LIBRE DISCUSSION DANS LES COULISSES DE DEMAIN

Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.
LIBRE DISCUSSION DANS LES COULISSES DE DEMAIN

Débattons en toute liberté, dans le respect de l’autre, sur tous les sujets qui composent notre société : politique, économie, environnement, religion, philosophie, paranormal, sciences, famille, santé, mode, sexualité, loisirs, sports, divertissements…

Derniers sujets

» AVORTEMENT AUX USA, NOUS NE VOULONS PAS PERDRE DE DROITS, NOUS VOULONS EN GAGNER !
par bye Hier à 12:51

» Michel Piron en garde à vue. Derrière Jacquie et Michel : un système organisé de proxénétisme et de viols.
par bye Jeu 16 Juin - 15:33

» EuroSatory : Visioconférence et Rassemblements contre le commerce des armes
par bye Lun 6 Juin - 17:32

» Entretien avec Yamina Saheb (GIEC) : “Il y a eu quelques réticences pour mettre le terme de sobriété dans le dernier rapport”.
par bye Mer 1 Juin - 8:37

» Retour sur l’accueil des déplacés d’Ukraine dans les Hautes-Alpes
par bye Mar 31 Mai - 16:17

» L’industrie pornocriminelle cible les enfants et la justice abdique !
par bye Mer 25 Mai - 16:23

» Le Royaume-Uni renforce son arsenal juridique contre les personnes en besoin de protection
par bye Jeu 19 Mai - 10:42

» Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
par bye Jeu 19 Mai - 10:36

» Moi, Nestor Makhno (épisode 7) – Il y a 100 ans, l’autre guerre d’Ukraine – Feuilleton
par bye Mer 11 Mai - 11:53

» Le "Tous capables" l'Education Nouvelle Le Groupe Français d'Education Nouvelle
par bye Ven 6 Mai - 12:42

» Menaces sur le droit à l’avortement aux Etats-Unis : le collectif Avortement Europe dénonce une énième tentative de restreindre le droit des femmes à disposer de leur corps !
par bye Ven 6 Mai - 12:30

» Biélorussie : la plus grande attaque anti-syndicale du siècle en Europe
par bye Ven 29 Avr - 12:15

» Les associations dénoncent la différence de traitement envers les ressortissants non-Ukrainiens
par bye Ven 22 Avr - 6:21

» SUD éducation gagne l’indemnité REP/REP+ pour les AED !
par bye Jeu 21 Avr - 17:21

» Guerre en Ukraine : que contient la directive sur la protection temporaire de 2001 ?
par bye Dim 17 Avr - 9:50

» ACTUALITÉ SOCIÉTÉ ET POLITIQUE
par gramophone Ven 15 Avr - 8:59

» Mutations-sanctions à l'école Pasteur (93) : dans « l'intérêt du service public », nous devons faire front !
par bye Jeu 14 Avr - 8:42

» 6e rapport du GIEC : quelles solutions face au changement climatique ?
par bye Ven 8 Avr - 12:34

» Cabinets de conseil : quand le Sénat fustige le gouvernement
par bye Mer 6 Avr - 16:36

» Les fresques carabines : une institutionnalisation des violences sexistes à l’hôpital
par bye Dim 13 Mar - 12:35

» L’Ukraine au coeur… de la classe, l’école au coeur du monde
par bye Ven 4 Mar - 17:34

» 8 Mars 2022 : Grève féministe Déferlante pour l'égalité !
par bye Mar 1 Mar - 11:08

» Une guerre “culturelle”
par bye Jeu 24 Fév - 19:27

» Nouveau camp fermé de Samos : « Barbelés, clôtures, couvre-feu […] le camp ressemble à une prison. »
par bye Jeu 17 Fév - 18:07

» Exterminez toutes ces brutes
par bye Ven 4 Fév - 10:22

» Entretien avec Laurence Scialom : « Ne pas mettre la lutte contre la dégradation de notre biosphère au cœur de la gouvernance européenne serait une erreur historique »
par bye Mer 26 Jan - 15:55

» Osez le féminisme ! fait 200 signalements de vidéos illégales sur des sites pornographiquesOsez le féminisme ! fait 200 signalements de vidéos illégales sur des sites pornographiques
par bye Lun 24 Jan - 11:46

» La mécanique des inégalités : un entretien avec les sociologues Alain Bihr et Roland PfefferkornLa mécanique des inégalités : un entretien avec les sociologues Alain Bihr et Roland Pfefferkorn
par bye Sam 22 Jan - 10:48

» Répression pour un poème au Lycée Marcelin Berthelot de Pantin.
par bye Mer 12 Jan - 20:42

» CP/ Présidence française de l'Union européenne : Une alternative pour une politique d'asile européenne réellement solidaire est possible
par bye Ven 24 Déc - 9:47

» Les fresques carabines reconnues contraires à la dignité des femmes !
par bye Mar 21 Déc - 17:56

» Frontière biélorusse : quel impact des propositions de la Commission visant à déroger au droit d’asile européen ?
par bye Ven 17 Déc - 8:59

» contre le système pornocriminel
par bye Mer 15 Déc - 18:39

» S’émanciper dès la maternelle par le travail et la coopération
par bye Mer 15 Déc - 11:40

» La coopérative pédagogique : Paroles de filles
par bye Ven 3 Déc - 10:32

» La maltraitance des migrants n’est pas une fatalité »
par bye Mar 30 Nov - 18:47

» Lutter contre la violence… pour de vrai
par bye Jeu 25 Nov - 13:13

» République blindée, Projet Local d’Évaluation, chefs dans les écoles… Fin de règne rue de Grenelle
par bye Mer 17 Nov - 13:02

» Campagne d’Eric Zemmour : un masculiniste revendiqué prétendant à l’Elysée ?
par bye Jeu 11 Nov - 12:07

» Affaire Jacquie et Michel : 4 “acteurs” mis en examen pour viol, la fin de l’impunité !
par bye Mar 2 Nov - 18:34

» Réinstallation des réfugiés afghans dans l’UE : des promesses, pas d’engagements chiffrés
par bye Sam 23 Oct - 8:14

» La marchandisation généralisée des relations humaines et des corps coïncide avec l’échec de l’ambition démocratique
par gramophone Mer 20 Oct - 19:33

» À Montpellier, descente de police contre des sans-papiers venus au contre sommet France-Afrique
par bye Mar 19 Oct - 19:07

» Climat : nous l’avons fait, l’Etat n’a plus le choix !
par bye Ven 15 Oct - 12:36

» L’école des sans-école… des jeunes migrants refusés d’école
par bye Mer 13 Oct - 11:27

» La France envoie ses déchets nucléaires en Sibérie !
par bye Mar 12 Oct - 18:05

» Total Energies et Le Louvre : alliés contre le climat
par bye Mer 6 Oct - 16:55

» L’école est à la fois un lieu de formation et d’expression des bandes
par bye Mer 6 Oct - 9:19

» Analyse/déclaration sur la vente de sous-marins américains à l’Australie
par bye Sam 2 Oct - 9:32

» À celles et ceux qui ne sont pas rentré·es,
par bye Mer 29 Sep - 11:55

» « Nous n’avons pas besoin et nous ne voulons pas d’un petit chef ! »…
par bye Mar 21 Sep - 17:18

» Noël : fêtes familiales ou marché de dupe ?
par gramophone Mar 21 Sep - 15:57

» Les troubles de l’érection
par gramophone Mar 21 Sep - 14:36

» Le 28 septembre, c'est la journée internationale de droit à l'avortement !
par bye Lun 20 Sep - 19:35

» Biélorussie : les migrants victimes de l’instrumentalisation de la question migratoire
par bye Mer 15 Sep - 19:46

» Accueil des Afghans évacués de Kaboul
par bye Ven 10 Sep - 16:48

» Marseille : un discours de chef(s) !
par bye Mer 8 Sep - 11:53

» HECTAR grand projet inutile, priorité au service public !
par bye Mer 1 Sep - 19:09

» Rapport du GIEC : Jean Jouzel appelle à une réaction
par bye Mer 11 Aoû - 5:07

» J’évite de prendre l’avion
par bye Lun 12 Juil - 20:45

» Condamné à agir d’ici 9 mois, l'Etat ne réagit pas...
par bye Ven 2 Juil - 9:05

» ENFIN L'ÉGALITÉ, la PMA pour toutes adoptée !
par bye Mer 30 Juin - 12:12

» Projet de loi sur l’enfance : le choix du contrôle plutôt que de la protection pour les mineurs isolés étrangers
par bye Sam 19 Juin - 12:16

» Appel pour les libertés, contre les idées d’extrême-droite : mobilisons-nous le 12 juin !
par bye Mar 8 Juin - 11:52

» Soutien à l’enseignante empêchée de faire cours en raison de son masque
par bye Mer 2 Juin - 18:35

» La junte du Myanmar suspend plus de 1 600 enseignant·es
par bye Mar 25 Mai - 12:24

» Manifeste pour la suspension des brevets liés au Covid 19
par bye Dim 23 Mai - 16:49

» Les dépenses militaires face aux besoins humains. Les centaines de milliards de la honte
par bye Mer 19 Mai - 18:00

» Évaluer n’est pas noter
par bye Lun 17 Mai - 11:22

» Le bilan chiffré du règlement Dublin ne plaide pas pour son maintien
par bye Mer 5 Mai - 12:37

» La compensation carbone, inefficace pour réduire les émissions du secteur aérien
par bye Mar 20 Avr - 8:39

» GRANDE-BRETAGNE. "KILL THE POLICE BILL"GRANDE-BRETAGNE. "KILL THE POLICE BILL"
par bye Ven 16 Avr - 12:34

» Covid-19 : quel impact sur les procédures d’éloignement des migrants ?
par bye Ven 2 Avr - 12:45

» Médecins : stagnation des effectifs mais baisse de la densité médicale
par bye Ven 2 Avr - 12:36

» Encore une attaque des fascistes contre une librairie libertaire
par bye Lun 22 Mar - 12:40

» A partie du 17 mars, la France est à découvert climatique
par bye Mer 17 Mar - 11:49

» Non, on ne peut pas être « féministe » et agresser des survivantes de la prostitution et des féministes le 8 mars.
par bye Jeu 11 Mar - 9:39

» Les députés les Républicains font entrave au droit à l’avortement pour toutes !
par bye Jeu 18 Fév - 12:16

» Méditerrannée : reprise des sauvetages en mer pour l'Ocean Viking
par bye Jeu 4 Fév - 19:44

» Nouveau numéro du journal Casse-rôles
par bye Lun 1 Fév - 12:53

» #METOOInceste : La loi à l’agenda de l’Assemblée Nationale !
par bye Ven 22 Jan - 13:39

» Projet Hercule : EDF serait éclaté en trois entités
par bye Sam 16 Jan - 9:00

» Les enjeux de l'intégration des bénéficiaires d'une protection internationale dans l'Union européenne
par bye Lun 11 Jan - 20:50

» La méthode Montessori en question
par bye Mer 23 Déc - 13:24

» L’environnement ? une préoccupation peu partagée par les adultes
par bye Mer 16 Déc - 12:08

» Terrorisme
par bye Lun 14 Déc - 18:45

» Éducation : il faut donner priorité aux vaincus
par bye Mar 8 Déc - 11:59

» JOURNÉE MONDIALE DE L'ENFANCE
par bye Ven 4 Déc - 17:14

» 25novembre : la lutte pour l'élimination des violences masculines continue !
par bye Mer 25 Nov - 15:07

» Les mobilisations étudiantes sous la menace de lourdes peines de prison
par bye Mar 24 Nov - 10:23

» Décision historique pour la justice climatique !
par bye Jeu 19 Nov - 20:00

» Et maintenant nous sommes là...
par bye Mer 18 Nov - 13:13

» Révélation scientifique: l’amour rend aveugle !
par gramophone Sam 7 Nov - 9:55

» La puissance de la solidarité syndicale internationale
par bye Ven 6 Nov - 11:53

LE SITE

Dans Les Coulisses de Demain

FORUMS & SITES AMIS

FORUM EST INSCRIT SUR

Le Deal du moment :
One-Punch Man Tome 25 en édition Collector : ...
Voir le deal
9.90 €

+3
ecotone
Rabasse du sud
bye
7 participants

    Monde Diplo

    Glode
    Glode


    Masculin
    Nombre de messages : 118
    Age : 66
    Localisation : Nantes
    Emploi/loisirs : Aéronautique
    Humeur : Toujours en pétard
    Date d'inscription : 05/01/2008

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par Glode Mar 8 Jan - 22:28

    Airbus : le syndicat s'écrase
    lundi 08 octobre 2007

    890 millions de plus-values pour Lagardère, des dividendes pour les actionnaires... Tandis qu'on supprime 10 000 emplois. Alors, avec pareille obscénité, pourquoi ça ne pète pas chez Airbus ? La faute, sans doute, au syndicat majoritaire, pas franchement combatif.

    « A peine on entrait chez Airbus, que le chef d'équipe nous convoquait dans son bureau : "Ici, tout le monde est syndiqué, mais y a des syndicats qui sont plus recommandés que d'autres. Si en plus tu veux que ta carrière évolue... Alors le délégué, il est juste là." Dans la demi heure qui suivait, tu avais ta carte à Force Ouvrière. » Cette scène, avec des variantes, bien des salariés de Méaulte la racontent. Elle explique en partie l'apathie syndicale qui règne, chez EADS, depuis l'annonce de Power 8. Qu'on se souvienne de l'annonce de ce plan, le 28 février dernier.

    Syndicat maison
    Inquiets, crispés, les employés sont rassemblés devant les grilles du site : quel sort leur réserve le groupe ? Dany Devaux, délégué FO, apporte alors la bonne nouvelle : « Méaulte ne sera ni fermé ni vendu et restera dans le giron d'Airbus. » Les bras se lèvent en signe de triomphe, une explosion de joie : « On a gagné. » Sauf que tous, l'Agence France Presse, les rédactions parisiennes, et finalement le PDG lui-même, tous annoncent l'inverse : Méaulte doit chercher un « partenaire industriel », et sera à terme cédé par Airbus. Du coup, c'est « le chaos », d'après Le Courrier picard. Les salariés sont « dans le flou ». L'usine est finalement bloquée, via un débrayage « spontané ».
    Comment interpréter cette confusion ? Facilement : plutôt que de lutter, Force Ouvrière s'est efforcé de faire rentrer tout le monde dans le rang et dans les ateliers.
    FO, c'est le syndicat maison, presque fabriqué par la direction. En 1968 encore, c'est la CGT qui dominait. C'est elle qui mena une grève dure, longue de trois semaines, avec des salaires en hausse de 30% à la clé. L'organisation se révélait trop puissante, il fallait la laminer : c'est Maurice Papon, PDG de Sud-Aviation, qui s'en chargea d'abord. Puis chez Aérospatiale, l'habitude fut prise, et demeure : il fallait isoler les militants cégétistes, les exclure des formations qualifiantes, leur interdire toute évolution de carrière, les marginaliser dans l'entreprise. « On nous disait de ne pas parler à la CGT, précise un jeune. Il ne fallait pas manger à leur table, sinon t'étais grillé. » La tactique a payé : de syndicat majoritaire, l'organisation culmine aujourd'hui à 10 %.
    Dans le même temps, bien sûr, Force Ouvrière remportait la mise : 46 % lors des dernières élections professionnelles à Toulouse. Pas vraiment avec un syndicalisme de combat : « Quand j'étais à FO, il ne fallait pas défendre telle personne. On ne devait pas réclamer d'augmentations de salaires. C'était copain copain avec le directeur. En vérité, c'était le syndicat de la hiérarchie. » A quoi bon, en ces jours où l'est de la Somme joue son avenir, à quoi bon remuer cette histoire ancienne ? C'est justement parce qu'elle n'est pas si ancienne, parce que les habitudes ne s'effacent pas en jour.
    Le 28 février dernier, on l'a dit, le débrayage fut « spontané » : à la place de mener le mouvement, le syndicat majoritaire tenta de l'empêcher, puis en fut à la traîne. C'est sans FO, à nouveau, mais avec la CFDT et la CGT, que la grève fut menée le 1er mars. Le 16 mars, une manif européenne devait chahuter Louis Gallois devant son siège parisien : Force Ouvrière se dégonfla, protesta devant les bâtiments de Méaulte à la place, et les Allemands se retrouvèrent presque seuls. Les 28 et 29 mars, à l'initiative de la CFDT, des salariés défilent dans les ateliers, demandent à leurs camarades de les rejoindre : FO désapprouve. Clou du spectacle, enfin : à Nantes et Saint-Nazaire, le 24 avril, les salariés arrêtent la production... tandis que FO appelle à la « reprise du travail » !

    Prêts à en découdre
    C'est une lourde responsabilité que prend, dans ce conflit, Force Ouvrière : tandis que l'on démantèle l'industrie aéronautique en Europe, tandis que l'on délocalise la production d'A350, tandis que les dirigeants se goinfrent de stock-options, tandis que les actionnaires s'octroient plus-values et dividendes, tandis que les salariés se montrent prêts à en découdre, pour leurs emplois, pour leurs revenus, le syndicat majoritaire les invite... à attendre !
    Pourquoi ? Parce que FO-Airbus n'a jamais appris à combattre, à s'organiser, à se défendre, n'a jamais délivré des formations à ses membres et se retrouve aujourd'hui pris au dépourvu. Parce que tutoyant les directeurs locaux, en confiance avec eux, mêlé à la hiérarchie de l'entreprise, les leaders s'appliquent surtout à ne pas faire de vagues, ou le moins possible. La base pousse, elle insiste ? Une manifestation à travers la campagne, et puis plus rien. En tête du cortège, justement, Claude Cliquet : secrétaire FO et adjoint de Stéphane Demilly (UDF-UMP) à la mairie d'Albert. Voilà le nouveau visage des luttes...

    François Ruffin
    Fakir n°33 (mai/août 2007)

    FO;CGC;CFTC forment "l'entente" cette entente leurs permet de gagner à chaque fois les élections pour le CE.
    Cette entente , aujourd'hui fait tout pour empêcher nos actions contre le plan Power 8"
    Des pourris à la botte de la direction.
    [i]
    ecotone
    ecotone
    Administratrice


    Nombre de messages : 1036
    Date d'inscription : 26/11/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par ecotone Mer 9 Jan - 16:02

    Ouè! c'est bien pour ça que les syndicats n'ont aucun poids, et que c'est pas demain la veille qu'ils bloqueront le pays. À part dans l'imaginaire des ignorants...
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Mer 9 Jan - 18:40

    Excuse-moi, Ecotone, mais je n'ai pas compris: qui sont les ignorants ?Dans certaines entreprises, comme le démontre Glode, le syndicat majoritaire n'est pas à la hauteur de l'enjeu, c'est-à-dire la défense des intérêts des salariés, de l'emploi, des salaires..Mais heureusement, il n'en est pas de même partout!Et cette entreprise n'a aps vocation à bloquer le pays.Dire que les syndicats n'ont aucun poids, c'est répéter des propos que l'on entend dans des bouches, souvent opposées aux intérêts des salariésQue les syndicats ne soient pas assez puissants, c'est un fait, mais le nombre de syndiqués n'atteint pas 7%.Ce n'est pas la faute des syndiqués, mais celà irait mieux si un certain nombre de non-syndiqués franchissaient le pas.
    Tout récemment, si le pays n'a pas été bloqué, il a été sérieusement entravé ( RATP,SNCF,..)
    En 1995, ce n'est pas si vieux, les salariés en s'appuyant sur les structures syndicales, ont bel et bien bloqué le pays, non ?
    En 2003, la grève générale n'était pas si loin.
    J'apprécie beaucoup tes interventions, Ecotone, mais là, j'ai été un peu surpris..
    Rabasse du sud
    Rabasse du sud


    Nombre de messages : 2398
    Localisation : la provence
    Emploi/loisirs : chercheur
    Date d'inscription : 26/11/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par Rabasse du sud Mer 9 Jan - 19:45

    mouais, je pense que là elle a voulu dire qu'il manque beaucoup de gens syndiqués, 7% c'est rien du tout, en allemagne ils ont du pouvoir car ils sont nombreux, a priori y a des délégués syndicaux véreux surtout chez fo d'après le post de glode! ceci n'est pas forcément vrai dans toutes les entreprises, la cgt et sud sont plus intègres ! mais ils subissent d'énormes pressions.
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Mer 9 Jan - 20:14

    je suis syndiqué à la CGT, en suis militant depuis un certain nombre d'années, tout en ne partageant pas toujours les options ou décisions prises.Le syndicat FO est très correct.A la SNCF, FO s'est très bien comporté lors du dernier conflit.
    Il est difficile de comparer la représentation syndicale, de chaque pays: elle est liée à la culture ouvrière de chacun, avec parfois une volonté de privilégier la négociation, et à utiliser la grève qu'en ultime recours; d'autres ont un côté assurantiel assez développé.

    Vu de France, le syndicalisme allemand constitue une force sociale d'une ampleur qui fait rêver : le taux d'adhésion d'abord : en 1999, plus de 30% des Allemands sont membres d'un syndicat, presque quatre fois plus qu'en France. Ce chiffre, pour important qu'il soit, ne rend même pas pleinement compte de l'influence syndicale qui est démultipliée par le biais des conseils d'entreprise. Cette présence repose sur les notions d'unité, de centralisme et d'institutionnalisation.
    Face à la dispersion française, l'unité syndicale est en effet impressionnante en Allemagne. Même si, lors de la renaissance des syndicats à la fin de la seconde guerre mondiale, l'objectif des syndicalistes engagés d'alors de créer un syndicat unique n'a pu être atteint , 80% des salariés syndiqués sont réunis dans une seule fédération syndicale, le DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund). Il rassemble dans une même organisation des salariés quelles que soient leurs convictions politiques, leur appartenance religieuse ou leur statut professionnel. De cette manière, il réalise le principe d'une représentation syndicale unique des salariés au sein de chaque entreprise. En tant que porte-parole de la dactylo, du mécanicien, de l'ingénieur ou de la comptable, il est porteur d'une force de proposition ou de contestation que ne peut atteindre une organisation syndicale structurée sur la base du principe professionnel.
    Le DGB, en tant que fédération, centralise une douzaine de syndicats qui se répartissent (presque) l'ensemble du salariat. Ces syndicats ne sont pas des fédérations de sections locales, mais ils affilient directement leurs membres sur l'ensemble de leur domaine de compétence. Ainsi, le syndicat de la métallurgie, IG Metall, est le seul syndicat représenté dans des entreprises comme Volkswagen, Mercedes ou encore Siemens, tandis que le syndicat de la chimie, IG Chemie, réunit les salariés de chez Bayer, BASF ou Aventis. Il est vrai que le centralisme représenté par le DGB est quelque peu limité par la maîtrise des moyens financiers importants dont disposent ses syndicats membres.
    Le troisième élément qui fait la force du syndicalisme allemand et qui le différencie aussi du système en vigueur en France, est sa forte institutionnalisation. La négociation collective, qui s'effectue en principe sans intervention de l'État, s'inscrit dans un cadre législatif contraignant, complété par la jurisprudence du Tribunal fédéral du travail. Ainsi, la grève n'est licite que si son objet relève de la négociation collective, ce qui exclut la grève politique et les grèves sauvages. Les partenaires sociaux étant soumis à l'obligation dite de paix, elle ne peut être déclenchée avant l'arrivée à échéance de la convention, et seulement après épuisement de toutes les autres possibilités de négociation. Enfin, dans ses formes et son ampleur, elle doit rester proportionnelle à l'enjeu. Le législateur a veillé à établir une stricte hiérarchie entre d'une part la branche (métallurgie, chimie, textile, services publics, etc.) où négocient et, éventuellement, s'affrontent patronat et syndicat, organisation à l'adhésion libre, et d'autre part l'entreprise où sont traités de manière consensuelle, le droit de grève étant exclu, entre le patron et une représentation élective de tous les salariés, les problèmes subordonnés à la norme conventionnelle [Lattard, 1995].
    En dépit de ces acquis indéniables, le syndicalisme allemand est en crise. Le nombre d'adhérents est en baisse depuis des années. Les jeunes qui naguère prenaient la carte du syndicat en même temps qu'ils débutaient dans la vie professionnelle lui tournent désormais le dos. Les femmes le boudent. Les professionnels de la nouvelle économie ne se sentent pas concernés par le discours syndical. Le DGB est en passe de devenir un club du troisième âge au discours ringard. Que s'est-il passé depuis l'unification allemande, il y a à peine dix ans, où le nombre d'adhérents était au plus haut ? Est-ce la crise de l'emploi, la mondialisation, le déficit public, la décomposition du salariat ?

    Parler des grèves en France et en Allemagne, vouloir comparer des réalités qui ne sont guère comparables, conduit à se pencher d’abord sur les syndicalismes français et allemand, puissants moteurs des mouvements sociaux dans les deux pays. Une évidence s’impose : hormis le recul tant du nombre d’adhérents que des activités de grève, tout semble les opposer.
    Table des matières
    Deux systèmes très différents
    Fonctionnement des syndicats dans les deux pays
    De légères convergences
    Deux systèmes très différents
    Parmi les différences les plus visibles, citons d’abord le contexte juridique et de relations sociales, puis le nombre d’adhérents, l’unité contre la dispersion, sans oublier les statuts des deux systèmes syndicaux que tout oppose. Rien d’étonnant dès lors de constater que la conflictualité sociale, tant dans son approche que dans sa pratique, est vécue de façon très différente dans les deux pays.

    Pour ce qui est du nombre d’adhérents, on constate qu’en Allemagne il n’existe plus aujourd’hui que trois syndicats : la confédération allemande des syndicats DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund), subdivisée en huit syndicats de branche, qui compte un peu moins de 7 millions d’adhérents, le syndicat des fonctionnaires DBB avec 1,2 million d’adhérents et, assez marginalement, le petit syndicat chrétien CGB, né du DGB en 1955, qui se maintient depuis des années avec environ 300 000 membres. Globalement, cela fait moins de 9 millions d’adhérents syndicaux, ce qui correspond à un taux de syndicalisation d’environ 25 %, présentation un peu optimiste vu le nombre de retraités parmi les adhérents.

    Si en Allemagne le syndicalisme s’exprime largement par la voix du DGB, en France l’unité syndicale n’est pas à l’ordre du jour. Cinq syndicats y sont considérés comme représentatifs, à savoir la CGT, FO, la CFDT, la CFTC, et la CFE-CGC, auxquels on peut ajouter trois autres fédérations, UNSA, FSU et SUD, ainsi qu’une série de petits ensembles dont le nombre varie avec le temps. Comme le montrent, année après année, les défilés séparés du 1er mai, il y a bien peu de coopération parmi eux. Bien qu’il soit difficile de savoir sur quels chiffres se baser pour évaluer le nombre d’adhérents, les syndicats français étant inégalement transparents à ce sujet, le taux de syndicalisation est habituellement considéré comme étant d’environ 8 %.

    Fonctionnement des syndicats dans les deux pays
    L’unité du paysage syndical allemand est confortée par un phénomène inconnu en France, à savoir l’appartenance d’une branche d’activité à un syndicat donné. Ainsi, toutes les entreprises du secteur de la métallurgie, pris dans un sens très vaste, relèvent du syndicat IG Metall, une des branches les plus importantes du DGB. Toutes les entreprises automobiles en font partie. Tous les métiers d’une de ces entreprises, de la secrétaire à l’ingénieur et du cuisinier au comptable, relèvent du syndicat IG Metall, partie prenante du DGB. Cela signifie concrètement que le patronat ne négocie toujours qu’avec un seul partenaire et non pas avec quatre ou cinq comme en France où, facteur aggravant, les multiples élections professionnelles tendent à déstabiliser en permanence les représentations syndicales ; en Allemagne, l’unité donne une force de frappe incomparable au cas où le syndicat appellerait à la grève, puisque toute l’activité de l’entreprise s’arrête complètement.

    Au-delà de l’importance numérique et de la répartition des syndicats par branches, c’est le statut des syndicats qui diffère considérablement de part et d’autre du Rhin. En France, la loi confère aux cinq syndicats représentatifs des prérogatives qui leur donnent du poids à l’extérieur et à l’intérieur de l’entreprise. Ainsi, ils peuvent conclure une convention ou un accord collectif, constituer une section syndicale au sein de l’entreprise et désigner un ou plusieurs délégués syndicaux ainsi qu’établir les listes de candidatures pour le premier tour des élections des délégués du personnel et des membres du comité d’entreprise.

    En Allemagne, la notion de représentativité, si importante en France, et actuellement sujet de débat, n’existe pas. La capacité à négocier est réservée aux organisations qui satisfont à plusieurs critères établis progressivement par la jurisprudence, comme l’indépendance, l’ancienneté, le respect des principes démocratiques, etc. Toutefois, compte tenu de la reconnaissance mutuelle que s’accordent les principales organisations syndicales et patronales et de la répartition par branches déjà évoquée, la question ne se pose guère.

    Contrairement à ce qui se passe en France, le législateur a introduit une séparation très nette entre l’action syndicale à l’extérieur de l’entreprise et celle autorisée à l’intérieur de celle-ci. Les syndicats allemands, comme en France, négocient avec le patronat des accords collectifs de branche, mais à l’intérieur de l’entreprise, ils n’ont plus qu’un statut d’observateur ou de conseiller. Le comité d’entreprise, organe unique et puissant de la représentation salariale, est composé de salariés et non de représentants des syndicats.

    Dernière différence, mais pas des moindres : en France, le droit de grève est un droit individuel, alors qu’en Allemagne, c’est un droit collectif, réservé uniquement aux syndicats ; aucun salarié, aucun comité d’entreprise n’a le droit d’appeler à la grève. En Allemagne, la grève est considérée comme le dernier moyen d’action, quand toutes les voies de la négociation ont échoué et elle est beaucoup plus fortement réglementée qu’en France. Elle n’est autorisée, même à l’initiative des syndicats, que pendant la période de négociation d’une nouvelle convention collective de branche, comme l’illustre le mouvement social des cheminots du mois de juillet 2007 pour une revalorisation de leurs salaires. Elle ne peut entrer en vigueur que si au moins 75 % des salariés syndiqués votent – à bulletin secret – en faveur de la grève, et elle se termine dès que 25 % des salariés concernés votent en faveur de la reprise du travail.

    Pour conclure cette rapide comparaison du fonctionnement des syndicats dans les deux pays, on peut néanmoins souligner un facteur qui leur est commun : le mouvement syndical est en perte de vitesse .

    De légères convergences
    Si les revendications de part et d’autre du Rhin se ressemblent, défense du pouvoir d’achat et du temps libre en premier, la manière de les faire valoir par des mouvements sociaux, très réglementée en Allemagne, plus anarchique en France, diffère de façon sensible. Les catégories de salariés qui se mettent le plus en grève ne sont pas non plus les mêmes. En France, ce sont les fonctionnaires qui luttent le plus fréquemment pour une amélioration de leurs conditions de travail alors qu’ils bénéficient de la protection de l’emploi . En Allemagne, ce sont les salariés du secteur privé industriel ainsi que les travailleurs contractuels du service public qui sont les plus combatifs. L’environnement réglementaire mis en place par les gouvernements des deux pays contribue à accroître encore ces différences.

    Or, à regarder l’évolution actuelle, on ne peut que s’étonner d’une certaine – très légère – convergence qu’on peut observer dans le comportement des acteurs sociaux dans ce domaine. En Allemagne, on constate un certain effritement de la subordination des salariés aux positions défendues par les syndicats. Ainsi, il arrive maintenant que des salariés d’une entreprise, au sein du comité d’entreprise (Betriebsrat) ou non, se dressent contre la décision de leur syndicat, qu’ils s’agisse de faire grève contre un allongement de la durée du travail – que le syndicat a déconseillé – ou au contraire de l’accepter quand il s’y oppose. Au niveau des entreprises commence à s’installer une certaine confusion, qu’on connaît bien en France, mais qui était peu visible en Allemagne jusqu’à présent.

    En France, les syndicats voient avec une certaine appréhension que le gouvernement s’apprête à instaurer des conditions ressemblant quelque peu à ce qui existe en Allemagne : une concertation entre partenaires sociaux avant de lancer une grève et l’instauration d’un service minimum, dans les transports par exemple.

    Ce rapprochement de certaines pratiques ne rendra pas les syndicats des deux côtés du Rhin plus semblables. Pourtant les deux systèmes, si dissemblables, produisent des résultats similaires : le niveau de vie et les conditions de travail des Allemands et des Français sont très proches
    Glode
    Glode


    Masculin
    Nombre de messages : 118
    Age : 66
    Localisation : Nantes
    Emploi/loisirs : Aéronautique
    Humeur : Toujours en pétard
    Date d'inscription : 05/01/2008

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par Glode Mer 9 Jan - 20:54

    http://www.challenges.fr/france/20080103.CHAP1022930/2008_lan_i_du_dialogue_social.html

    2008, l'an I du dialogue social
    Magazine Challenges | 03.01.2008 | Réagir à cet article

    Réinstallés à la table des négociations par un Nicolas Sarkozy pressé, les syndicats pourraient y retrouver une seconde jeunesse.

    L'année 2008 sera-t-elle celle d'un grand chamboulement social ou simplement celle d'une réunionnite aiguë ? Derrière le feu nourri de réformes auxquelles Nicolas Sarkozy soumet les syndicats se joue une partie décisive pour le dialogue social en France. Contrat de travail, modalités de licenciement, assurance-chômage, représentativité des syndicats, formation professionnelle, ANPE-Unédic, sans parler d'une prochaine conférence sur la protection sociale : le calendrier s'annonce chargé. Il est surtout lourd de symboles. Car, pour la première fois, les syndicats acceptent de négocier sur certains sujets dont, sur le principe, ils ne voulaient même pas entendre parler.



    Virage historique
    Fin 2007, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a montré la voie en proposant lui-même d'ouvrir de nouvelles pistes de négociation sur les régimes spéciaux à la veille des grèves de novembre. Loin d'être un simple épiphénomène, ce virage historique est une vraie tendance. Aujourd'hui, face au patronat, les syndicats négocient sur des sujets très sensibles, comme le contrat de travail. Laurence Parisot, présidente du Medef, se réjouit : «C'est un changement énorme de leur part d'accepter de discuter des modalités de séparation à l'amiable.» Jean-Dominique Simonpoli, ancien de la CGT et directeur du club de réflexion sociale Dialogues, le reconnaît : «il y a dix ans, voire cinq, on ne pouvait pas parler de ces sujets : la séparation de gré à gré, le contrat de projet [proposé par le Medef. NDLR]. En2004, la commission de Virville avait proposé en vain le contrat de mission. Le contrat de projet dont on parle aujourd'hui, c'est la même chose.»
    Du côté de l'exécutif, le changement est tout aussi spectaculaire. Par son omniprésence, Nicolas Sarkozy cherche à montrer que sous son règne, jamais la démocratie sociale n'aura atteint un tel niveau. C'est lui qui, au téléphone, a réglé avec Bernard Thibault la fin des grèves contre les régimes spéciaux. C'est lui qui a présidé, le 19 décembre, la conférence sociale fixant l'agenda de 2008. Ce jour-là, le patron de la CGT s'en est réjoui : «C'est la première fois que, enfin d'année, le chef de l'Etat se concerte avec les organisations syndicales sur le plan de réformes pour l'année à venir.» Même si la loi du 31 janvier exige une phase de concertation pour tout projet gouvernemental de transformation sociale, elle ne requiert pas la présence du président...
    Reste un risque majeur, inhérent au rythme même du bouleversement social en cours. Celui d'étouffer, à force d'avoir voulu tout embrasser.

    Quatre mesures prioritaires
    - Contrat de travailLe patronat veut améliorer la «séparabilité» des salariés, à savoir la possibilité de licencier.
    - Représentativité La CGT, la CFDT et SUD veulent revoir le régime de 1966 qui définit a priori 5 syndicats comme représentatifs, et donc aptes à signer des accords d'entreprise.
    - Dialogue social Le gouvernement veut donner à l'entreprise plus de liberté pour fixer les règles sur le temps de travail.
    - Protection sociale Le chef de l'État veut cibler les publics prioritaires pour certaines prestations et porter à 41 ans en 2012 la durée minimale de cotisation pour la retraite.
    par Dominique Perrin

    J'ai l'impression que tout fout le camp vers la droite!
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Mer 9 Jan - 21:49

    C'est vrai que l'appel de Thibault la veille du conflit est synonyme de traîtrise; c'est encore lui qui a voulu " faire sortir par le haut" le conflit engagé à la SNCF, en proposant des négociations tripartites, en pleine grève: employeur, organisations syndicales et représentant de l'Etat.
    La cassure déjà constatée entre la tête ( fédérations, confédération,..) et la base, risque de se radicaliser, d'une part et grossir les syndicats SUD.L'appareil de la CGT ressemble de plus en plus à celui de la CFDT, d'il y a quelques années et l'on connaît la suite.Celà risque d'émietter un peu plus la représentation syndicale constituée, mais en même temps, de laisser la porte ouverte à des mouvements " incontrôlés ".Et les directions d'entreprise comme les représentants de l'Etat, craignent de manquer d'interlocuteurs syndicaux, ayant " prise " sur les mouvements. De plus, à l'intérieur des entreprises, la montée en puissance de certains syndicats plus radicaux comme Sud, voire la CNT, risque au quotidien de chagriner les patrons, qui ne disposeront certainement pas de l'interlocuteur syndical " intelligent ", " ouvert au dialogue social " qu'ils avaient coutume, en général, de rencontrer.
    ecotone
    ecotone
    Administratrice


    Nombre de messages : 1036
    Date d'inscription : 26/11/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par ecotone Mer 9 Jan - 23:25

    bye a écrit:Excuse-moi, Ecotone, mais je n'ai pas compris: qui sont les ignorants ?Dans certaines entreprises, comme le démontre Glode, le syndicat majoritaire n'est pas à la hauteur de l'enjeu, c'est-à-dire la défense des intérêts des salariés, de l'emploi, des salaires..Mais heureusement, il n'en est pas de même partout!Et cette entreprise n'a aps vocation à bloquer le pays.Dire que les syndicats n'ont aucun poids, c'est répéter des propos que l'on entend dans des bouches, souvent opposées aux intérêts des salariésQue les syndicats ne soient pas assez puissants, c'est un fait, mais le nombre de syndiqués n'atteint pas 7%.Ce n'est pas la faute des syndiqués, mais celà irait mieux si un certain nombre de non-syndiqués franchissaient le pas.
    Tout récemment, si le pays n'a pas été bloqué, il a été sérieusement entravé ( RATP,SNCF,..)
    En 1995, ce n'est pas si vieux, les salariés en s'appuyant sur les structures syndicales, ont bel et bien bloqué le pays, non ?
    En 2003, la grève générale n'était pas si loin.
    J'apprécie beaucoup tes interventions, Ecotone, mais là, j'ai été un peu surpris..
    Merci Bye de me reprendre, t'as raison, je me suis exprimée un peu vite, et j'aurai dû développer.



    Je m'explique, mais tu réponds un peu là, dans ce propos.


    D'abord, pour enlever tout malentendu, les ignorants, c'est avant tout les 53% adeptes du nouveau gourou! Peut-être, ma qualification était rapide, mais en aucun cas s'adresserait à un syndiqué. Excuse-moi de ma radicalité, mais que des gens croient à "travailler plus pour gagner plus", je peux pas m'empècher de penser qu'ils ignorent beaucoup de choses, et n'ont toujours pas compris que tous les beaux slogan de sarko sont des mensonges


    Lorsque je dis qu'il n'ont pas de poids, c'est déjà par leur nombre, moi, j'avais 8%, je crois environ 6% dans le privé et 12% dans la fonction publique. Bon, par rapport à l'europe c'est léger, certains pays, (je sais plus les quels...) sont à + 70%.
    Donc, je vois pas comment les syndicats, 8% de la population bloquent le pays. Ceci-dit, cette critique s'adresse surtout à ceux qui véhiculent l'idée que les syndicats seraient des empècheurs de tourner en rond.


    De plus, comme tu dis, dommage que le nombre de syndiqués n'augmente pas, et même qu'il diminue. Mais, tu le sais. Première raison, les travailleurs ont la menace d'un licenciement ou d'un placard, dans de nombreuses boîtes, de plus le prix de l'adhésion, pour les bas salaires sont parfois aussi un frein.


    Le manque de syndicalisme en france je le déplore autant que toi.


    Quant aux blocages du pays, si rares soient-ils, c'est grâce aux syndicats qui arrivent à mobiliser un grand nombre de travailleurs, mais les syndicalisés seuls, ne pourraient pas à eux seuls tout bloquer.


    Enfin, pour lever tout malentendu, je n'attends qu'une chose depuis des années, c'est que la france soit bloquée, et jusqu'à ce que la situation des gens, (la grande partie, la france d'en bas,) soit débloquée, sortie de la régression en route...


    Je pense surtout que nous ne sommes pas assez nombreux à comprendre ce système pervers qui nous pousse à enrichir toujours les même. Lorsqu'il y a restructuration, momentanément la délocalisation est repoussée, puis, elle arrive quand même. Le processus est le même depuis plus de 20ans. Un seul objectif, diminuer les coûts pour augmenter les marges et le capital, je ne t'apprends rien.
    Et lorsqu'il y aura moins de résignation, les citoyens n'accepteront plus, ne cautionneront plus les politiques "du bas prix" ou de "la concurrence", de l'argent roi,... Ces procédures sont les mêmes dans tous les pays industrialisés. Ils se passent les marchés entre puissants, tous le système financier, et bancaire est privé, non payons de l'argent à des actionnaires, et même sur nos investissement publics. Nous travaillons, pondons des mômes pour la future force de travail pour les financiers et actionnaires... Alors, comment les syndicats auraient du poids!!!
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Jeu 10 Jan - 0:30

    Ma chère Ecotone,

    il n'y a pas eu de malentendu, car je sais la personne que tu es et je n'en puis douter.
    C'est vrai que lorsque j'ai lu, j'aurais dû remettre dans le contexte d'un fléchissement général de tout l'être ( essentiellement sarkozien ): encore un superbe article dans le diplo " vovre en troupeau, en se pensant libres ",..
    Je suis un peu à vif, comme beaucoup d'individus que l'on retourne dans le feu concentré des médias et des suppôts de patron, dès que certains mots sont lus ici et là.

    Je te fais de gros bisous, ma très chère Ecotone et sois certain de ma très grande confiance et de ma meilleure estime.
    Bisous aux forumeurs, je vais dormir un peu, non pas entre les lignes, mais j'ai souvenance que celà fait le plus grand bien.
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Jeu 10 Jan - 9:44

    Le Monde Diplomatique: janvier 2008
    Vivre en troupeau en se pensant libres
    La télévisionforge-t-elle des individus ou des moutons ?
    par Dany-Robert Dufour ( philosophe, professeur en sciences de l'éducation à l'universitéParisVIII, , directeur de programmes au Collège International de philosophie;vient de publier " Le divin marché, La Révolution culturelle libérale " chez Denoël 2007).

    Je n'ai pas pu résister...

    L'individualisme n'est pas la maladie de notre époque, c'est l'égoïsme, ce selflove, cher à Adam Smith, chanté par toute la pensée libérale. L'époque est à la promotion de l'égoïsme, la production d'ego d'autant plus aveugles ou aveuglés qu'ils ne s'aperçoivent pas combien ils peuvent être enrôlés dans des ensemble massifiés. Et c'est bien d'ego qu'il s'agit, puisque les gens se croient égaux alors qu'en réalité ils sont passés sous le contrôle de ce qu'il faut bien appeler, le "troupeau ". Celui des consommateurs, en l'occurence.

    Vivre en troupeau en affectant d'être libre ne témoigne de rien d'autre que d'un rapport à soi catastrophiquement aliéné, dans la mesure où celà suppose d'avoir érigé en règle de vie, un rapport mensonger à soi-même. Et, de là, à autrui. Ainsi ment-on effrontément aux autres, ceux qui vivent hors des démocraties libérales, lorsqu'on leur dit qu'on vient, - avec quelques gadgets en guise de cadeaux, ou les armes à la main en cas de refus - leur apporter la liberté individuelle alors qu'on vise avant tout à les faire entrer dans le grand troupeau des consommateurs.

    Mais quelle est la nécessité de ce mensonge ? La réponse est simple. Il faut que chacun se dirige librement vers les marchandises que le bon système de production capitaliste fabrique pour lui. " Librement ", car, forcé, il résisterait. La contrainte permanente à consommer doit ëtre constamment accompagnée d'un discours de liberté , fausse liberté bien sûr, entendue comme permettant de " faire tout ce que l'on veut ".

    Notre société est en train d'inventer un nouveau type d'agrégat social remettant en jeu une étrange combinaison d'égoïsme et de grégarité que j'épinglerai du nom d'" égo-grégaire ". Il témoigne du fait que les individus vivent séparés les uns des autres, ce qui flatte leur égoïsme, tout en étant reliés sous un mode virtuel pour être conduits vers des sources d'abondance. Les industries culturelles ( on doit le concept " d'industrie culturelle " à Théodor W.Adorno, dont l'analyse critique de la Kuturindustrie demeure d'une grande actualité.Cf, par exemple, " philosophie de la nouvelle musique "( 1962 ), Gallimard )jouent ici un grand rôle: la télévision, internet, une bonne partie du cinéma grand public, les réseaux de téléphonie portable saturés " d'offres personnelles "...

    La télévision est avant tout, un média domestique, et c'est dans une famille déjà en crise qu'elle est venue s'installer.On a parlé de " l'individualisation " de " la privatisation " et de la " pluralisation " de la famille, issues de la désarticulation inédite des liens de conjugalité et des liens de filiation. Certains auteurs évoquent même une " désinstitutionnalisation " qui serait à rattacher à la chute des relations d'autorité et à la montée de relations d'égalité. De groupes structurés par des pôles et des rôles, la famille devient un simple groupement fonctionnel d'intérêts économico-affectifs; chacun peut vaquer à ses occupations propres, sans qu'il s'ensuive des droits et des devoirs spécifiques pour personne. Par exemple, chacun - père, mère ou enfants - ira grapiller dans le réfrigérateur de quoi se sustenter aux heures où il lui faudra apaiser sa faim avant de retourner dans sa chambre davant la télé ou la vidéo sans en passer par le rituel commun du repas.

    Ces aspects sont connus.Ce qui l'est moins, ce sont les modifications introduites par l'usage de la télévision. Celle-ci change en effet les contours de l'espace domestique en affaiblissant encore le rôle déjà réduit de la famille réelle et en créant une sorte de famille virtuelle venue d'adjoindre à la précédente. Certaines études nord-américaines l'appellent depuis longtemps déjà le " troisième parent "( l'expression existe dans le rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur la "délinquance des mineurs ( 26 juin 2002 ) ": la télévision a pénétré à un tel point la vie des famille et joue un tel rôle dans le quotidien des enfants qu'on peut, sans exagérer, parler de 3° parent pour la désigner- www.senat.fr/rap:01-340--1/r01-340-10.html ).
    On devrait prendre cette expression au pied de la lettre et non pas la considérer comme une simple métaphore, tant ce 3° parent occupe souvent une place plus importante que les 2 premiers.

    Ce nouveau parent amène avec lui, dans l'espace désormais désinstitutionnalisé de l'ancienne famille, la sienne propre, qui, pour être virtuelle, n'en est pas moins envahissante. Ce 3° parent pour les enfants, qui est en même temps le meilleur ami de la famille pour les parents, constitue en somme le vecteur qui permet d'abouter aux restes de la famille réelle une nouvelle famille virtuelle. Cette extension s'est d'autant plus facilement imposée que la propagation des postes de télévision s'est répandue dans tout l'espace privé: en plus du poste trônant au centre du foyer, dans le salon, comme il y a une génération, on en trouve désormais jusque dans les chambres des enfants ( En Europe, entre un et deux tiers des enfants ont désormais la télévision dans leurs chambres.Cf Sonia Livingstoneet Moira Bovill, " Children and Young People in a Changing Media Evironment, Lawrence Erlbaum,Londre,2001 ).

    Cette extension virtuelle de la famille permise par le 3° parent a été peu perçue par les sciences sociales. Elle avait été pourtant parfaitement repérée par la littérature, dès les débuts du règne de la télévision. En 1953, dans son saisissant roman d'anticipation " Farenheit 451 ", l'auteur américain Ray Bradbury montrait plusieurs aspects du problème dont on n'a souvent retenu qu'un seul: une société où la télévision a pris la place du livre .Un film, réalisé en 1966 par François Truffaut, en 1966, en a été tiré: l'action se situe dans un avenir proche où la société juge les livres dangereux, les considère comme un obstacle à l'épanouissement des gens.

    Si la question du rapport télévision/livre a bien été perçue, on a peu pris en compte la seconde question décisive que posait cette histoire: la télévision comme nouvelle famille.Cet aspect est pourtant très présent au travers du grand rôle joué dans le récit par l'épouse de Montag,Mildred ( Linda, dans le film ) est complètement assujettie au sytème de vie aseptisée et obligatoirement heureuse instauré par " le Gouvernement ". Elle consomme autant de pilules qu'il en faut pour éviter toute anxiété.Et, surtout, elle vit avec la télévision, qui se trouve dans toutes les pièces du foyer et qui couvre toutes les surfaces du mur ( le récit a un peu d'avance sur notre technologie, mais heureusement nous avons déjà des écrans plats de plus en plus grands ).

    Ces " murs parlannts" , comme le narrateur les nomme, représentent ce qu'elle appelle sa " famille ", dont les personnages virtuels vivent tous les jours dans le salon de Mildred. L'ambition la plus significative de l'héroïne est même de se payer un jour, un 4° écran pour améliorer...la vie de famille.

    La force du roman est, d'avoir su, très tôt, révéler ce trait: cependant que la famille réelle - avec ses codes, ses lieux et ses hiérarchies - disparaissait lenetement, elle se retrouvait remplacée par une nouvellecommunauté immense et volatile, amenée par la télévision.Dès 1953, Ray Bradbury avait saisi que, désertant les anciens rapports sociaux réels, les téléspectateurs de mettaient à appartenir à une même " famille " en ayant soudain les mêmes " oncles " raconteurs d'histoires drôles, les mêmes " tantes " gouailleuses, les mêmes cousins dévoilant leurs vies.

    Ainsi, les très nombreux talk-shows et d'autres émissions de divertissement diffusés aujourd'hui par les chaînes généralisistes fournissent toute une galerie de portraits de famille : du timide impénitent au hâbleur incorrigible, en passant par le râleur patenté, l'ex-militant recyclé en paillettes, le prof idiot, l'écolo de la bonne bouffe, le cynique un peu gaulois, la blonde pétulante à anatomie renforcée, l'éternelle idole des jeunes, le crooner du 3° âge, la star du porno en défenseur des droits de l'homme, l'homosexuel dans toutes es déclinaisons, le handicapé rigolo, la drag-queen tout-terrain, le penseur attitré, le beur volubile, les acteurs avec leurs lubies, les sportifs au grand coeur, le défenseur des bonnes causes perdues d'avance, et même le psychalaliste plein de sous-entendus freudo-lacaniens..Soit une centaine de personnes circulant sans cesse d'une chaîne à l'autre et valant de l'or, bref, ceux que l'on appelle aujourd'hui les people, derrière lesquels courent les responsables politiques en mal d'audience.

    On trouve désormais ses oncles, ses cousins et ses tantes en zappant et, en plus, ils sont drôles ou du moins supposés tels. Ce que les histoires de familles ( les petites et les grandes, les comiques te les trgiques ) n'apportent plus, c'est désormais la " famille "de la télévision qui est appelée à le fournir.C'est elle qui console les esseulés et anime les groupes en manque de verve. Non seulement la " télé" fournit une " famille " , mais elle constitue ceux qui la regardent en grande famille.Chacun se confie à tous dans un idéal detransparence où l'on ne peut plus rien se cacher. A longuer d'émission, les " secrets de famille " les mieux gardés sont tous éventés; aucun ne résiste aux grands déballages. Sous le soleil de Big Brother, chacun doit tout dire à tous. Même les adolescents et les adolescents en passent par le confessionnal de " Love Story " ou de " Star Academy " ( Le fait que les promoteurs de la 1° émission de ce type l'ait appelé " Big Brother " - aux Pays-Bas, en 2000 -, indique combien la virulente critique politique présente dans le roman de George Orwell, 1984, est désormais, déniée.).
    La nouveauté de ces émissions, est, que cette " famille ",le éléspectateur peut désormais la composer à son gré - par exemple, en tapant I s'il veut soutenir Cyril ou s'il veut éloigner Elodie...
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Le Monde diplomatique - janvier 2008 - suite

    Message par bye Jeu 10 Jan - 9:51

    On pourrait se demander: après tout, pourquoi pas cette virtualisation des rapports familiaux ? N'est-ce pas là, le cours de l'histoire ? De sorte qu'il n'y aurait aucune raison de porter un jugement dépréciatif sur la période actuelle, surtout si c'est pour mieux valoriser celle qui n'existe plus. D'ailleurs, le temps où l'on étouffait dans les familles réelles, n'est pas si loin. Le fameux: " Famille, je vous hais " d'André Gide, repris par les étudiants de 1968, ne remonte qu'à 1 ou2 générations. En ce sens, ne vaut-il pas mieux une " famille " virtuelle qu'une vraie famille sachant que, quand on est vraiment fatigué, il suffit de tourner le bouton sans avoir, comme autrefois, à " tuer le père ".

    La réponse est simple: le téléspectateur qui aime les personnages de cette " famille " ne peut évidemment pas être payé de retour par ceux-ci, étant virtuels, ne peuvent qu'être parfaitement indifférents à son sort. Sauf, évidemment, si celui-ci devient médiatisable. Dans ce cas, on fera entrer le personnage maljeureux " dans " le poste et des surdémonstrations d'amour lui seront données, comme pour faire oublier la non-réciprocité fondamentale du média.

    De là s'ensuivent une autre question et une autre réponse.Pouquoi y a-t-il lieu de faire toute cette dépense en technologie ( des caméras, des techniciens, des grilles de programmes, des satellites, des réseuax,...) et en investissements divers ( financiers, libidinaux,..) si c'est pour ne pas faire vraiment exister les sujets qui regardent la télévision en y passant tant de temps ? La " famille " serait-elle le règne du pur divertissement pascalien ? On le sait, il était autrfois concentré sur le roi dans la mesure où ce dernier soutenait tout le monde cependant que personne ne le soutenait. Ainsi, pour échapper au risque majeur de mélancolisation du roi, il n'y avait d'autres moyens que de le divertir en permanence.Nous erions dans une situation familière aujourd'hui, à la différence près que tout le monde, dans les démocraties du marché, devrait être diverti.

    Mais divertir le sujet ne suffit pas. Loin s'en faut. On peut mieux faire. Si ce n'est pas au premier chef l'existence subjective de l'autre qui préoccupe cette " famille ", c'est tout simplement parce rien ne la préoccupe, dans la mesure où elle n'est qu'elle-même qu'un leurre.Derrière se cache la seule réalité consistante, l'audience ( une audience fidélisée par le simulacre ), qui se mesure, se découpe en parts afin de pouvoir se vendre et s'acheter sur le marché des indistries culturelles.

    S'il reste un esprit assez naïf pour croire que la qualité des émissions entre en ligne de compte dans la programmation, il risque fort de déchanter dès la 1° investigation. Seule compte l'audience, car c'est uniquement elle qui influe sur les affaires sérieuses: le prix des espaces publicitaires.Règle qu'un programmateur de TF1, par ailleurs enseignant à La Sorbonne et à Dauphine, a énoncée à l'usage des apprentis programmateurs: " Il est inutile d'augmenter les coûts pour provoquer un programme meilleur que celui qu'on diffuse si vous avez déjà la meilleure audience " cf.Laurent Fonnet " La programmation d'une chaîne de télévision ", dixit- DESS, communication audiovisuelle, université Paris-1, Paris, 2003 ).

    On connaît désormais les propos tenus à l'origine en petit comité par M.Patrick Le Lay, président de TF1: " Nos émissions ont pour vocation de rendre ( le cerveau du téléspectateur ) disponible: c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre 2 messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau disponible. Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité - collectif , les Dirigeants face au changement, éditions du 8° jour, Paris, 2004 -.

    C'est donc bien celà qu'il faut élucider: la façon précise dont est obtenue cette disponibilité.Or, s'il n'existe aucune autre activité sociale qui soit plus évaluée qeu la consommation télévisuelle, , ces mesures ne disent quasiment rien sur la subjectivité des publics. C'est pourquoi il covient d'inventorier cette vaste zone d'ombre où de l'énergie psychique est captée pour être convertie en audience.Je forme donc ici l'hypothèse que ce qui permet à cette audience de se constituer comme fidèle s'explique par le fonctionnement de la télévision comme famille virtuelle de substitution.

    Prendre en considération cette " famille " est indispensable à qui veut vraiment décrire et penser notre monde ets s sujets. Celà permet d'en percer la vraie nature. Ainsi Bernard Stiegler, dans un vif petit livre à propos de la télévision et de la misère symbolique, indique que " l'audiovisuel engendre des comportements gréhaires et non, contrairement à une légende, des comportements individuels. Dire que nous vivons dans une société individualiste est un mensonge permanent, un leurre extraordinairement faux.Nous vivons dans une société-troupeau, comme le comprit et l'anticipa Nietzsche ( Bernard Stiegler " Aimer, s'aimer, nous aimer.du 11 septembre au 21 avril " Galilée, Parsi, 2003,p.30 ).

    La famille en question serait donc en fait, un " troupeau "qu'il ne s'agirait plus que de conduire là où on veutqu'il aille s'abreuver ou se nourrir, c'est-à-dire vers des ressources et des sources clairement désignées.Ce n'est pas à Friedrich Nietzsche, dont les qualités de grand démocrate restent à démonter, que je me réfèrerai, mais à Emmanuel Kant et à Alexis de Tocqueville.

    Kant développe le thème de la mise en troupeau des hommes dans " Qu'est-ce que les lumières "( 1784 ). Elle intervient, pour lui, dès lors que les hommes renocent à penser par eux-mêmes et qu'ils se placent sous la protection de " gardiens qui, par ' bonté', se proposent de veiller sur eux.Après avoir rendu tout d'abord stupide leur troupeau - Hausvieh, littéralement ' bétail domestique ' - et, soigneusement pris garde que ces paisibles créatures ne puisent oser faire le moindre pas hors du parc où ils sont enfermés, ils leur montrent ensuite le danger qu'il y aurait de marcher tout seul ". A la liste des gardiens du troupeau avancée par Kant - le mauvais prince, l'officier, le percepteur, le prêtre, qui disent : " Ne pensez pas! Obéissez! Payez! Croyez! -, il conveint évidemment d'ajouter aujourd'hui, le marchand, aidé du publicitaire ordonnant au troupeau de consommateurs: " Ne pensez pas! Dépensez! ".

    Quant à Tocqueville, il est remarquable que cet éminent penseur de la démocratie ait envisagé la possibilité de la mise en troupeau des populations lorsqu'il s'interrogeait sur le type de despotisme que les nations démocratiques devaient craindre. La notion de "troupeau " , apparaît justement, en 1840, lorsqu'il indique la passion démocratique de l'égalité peut " réduire chaque nation à n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux " délivrés du " trouble de penser ( Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, oeuvres II, Gallimard 2003 -)". Et, de fait, c'est vrai: dans le troupeau, nous sommes tous vraiment égaux.

    Après la prolétarisation des ouvriers, le capitalisme a procédé à la " prolétarisation des consommateurs ".Pour absorber la surproduction, les indistriels onr développé des techniques de marketing visant à capter le désir des individus afin de les inciter à acheter toujours davantage( Bernard Stiegler " Mécréance et discrédit ,Gallimard "). les théories de Sigmund Freudont alors été mises à profit, via leur adaptation au monde de l'industrie qu'a réalisée ...son neveu amériacain Edward Bernays.Ce dernier a exploité ( d'abord pour le fabricant de cigarettes Philip Morris ) les immenses possibilités d'incitation à la consommation de ce que son oncel appelait " l'économie libidinale " ( Bernays, neveu de Freud, faisait de son oncle, le destinataire de ses livres.Il est resté en contact avec lui pour la traduction des travaux de ce dernier et elur publication aux Etats-Unis ).

    Le génie de Bernays, c'est d'avoir vu très tôt, le parti qu'il pouvait tirer des idées de Freud.En effet, dès 1923, dans Crystallizing Public Opinion, il explique que les gouvernements et les annonceurs peuvent " enrégimenter l'esprit comme les militaires le font du corps". Cette discipline peut être imposée en raison de " la flexibilité inhérente à la nature humaine individuelle ".Bernays explique que la " solitude physique est une vraie terreur pour l'animal grégaire, et que la mise en troupeau lui cause un sentiment de sécurité. Chez l'homme, cette crainte de la solitude suscite un désir d'identification avec le troupeau et avec ses opinions."

    Mais, une fois dans le " troupeau ", l' "animal grégaire " souhaite toujours exprimer son avis.Par conséquent, les communicateurs doivent " faire appel à son individualisme qui va étroitement de pair avec d'autres instincts, comme son égotisme ".C'est Bernays recommande de toujours lui parler de " son " désir. Cette mise en troupeau a pour objet d'homogénéiser les comportements de façon à conquérir les marchés et, par là même, de maximiser la rentabilité en s'appuyant sur les médias audiovisuels de masse, dont la radio et le cinéma, puis la télévision inventée peu après, utilisés pour fonctionnaliser la dimension esthétique de l'individu.

    Ce qui est remarquable, c'est que parler d'une société-troupeau de consommateurs prolétarisés n'est nullement incompatible avec le déploiement d'une cilture de l'égoïsme érigé en règle de vie - bien au contraire - : ces notions s'appellent et s soutiennnent l'une, l'autre.Cette vie dans un troupeau virtuel incessamment mené vers des sources providentielles pleines de sirènes et de naïades suppose en effet un égoïsme hypertrophié présenté comme accomplissement démocratique. " Sois toujours plus toi-même en participant toujours plus à ta famille ", " Avec nous, tu seras au centre du système " ou " au centre de la banque, du réseau et de tout ce que tu veux " - on pourrait aligner mille " pubs " fonctionnant sur le même registre, car les publicitaires sont spécialisés dans l'utilisation de ce truc ( grossier, mais imparable ) consistant à flatter, sous toutes ses formes possibles, l'égoïsme des individus.

    Avec cet " égoïsme grégaire " ( rappelons que " grégaire " vient du latin gréharius, de grex, gregis, " troupeau" ), nous sommes sans doute devant un type " d'agrégat " assez nouveau qu'il conviendrait d'inventorier d'autant plus vite que son versant égoïste lui interdit à jamais de se découvrir en être collectif. Nous sommes avec ces formations égo-grégaires comme devant des monstres secrétés par la démocratie. Des monstres, car ces formations sont profondément antidémocratiques: elles fonctionnent à l'omission volontaire et au procédé artificieux constamment répétés, à l'achat des consciences, au coup d'esbroufe gagneur, au profit rapide et maximal et, de surcroit, elles contaminent de plus en plus le fonctionnementd émocratique réel subsistant en contribuant notamment à la " peoplisation " du politique.

    La vie en troupeau virtuel fonctionne à partir d'une sérialisation des individus exposés à de multiples possibilités de satisfactions de convoitises égoïstes, constamment excitées et relancées. Par sérialisation, j'entends une perte du sentiment d'appartenance à une ou à la collectivité humaine, le surgissement d'une anomie conduisant les membres d'un groupe à vivre chacun pour soi et dans l'hostilité envers les autres. Cette sérialisation contribue à faire en sorte que chaque membre du troupeau virtuel se place librement sous le faisceau des offres de satisfaction.

    Pour l'y inciter, une offre à regarder suffit, qui peut en principe être déclinée ou acceptée ( " en principe ", car les enfants sont en fait souvent placés quasiment de force devant le téléviseur ar les parents afin qu'ils se tienbnent tranquilles ). S'il accepte cette offre, presque forcée, à regardée, le " membre " du troupeau sera " pris ", car il regardera en croyant qu'il regarde librement la télévision.C'est alors qu'est mobilisée une des particularités de la pulsion scopique: l'inversion du sens du regard permettant qu'à la fin ce ne soit plus tant le spectateur qui regarde la télévision, mais que ce soit, de facto, la télévision qui regarde le téléspectateur.Ce renversement doit bien sûr, être aussi indolore que possible.

    Tout part d'un contrat mensonger selon lequel le téléspectateur croit pouvoir être regardé sans être vu. De là naît ce sentiment de toute-puissance égoïste qui atteint celui qui croit " faire ce qu'il veut " en regardant ce qu'il veut bien regarder. La preuve ultime étant qu'il peut zapper à sa guise.En réalité, ce spectateur n'est pas tout-puissant, loin s'en faut: il est regardé et même scruté sûrement plus qu'il ne regarde. N'oublions pas qu'aucune autre activité sociale n'est plus mesurée que celle qui a trait aux pratiques télévisuelles.

    Le même phénomène vaut d'ailleurs pour tous ces nouveaux ensembles égo-gréhaires.En effet, de même qu'avec Internet, de multiples pprogrammes-espiuons résidents ou à distance enregistrent le regard de l'internaute par l'intermédiaire de ses clics d e souris, de façon à dresser de lui un portrait-robot qui rendra possible de le regarder sous toutes ses coutures et sous toutes ses habitudes, de multiples boîtes noires enregistrent les moindres réactions du téléspectateur.De sorte, que lorsqu'il regarde, il est aussi regardé.

    La télévision, c'est un oeil dardé en direction de chaque membre ou groupe de membres du troupeau.L'habituel : " Je vais me détendre un moment en regardant la télévision " est donc bien fallacieux.Car, alors, c'est l'Autre qui nous regarde, vous, mais pas seulement vous puisqu'il regarde en même temps chaque membre du troupeau.Et, bien sûr, tous ces yeux aveugles de la télévision, dardés vers les membres du troupeau virtuel , sont interconnectés.Ce qui compose un immense réseau où chacun est constamment exposé et regardé par ce qu'il regarde.Et directement conduit vers les sources où cet Autre veut qu'il aille se nourrir et se désaltérer avec ses congénères du troupeau ( et l'on sait que, pour le président-directeur-général de la principale chaîne de télévision, dont l'offre fut retenue au titre de "mieux-disant culturel ", ce sont préférentiellement des sources de Coca- Cola ).

    La télévision fonctionne comme une sorte de panoptique de Bentham à l'envers.Dans celui-ci, comme Foucault l'a montré, " chacun est vu, mais ne voit pas ", de façon à " induire chez le détenu un état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir ( Michel Foucault - Surveiller et punir, Gallimard, Paris 1975, p;234.Une construction pénitentiaire panoptique est celle où le gardien se tient dans une guérite maintenue dans l'obscurité, édifiée au point central d'une élévation en cercle où sont distribuées sur plusieurs étages des cellules à barreaux, violemment éclairées.Aussi, un grand nombre de prisonniers peuvent être vus par un seul gardien, sans qu'aucun ne sache si on le regarde.)". Ici, raffinement supplémentaire ( c'est ça le progrès ): personne n'est vu, mais chacun est regardé par ce grand Aveugle qu'il regarde. Il ne s'agit plus pour lui de voir chacun des membres depuis un seul point de vue cetral, mais de faire regarder chacun dans certaines directions précises, celles qui promettent le bonheur par la satisfaction généralisée et automatique de besoins, évidemmenbt dûment répertoriés et...prévisibles.
    ecotone
    ecotone
    Administratrice


    Nombre de messages : 1036
    Date d'inscription : 26/11/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par ecotone Jeu 10 Jan - 17:14

    bye a écrit:Ma chère Ecotone,

    il n'y a pas eu de malentendu, car je sais la personne que tu es et je n'en puis douter.
    C'est vrai que lorsque j'ai lu, j'aurais dû remettre dans le contexte d'un fléchissement général de tout l'être ( essentiellement sarkozien ): encore un superbe article dans le diplo " vovre en troupeau, en se pensant libres ",..
    Je suis un peu à vif, comme beaucoup d'individus que l'on retourne dans le feu concentré des médias et des suppôts de patron, dès que certains mots sont lus ici et là.

    Je te fais de gros bisous, ma très chère Ecotone et sois certain de ma très grande confiance et de ma meilleure estime.
    Bisous aux forumeurs, je vais dormir un peu, non pas entre les lignes, mais j'ai souvenance que celà fait le plus grand bien.


    Mon cher Bye, respect


    Désolée de t'avoir fait sursauter affraid
    Moi qui venais là pour faire des alliances blabla blabla chapeau bise danse annonce heu blabla blabla

    Ne me confond pas avec une sarkosiste affraid

    Bye bisous yeux
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Jeu 10 Jan - 18:39

    Non, chère Ecotone, je ne te confondrai jamais avec ce genre de personnage: sarkozyste, opportuniste, illusioniste.

    Pour l'alliance, il n'y a pas de problème: avec des êtres comme toi, et d'autres sur ce forum, l'alliance d'esprit et de sensibilité est écrite au sang.
    C'est lyrique, comme d'hab', mais je le pense vraiment.
    bisous
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Jeu 10 Jan - 19:05

    C'est vrai que lorsque j'ai lu, j'aurais dû remettre dans le contexte d'un fléchissement général de tout l'être ( essentiellement sarkozien ): encore un superbe article dans le diplo " vovre en troupeau, en se pensant libres ",..

    Ce n'est pas de toi que je parle ci-dessous, ma Ecotone.Le Net, c'est terrible!
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Le Monde diplomatique - février 2008 -

    Message par bye Mar 12 Fév - 11:47

    Universels, les droits de l'homme ?

    par François Jullien .Philosophe et sinologue, professeur à l'université Paris-VII.Ce texte reprend les thèses d'un ouvrage qu'il vient de publier : De l'universel, de l'uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures, Fayard, Parsi,2008.

    Les droits de l'homme ne sont internationalement protégés que depuis 1948.Ce sont les Nations Unies qui, devant l'ampleur des crimes nazis, ont consacré leur " universalité " au travers de traités et d'organes de contrôle ( commissions, tribunaux ). Le conceprt s'est imposé, porté par les "sociétés civiles". De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur, chacun a le droit d'être protégé contre l'assassinat politique, la "disparition", la torture, l'emprisonnement arbitraire, les traitements inhumains.Contre la discrimination si l'on est femme, si l'on pratique une religion - ou si l'on ne croit en aucune.Sous prétexte qu'il appartient à telle société plutôt qu'à telle autre, devrait-on accepter qu'un être humain puisse être réduit en esclavage ? Qu'un enfant soit condamné au travail forcé ? Pourtant, cette idée d'universalité fait l'objet de contestations. Certains rappellent qu'elle a ponctuellement servi de paravent à l'impérialisme des puissances euroipéennes au XIX° siécle ( "interventions d'humanité"). D'autres la rejettent au prétexte qu'elle serait purement "occidentale". Plusieurs intellectuels soulignent que ces droits , d'origine européenne, n'auraient pas d'équivalents dans d'autres cultures tout aussi avancées. Ces remises en cause inquiètent des associations, telle Amnesty International, qui craignent qu'elles n'abouissent à des régressions. François Jullien considère pour sa part que la notion de droits de l'homme est contingente. Mais cela n'implique pas, pour lui, de renoncer au combat, pour la dignité humaine dans le monde.

    Les Occidentaux posent les droits de l'homme, et même les imposent, comme devoir-être universel, alors que ces droits sont issus d'un conditionnement historique particulier.Ils réclament que tous les peuples y souscrivent, sans exception ni réduction possibles, tout en constatant que, de par le monde, d'autres options culturelles ls ignorent ou les contestent. Jusqu'où l'Europe peut-elle pousser ce déni et oublier l'agencement composite, forcé et même hasardeux, dont ces droits sont le produit au sein même de sa propre histoire ?

    On peut vérifier le caractère hétéroclite, pour ne pas dire chaotique, de la fabrication de l'universel: la Déclaration des Droits de l'Homme, en 1 789, par exemple, est née de projets préparatoires multiples et même, pour une part, inconciliables: elle a fait l'objet d'infiniment de négociations et de compromis; elle est formée de fragments pris de divers côtés - un terme ici, une phrase ailleurs, ses articles étant repris, dépecés, réécrits ( Lire les Déclarations des Droits de l'Homme de 1789, tectes réunis et présentés par Christine Fauré, Payot, collection "Bibliothèque historique", Paris, 1088; cf aussi Marcel Gauchet, la Révolution des Droits de l'homme, Gallimard, collection "Bibliothèque des histoires",Paris,1989;).
    Elle a été reconnue , et votée, par ses auteurs eux-mêmes comme "non finie". "Sans doute le plus mauvais de tous les projets est peut-être celui que l'on a adopté "( Adriien Duquesnoy, député de Bar-le-Duc, cité dans Christine Fauré, Les Déclarations..op.cité,p.16.).

    Mais, en même temps, dès lors que tout rapport à l'évènement y est mis prudemment à distance, dès lors que, par peur d'accroître les dissensions, en est écarté tout ce qui ferait paraître un enjeu trop précis, ce texte , rédigé à la hâte, où la mauvaise foi se mêle parfois à l'enthousiasme, revêt une abstraction qui le sacralise. Se présentant lui-même comme inengendré, né tout armé du cerveau des Constituants, il se pare d'une aura mythique ( il a été conçu "en présence et sous les auspices de l'Etre suprême" ) et prétend à une universalité de principe. A l'envers de ce qu'elle dit d'elle-même, la prétention à l'universalité ne serait-elle pas la seule façon de faire tenir ensemble, en la dépassant, une hétérogénéité menaçante ?

    Si on oublie sa difficile production, le texte frappe par sa réussite historique. Toute trace de contingence effacée, le voici - et ce, légitimement - tiré vers l'idéal et le nécessaire.Au point que cette Déclaration de 1789 a fait souche ( elle a été reprise dans les Constitutions Françaises de 1793, 1795,1848 et 1946, sans parler de la Déclaration Universelle adoptée par les Nations Unies en 1948 ). Certains ont même regretté , au moment de la rédaction du préambule de la Constitution Française de 1946, la brièveté, la majesté, la simplicité de "notre grand texte de 1789", tandis qu'on "sent dans le texte de 1946 que les articles ont des origines diverses, ont été pensés en plusieurs langues, traduits les uns dans les autres ".( Georges Vedel, cité dans Christine Fauré, Les déclarations..op.cité,P.17.Le préambule de la Constitution de 1946 comprenant une Déclaration des droits sociaux, dont le droit au travail ) a été repris dans la Constitution de 1958, actuellement en vigueur.). Or qu'une telle Déclaration soit constamment à réécrire montre déjà assez que l'universalité à laquelle elle prétend, n'est pas donnée, mais vaut à titre d'idée régulatrice, idée jamais satisfaite et guidant infiniment la recherche - faisant travailler.

    Il faudra se rappeler ce que notre invention des droits de l'homme, déclarés universels, possède, en Europe même, de contingent et par conséquent de singulier dans l'histoire des idées, si l'on ne veut plu se tromper sur l'universalité qu'on peut leur prêter. Ne s'imposant qu'à l'époque moderne, les droits de l'homme sont à l'évidence le produit d'une double abstraction ( occidentale ).A la fois des "droits" et de "l'homme".

    Des droits: cette notion privilégie l'angle défensif de la revendication et de l'affranchissement du sujet ( de la non-aliénation ) consacrés en source de la liberté ( le "devoir" n'étant lui-même conçu que dans la dépendance de la notion de "droit"). De l'homme: celui-ci s'y trouve isolé de tout contexte vital, de l'animal au cosmique, la dimension sociale et politique relevant elle-même d'une construction postérieure. C'est seulement en tant qu'individu que "l'homme" est absolutisé, puisqu'il n'est conçu de but à toute association que la "conservation" de ses "droits naturels et imprescriptibles" ( cf Déclaration de 1789, article 2 ).

    Isolation, abstraction et absolutisation, allant de pair, ont donc été le prix à payer pour ériger cet unbiversel.Or qu'est-ce qui en même temps, se défait sous ces opérations conjointes ? Rien de moins que ce que l'on pourrait nommer l'intégratioin de l'humain en son monde - intégration désignant précisément à l'endroit ce dont aliénation dit l'envers.

    De façon significative, même la famille, niveau minimal d'intégration introduisant sa médiation entre l'individu et la société, est absente de la Déclaration de 1789 et 1793 ( et n'apparaît en 1795 que sur un mode rappelant étonnament les "cinq relations" confucéennes : "Nul n'est bon citoyen s'il n'est bon fils, bon père, bon frère, bon ami, bon époux" ). Dans la Déclaration Universelle de 1948, la référence à "tous les membres de la famille humaine" reste à statut vaguement métaphorique, allusif, plus rhétorique qu'explicatif.

    Ainsi, en évacuant toute dimension religieuse ( l'Etre suprême de 1789 n'est évoqué qu'à titre de spectateur ), en défaisant le groupe ( caste, classe, gens, tribu, parenté, guide, corporation, ..), en refusant toute hiérarchie préétablie ( puisque l'égalité y est posée en principe de base ), et d'abord en coupant l'homme de la "nature" ( le souci de l'environnement et de son développement durable ne nous revenant que tout récemment, comme s'il nous fallait rattraper aujourd'hui dans l'urgence ce que nous aurions inconsidéremment négligé ), le concept des droits de l'homme trie et prend parti dans l'humain. Or les options qu'il y inscrit ne peuvent elles-mêmes avancer de justification du moins ultime, que celle de leur universalité. De là le cercle logique dans lequel la pensée de l'universel paraît enfermée : celui-ci est non seulement la fin, mais aussi le garant et la caution de sa propre opération d'abstraction.

    De fait, deux logiques culturelles se font face: celle de l'émancipation ( par universalité des droits de l'homme ) et celle de l'intégration ( dans le milieu d'appartenance - familial, corporatif, ethnique, cosmique). La question est désormais, pour le monde à venir, de savoir si elles demeurent inconciliables.
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Monde Diplo

    Message par bye Mar 12 Fév - 11:55

    Le Monde Diplomatique - février 2008 -

    Universels, les droits de l'homme ?( suite )


    Pour mieux comprendre , essayons d'expliquer pourquoi le concept de droits de l'homme ne trouve aucun écho dans la pensée de l'Inde classique ( ou, dit à l'envers, pourquoi celle-ci se découvre plutôt indifférente à son égard ).En Inde - on le sait, même de loin, comme un fait massif devant lequel l'intelligence européenne est saisie d'un vacillement irrépressible -, il n'y a pas isolation de "l'homme". Ni vis à vis des animaux: la coupure des êtres huamains avec eux n'est qu'insuffisamment pertinente dès lors qu'on admet les renaissances des uns dans les autres et que l'anumal possède également le pouvoir de comprendre et de connaître.Ni vis à vis du monde:l'adhérence au monde est telle qu'il n'est pas conçu d'ordre naturel dont l'homme se détacherait.Ni vis à vis du groupe, enfin: celui-ci, déterminé hiérarchiquement par sa fonction religieuse, est la réalité première, où l'individu ne trouve lui-même qu'un statut minimal - celui, irréductible, qui est cantonné au psycho-physiologique de ce qui souffre et ce qui jouit.

    La philosophie européenne ne peut pas ne pas en être ébranlée: l'"homme" en Inde, est si peu une entité que sa vie et sa mort sont vides de toute signifiaction, destinées qu'elles sont à se répéter indéfiniment. On n'y trouve aucun principe d'autonomie individuelle ni non plus d'autoconstitution politique à partir desquelles des droits de l'homme soient à déclarer. Quand la liberté est le dernier mot de la pensée européenne, l'Extrême-Orient, en face d'elle, inscrit "l'harmonie" - et, à cet égard, l'Inde communbique effectivement avec la Chine à travers le boudhisme. Sans doute est-ce donc plutôt l'" Occident" qui, en introduisant la ruture - l'isolation de l'homme - source d'effraction, et, par suite, d'émancipation, fait exception.

    Si l'on se réfère à la typologie des cultures, la marge d'éclosion des droits de l'homme est exigüe, en dpit de leur prétention universelle. Quand la perspective de la transcendance domine au point de'aboutir à la constitution d'un autre monde, ces droits sont résorbés dans un ordre qui les dépasse, cosmique ou théologique. Quand c'est celle de l'immanence qui prévaut, ils ne sont pas en mesure de se détacher du cours spontané des choses et ne peuvent émerger des rapports de force.

    L'islam, à l'évidence, est dans le premier cas. Le Coran et la tradition qui en émane fixent une loi, qui, de création divine, atteindrait le "sommet final dans la réglementation des rapports humains ( Sami A. Aldeeb Abu-Salieh, Les Musulmans face aux droits de l'homme, Dieter Winkler,Bochum,1994, p.14 ).".La peur du Jugement dernier, élément premier de la foi islamique, ne reconnaissant pas aux droits de l'homme de plan autonome où se déployer, elle les réduit à l'insignifiance.

    La Chine est dans le second cas. Car, comment dit-on " droits de l'homme" en chinois, en le traduisant de l'"occidental". Ren ( "homme") - quan. Désignant, en propre la balance et l'opération de la pesée, quan sert aussi bien à dire le "pouvoir", notamment politique ( quan-li ), que ce nous entendons par "circonstance" ou par "expédient" ( quan-bian, quan-mou): ce qui, par sa variation, et s'opposant à la fixité des règles ( jing ), permet à la situation de ne ps se bloquer, mais de continuer d'évoluer conformément à la logique du processus engagé. Ainsi, que ces deux sens se rejoignent au sein du terme qui sert à traduire " droit(s)", quand on dit " droits de l'homme " rend manifeste la torsion subie - même si cette greffe étrangère a bien pris en chinois moderne : quand ils revendiquent les droits de l'homme, les jeunes Chinois de la place Tiananmen savent désormais comme les Occidentaux de quoi ils parlent. Reste qu'on ne peut faire fi de l'écart précédent des pensées, au risque, sinon, de renoncer à la clairvoyance de tout engagement politique.

    La revendication d'une universalité des droits de l'homme viendrait-elle du fait que le mode de vie occidental , né à la fois du développement de la science et du capitalisme, a fini par s'imposer dans le rezste du monde et qu'il est donc désormais nécessaire - ou fatal - d'adopter l'idéologie des rapports humains, à la fois sociaux et politiques, allant de pair avec ces transformations ? Ou bien cette légitimité viendrait-elle de ce que la pensée européenne qui a porté les droits de l'homme exprime effectivement un progrès historique :de ce qui, à l'instar du développement de la science à partir du début du XVII° siècle et contemporains de celui-ci, ne se serait produit lui aussi que dans la seule Europe ? Outre que cette justification vaut accusation, au moins tacite, de toutes les autres cultures, sa critique tombe sous le sens, y compris de l'ethnocentrisme le plus obtus : car au nom de quoi jugerait-on d'un tel progrès, si ce n'est déjà au sein d'un cadre idéologique particulier ?

    Cette séparation montre que toute justification idéologique d'une universalité des droits de l'homme est sans issue. Plutôt que d'en émousser le concept en le livrant à des accomodations qui rendraient les droits de l'homme transculturellement acceptables, parce qu'au rabais, il faudrait prendre le parti inverse : celui de faire fond sur leur effet de concet, dont ils tirent un gain à la fois d'opérativité et de radicalité.Car, d'une part, c'est bien l'abstraction dont ils procédent qui, seule en les détachant de leur culture et milieu d 'origine, les rend communicables à d'autres cultures : autrement dit, ce n'est pas seulement parce que l'Occident les a promus au moment où il accédait au sommet de sa puissance et pouvait prétendre, par impérialisme, les imposer au reste du monde, qu'on en débat aujourd'hui entre les nations;mais aussi parce que ce statut d'abstraction les rend isolables, et en font un objet - outil - privilégié pour le dialogue. On ne pourrait , par exemple, faire de l'"harmonie" un enjeu comparable, internationalement discutable entre les cultures ( C'est un argument de l'"harmonie" qui est systématiquement avancé par les dirigeants chinois pour faire pièce à la postulation occidentale des droits de l'homme, ainsi qu'à la dénonciation que les Occidentaux font de leurs violations en Chine. Comme le remarque la presse Chinoise ces derniers mois, les Jeux Olympiques, refusés une première fois à Pékin au nom des droits de l'homme, mais concédés pour 2008 sous la pression des intérêts économiques et de leur réalisme politique, font monter en puissance ce conflit de valeurs ).

    D'autre part, leur capacité de radicalité - ou nudité - conceptuelle fait qu'ils se saisissent de l'humain au stade le plus élémentaire, à ras d'existence. Ils l'envisagent sous cette ultime condition : en tant seulement qu'il est .Or, sous cet angle, c'est moins l'individu qui est visé que le fait suimplement qu'il y va de l'homme. " De l'homme " n'étant pas tant ici un génitif possessif ( au sens de : qui appartient à l'homme ) que partitif : dès lors qu'il y a de l'homme qui est en cause, un devoir-être imprescriptible, a priori, apparaît.

    Mais une telle radicalité n'aurait-elle pas été conçue qu'à propos des droits de l'homme et dans le cadre européen ? Pensons, selon l'exemple chinois, au cas de celui qui, apercevant soudain un enfant sur le point de tomber dans un puits, est aussitôt pris de frayeur et fait un geste pour le retenir ( non parce qu'il entrediendrait une relatuion privilégiée avec ses parents, ou qu'il voudrait s'en faire un mérite, ou qu'il craindrait sinon d'être blâmé..) : ce geste nous échappe, il est complètement réactif ; nous ne pouvons pas ne pas le faire. Or, selon le philosophe chinois Mencius ( Nom latin de Meng-tsu ( vers 372-289 av. J.-C. ), " qui n'a pas une telle conscience de la pitié n'est pas homme ". Plutôt que de partir d'une définition de l'homme qui, nécessairement serait idéologiquement déterminée et, de ce fait, particulière, Mencius fait surgir - et ce, négativement , lui aussi, à partir de son défaut inadmissible - ce qui, en soi, en tant que réaction incontrôlée d'" humanité", a vocation d'universalité. Il ne s'agit donc pas là d'un "universalisable" en tant qu'énoncé de vérité ; mais est universalisant ce refus irrépressible : de laisser tomber l'enfant dans le puits. Et ce cri qu'on jette ( ce bras qu'on tend ) devant cet enfant sur le point de tomber dans le puits est à l'évidence, sans qu'il soit besoin d'interprétation ni de médiation culturelles, celui - " foncier " - du sens commun de l'humain. rendre en compte, autrement dit, la disparité des cultures et la façon dont elle nous oblige à débusquer l'impensé de notre pensée n'est pas pour autant renoncer à l'exigence du commun.

    La capacité universalisante des droits de l'homme tient plus encore à cet autre fait: leur portée négative ( du point de vue de ce contre quoi ils se dressent ) est infiniment lus ample que leur extension positive ( du point de vue de ce quoi ils adhèrent ). Car si, du point de vue de leur contenu positif, on sait désormais combien celui-ci est contestable ( par son mythe de l'individu, du rapport contractuel associatif, par sa construction du "bonheur" comme fin dernière,...) , s'ils ne peuvent par conséquent prétendre enseigner universellement comment vivre ( en exigeant que leur éthique soit préférée à toute autre ), ils sont un instrument incomparable, en revanche, pour dire "non" et protester: pour marquer un cran d'arrêt dans l'inacceptable, caler sur eux une résistance.

    Outil indéfiniment reconfigurable ( c'est pourquoi on réécrit à chaque nouveau moment historique leur Déclaration ) en même temps que transculturellement sans limites ( dès lors qu'il élève une protestation décontextualisable et "dénudée" : au seul nom de : l'être né) : les droits de l'homme nomment précisément cet "au nom de quoi", d'ultime recours, qui, sans eux, resterait sans nom et donc laisserait sans capacité d'intervenir et de s'insurger. Or, que cette fonction négative, insurrectionnelle, l'emporte sur la notion positive de la notion, rejoint la fonction plus générale qui fait la vocation de l'universel : celle de réouvrir une brèche dans toute totalité clôturante, satisfaite, et d'y relancer l'aspiration. Car le fait n'est-il pas aisément constatable ? Tous ceus qui, de par le monde, invoquent els droits de l'homme; n'adhèrent pas pour autant à l'idéologie occidentale ( et même la conaissent-ils ? ) : mais ils trouvent dans ceux-ci l'ultime argument ou plutôt instrument, repris inlassablement de main en main, et disponible pour toute cause à venir, non pas tant pour dessiner une nouvelle figure d'opposition, dont on peut toujours soupçonner qu'elle fait encore jeu commun avec son partenaire-adversaire , que pour - plus radicalement - refuser.

    Alors que l'oposition toujours est diverse parce qu'orientée par son contexte, le refus se désolidarise initialement de ce qu'il rejette et vaut comme geste unique: ouvrant soudain sur l'inconditionné en faisant crier à nu ce que j'évoquais précédemment, à titre de notion ultime et même indépassable, comme le sens commun de l'humain. Or, sur leur versant négatif, les droits de l'homme réussissent à dire exemplairement cette universalité du refus.

    Celà nécessite de se "déboîter" quelque peu de nos termes usuels. Plutôt que de revendiquer une universalité arrogante des droits de l'homme qui nous condamnerait à méconnaître, dans un déni qui leur est mortel, combien ils sont culturellement marqués; ou alors de renoncer, par dépit théorique, à l'arme insurrectionnelle, de protestation, qu'ils constituent et qui peut à priori servir universellement en tous lieux de notre planète ( en quoi, ils sont, jusqu'à ce jour, sans équivalent ni remplaçant possibles ), mieux vaut ouvrir une déviation dans nos mots. Et, par la notion d'universalisant, exprimer à la fois deux choses :
    - au lieu de suposer aux droits de l'homme une universalité qu'ils posséderaient d'emblée, l'universalisant donne à entendre que de l'universel s'y trouve en cours, en marche, en procès ( qui n'est pas achevé ) : en voie de se réaliser ;
    - en même temps, au lieu de se laisser concevoir comme une propriété ou qualité passivement possédée, l'universalisant fait entendre qu'il est facteur, agent et promoteur : qu'il est en lui-même vecteur d'universel, et non par référence et sous la dépendance de quelque représentation instituée.

    Le caractère univarsalisant des droits de l'homme est donc de l'ordre, non du savoir ( du théorique ), mais de l'opératoire ( ou du pratique ) : on les invoque ( ils "interveinnent") pour agir, dès l'abord, sur toute situation donnée. D'autre part, leur extension n'est pas de l'ordre de la vérité, mais du recours.

    Ce qui distingue l'universalisant de l'universalisable est précisément une telle différence de plan. L'universalisable est ce qui prétend à la qualité d'universalité, en tant qu'énoncé de vérité. Aussi recontre-t-il inévitablement l'épineux problème de son pouvoir-être : devant justifier au nom de quoi cette extension qu'il s'arroge est légitime, l'universalisable court le danger d'être taxé d'une prétention abusive en s'accordant plus que ce à quoi il a droit ( puisqu'il n'est pas l'universel avéré ); d'être tenu pour frauduleux, par conséquent, ou pour le moins litigieux.L'universalisant, quant à lui, est indemne de ce problème de légitimité : puisqu'il est ce qui fait surgir - par défaut et de façon opératoire - de l'universel, il ne prétend pas, il fait ; et l'on mesure sa valeur à la puissance et à l'intensité de cet effet.

    Disons ainsi que les droits de l'homme sont un . universalisant fort et efficace.Car la question, avec les droits de l'homme, n'est plus de savoir s'ils sont universalisables, c'est-à-dire s'ils peuvent être étendus comme énoncé de vérité à toutes les cultures du monde - ou plutôt, dans ce cas, la réponse est "non" ; mais de bien s'assurer qu'ils produisent un effet universel servant d'inconditionnel ( telle est leur fonction d'arme ou d'outil négatif ) au nom de quoi un combat a priori est juste, une résistance légitime.
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Le Monde diplomatique - février 2008 -

    Message par bye Mer 13 Fév - 16:44

    "Une midinette aux ongles laqués "

    par Sylvie Tissot - Sociologue, memebre du Collectif des féministes our l'égalité

    Femme passionnée et femme malheureuse, à la fois autoritaire et soumise, intelligente mais toute en chair, tellement stylée malgré son étrange coiffure, dévoreuse d'amants mais pourtant liée toujours à un seul homme: de qui s'agit-il donc ? Britney Spears, Rachida Dati, Carla Bruni ? Non, ce portrait est celui que l'ontrouev , dans le Nouvel Observateur, d'une femme qui fut une philosophe, une femme engagée et une militante, et qui, pour beaucoup, en France et à l'étranger, incarne le féminisme : Simone de Beauvoir. Les mêmes ressorts du portrait "people" ( la photographie "choquante" comprise, ici un nu en couverture de journal )y sont mobilisés. Publié à l'occasion du centenaire de sa naissance, ce dossier en dit long sur les conditions que doit remplir une femme pour pénétrer, aujourd'hui en France, dans le panthéon des grands hommes.

    La première condition, c'est d'être...accompagné par un homme! Beauvoir l'est tout au long du dossier du Nouvel Observateur. Celui-ci s'ouvre par le récit de sa liaison avec Claude Lanzmann, enchaîne avec Jean-Paul Sartre, et se termine par l'amant américain Nelson Algreen.Il montre une femme qui vit une relation intense et conjugale ( ses lettres à Lanzmann sont signées "ta femme" ), une femme pleine de gratitude devant cet amour inespéré ( "elle qui se croyait désormais trop vieille pour l'amour en pleure alors de bonheur ", écrivant les journalistes à propos d'une femme de...44 ans ).Ou, pour reprendre les termes de Lanzmann, "une vraie femme, complète".

    Lanzmann - et les journalistes - parlent-ile bien de Simone de Beauvoir ? L'auteure de " on ne naît pas femme, on le devient ", celle qui a montré qu'être une femme ne renvoyait à aucune "nature" qui le préédéterminerait ? Il semble que oui, et le ton est donné: la vraie femme n'est pas la féministe et la militante, c'est la "grande amoureuse", nous explique Arielle Dombasle, sollicitée par Le Nouvel Observateur ( peut-être parce qu'elle est, elle aussi, ce que Beauvoir semble être avant tout à leurs yeux : " femme de philosophe ").

    Tout se passe donc comme si la vie amoureuse d'une femme qui ne s'est pas mariée, n'a pas eu d'enfant et semble avoir connu un certain nombre d'amants ou d'amantes, s'était en réalité déployée uniquement sous la tutelle des hommes ( ses relations homosexuelles ne sont évoquées que comme manifestation de sa personnalité "manipulatrice" ), sur le mode de la passion tragique et sur fond de réconciliation tardive avec la conjugalité monogame ( elle est enterrée " portant au doigt l'anneau d'argent que lui avait offert Nelson Algreen " ).

    La photographie publiée en "une" est, comme l'insistance sur la vie amoureuse de Beauvoir, assurément choquante.Comme si la philosophe avait dû, avant d'avoir l'honneur dse magazines et la gloire de la célébration nationale, non pas seulement donner des gages de son amour pour les hommes, mais aussi...se déshabiller .Une femme n'est une "vraie" femme qu'en tant qu'elle est un corps, et un corps qui ne se refuse pas au regard des hommes..ni à celui des publicitaires.

    Mais que cette photographie dénudée ne prend tout son sens que par rapport au dossier d'Agathe Logeart et Aude Lancelin, et à l'opposition radicale, manichéenne, sur laquelle il repose, entre la vie sexuelle et affective de Simone de Beauvoir d'une part, et sa vie intellectueele et militante d'autre part. " La compagne de Sartre déclara la guerre au patriarcat, mais fut aussi victime de la passion ", est-il expliqué en introduction. D'un côté Beauvoir agrégée de philosophie, auteure du Deuxième Sexe et Prix Goncourt, militante féministe et de gauche : de l'autre, Beauvoir , femme et amante, emportée par les désirs et les pasions : les deux réalités sont pensées comme antagonistes ; comme si sa vie amoureuse, son compagnonnage intellectuel et son couple non exclusif avec Sartre n'avaient rien à voir avec son questionnement dse normes conjugales et familiales.

    Rien de ce qui ressort du "privé" de la vie de Simone de Beauvoir n'est jamais pensé comme "politique" : on en reste à cette opposition si "traditionnelle" - et réactionnaire - entre l'affect et l'intelelct, le corps et l'esprit ( Michelle Le Doeuff, Le Sexe du Savoir, Aubier-Montaigne ).Cette opposition est sans doute une ficelle journalistique , mais elle permet aussi de réaffirmer la distinction entre les domaines qui seraient "naturellement " investis par les hommes et les femmes. Aux hommes, l'abstraction ; aux femems, la passion. La tentative faite par Beauvoir de déconstruire dans ses livres, et de dépasser dans sa vie, cette sacro-saint barrière est d'ailleurs associée à l'intolérance. Beauvoir est, toujours dans le même article , une " donneuse de leçons corsetée dans ses certitudes " ; elle est "sincère", dans son engagement, mais si "froide" qu'elle devient la "Dame de fer sartrienne ".

    L'opposition est renforcée par le propos implicite du dossier : la" nature" reprend toujours le dessus. N'est-elle pas restée "midinette jusqu'au bout de ses ongles laqués" ? Et Philippe Sollers d'expliquer que, par sa voix, " haut perchée, désagréable, butée, didactique, elle semblait vouloir nier sa belle image ". C'est dans le domaine de l'apparence, et non du langage articulé, que Beauvoir est le plus charmante. Ce que confirme Dombasle : " Cachée derrière des tailleurs rêches et des turbans austères ", elle était quand même " une femme ravissante ".Il aurait été malséant q u'une femme célèbre et française soit moche et mal fagotée.

    La Simone de Beauvoir intellectuelle et militante est enterrée par l'audace sollersienne : " Elle restera comme une garnde épistolière ." Décrétant supérieurs à son oeuvre théorique les chefs-d'oeuvre que sont les lettres d'amour, il nous invite à " (re)lire Beauvoir " épistolière, la Beauvoir du secret et du privé, des sentiments et de l'épanchement : enfin " sensuelle, drole ".


    Ainsi le dossier vient alimenter la thématique favorite du backlash antiféministe ( Susan Faludi, Backlash : la guerre froide contre les femmes, éd.Des Femmes ): le combat des femems déssèche, isole, rend malheureux.Cette conclusion est amenée progressivement par l'idée que le combat de Beauvoir est violent. La " guerre" qu'elle mène est réduite à quelques revendications rapidement évoquées : le refus de "l'avenir mâle ", la non-mixité des groupes féministes, la défense du doit des femmes à la violence, la suppression de la famille au profit de la communauté...On aurait pu s'attendre à des explications.On devra se contenter d'une légère énumération, immédiatement suivie par cette ahurissante question : " Lue et écoutée, célébrée dans le monde entier, est-elle pour autant heureuse ? "

    La réponse tant attendue nous est donnée quelques pages plus loin par Dombasle, qui va jusqu' à célébrer l'échec de la quête beauvoirienne d'une " liberté au-dessus de ses forces ". Et la comédienne-cantatrice de conclure sur une bouleveversante vision de Beauvoir, qui " allait s'asseoir sur un petit banc, seule, près de la tombe de Sartre, pleurant l'amour de toute une vie ".

    C'est ce destin tragique qui ferait de Simone de Beauvoir une femme exceptionnelle. Pourquoi ? En raison de son caractère posé, de façon complètement tautologique, comme exceptionnel, et jamais en lien avec son oeuvre et son action. Le titre du dossier, " La scandaleuse " est révélateur car, si lse journalistes citent les réactions indignées d'Albert Camus ou de François mauriac après la parution du deuxième Sexe en 1949 , elles ne jugent pas opportun de préciser quelles sont les thèses qui ont suscité cette mâle indignation !

    Beauvoir entre en somme dans le patrimoine national , à la manière de Guy Môquet dans le panthéon sarkozyste : comme un personnage mythifié et dépolitisé, déconnecté de tout contexte social et de tout rapport de domination . Les conflits sont gommés au profit d'une célébration du génie national, à laquelle elle est grâcieusement invitée à participer. Il est symptomatique que l'article consacré à l'actualité de Beauvoir enchaîne les témoignages de personnalité sféministes contemporaines, présentées comme des individualitézs et jamais comme actrices des luttes collectives. A contrario, la part belle est donnée, dans des encarts, à Sollers ou à Dombasle, célébrités parlant d'égal à égal avec Beauvoir, mais peu connues pour leur oeuvre philosophique - ou leur engagement féministe.

    Roland Barthes a montré comment la description des écrivains en vacances venait renforcer l'image de personnages " à part ", célébrés en tant que tels et jamais pour leur production ( Roland Barthes, Mythologies, Seuil ). Le dossier sur Simone de Beauvoir se termine avec l'hommage du petit peuple respectueux lors de ses obsèques : ces serveurs de la Coupole qui, " au passage du cortège, lui ont fait une haie d'honneur "..
    avatar
    admin
    Administratrice


    Féminin
    Nombre de messages : 2788
    Date d'inscription : 23/11/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par admin Mer 13 Fév - 16:54

    je peux mettre ton article ici ? https://expressions-libres.forumdediscussions.com/la-place-des-femmes-dans-nos-societes-f125/le-nouvel-obs-t418.htm

    Tout en le laissant là, s'il te plait Bye, je trouve personnellement qu'il va dans les deux sujets, tu veux bien ?
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Mer 13 Fév - 17:04

    Un peu, que je veux bien , Betti; le monde Diplo est encore extrêmement riche, ce mois-ci.

    Mais je me suis dit, pour toi et quelques autres, et la Simone, ce sera cet article que je choisirai ( en plus de l'autre sur des droits de l'homme, que j'ai déjà saisi ).
    avatar
    admin
    Administratrice


    Féminin
    Nombre de messages : 2788
    Date d'inscription : 23/11/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par admin Mer 13 Fév - 17:28

    Merci beaucoup MERCI bisous bisous
    Ego autem semper
    Ego autem semper


    Masculin
    Nombre de messages : 1161
    Age : 61
    Localisation : joigny france
    Emploi/loisirs : soudure / sociologie, économomie, philosophie
    Humeur : acide
    Date d'inscription : 01/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty journalisme et privatisation en l'air

    Message par Ego autem semper Mer 13 Fév - 18:07

    Parlons-y de journalisme
    Parlons-y de privatisation des médiat

    Sous l'excuse de suppression de la publicité, me semble bien. Il y une volonté sournoise d'affaiblir les chaines "publiques" et d'autres médiats.

    D'une pierre deux coups

    D'une les médiats privés récupèrent le carnet de commandes (publicitaires)

    De deux les médiats encore sous tutelle de l'Etat, semble représenter encore un bastion à privatiser.

    C'est le temps qui dira le dernier mot ? Ou le peuple français osera d'une fois pour toutes, manifester son désaccord ?

    Il n'y pas que les routiers qu'ont le droit d'obtenir !

    Il n'y pas que les chauffeurs de taxi qu'ont le droit d'obtenir !

    Zut alors !

    Sommes nous tous des individus décrits par Etienne de La Boétie dans son "Discours de la servitude Volontaire" ?
    Ego autem semper
    Ego autem semper


    Masculin
    Nombre de messages : 1161
    Age : 61
    Localisation : joigny france
    Emploi/loisirs : soudure / sociologie, économomie, philosophie
    Humeur : acide
    Date d'inscription : 01/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par Ego autem semper Mer 13 Fév - 18:13

    Ça commence à bien faire tout ça, sans blagues
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Mer 13 Fév - 18:28

    gramophone a écrit:Parlons-y de journalisme
    Parlons-y de privatisation des médiat

    Sous l'excuse de suppression de la publicité, me semble bien. Il y une volonté sournoise d'affaiblir les chaines "publiques" et d'autres médiats.

    D'une pierre deux coups

    D'une les médiats privés récupèrent le carnet de commandes (publicitaires)

    De deux les médiats encore sous tutelle de l'Etat, semble représenter encore un bastion à privatiser.

    C'est le temps qui dira le dernier mot ? Ou le peuple français osera d'une fois pour toutes, manifester son désaccord ?

    Il n'y pas que les routiers qu'ont le droit d'obtenir !

    Il n'y pas que les chauffeurs de taxi qu'ont le droit d'obtenir !

    Zut alors !

    Sommes nous tous des individus décrits par Etienne de La Boétie dans son "Discours de la servitude Volontaire" ?

    Tu as tout à fait raison; dans le Diplo, excellent article sur " la télévision publique libérée de ses chaînes ", page 23.

    Mais je ne peux pas copier tout le journal sur le forum.

    J'ai préféré réparer une injustice commise à l'endroit d'une ardente féministe, par un hebdo "de goche".
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Le Monde diplomatique - février 2008 -

    Message par bye Jeu 14 Fév - 7:13

    La télévision publique libérée de ses chaînes ?

    par Marie Benilde - journaliste, auteure de l'essai " On achète bien les cerveaux " " La publicité et les médias ", collection Raisons d'agir

    " Je souhaite que le cahier des charges de la télévision publique soit revu profondément, et que l'on réfléchisse à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques. Voici une révolution qui, en chengeant le modèle économique de la télévision publique, changera du tout au tout la donne de la politique culturelle. " Inattendue et solennelle, cette annonce faite par M.Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse du 6 janvier est-elle aussi porteuse de promesse qu'il y paraît ?

    Il faut que la France vive à l'heure d'une bien étrange République pour qu'une droite libérale se fasse le héraut d'un service public débarrassé de ses " critères purement mercantiles ", que la Ligue Communiste Révolutionnaire ( LCR ) se porte au secours du financement publicitaire de France Télévisions au nom de l' " asphyxie " du groupe de chaînes publiques que sa suppression induirait ( Communiqué de la LCR repris par l'Agence France-Presse ( AFP ) le 11 janvier 2008 ) et que le député socialiste Arnaud Montebourg s'indigne : " depuis quand la publicité est-elle synonyme de non-qualité ? ( Economie Matin, Paris, 21 janvier 2008 ) ".Un tel brouillage des repères est l'oeuvre de Nicolas Sarkozy, qui a créé la surprise en annonçant, le 8 janvier, au cours de sa conférence de presse, qu'il souhaitait réfléchir à la suppression totale de la publicité sur les télévisions publiques et inscrire cette " révolution culturelle " dans sa " politique de civilisation " empruntée au sociologue Edgar Morin.

    L'apparente improvsation qui semble avoir conditionné cette annonce - à laquelle s'étaient préparés ni le premier ministre François Fillon, ni la ministre de tutelle de l'audiovisuel public, Mme Christine Albanel, ni même le président de France Télévision Patrick de Carolis - est, à l'image d'un pouvoir éminemment personnel. Seuls quelques proches auraient été mis dans la confidence : le rédacteur des discours présidentiels, M. Henri Guaino, et le conseiller de l'industriel Vincent Bolloré, M.Alain Minc, qui aurait soufflé l'idée au chef de l'Etat.

    Quel défenseur de service public n'a jamais rêvé d'une télévision affranchie de sa tutelle commerciale, laquelle détermine, plus encore que ses programmes, sa programmation ? France Télévision tire en effet 30 % de ses ressources de la publicité, soit quelques 830 millions d'euros, sur un budget total de 2,8 milliards d'euros. Si la publicité n'empêche pas, à proprement parler, les émissions culturelles, sur les chaînes soumises à des contraintes d'audience, comme l'atteste l'existence de " Ce soir ou jamis " ( France 3 ) ou de " Des mots de minuit " ( France 2 ) , reléguées à des horaires tardifs, les grilles de programmes sont conçues pour séduire un public intéressant les acheteurs d'espace commercial aux heures de grande écoute.

    Or de telles cibles, du fait d'un marché qui s'organise autour de TF1, se polarisent sur les " ménagères de moins de 50 ans ", les actifs de catégorie socioprofessionnelle aisée ou les foyers consommateurs avec enfants. Autrement dit, la dépendance publicitaire des télévisions destinées au grand public incite les responsables d'antenne à se détourner de populations à faible rendement économique comme les chômeurs, les personnes âgées, les jeunes adultes sans revenus ou les foyers vivant du salaire minimum. Plus encore que le nombre de téléspectateurs, c'est la recherche d'une audience " utile " qui prime pour atteindre les objectifs publicitaires déterminant l'équilibre précaire d'un budget marqué par une redevance en stagnation.Une telel captation se fait au prix d'un formatage des émissions et donc d'un appauvrissement des espaces pluralistes sur le petit écran.

    Renvoi d'ascenseur aux amis du président

    Cette équation économique provoque aussi l'absence de prise de risques créatifs , même si M.de Carolis donne des signes de bonne volonté en finançant une série de qualité adoptée des nouvelels de Guy de Maupassant ou en proposant des soirées de théâtre ou d'opéra une fois par mois. Soumises à une concurrence accrue, qui bénéficie des moyens d'un financement presque exclusivement publicitaire, les grandes chaînes publiques se sont tournées vers la fabrication de programmes clones, usinant les mêmes animateurs et les mêmes recettes que la télévision privée ( télé-réalité exceptée ) à seule fin de soutenir la compétition sur le marché des annonceurs. " Paradoxalement, écrit l'universitaire Nathalie Sonnac, plus de concurrence conduit à une diminution de la diversité de l'offre. Le financement publicitaire peut ainsi affecter la diversité du contenu médiatique par l'incitation qu'il crée parfois à dupliquer ce contenu ( Le temps des médias, 2006 ) ".

    M. de Carolis a donc motif à applaudir l'entrerise de " clarifiaction " du président de la République, même s'il y a quelques mois, il réclamait une nouvelle coupure publicitaire destinée à financer le " virage éditorial de son groupe ". Mais peut-on isoler un discours vertueux - ou une déclaration d'intention - des conditions dans lesquelles il s'exprime ? La position du chef de l'Etat a semé la confusion auprès des défenseurs du service public, qui désespéraient de voir la gauche s'emparer d'une réforme jusqu'alors si taboue que l'ancien premier ministre Michel Rocard a attendu près de 20 ans avant de révéler qu'il l'avait proposée à François Mitterrand ( Sur le Parti Socialiste et la télévision, lire l'extrait du livre de Jcques Attali, " François Mitterrand et la privatisation de l'audiovisuel " , le Monde Diplomatque, avril 2007 ). Dans l'esprit de Nicolas Sarkozy, chef d'un clan médiatique auquel il doit une bonne part de son élection, une telle mesure est pourtant non seulement habile mais logique.

    Elle lui permet d'abord de payer de retour la première chaîne privée du pays, TF1, dont l'actionnaire Martin Bouygues festoyait avec lui au Fouquet's le soir de sa victoire, au moment précis où le champagne coulait à flots dans les locaux du journal télévisé de la chaîne ( cf. Patrick Le Bel " Madame, Monsieur, bonsoir..." Les dessous du premier JT de France, éd.Panama, 2008 ). L'idée de fiancer la future télévision publique par une taxe sur les chaînes privées et une ponction " infinitésimale " d'environ 1 % sur le chiffre d'affaires des opérateurs de télécommunications ( dont Bouygues Télécom ) n'est rien en regard des 300 millions de recettes supplémentaires qu'est susceptible d'apporter un report de la publicité de france 2 ou de France 3 vers TF1, dont l'action a baissé de 30 % en 2007. Dès la seconde quinzaine de janvier, le gouvernement s'attachait d'ailleurs à élargir l'ssiette de prélèvement en y incluant non seulement les fournisseurs d'accès à Internet - c'était prévu - mais aussi les produits d'électronique grand public et les catalogues publiciataires.

    M. Laurent Solly, ancien directeur adjoint de la campagne du candidat Nicoals Sarkozy, qui a rejoint l'état-major de la chaîne, peut se monter satisfait. Tout comme MM. Bolloré et Arnaud Largadère, autres amis du président, qui ne peuvent voir dans ce remodelage qu'un effet d'aubaine pour leurs chaînes numériques gartuites ( Direct 8 d'un côté, Virgin 17 et Gulli de l'autre ) . Quant à M. Nicolas de Tavernost, président du directoire de M6, l'autre grand gagnant de ce transfert publiciataire, il connaît M.Sarkozy depuis plus de 20 ans en tant qu'ancien membre d son club Neuily Communication .

    La réforme annoncée par le président de la Républqiue obéit également à certaines contingences. Prise le matin même de sa conférence de presse du 8 janvier ( selon Télérama, 16 janvier 2008 ), la décision répond à la volonté de créer un effet de "rupture ", un coup de théâtre dans une pièce dont les spectateurs dont les journalistes sont également les acteurs. La sidération qui en résulte, puisqu'elle annonce un grand bouleversement sur le marché des médias, en vient à occulter des thématiques plus attendues, comme l'action du gouvernement en matière de pouvoir d'achat des ménages.

    Peu importe que la disposition, qui affectera aussi Radio France, n'ait fait l'objet d'aucune étude préalable, que les mesures de compensation énoncées n'aient reçu pour toute expertise que les conseils intéressés de M.Minc et qu'elles ne soient même pas assurées d'obtenir l'agrément de la Commission Européenne .. ( Laquelle pourrait estimer que le versement aux chaînes publiques d'une taxe sur les revenus publicitaires sur les chaînes privées constutue une distorsion de la concurrence. ). L'important est que M.Sarkozy puisse imprimer sa marque sur l'audiovisuel en récupérant au passage une idée de gauche jugée totalement fantaisiste lorsque, en 1989, elle était soutenue par Ange Casta ou Pierre Bourdieu. Avec la fin de la publicité de France Télévisions, c'est tout le contrat d'objectifs et de moyens du groue public signé 9 jours avant son élection, qui devient caduc. Et le Chef de l'Etat peut réécrire complètement la feuille de route de M. de Carolis en sortant " par le haut " du piège de l'interventionnisme dans lequel certains le voyaient tomber .

    Simultanément, sa décision enclanche de facto des restructurations d'effectifs en mettant au chômage technique les 317 salariés de la régie publicitaire. Les syndicats du groupe audiovisuel public dénoncent déjà " un plan social présidentiel " et redotent que les mesures de compenstion annoncées se révèlent bien vite irréalistes, entraînant un démantèlement de France télévisions - et de nouvelles réductions de personnel.

    Faut-il craindre pour autant la privatisation d'une chaîne publqiue ? Si le secrétaire général de l'UMP, M.Patrick Devedjian, a émis le souhait de " regroupements " ou de " quelques privatisations, peut-être, de petites chaînes ", il a été promptement démenti par MM.Sarkozy et Fillon. De fait, une nouvelle chaîne privée nationale constitue la hantise du groupe Bouygues, alors que les projets audiovisuels du gouvernement relaient fidèlement ses intérêts. Directeur général de TF1, M.Nonce Paolini réclame-t-il une révision des relations producteurs-diffuseurs , un élargissement de la publicité sur ses antennes et une révision des règles anticoncentration des groupes audiovisuels ( cf. l'interwiew de M.Paolini dans Le Monde du 1° décembre 2007 ) ? Justement, ce sont, point pour point, les éléments-clés du programme législatif de Mme Albanel, ministre de la culture et de la communication.

    Les groupes privés demandent depuis longtemps la suppression de la publicité sur les télévisions publiques. M. de Tavernost l'exprime sans détour : " En général, la télévision se porte mieux dans les pays où il y a moins de publicité sur les chaînes publiques. " Reste à réorganiser els capacités d'accueil des écrans publicitaires de M6 et de TF1, aujourd'hui saturés. La transposition de la directive européenne sur les services de médias audiovisuels permettra de le faire en assouplissant les limites journalières aux heures de grande écoute, ou en permettant de placer une seconde coupure pubicitaire dans les fims ( Entretien avec Claude Cohen dans Le Journal du Dimanche , Paris, 20 janvier 2008.Présidente de TF1 Publicité, Mme Cohen souhaiterait se " retrouver dans la situation de ses confrères européens ", ce qui permettrait à TF1 de diffuser 298 minutes de publicité par jour...).

    La "clarification " de la télévision publqiue se traduira donc mécaniquement par un afflux de messages publicitaires sur les chaînes privées. Au risque d'accroître l'écart existant entre une télévision populaire et commerciale à forte audience et une autre, dite de " qualité " , aux publics plus choisis. Le principe de la taxation dse chaînes privées ebcouragera un tel fossé dans la mesure où les télévisions publiques auront indirectement intérêt à réduire leur part d'audience au profit de celle des chaînes privées ; ce sera le plus sûr moyen de conforter leur budget dorénavant tributaire de la bonne santé de la télévision commerciale.

    En l'absence de toute augmentation de la redevance, on pourrait alors assister à ce paradoxe d'une télévision publique contrainte d'arbitrer entre garantir sa survie en assurant sa propre ghettoïsation, à l'instar du Public Broadcasting Service ( PBS ) aux Etats-Unis, et chercher à maintenir ses audiences en alignant ses programmes sur ses concurrents privés, comme le fait la 1° chaîne de la BBC, au Royaume-Uni avec ses émissions de télé-réalité. Dans les 2 cas, France Télévisions serait étroitement dépendante du niveau d'indexation de ses ressources. Lequel est fixé par l'Etat.

    Mais, d'ici là, encore faut-il que le gouvernement parvienne à réunir les fonds compensant le manque à gagner pour la télévision publique. Compte tenu des heures de programmes qu'il va falloir produire pour occuper les espaces libérés par le retrait de la publicité, la facture est estimée à environ 1,2 milliard d'euros. Bien sûr, il serait possible de bâtir un tel budget en augmentant la redevance ( actuellement de 116 euros ), la portant au niveau de celels du Royaume-Uni ( 183 euros ) ou de l'Allemagne ( 204 euros ), dont les télévisions publiques sont citées en exemple. Une telle mesure apparaît difficile à défendre car cette taxe, qui n'est pas corrélée aux revenus, est injuste ( Toutefois, les foyers non-imposables en sont exonérés ). Il en irait autrement s'il lui était substitué un prélèvement progressif, proportionnel, effectué à la source. " Utopique " ? Les tenants du réalisme de marché ne disaient pas autre chose jusqu'au 8 janvier à propos de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques.

    M. Sarkozy préfèrera sans doute taxer le consommateur, via l'ordinateur ou le téléviseur, que de tourner el dos à une politique qui, jusqu'ici, a favorisé les plus nantis. Et s'il devait réviser le périmètre du service public, il veillerait asans aucun doute à ce qu'une chaîne privatisée tombe entre des mains amies...
    bye
    bye
    Administratrice


    Masculin
    Nombre de messages : 8993
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par bye Sam 19 Avr - 6:01

    Cacophonie gouvernementale ou tourbillon médiatique
    destiné à noyer dans un flot de nouvelles diverses et
    variées des mesures impopulaires ? Les deux à la fois ?
    Difficile de répondre. Une chose est sûre : de la
    suppression de la carte SNCF « famille nombreuse » à la
    fin du remboursement des lunettes, de la baisse du
    nombre d'enseignants à la réforme hospitalière en
    passant par celle de l'indemnisation chômage, les
    dispositions annoncées par le gouvernement français
    vont dans un seul sens, sans déborder d'un iota de leur
    objectif : réduire les dépenses sociales. Le tout
    enrubanné d'un discours policé.

    Ainsi, il paraît que l'on doit désormais bannir du
    vocabulaire toute référence à la « carte hospitalière »
    (de très mauvaise réputation depuis le début des années
    2000, car elle a servi de fer de lance aux fermetures
    de petits hôpitaux). M. Nicolas Sarkozy, qui a rendu
    publics, le 17 avril, les grands axes de la « réforme »,
    préfère parler de « nouveau paysage hospitalier » -
    lequel comptera 200 hôpitaux de moins d'ici 2010. Même
    souci de forme chez M. Claude Evin, ancien ministre
    socialiste de la santé et fervent partisan de ce
    nouveau tour de vis dans lequel il ne voit que
    « mutations en douceur » - expression plus appropriée,
    assure-t-il, que « fermetures ». Maternités locales et
    hôpitaux de proximité disparaîtront donc... mais sans
    brutalité. D'ores et déjà, on voit se profiler des
    « déserts médicaux » (il faut parfois faire 80 ou 100 km
    pour accoucher, par exemple), tandis que les grands
    centres hospitaliers aux plateaux techniques de pointe
    sont encombrés pour des soins banals.

    Le projet présidentiel confirme une réorganisation en
    réseau, dont le principe aurait pu être intéressant
    s'il n'offrait un partage démesurément favorable aux
    cliniques privées (qui prendront plus en charge la
    chirurgie et la médecine programmées - plus rentables -,
    et laisseront au secteur public les pathologies
    lourdes - plus coûteuses). Il prévoit également de
    donner tout pouvoir à un directeur unique (exit les
    médecins et les élus). Bien gérer avant de bien
    soigner. Or, les vrais problèmes de l'hôpital public
    - un manque de médecins (avec le numerus clausus, on est
    passé à 2 500 formés par an contre 8 500 il y a vingt ans),
    une pénurie d'infirmières, l'organisation des urgences -
    sont renvoyés à des échéances indéterminées....

    Autre secteur en ligne de mire : les prestations
    sociales. L'allocation familiale majorée pour les
    enfants de 11 ans est supprimée ; elle ne sera versée
    qu'à partir de 14 ans et augmentée de 60 euros. Le
    manque à gagner pour les ménages est évalué à 138 millions
    d'euros par la Caisse nationale des allocations familiales
    elle-même (CNAF). Dans le même esprit, le gouvernement
    avait planifié la suppression de la carte famille nombreuse
    de la SNCF, qui donne droit à des réductions, compensées
    par l'Etat, auprès du service public. Devant le tollé général,
    la décision est suspendue. Tout comme la proposition de la
    ministre de la Santé, Mme Roselyne Bachelot, de supprimer le
    remboursement des lunettes. Mais ce n'est que partie
    remise, alors que les dépenses d'optique font déjà
    partie des soins auxquels renoncent les familles, faute
    de moyens. Le candidat Sarkozy n'hésitait d'ailleurs pas
    à décréter qu'il fallait « porter les remboursements des
    lunettes à 50 % »...


    ... Lire la suite de cet article inédit de Martine BULARD :

    http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-04-18-Social

    Contenu sponsorisé


    Monde Diplo - Page 3 Empty Re: Monde Diplo

    Message par Contenu sponsorisé


      La date/heure actuelle est Mer 29 Juin - 7:22