LIBRE DISCUSSION DANS LES COULISSES DE DEMAIN

Débattons en toute liberté, dans le respect de l’autre, sur tous les sujets qui composent notre société : politique, économie, environnement, religion, philosophie, paranormal, sciences, famille, santé, mode, sexualité, loisirs, sports, divertissements…

Derniers sujets

» Cours libres - Debout ! Debout ! C’est maintenant que ça se passe...
par bye Dim 15 Avr - 9:08

» fascisme pas mort, hélas!
par bye Ven 6 Avr - 11:52

» Notre Dame des Landes ou l’art des grands projets inutiles
par bye Mar 3 Avr - 19:20

» MÉDECINS ET ASSOCIATIONS UNISSENT LEURS VOIX POUR RAPPELER L’URGENCE D’AGIR FACE À LA POLLUTION DE L’AIR
par bye Mer 28 Mar - 18:19

» BOMBARDEMENTS AU PROCHE ET MOYEN ORIENT : EXIGEONS LE RESPECT DU DROIT INTERNATIONAL PAR TOUS
par bye Jeu 22 Mar - 18:08

» Manifestation kurde anti-Erdogan à Bruxelles
par bye Mar 20 Mar - 7:23

» Les cigarettes électroniques, plus dangereuses que bénéfiques ?
par bye Mar 20 Mar - 7:13

» La métamatière et les créations
par Claude De Bortoli Jeu 15 Mar - 11:43

» Scandale sexuel : Oxfam présente ses excuses aux autorités haïtiennes
par bye Ven 9 Mar - 18:50

» SDF, il avait volé des sandwiches dans la poubelle d’Atac
par bye Ven 9 Mar - 18:40

» Malgré l’austérité, la France va dépenser 37 milliards pour son réarmement nucléaire
par bye Ven 9 Mar - 18:31

» La pauvreté s’installe...
par bye Mar 6 Mar - 10:58

» large victoire des grévistes d’HEMERA - HOLIDAY INN
par bye Ven 16 Fév - 10:40

» jeunes à la rue dans le grand froid : faire connaitre est déjà un combat
par bye Mer 14 Fév - 18:07

» National ou civique ou militaire : en arrière-plan du service obligatoire, la militarisation des élèves
par bye Lun 5 Fév - 13:03

» ARRIVÉES ET DEMANDES D'ASILE EN BAISSE EN 2017 EN EUROPE
par bye Mar 30 Jan - 18:29

» Les véritables enjeux des réformes éducatives de Jean-Michel Blanquer
par bye Mar 30 Jan - 15:00

» Contre la sélection à l’université : "On veut de l’inattendu !"
par bye Mar 23 Jan - 19:19

» Les policiers français ont abattu 18 personnes en 2017
par bye Ven 19 Jan - 7:43

» Acheter permis de conduire français
par Pipoinzaghi Mar 16 Jan - 16:02

» Journée internationale des droits de l’Homme : en Birmanie des espoirs déçus
par bye Sam 6 Jan - 7:52

» Tapis dans le bocage : la vérité sur les armes secrètes des "zadistes"
par bye Ven 29 Déc - 14:32

» Victoire du Secours populaire contre le maire F.N. d’Hayange
par bye Mer 20 Déc - 21:28

» Peut-on renvoyer les demandeurs d’asile vers des « pays tiers sûrs » ?
par bye Mar 19 Déc - 19:52

» Une montée des violences envers les migrants à travers l'Europe :
par bye Ven 15 Déc - 18:54

» Défendre et renforcer les CHSCT !
par bye Mar 5 Déc - 12:59

» Nuage de Ruthénium-106 sur l’Europe : que s’est-il réellement passé ?
par bye Mar 28 Nov - 12:35

» Dossier sur "l’affaire du stage de Sud éduc 93"
par bye Lun 27 Nov - 12:34

» Appel de Raymond Millot : Un projet émancipateur face aux dangers de l’anthropocène
par bye Mar 21 Nov - 12:54

» Les émissions de CO2 repartent à la hausse
par bye Ven 17 Nov - 17:05

» l’idéologie du consentement, outil d’émancipation ou d’isolement individuel ?
par bye Lun 13 Nov - 12:21

» Droit au logement opposable : le bilan chiffré 2008-2016
par bye Jeu 9 Nov - 20:02

» La rétention des « dublinés », dans l’attente d’un transfert, est contraire au règlement Dublin
par bye Lun 6 Nov - 18:33

» Face à la situation en Catalogne
par bye Mer 1 Nov - 11:33

» ACTUALITÉ SOCIÉTÉ ET POLITIQUE
par bye Sam 21 Oct - 10:37

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:32

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:32

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:31

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:31

» Bus de la honte : ne laissons pas l’avenir aux réactionnaires
par bye Sam 14 Oct - 12:44

» La métamatière et le peuple
par Claude De Bortoli Ven 6 Oct - 9:27

» Vers un retour du délit de solidarité ?
par bye Sam 30 Sep - 6:45

» Dossier : de l’École capitaliste à l’éducation émancipatrice
par bye Mer 13 Sep - 19:07

» Education : le « désastre » d’un enseignement tiré vers le bas...
par bye Lun 4 Sep - 12:13

» Offre de prêt entre particuliers rapide en 72h
par BastienL Dim 13 Aoû - 19:49

» Jean Gadrey, économiste : “Il faut remettre la réduction du temps de travail au cœur du débat public”
par bye Mar 8 Aoû - 19:04

» Le « chavo-madurisme » n’est rien moins qu’une dictature pure et simple
par bye Dim 6 Aoû - 18:52

» Gel des postes et du budget de l’éducation nationale : non, cette école ne nous convient pas !
par bye Mer 12 Juil - 13:56

» G 20 Hambourg
par bye Lun 10 Juil - 11:51

» Handicapée, je ne peux continuer à enseigner dans mon académie
par bye Mer 5 Juil - 6:21

» Pour une éducation populaire féministe
par bye Lun 12 Juin - 18:20

» La CNT a écrit aux Éditions Belin
par bye Mar 6 Juin - 10:20

» Blanquer ministre de l’Education nationale : au secours, Sarkozy revient !
par bye Jeu 25 Mai - 11:08

» L'accaparement des terres en Birmanie
par bye Mer 17 Mai - 18:42

» Un enseignant kurde témoigne...
par bye Lun 15 Mai - 17:50

» La métamatière et le Roi de la Terre
par De Bortoli Claude Mar 2 Mai - 9:52

» Au-delà des élections
par bye Mer 26 Avr - 17:26

» Les Etats-Unis ont utilisé leur plus puissante bombe non-nucléaire en Afghanistan, une première
par bye Dim 23 Avr - 18:35

» « Pourquoi nous sommes en grève de la faim dans les prisons d’Israël »
par bye Dim 23 Avr - 18:31

» « Enculé, ordure ! ». Philippe Poutou insulté par les flics
par bye Dim 23 Avr - 18:25

» La Sécurité sociale, une assistance ou un droit ?
par bye Dim 23 Avr - 18:22

» Birmanie: pour établir un mécanisme indépendant de réexamen de tous les cas de prisonniers politiques
par bye Ven 21 Avr - 6:02

» Gatti est mort. A la Parole Errante ses mots résonnent encore !
par bye Mer 12 Avr - 18:21

» Turquie : appel urgent au monde enseignant, aux associations et syndicats…
par bye Lun 3 Avr - 18:21

» APPEL À LA MOBILISATION CONTRE LE PROCHAIN SOMMET DE L’OTAN !
par bye Sam 1 Avr - 5:30

» Communiqué de presse de SUD éducation Guyane du 28 mars
par bye Jeu 30 Mar - 10:16

» Qu’est-ce qui ne va pas avec l’arabe à l’école ?
par bye Ven 24 Mar - 12:03

» Libérons l'oisiveté !
par bye Ven 17 Mar - 19:05

» Quand Espérance banlieues bat la campagne
par bye Ven 17 Mar - 19:00

» 8 mars : luttons toutes et tous pour l’égalité des droits !
par bye Mer 8 Mar - 11:01

» Désarmer la police, la proposition pas si saugrenue du NPA
par bye Mar 7 Mar - 12:50

» Fin du dispositif des Caomi: quelle orientation pour les mineurs isolés de Calais ?
par bye Sam 4 Mar - 9:58

» Les fonctionnaires répondent aux "menaces" de Marine Le Pen
par bye Sam 4 Mar - 6:25

» Réduction des indemnités et contrôles drastiques : Macron s’attaque aux chômeurs
par bye Sam 4 Mar - 6:22

» L'avenue Serge Dassault à Corbeil-Essonnes doit être débaptisée !
par bye Sam 4 Mar - 6:20

» Nouvelle révélation du Canard Enchainé : les copinages de Hamon et LVMH
par bye Sam 4 Mar - 6:18

» Une nouvelle menace pour les étrangers
par bye Mar 21 Fév - 12:02

» "Vous êtes la candidate du nanti-système", lance Charline Vanhoenacker à Marine Le Pen
par bye Lun 20 Fév - 20:30

» Vaccins : Marisol Touraine va-t-elle faire respecter la loi ou satisfaire les labos ?
par bye Lun 20 Fév - 20:26

» La tension monte d’un cran entre les Etats-Unis et le Venezuela
par bye Lun 20 Fév - 20:23

» Vandana Shiva : « Gandhi est plus pertinent qu’il ne l’a jamais été »
par bye Lun 20 Fév - 20:16

» Vague de froid en Europe : les migrants vulnérables
par bye Mar 7 Fév - 17:59

» Le centre pour les femmes et les familles migrantes a ouvert ses portes à Paris
par bye Mar 7 Fév - 17:56

» Des incidents éclatent à Aulnay-sous-Bois après les soupçons de viol de policiers
par bye Lun 6 Fév - 18:23

» Le maire rejette l'étude d'UFC-Que choisir sur l'eau potable
par bye Lun 6 Fév - 18:20

» DOCUMENT. Voici le contrat de travail de Penelope Fillon
par bye Lun 6 Fév - 18:17

» Le Hezbollah scrute avec inquiétude la nouvelle politique américaine au Moyen-Orient
par bye Lun 6 Fév - 18:14

» Huit hommes possèdent autant que la moitié de la population mondiale
par bye Mer 18 Jan - 20:06

» Délinquants solidaires : Pour en finir avec le délit de solidarité
par bye Mer 18 Jan - 13:29

» votre permis de conduire à portée de main
par neil89 Ven 13 Jan - 23:51

» Poursuivre la mobilisation pour une carte élargie des lycées de l’Education Prioritaire, en grève le 10 janvier !
par bye Mar 10 Jan - 11:50

» Grenade de désencerclement : un CRS mis en examen
par bye Sam 7 Jan - 20:59

» Les trois visages du vote FN
par bye Sam 7 Jan - 20:46

» Les deux jambes du militantisme
par bye Sam 7 Jan - 20:37

LE SITE

Dans Les Coulisses de Demain

FORUMS & SITES AMIS

FORUM EST INSCRIT SUR


    Luttes à couteaux tirés en Arabie saoudite

    Partagez
    avatar
    bye
    Administratrice

    Masculin
    Nombre de messages : 8790
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Luttes à couteaux tirés en Arabie saoudite

    Message par bye le Dim 1 Fév - 19:51

    Sous le masque d’une transition tranquille, l’accession de Salman ben Abdelaziz Al-Saoud au trône, quelques heures après l’annonce du décès du roi Abdallah, cache de féroces luttes pour le pouvoir que reflètent les premières nominations imposées par le nouveau souverain.

    Au moment de la disparition du roi Abdallah, tout est mis en œuvre pour donner à voir une famille royale forte et unifiée autour du nouveau leadership : la transmission du pouvoir s’est faite sans hésitation, dans les délais et en respectant la tradition locale. Néanmoins, de subtils actes manqués révèlent que les luttes de factions au sein de la famille prennent une nouvelle dimension. Dès son arrivée au pouvoir, le roi Salman démet, entre autres personnes, Khaled Al-Touwaijri, le plus fidèle collaborateur de son prédécesseur. Il nomme des membres de sa faction, notamment aux postes de vice-prince héritier, ministre de la défense et directeur du cabinet royal. Si ce type d’agissements peut paraître banal, il implique dans le cas saoudien un double changement : la consécration d’une faction au détriment des autres et la montée en puissance des princes de la troisième génération des Saoud. Loin de régler définitivement le problème épineux de la succession et de la distribution du pouvoir, cette nouvelle configuration risque d’exacerber encore plus les tensions au sein de la famille régnante, surtout quand la transition générationnelle s’approche à grands pas. Lever le voile sur les enjeux, énormes, autour de la question de la succession nécessite d’inscrire ce phénomène dans la longue durée de l’histoire saoudienne.

    LA SUCCESSION ADELPHIQUE, PÉCHÉ ORIGINEL

    Le problème de la succession est le talon d’Achille des Saoud depuis le XIXe siècle. Cela est dû essentiellement à la règle adelphique qu’ils ont adoptée1. Conformément à ce mode horizontal de transmission du pouvoir, très répandu dans le monde musulman et ailleurs, tous les frères de la famille régnante sont des souverains en puissance que seule la fortune peut départager. Autrement dit, c’est le plus puissant d’entre eux qui accède au pouvoir. Cela provoque régulièrement des crises de succession, notamment durant les périodes de transition générationnelle. Chaque prétendant essaie en effet de monopoliser le pouvoir et de le transmettre à ses propres descendants qui, à leur tour, reproduisent quasiment le même schéma. Les crises à répétition provoquent l’affaiblissement du groupe dominant, favorisent l’ingérence étrangère et peuvent à terme entraîner l’effondrement de l’édifice étatique comme l’illustre bien le cas saoudien. En effet, deux émirs ont été assassinés (Turki et Mishari), trois autres ont été déposés (Fayçal, Khaled et Thounayyan), plusieurs guerres de succession ont opposé les membres de la famille (la dernière a duré environ un quart de siècle) et plusieurs interventions étrangères ont été enregistrées (les Ottomans et les Al-Rachid). La crise de succession a même été la cause principale de la chute de la dynastie en 1891.

    Après le rétablissement du pouvoir familial sur la plus grande partie de la péninsule arabique, le roi Abdelaziz (1902-1953) ne fait rien pour établir des règles de succession capables d’éviter au royaume naissant les luttes fratricides, le moment de la transition générationnelle venu. Il se contente d’éliminer toutes les autres branches de la famille, notamment ses frères et ses cousins germains, pour laisser le terrain libre à ses propres enfants.

    L’ÉMERGENCE DES FACTIONS

    Même si le fondateur de l’Arabie saoudite moderne nomme son fils Saoud héritier présomptif, il prend soin d’instaurer ce que j’appelle un système de multi-domination : il partage en quelque sorte l’État entre un certain nombre de ses fils. Cette entreprise a engendré à moyen terme la multiplication des centres de pouvoir. Par ailleurs, le maintien du système de succession adelphique complique les choses un peu plus en faisant de tous les descendants d’Abdelaziz des prétendants en puissance, ce qui a engendré une crise politique à sa disparition (le roi laisse 34 fils).

    Les premières années du règne de Saoud (1953-1964) sont marquées par un partage du pouvoir ente les membres éminents de la famille régnante. Mais ce roi veut renouer avec la tradition familiale : écarter ses frères en faveur de ses fils. Une coalition familiale se met en place très rapidement et réussit à le déposer avec la bénédiction des oulémas en 1964 après six années de luttes acharnées.

    Le règne de Fayçal (1964-1975) est marqué par la consécration de la multi-domination. Chaque prince-ministre, prince-gouverneur et prince-PDG se taille un fief qu’il dirige de manière autonome. Si ce système permet à la famille de contrôler étroitement les différents rouages de l’État, il provoque néanmoins des dysfonctionnements importants. Il a fallu trouver un outil pour surmonter ce problème. Un organe informel voit le jour : le conseil de la famille royale. Il s’impose très rapidement comme un centre de décision important.

    Pour avoir du poids dans ce conseil et ailleurs, plusieurs grands princes créent des factions. Celles-ci sont constituées de membres de la famille et de leurs clients issus des différentes couches de la société. Même s’il a une prééminence morale et juridique, le roi lui-même doit recourir à une faction de princes contrôlant différents secteurs pour pouvoir disposer d’une marge de manœuvre et avoir son mot à dire dans le processus de prise de décision. Autrement dit, le souverain n’est qu’un primus inter pares2, ce qui fait du régime saoudien une collégialité familiale.

    Ainsi, Fayçal s’est beaucoup appuyé sur la faction menée par ses demi-frères Fahd, Sultan, Nayef, Salman, Abd al-Rahman, Ahmad et Tourki. Ces sept frères germains (issus d’une même mère) sont appelés les Soudayris, nom de famille de leur mère. Leur influence ne cesse de croître, surtout après l’accession de leur chef, Fahd (1982-2005), au poste de prince héritier en 1975 puis à celui de roi. Même si les Soudayris ont été obligés d’accepter leur demi-frère Abdallah comme prince héritier en 1982, tout laisse penser qu’ils vont monopoliser le pouvoir. Mais l’embolie cérébrale qui frappe Fahd en 1995 donne un coup de frein à cette ascension. Les dix années de semi-régence d’Abdallah permettent aux autres factions de revenir dans la compétition.

    CONSTITUTIONNALISATION DE LA SUCCESSION ?

    Pour faire face aux revendications politiques qui ont suivi l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990, le roi Fahd est contraint de prendre un certain nombre de mesures, dont la promulgation d’une loi fondamentale en 1992. Cette loi est le premier document officiel qui donne un cadre juridique à la question de la succession, quoique d’une manière laconique et en des termes évasifs. En effet, l’alinéa b de l’article 5 stipule que « le pouvoir se transmet uniquement aux fils du roi fondateur Abdelaziz et à ses petits-fils. Le plus capable d’entre eux est reconnu roi ». Ce court passage pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Alors que depuis la mort d’Abdelaziz, la compétition ne concerne que 34 personnes (les frères encore en vie) — ce qui est au demeurant déjà très coûteux politiquement et économiquement —, le roi Fahd étend cette compétition à des centaines de prétendants !

    L’accession au trône d’Abdallah (2005-2015) met fin au modus vivendi avec les Soudayris et permet aux luttes de reprendre de plus belle. Le nouveau roi utilise toutes les ressources dont il dispose pour tenter de casser le monopole de ses rivaux et de préserver ainsi le système de multi-domination. Il crée par exemple le comité de l’allégeance en 2006 pour désigner les futurs monarques du pays. L’objectif principal de ce comité est de prévenir l’arrivée d’un autre Soudayri au pouvoir après le prince héritier Sultan, d’autant qu’il est malade à l’époque. Mais les manœuvres d’Abdallah échouent à cause de la force de frappe de ses demi-frères et de leurs alliés (ils contrôlent, entre autres, les ministères de la défense et de l’intérieur, les plus importantes provinces du royaume et les principaux médias). Le roi est obligé, sans passer par le comité d’allégeance, de nommer Nayef, l’homme fort de la faction soudayrie, second vice premier ministre en 2009, c’est-à-dire futur prince héritier. Cet acte rend de fait caduc le comité d’allégeance.

    Les décès successifs de Sultan et Nayef en 2011 et 2012 semblent redonner espoir à Abdallah même si c’est un autre Soudayri, Salman, qui devient prince héritier. Il tente un coup de poker : créer la fonction de vice-prince héritier à laquelle il nomme son plus jeune demi-frère, Mouqrin (qui n’est pas un Soudayri). Au moins deux objectifs à cela : éviter que les Soudayris ne se succèdent au trône et retarder la transition générationnelle pour permettre à ses fils de bien s’y préparer. Dans cette perspective, il nomme son fils Miteb ministre de la garde nationale et deux autres fils gouverneurs de provinces importantes.

    LA TRANSITION DE TOUS LES PÉRILS

    Abdallah n’est pas le seul à pousser ses rejetons au-devant de la scène. Depuis plusieurs années déjà, des princes de la troisième génération occupent des postes-clés. Les choses se sont même accélérées après 2011 pour des raisons évidentes. Une transition générationnelle, aux contours flous, semble se dessiner. Mais la gérontocratie peut avoir encore de beaux jours devant elle, d’autant que lorsque le 23 janvier 2015 le roi Abdallah décède à 94 ans, c’est Salman, 81 ans, qui lui succède, avec pour prince héritier Mouqrin, 72 ans. On est en droit d’imaginer que si ces deux derniers règnent suffisamment longtemps, les prétendants de la troisième génération (aujourd’hui en majorité des quinquagénaires et des sexagénaires), auront atteint le même âge. Le cycle gérontocratique infernal pourrait ainsi se reproduire sans une rupture, naturelle ou provoquée, qui semble de plus en plus nécessaire pour faire face aux défis internes et régionaux.

    Quelques heures seulement après son intronisation, Salman nomme son neveu et homme fort du régime, Mohamed Ben Nayef (55 ans), vice-prince héritier et son propre fils, Mohamed Ben Salman (35 ans), ministre de la défense et directeur du cabinet royal. Ces deux nominations donnent à voir une transition en marche et une volonté des Soudayris de monopoliser le pouvoir face à des factions adverses qui, même affaiblies, conservent une capacité de nuisance non négligeable. Le processus entamé par Salman s’annonce douloureux, d’autant que les luttes commencent déjà au sein même de la faction des Soudayris ! Ainsi Salman n’a eu aucun scrupule à chasser les enfants de son frère germain Sultan du ministère de la défense pour faciliter la tâche à son propre fils. Ce dernier dispose désormais des moyens nécessaires pour concurrencer son cousin germain Mohamed ben Nayef. La lutte entre les deux hommes s’annonce longue et dure. Si Ben Nayef a l’avantage de l’expérience et du réseau, le benjamin du régime a, lui, l’avantage de l’âge. Plus la transition générationnelle à la tête du royaume tarde à venir, plus Ben Salman a une chance de régner un jour.

    Quels que soient les scénarios, la question de la succession demeurera à moyen terme la pomme de discorde au sein des Saoud. Elle sera sans doute la principale fenêtre d’opportunité par laquelle le changement s’introduira. Cela devrait passer nécessairement par l’affaiblissement, voire l’anéantissement, du système de multi-domination — très coûteux à tous les niveaux — et l’installation à terme de la primogéniture. C’est à ce prix que l’Arabie saoudite pourra faire face aux revendications sociopolitiques internes et à ses responsabilités régionales.

    NABIL MOULINE
    1NDLR. Du grec ancien adelphikos : fraternel, dont il est le synonyme. Une succession adelphique signifie qu’un frère succède à un frère.
    2NDLR. Littéralement « premier parmi les pairs ». L’expression désigne une personne qui préside une assemblée sans avoir de pouvoirs propres, selon un principe d’égalité formelle.
    NABIL MOULINE
    Chargé de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales (CNRS-EHESS). Auteur de Les clercs de l’islam. Autorité religieuse et pouvoir politique en Arabie Saoudite (XVIIIe-XXIe siècle), PUF, 2011 et de Le califat imaginaire d’Ahmad al-Mansûr. Pouvoir et diplomatie au Maroc au XVIe siècle, PUF, 2009.
    SOUTENEZ ORIENT XXI

    http://orientxxi.info/magazine/luttes-a-couteaux-tires-en-arabie,0796




      La date/heure actuelle est Sam 21 Avr - 8:40