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    Message par jeffe Jeu 26 Juin - 10:07

    Posté de la part de JJ

    La pensée de Lytta Basset
    Sainte Colère

    un justificatif à la révolte et à la rébellion

    mardi 14 octobre 2003, par frere francois

    « Résister »...

    Le mot fut gravé dans la pierre par Marie Durand, protestante ardéchoise qui, par fidélité à sa foi réformée, resta enfermée trente-huit ans, avec d’autres prisonnières, dans la Tour de Constance d’Aigues-Mortes....

    Comme tant d’autres sous d’autres cieux, elle n’opposa pas à l’agression une contre-violence symétrique mais ouvrit une troisième voie : une résistance granitique, une volonté inébranlable de rester fidèle à elle-même, quelles que soient les conséquences... car cela lui importait plus que la vie.

    On le voit, le regard est orienté autrement. Au lieu de chercher les moyens de contrer autrui, de le maitriser, voire de l’éliminer, on se concentre entièrement sur qui l’on est :
    qu’est-ce qui, en moi, doit être sauvé à tout prix pour que ma vie soit envisageable ?
    À quoi ne serai-je jamais, et sous aucun prétexte, prêt à renoncer ?
    Comment faire mieux connaissance avec ce « moi je suis » qui ne se laissera jamais réduire au silence ?(...)

    On parle souvent des « malheurs de Job » et de sa déchéance sociale - « pauvre comme Job ».
    Pourquoi ne dit-on pas « la colère de Job » ?
    La plupart de ses propos sont pourtant proférés sur le registre de la plainte véhémente, du reproche, de l’agression.
    et son nom est d’ailleurs tout un programme sa racine voulant dire être hostile ( ou objet d’hostilité)

    Il représente l’humanité souffrante qui, se voyant constamment acculée à choisir entre agresser ou être agressé, découvre peu à peu la troisième voie - ce pouvoir de faire face à l’AUTRE,
    cette volonté indéracinable de rester solidaire de soi-même,
    ce consentement à la confrontation avec autrui, quoi qu’il en coûte.

    Cette opposition prendra différentes formes : depuis le refus jusqu’à l’affrontement en passant par la mise en cause, la contestation, la protestation, l’interpellation plus ou moins violente, la contradiction et le reproche...
    ce qui est perçu par l’un comme une violence insupportable est désigné par l’autre comme une « contestation » ...
    ce que nous avons un jour vécu comme un affrontement peut nous paraitre, plus tard, une simple mise en cause....

    C’est bien connu : plus on est fragile, moins on supporte la critique. Il convient donc de nommer le plus exactement possible, à l’intérieur de cette famille de mots, celui qui correspond à ce que nous sommes capables de mettre en oeuvre pour le moment : de la timide mise en cause d’autrui jusqu’à la confrontation claire et nette, il y a tout un chemin à parcourir mais, dès les premiers pas, il s’agit déjà d’exercer le pouvoir humain de s’affirmer face à l’AUTRE.

    Par AUTRE, il faut entendre tout ce qui nous arrive,
    tout ce qui arrive sur nous en nous faisant violence,
    sans qu’on nous ait demandé notre avis...
    sans que nous ayons accepté d’y participer.

    C’est AUTRE ...

    cela peut venir des humains, de Dieu, des circonstances de la vie....

    Cela réveille, suscite et re-suscite notre capacité à prendre position pour nous-mêmes.

    Cela nous pousse à prendre parti pour nous,
    à prendre notre propre défense...
    même s’il faut pour cela accuser et rejeter cet AUTRE qui prétendait nous coloniser.

    Le combat qui s’engage avec lui est peut-être le défi fondamental de toute existence : on y devient le vis-à-vis d’un AUTRE qui était déjà là...

    Lytta Basset tente de montrer comment la colère peut structurer la foi.
    On peut ne jamais finir d’osciller entre pulsion de vie et pulsion de mort, à l’instar de Freud qui se représentait la vie ainsi : un combat sans fin entre Éros et Thanatos, la mort.

    « Les efforts d’Éros pour unir et rassembler les hommes se heurtent à la persistance de ces rejetons de la pulsion de mort que sont les agressions et les violences ... Oscillation désespérante... qui rend notre cheminement si peu assuré, si marqué de quelque boiterie inguérissable."(L. Beirnaert.)

    On jette alors un regard désabusé sur la silhouette de Jacob qui s’éloigne du Jabboq en boitant...

    On peut également passer sa vie en otage des « malheurs de Job »...
    sans jamais se décider à prendre en compte l’injustice dont on souffre encore et indéfiniment....

    La violence imposée par l’AUTRE n’est alors jamais reconnue comme telle...
    ni colère ni combat ne voient le jour....( le cocon)

    L’infection est interne.
    Elle se montre sous la forme d’une amertume chronique :

    « Qui a mis en moi, qui y a semé ces germes d’amertume, puisque je suis tout entier I’oeuvre de mon Dieu très doux ? » dit St Augustin

    Enfin, on peut se murer dans l’alibi de l’Impardonnable, la mise en avant d’un Tragique à jamais insurmontable....

    On fait alors du drame de sa propre vie un aboutissement qu’on se refuse à mettre en question....
    On se met définitivement à l’abri de tout affrontement, y compris avec l’Être....

    Pourtant la colère pourrait ouvrir la voie à l’anti-Tragédie ?
    Oser se fâcher contre l’Être plutôt que de courber l’échine...

    Assumer intégralement sa souffrance aboutit à se redresser, debout face à l’AUTRE par lequel on avait été terrassé.

    Sans cette prise de conscience de ce dont on est capable,
    sans cette vérification de sa propre puissance par l’affrontement avec l’AUTRE,
    on garde toujours un doute sur sa capacité à faire face au Tragique.

    Ainsi la « colère », avec toutes les colorations qui sont les siennes, est selon Lytta constitutive d’une foi vivante :
    c’est par une telle expérience, toujours renouvelée, que se structure notre vie croyante en passe de devenir adulte.

    Saine réaction à la violence injuste venue d’un AUTRE incompréhensible, elle nous entraine à pousser l’Être dans ses retranchements parce que nous ne pouvons pas reculer davantage dans les nôtres

    Plus lucide est notre regard sur la violence subie,
    plus déterminée se fait notre mise en cause de l’AUTRE : ainsi s’exacerbe notre besoin d’avoir un vis-à vis, sans lequel on donne au Tragique le dernier mot.

    La colère du Nazaréen est une aide précieuse pour marcher dans cette direction.

    Certains propos, adressés à ses interlocuteurs, et certains gestes relatés par les évangélistes nous font voir sa colère à I’oeuvre.

    Ainsi, au moment de guérir un lépreux pour la première fois, dans l’évangile de Marc, Jésus fut « pris de compassion » ou, selon certains manuscrits, « pris de colère ».
    Or, le lépreux le suppliait en disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier » (1,40).

    Il semble bien que dans le texte original, il y ait eu la compassion.
    Mais la variante de la colère est intéressante car elle nous met sur la voie d’une colère particulière : celle qui est revendication de la différence, désir de ne pas être entraîné dans la confusion.

    L’impureté qui tue le lépreux physiquement et socialement désigne notre hantise de la contagion par ce qui n’est pas nous et menace notre intégrité et Jésus s’oppose violemment à ce que la lèpre symbolise : l’interdiction d’être autonome, clairement différencié, « pur » des compromissions avec la mort.

    Accueillir sa propre colère, comme le Nazaréen, à plus forte raison si l’on en comprend l’enjeu...
    il s’agit chaque fois de trouver sa voie, d’accéder à sa différence, de refuser toute confusion avec ce qu’on n’est pas.

    Le deuxième passage relate la guérison d’un homme à la main « desséchée ».
    Avant de le guérir, Jésus « regarde [les pharisiens] à la ronde avec colère, compatissant à la dureté de leur coeur » (Mc 3,5).

    Là encore, on dirait que colère et compassion font bon ménage, la vraie compassion n’entraîne jamais dans la confusion ; la colère dit cette distance avec autrui dysfonctionnant, sans laquelle la différenciation serait impossible
    (vous êtes vous, je suis moi, libre d’obéir au « souffle du Seigneur qui repose sur » moi) - distance sans laquelle la compassion aussi serait impossible.

    Ce lien essentiel et mystérieux entre compassion et colère au sens large commence déjà à nous oriente vers cette tout autre conception de la colère que la Bible envisage.

    La colère de Jésus est encore mentionnée en Mc 10, 14 lorsque ses disciples rabrouent des personnes qui lui amènent des enfants à bénir : il « s’emporte », « bouillonne », « vivement irrité » ou « indigné », et à nouveau se désolidarise des usages socio-religieux contraignants.

    Cette fois, c’est à ses disciples qu’il résiste et s’oppose :
    vous êtes vous et je suis moi,
    il y a en moi un petit enfant que j’ai accueilli comme on accueille le Royaume lui-même,
    ... je ne me laisserai pas annexer par le monde des adultes religieux et bien-pensants.

    Colère de différenciation, encore !

    Or, Marc est le seul à témoigner de cette colère... et son évangile passe pour le plus ancien....
    Les textes parallèles, dans les autres évangiles, ne la rapportent pas : on le voit, la censure de la colère en milieu chrétien ne date pas d’hier !

    Or la civilisation grecque avait généralement fait de la colère une débâcle :
    il fallait procéder à une katharsis ...une purification des émotions car elles ne pouvaient qu’entraver la réflexion, nuire à la bonne conduite et rendre physiquement malade.
    La colère, comme toutes les passions, mettait les humains à la merci du premier manipulateur prêt à utiliser de telles énergies à son seul profit.
    Perte de contact avec le réel, la colère était à tuer dans I’oeuf : « Comme les corps à travers le brouillard, ainsi les choses paraissent plus grandes vues à travers la colère », remarque Plutarque au 1er siècle de notre ère .

    Pourtant, avec Sénèque et bien d’autres moralistes de l’Antiquité, il plaide contre le déferlement des émotions sans donner les moyens de le prévenir. Il n’envisage pas que la colère puisse être une énergie de vie à canaliser et se contente finalement de répéter qu’il faut lutter contre la colère... en ne se mettant pas en colère !

    « Il y a, en effet, mon compagnon, un premier moyen de renverser le tyran qu’est la colère, c’est de ne pas lui obéir, de ne pas l’écouter quand elle commande de crier fort, de jeter des regards terribles, de se débattre, mais au contraire de rester paisible, de ne point accroître sa passion, comme on ferait d’une maladie, par des convulsions et des hurlements Si la permission octroyée aux affligés de pleurer, de se lamenter entraîne avec les larmes une grande partie de la douleur, la colère, elle, est encore attisée par les actes et les paroles de ceux qui y sont en proie. »

    Mieux vaut donc considérer la colère comme un moteur capable de transformer une énergie potentiellement dévastatrice en cette violence de vie qui accompagne le processus de toute naissance.

    Être attentif à la colère authentique qui se cache derrière les paroles mensongères d’une paix glacée.
    Savoir discerner, en deçà de l’explosion de colère, la quête désespérée d’une justice.
    Savoir évaluer et apprécier le contre-pouvoir redoutable qu’est la colère au sens large, face aux idéologies de toutes natures, et le potentiel de transformation sociale que recèle le simple fait de penser autrement
    et de le dire.

    La colère nous apparaîtra alors comme un vrai facteur de changement personnel, mobilisant des forces insoupçonnées en vue d’une vie autre que prévu : jadis considéré comme normal, l’intolérable tout à coup n’est plus toléré ; on se met alors à parler une nouvelle langue, pour s’apercevoir qu’elle a valeur d’universalité... et que la bénédiction divine l’accompagne, comme la flamme de l’Esprit sur la tête et les lèvres de tous les témoins de la Pentecôte.

    La colère est un moment nécessaire de toute vie croyante. Il ne convient pas à mon sens de réduire le christianisme à un amour béat, mais à l’invitation de Lytta Basset de bien « considérer la colère comme un moteur capable de transformer une énergie potentiellement dévastatrice en cette violence de vie qui accompagne le processus de toute naissance ».

    Quand Jacob combat avec l’ange au gué du Yabboq ou lorsque Jésus rappelle qu’il n’est pas venu apporter la paix, on voit bien que la relation à Dieu , à l’ëtre, aux autres...ou à la Vie connaît des moments d’une violence structurante.

    Pour Lytta Basset il existe une « sainte » colère - un espace saint c’est-à-dire différencié, mis à part, où Dieu, l’Être, la Vie, l’Autre ou le Réel et l’humain peuvent s’affronter sans retenue et se trouver enfin ensemble dans la Bienveillance.

    Mais c’est de nuit - à une’ profondeur telle que le récit du combat de Jacob pourrait bien relater un rêve... un de ces rêves-événements plus déterminants que la réalité bien connue.

    Ce texte
    est extrait de l’introduction à " Sainte Colère" ouvrage de Lytta Basset paru aux éditions Bayard

      La date/heure actuelle est Sam 2 Juil - 11:02