage, illégal – « en l’absence de crime ou de délit, pas plus les membres des forces de l’ordre que l’officier de police judiciaire présent ne disposent d’un pouvoir de retenue ou de mesures de contrainte à l’encontre des personnes présentes », rappelait le ministère de l’intérieur lui-même dans une circulaire.

    « Vous allez à la mosquée ? Combien de fois par semaine ? Pourquoi ? »

    Dina, dont la religion veut qu’elle couvre ses cheveux en présence d’un homme, s’est retrouvée en chemise de nuit devant les policiers. Ils ne lui ont pas laissé le temps de s’habiller, assure-t-elle. Ils ont marché avec leurs chaussures sur le tapis de prière, alors que Massoud leur avait demandé de l’éviter. Il y a eu aussi cet interrogatoire sur leur pratique religieuse : « Vous allez à la mosquée ? Combien de fois par semaine ? Pourquoi ? » La préfecture n’est pas en mesure de commenter les méthodes qui ont été employées par les forces de l’ordre, puisqu’elle n’était pas présente au moment de la perquisition. Mais elle indique : « La sécurisation de la scène peut impliquer certaines mesures de contraintes. L’intervention se fait dans la sécurité du personnel, toutes les précautions d’usage sont prises. »

    En repartant, les policiers ont demandé à Massoud de passer au commissariat pour signer le procès-verbal de perquisition. Encore en état de choc et n’étant pas sûr d’avoir compris la portée du document, Massoud a refusé de le signer. « J’ai reconnu les mots “sympathisant radical caucasien”. J’avais peur de me faire piéger », explique-t-il – à l'écrit notamment, son français est encore imparfait. Il n’a pas obtenu de double et est reparti sans document prouvant la perquisition. Un fonctionnaire lui a toutefois tendu l’adresse du tribunal administratif, et lui a expliqué qu’il pouvait y déposer un recours en annulation de la perquisition.

    Marqués au fer

    Traumatisée, la famille Madiev se retrouve aussi stigmatisée. « Depuis la perquisition, les voisins nous évitent », soupire Dina. Ses amies du quartier ne décrochent plus. Même la communauté tchétchène les fuit. Les Madiev ne leur jettent pas la pierre : « Nous aussi, à leur place, on aurait pensé que des gens perquisitionnés ont forcément quelque chose à se reprocher. »

    « Perquisitionnés. » Le mot est désormais marqué au fer rouge sur leurs fronts et leur porte. « Dix ans qu’on habite ici, on n’a jamais eu de problème, et, du jour au lendemain, on est devenus des suspects », lâche Dina. Elle n’ose pas demander de l’aide à leur office HLM pour la réparation de la porte, « trop honte ».

    « Que faire maintenant ? », questionne, désespéré, Massoud. Impossible de retourner en Tchétchénie, difficile de mener une vie normale en France. « On n’est nulle part à notre place », assène-t-il. Leur volonté de s’intégrer était grande, pourtant. « On a tout fait pour devenir de vrais Français : apprendre la langue, demander une francisation de nos nom et prénoms, travailler », égrène Dina, les larmes aux yeux. Leurs deux fils jumeaux étaient pressentis pour intégrer l’équipe de France de boxe dès l’obtention de leur nationalité française. En vain. Les adolescents ont dû renoncer à leur rêve. « J’aurais pourtant été fier de représenter la France », dit tristement Anzor, qui s’est rabattu sur un CAP de plomberie : « Là, au moins, pas besoin d’être Français. »

    Camille Bordenet (Rouen, envoyée spéciale)

    etatdurgencelemonde@lemonde.fr

    http://delinquance.blog.lemonde.fr/2015/12/21/etat-durgence-jai-cru-que-les-russes-revenaient/

      La date/heure actuelle est Lun 15 Aoû - 0:13