LIBRE DISCUSSION DANS LES COULISSES DE DEMAIN

Débattons en toute liberté, dans le respect de l’autre, sur tous les sujets qui composent notre société : politique, économie, environnement, religion, philosophie, paranormal, sciences, famille, santé, mode, sexualité, loisirs, sports, divertissements…

Derniers sujets

» Gel des postes et du budget de l’éducation nationale : non, cette école ne nous convient pas !
par bye Mer 12 Juil - 13:56

» G 20 Hambourg
par bye Lun 10 Juil - 11:51

» Handicapée, je ne peux continuer à enseigner dans mon académie
par bye Mer 5 Juil - 6:21

» Pour une éducation populaire féministe
par bye Lun 12 Juin - 18:20

» La CNT a écrit aux Éditions Belin
par bye Mar 6 Juin - 10:20

» Blanquer ministre de l’Education nationale : au secours, Sarkozy revient !
par bye Jeu 25 Mai - 11:08

» L'accaparement des terres en Birmanie
par bye Mer 17 Mai - 18:42

» Un enseignant kurde témoigne...
par bye Lun 15 Mai - 17:50

» La métamatière et le Roi de la Terre
par De Bortoli Claude Mar 2 Mai - 9:52

» Au-delà des élections
par bye Mer 26 Avr - 17:26

» Les Etats-Unis ont utilisé leur plus puissante bombe non-nucléaire en Afghanistan, une première
par bye Dim 23 Avr - 18:35

» « Pourquoi nous sommes en grève de la faim dans les prisons d’Israël »
par bye Dim 23 Avr - 18:31

» « Enculé, ordure ! ». Philippe Poutou insulté par les flics
par bye Dim 23 Avr - 18:25

» La Sécurité sociale, une assistance ou un droit ?
par bye Dim 23 Avr - 18:22

» Birmanie: pour établir un mécanisme indépendant de réexamen de tous les cas de prisonniers politiques
par bye Ven 21 Avr - 6:02

» Gatti est mort. A la Parole Errante ses mots résonnent encore !
par bye Mer 12 Avr - 18:21

» Turquie : appel urgent au monde enseignant, aux associations et syndicats…
par bye Lun 3 Avr - 18:21

» APPEL À LA MOBILISATION CONTRE LE PROCHAIN SOMMET DE L’OTAN !
par bye Sam 1 Avr - 5:30

» Communiqué de presse de SUD éducation Guyane du 28 mars
par bye Jeu 30 Mar - 10:16

» Qu’est-ce qui ne va pas avec l’arabe à l’école ?
par bye Ven 24 Mar - 12:03

» Libérons l'oisiveté !
par bye Ven 17 Mar - 19:05

» Quand Espérance banlieues bat la campagne
par bye Ven 17 Mar - 19:00

» 8 mars : luttons toutes et tous pour l’égalité des droits !
par bye Mer 8 Mar - 11:01

» Désarmer la police, la proposition pas si saugrenue du NPA
par bye Mar 7 Mar - 12:50

» Fin du dispositif des Caomi: quelle orientation pour les mineurs isolés de Calais ?
par bye Sam 4 Mar - 9:58

» Les fonctionnaires répondent aux "menaces" de Marine Le Pen
par bye Sam 4 Mar - 6:25

» Réduction des indemnités et contrôles drastiques : Macron s’attaque aux chômeurs
par bye Sam 4 Mar - 6:22

» L'avenue Serge Dassault à Corbeil-Essonnes doit être débaptisée !
par bye Sam 4 Mar - 6:20

» Nouvelle révélation du Canard Enchainé : les copinages de Hamon et LVMH
par bye Sam 4 Mar - 6:18

» Une nouvelle menace pour les étrangers
par bye Mar 21 Fév - 12:02

» "Vous êtes la candidate du nanti-système", lance Charline Vanhoenacker à Marine Le Pen
par bye Lun 20 Fév - 20:30

» Vaccins : Marisol Touraine va-t-elle faire respecter la loi ou satisfaire les labos ?
par bye Lun 20 Fév - 20:26

» La tension monte d’un cran entre les Etats-Unis et le Venezuela
par bye Lun 20 Fév - 20:23

» Vandana Shiva : « Gandhi est plus pertinent qu’il ne l’a jamais été »
par bye Lun 20 Fév - 20:16

» Vague de froid en Europe : les migrants vulnérables
par bye Mar 7 Fév - 17:59

» Le centre pour les femmes et les familles migrantes a ouvert ses portes à Paris
par bye Mar 7 Fév - 17:56

» Des incidents éclatent à Aulnay-sous-Bois après les soupçons de viol de policiers
par bye Lun 6 Fév - 18:23

» Le maire rejette l'étude d'UFC-Que choisir sur l'eau potable
par bye Lun 6 Fév - 18:20

» DOCUMENT. Voici le contrat de travail de Penelope Fillon
par bye Lun 6 Fév - 18:17

» Le Hezbollah scrute avec inquiétude la nouvelle politique américaine au Moyen-Orient
par bye Lun 6 Fév - 18:14

» Huit hommes possèdent autant que la moitié de la population mondiale
par bye Mer 18 Jan - 20:06

» Délinquants solidaires : Pour en finir avec le délit de solidarité
par bye Mer 18 Jan - 13:29

» ACTUALITÉ SOCIÉTÉ ET POLITIQUE
par gramophone Sam 14 Jan - 11:34

» votre permis de conduire à portée de main
par neil89 Ven 13 Jan - 23:51

» Poursuivre la mobilisation pour une carte élargie des lycées de l’Education Prioritaire, en grève le 10 janvier !
par bye Mar 10 Jan - 11:50

» Grenade de désencerclement : un CRS mis en examen
par bye Sam 7 Jan - 20:59

» Les trois visages du vote FN
par bye Sam 7 Jan - 20:46

» Les deux jambes du militantisme
par bye Sam 7 Jan - 20:37

» Condamnés aujourd’hui pour avoir comparé Christiane Taubira à un singe
par bye Sam 31 Déc - 10:17

» Échapper au chaos
par bye Jeu 22 Déc - 17:53

» Le sénateur Carle coupable de détournement de fonds publics ? SUD éducation le dit depuis 2009 !
par bye Jeu 22 Déc - 15:06

» Maths : résoudre un problème
par bye Lun 12 Déc - 13:25

» Journée Internationale des droits de l'Homme: une situation inquiétante en Birmanie
par bye Dim 11 Déc - 11:17

» Comment les services de renseignement font la chasse aux employés des télécoms
par bye Sam 10 Déc - 18:54

» ET SI LE MASCULIN NE L’EMPORTAIT PAS SUR LE FEMININ ?
par bye Sam 10 Déc - 18:49

» Un document interne provoque un malaise à la SNCF
par bye Sam 10 Déc - 18:38

» Le gouvernement repousse l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes
par bye Sam 10 Déc - 18:29

» Légitime défense des policiers : faut-il tordre le droit ?
par bye Ven 9 Déc - 19:29

» Cadeau de fin d’année, un casier scolaire pour tous les marmots
par bye Mar 6 Déc - 13:59

» Violences policières, violences d’Etat
par bye Mar 6 Déc - 13:54

» La métamatière, les élites et les gouvernants
par De Bortoli Claude Ven 2 Déc - 9:54

» Comment les stups ont enfumé la justice
par bye Jeu 1 Déc - 12:26

» Quel opérateur
par bye Jeu 1 Déc - 12:24

» Fillon président ? Un coup de massue pour l’école
par bye Mer 30 Nov - 17:54

» « Pourquoi j’ai secouru des réfugiés. » Monument en l'honneur de Pierre-Alain Mannoni
par bye Mar 29 Nov - 13:06

» Jean-Luc Mélenchon ne passera pas au second tour de la présidentielle s'il ne se décide pas à parler au peuple
par bye Mar 29 Nov - 13:03

» Graeme Allwright : il t'a laissé la carte qui est si délirante qu'il n'aura plus jamais besoin d'une autre
par bye Mar 29 Nov - 13:00

» Mort de Fidel Castro : bilan de santé de la révolution castriste
par bye Mar 29 Nov - 12:57

» Vinci, piraté par des hacktivistes
par bye Ven 25 Nov - 18:38

» Le Mouvement de la Paix solidaire de la lutte des infirmières et infirmiers
par bye Ven 25 Nov - 18:35

» presentation de moi
par bye Ven 25 Nov - 18:30

» tests
par Matteo13 Mer 23 Nov - 7:48

» Un système d'accueil italien saturé face au nombre toujours aussi important d'arrivées
par bye Lun 21 Nov - 19:08

» Comment fonctionnera le « centre humanitaire » de Paris ?
par bye Lun 21 Nov - 19:06

» Un quart des enfants européens est menacé par la pauvreté
par bye Lun 21 Nov - 19:02

» Cuba : Le Conseil d’État décrète l’amnistie de 787 condamnés
par bye Sam 19 Nov - 11:11

» TURQUIE : Cesser la « chasse aux sorcières » à l’encontre des employé(e)s de l’éducation
par bye Jeu 17 Nov - 18:57

» Ces magnats français qui contrôlent les médias
par bye Dim 13 Nov - 12:23

» Chômage, retraites et revenu universel : et si un cocktail était la bonne solution ?
par bye Dim 13 Nov - 12:20

» L'ANTIRACISME ET LA GAUCHE RADICALE SONT-ILS IRRÉCONCILIABLES?
par bye Dim 13 Nov - 12:16

» L'Amérique de Donald Trump
par bye Dim 13 Nov - 12:09

» Un an après les élections en Birmanie ...
par bye Mar 8 Nov - 18:59

» Fichier des Français : les oublis et les erreurs de Cazeneuve et Urvoas
par bye Mar 8 Nov - 11:54

» Burkina Fasso : Grève dans l’éducation les 3 et 4 novembre
par bye Mar 8 Nov - 11:49

» "Ni rire, ni pleurer, ni haïr. Comprendre"
par bye Mar 1 Nov - 11:58

» Besoin de crédit personnel
par filhastreanne Lun 31 Oct - 2:32

» L’usage informationnel acritique d’Internet à l’école primaire
par gramophone Dim 30 Oct - 10:06

» Un maire serbe à Srebrenica, tout un symbole, 21 ans après le massacre
par bye Lun 24 Oct - 12:39

» L'Arctique : eldorado ou mirage?
par bye Lun 24 Oct - 12:36

» Après le viol et le meurtre barbare d'une adolescente, les Argentines ont arrêté de travailler
par bye Lun 24 Oct - 12:33

» Si la mise en scène des manifestations spontanées de policiers, organisées en pleine nuit dans les rues de Paris, ont pu surprendre les riverains, elles inquiètent également la majorité à l'approche de la présidentielle.
par bye Lun 24 Oct - 12:30

» Sommet de Bratislava : vers une convergence des approches "sécuritaires" sur les questions migratoires ?
par bye Jeu 20 Oct - 18:28

» Démantèlement de Calais : quel plan de répartition pour les migrants ?
par bye Jeu 20 Oct - 18:26

» Première défaite pour Viktor Orbán
par gramophone Jeu 20 Oct - 6:27

LE SITE

Dans Les Coulisses de Demain

FORUMS & SITES AMIS

FORUM EST INSCRIT SUR


    Grand Paris : Veolia et le Sedif rêvent de reconstruire leur empire de l’eau en Île-de-France

    Partagez
    avatar
    bye
    Administratrice

    Masculin
    Nombre de messages : 8749
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Grand Paris : Veolia et le Sedif rêvent de reconstruire leur empire de l’eau en Île-de-France

    Message par bye le Sam 24 Oct - 20:04

    Alors que les élections régionales et la création du Grand Paris approchent, un sujet s’est imposé ces derniers mois en Île-de-France : l’eau. André Santini, patron du tout puissant syndicat francilien de l’eau (Sedif) et principal allié de Veolia et de Suez, ne cache pas sa volonté d’étendre son petit empire et d’y rattacher Paris, qui s’était pourtant libérée du joug de la privatisation en 2010. En face, de plus en plus de communes font un choix inverse : celui du service public et de la remunicipalisation. Enquête.

    De Gennevilliers (92) à Brétigny-sur-Orge (91), en passant par Viry-Châtillon (91), Montreuil (93) et Bobigny (93), la fin d’année pourrait être décisive sur un dossier crucial en Île-de-France : la gestion de l’eau. L’enjeu se chiffre en centaines de millions d’euros et concerne aussi bien la démocratie locale que la protection de l’environnement. Il oppose les communes qui, considérant l’eau comme un service public, la confient à une régie municipale, à celles qui choisissent de confier cette mission à une entreprise privée à travers une délégation de service public.

    Actuellement, la deuxième option est clairement majoritaire en Île-de-France, comme dans tout le pays. Mais la tendance commence à s’inverser : à la suite de Grenoble en 2001 puis de Paris en 2010, des dizaines de villes françaises, petites et grandes, y compris Rennes, Nice et Montpellier, ont décidé, depuis quinze ans, de tourner la page de la privatisation et de « remunicipaliser » leur service de l’eau (lire à ce propos notre ouvrage Eau publique, eau d’avenir. L’expérience mondiale de la remunicipalisation).

    La perspective de la création du Grand Paris, en 2016 ou 2017, remet ce sujet au premier plan. Depuis les élections municipales de 2014, la droite est globalement majoritaire dans les communes de la future métropole. Les élections régionales de décembre 2015 seront une nouvelle occasion, pour chaque camp, de se compter. Grosso modo, on peut considérer que la droite est plutôt tentée par le privé, et la gauche, par le public, mais rien n’est jamais simple dans le domaine de l’eau.

    Sedif - Veolia - Suez : le triangle magique

    Les principaux acteurs de cette guerre de l’eau en Île-de-France sont, d’une part, la mairie de Paris, dirigée par une majorité PS-EELV-FDG, et, d’autre part, le Sedif (Syndicat des eaux d’Île-de-France), présidé depuis 1983 par André Santini, député-maire UDI d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). La mairie de Paris a déclenché les hostilités en 2010, en ne renouvelant pas ses contrats avec la Lyonnaise des eaux et Veolia, et en créant une régie municipale, Eau de Paris (lire notre entretien avec Anne Le Strat, cheville ouvrière de cette remunicipalisation).



    Le Sedif, lui, regroupe 149 communes réparties dans sept départements. Il se charge de négocier pour elles les contrats de distribution de l’eau : quatre millions de Franciliens sont concernés, pour un budget de 420 millions d’euros. C’est, en termes de chiffre d’affaires, le plus important contrat de Veolia dans le monde. Cette convention arrivait à échéance, en 2010, à un moment où la majorité des communes membres étaient gouvernées par des municipalités de gauche. Beaucoup espéraient alors que le contrat avec Veolia ne soit pas reconduit, mais, après quelques rebondissements, André Santini a su manœuvrer pour convaincre une partie des élus de gauche de ne pas remettre en cause la gestion privée.

    Le Sedif est le principal allié – certains diraient le bras armé politique – des grandes entreprises privées de l’eau que sont Veolia (ex-Compagnie générale des eaux) et de Suez (ex-Lyonnaise des Eaux) en Île-de-France, où elles monopolisent les contrats pour des centaines de millions d’euros. André Santini voudrait en faire les opérateurs en eau potable du futur Grand Paris, qui regroupera la capitale et les trois départements de la petite couronne (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne) [1]. Mais les statuts du Grand Paris ne prévoient pas de récupérer cette compétence. Ce que sait parfaitement le président du Sedif, puisqu’il est aussi... président du conseil de surveillance de la Société du Grand Paris.

    Officiellement, Eau de Paris n’a pas de position sur la question de la gestion de l’eau dans la future métropole. Mais beaucoup verraient bien la régie parisienne se positionner en fer de lance d’un retour total de la gestion de l’eau en Île-de-France dans le giron public. En réponse aux appels d’André Santini, Célia Blauel, maire-adjointe (EELV) de Paris et présidente d’Eau de Paris, a d’ailleurs répondu par une tribune dans la presse, en plaidant « pour un service public métropolitain de l’eau ». Dans ce paysage en pleine mutation, les appétits s’aiguisent et la tension monte. Comme en témoignent deux événements récents.

    Deux batailles récentes

    Le premier s’est déroulé dans le Val d’Orge, une agglomération qui regroupe dix villes, dont la moitié sont dirigées par la gauche [2] et l’autre moitié, par la droite [3]. À l’initiative de l’association Aggl’eau publique Val-d’Orge, une consultation des habitants est organisée début juin 2015, pour leur demander s’ils souhaitent confier la gestion de l’eau à une régie publique. Le résultat est sans appel : sur les 7 313 voix exprimées, 78,4 % ont répondu « oui ». Dix jours plus tard, les élus de l’agglomération suivent ce choix et décident, à l’unanimité, d’abandonner la délégation au privé.

    Quelques jours plus tôt, une autre bataille s’est jouée dans l’agglomération de Gennevilliers. Remportée cette fois par le camp d’en face. Le Syndicat des eaux de la presqu’île de Gennevilliers (SEPG), qui regroupe dix communes des Hauts-de-Seine, soit 600 000 habitants [4], gère le troisième grand contrat de la gestion de l’eau en Île-de-France après le Sedif et Paris. Il est contrôlé depuis des années par Suez. Ne pouvant plus répondre à la demande, le SEPG a dû faire appel à un deuxième opérateur. Deux se sont portés candidats : Eau de Paris et le Sedif. C’est finalement le second qui l’a emporté sur un argument écologique : l’eau proposée par le Sedif est décarbonatée, c’est-à-dire sans calcaire, contrairement à celle d’Eau de Paris, a avancé le président du SEPG pour justifier sa décision.

    « Un argument étonnant, commente Jean-Claude Oliva, directeur de la Coordination eau Île-de-France. D’abord, les habitants de ces communes n’ont pas exprimé le souhait d’avoir une eau décarbonatée. Ensuite, l’eau du Sedif n’est pas la plus saine : c’est une eau de surface, plus polluée que celle fournie par Eau de Paris, et elle est traitée avec des sels d’aluminium pour la rendre transparente, tandis qu’Eau de Paris la traite au chlorure de fer, plus écologique. Enfin, les tarifs proposés par Eau de Paris étaient plus avantageux pour le consommateur que ceux du Sedif. »

    Après avoir signé le contrat, le président du SEPG, Jean-Luc Leclercq, adjoint au maire (divers droite) de Suresnes, fit ce commentaire : « Le partage des ressources nous positionne dans un futur Grand Paris de l’eau. » Une déclaration qui semble tout droit sortie de la bouche d’André Santini, et qui fait ressortir la motivation politique de sa décision.

    Quand Veolia punit Paris

    Dans ce bras de fer entre public et privé, entre Eau de Paris et le Sedif, l’avantage est a priori au second. Cela s’explique notamment par l’importance de Veolia et de Suez : au niveau financier, Veolia a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 23,8 milliards d’euros, Suez, 14,3 milliards ; quant à l’ancienneté de leur activité dans le domaine de l’eau, elle est de 160 ans pour Veolia et de 120 ans pour Suez. Ces sociétés sont souvent les fournisseurs attitrés de telle commune ou de tel syndicat depuis plusieurs décennies, de sorte que les élus et les fonctionnaires territoriaux ont perdu toute expertise sur le service de l’eau. Les entreprises ont souvent amorti depuis longtemps leurs investissements dans les réseaux. Ce qui leur permet, lorsqu’un de leur marché est menacé, de faire des offres écrasant toute concurrence. C’est ainsi qu’en 2010, quand le Sedif a dû renouveler ses contrats, Veolia a baissé ses tarifs de 20 % !

    Autre conséquence de cette longue tradition, les liens étroits tissés avec les élus locaux. « Il est beaucoup plus facile pour un élu de choisir la régie publique quand il n’est pas lié à Veolia ou à Suez, analyse Jean-Claude Oliva. C’était par exemple le cas de Bertrand Delanoë, à Paris. » Il existe une multitude de moyens de pression, plus ou moins directs. Par exemple lorsque Veolia décide de transférer son siège social, 2 500 salariés, de Paris à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où il sera inauguré en octobre 2016. Une façon de « punir » Paris, qui lui a fait perdre, en 2010, un de ses plus gros contrats, et de lui préférer le Grand Paris... et son président André Santini.

    Malgré ce contexte défavorable, si les tenants du public restent minoritaires, ils ont remporté des victoires en Île-de-France, depuis la remunicipalisation parisienne. En 2013, les six communes de l’agglomération Évry Centre Essonne [5] – sous l’égide de Manuel Valls ! – sont passées en régie municipale. Deux ans plus tôt, celles de l’agglomération des Lacs de l’Essonne, Grigny et Viry-Châtillon, ont décidé de quitter le Sedif suite au renouvellement du contrat de Veolia pour fonder une nouvelle régie. Mais Viry-Châtillon ayant basculé à droite aux dernières élections municipales, le nouveau maire (UDI) Jean-Marie Vilain a déclaré réfléchir à un retour au privé et a lancé une étude en ce sens début 2015.

    Dans le fief de Claude Bartolone, le PS hésite

    Enfin, depuis près de cinq ans, l’agglomération Est Ensemble, qui regroupe une bonne partie des villes de Seine-Saint-Denis [6], exprime le souhait de sortir du Sedif et de revenir en gestion publique, en association avec Eau de Paris. Mais elle n’arrive pas à franchir le pas, en raison de désaccords au sein de la majorité de gauche. « En 2010, l’argument des socialistes pour voter l’adhésion au Sedif était qu’il fallait assurer la continuité du service public en attendant une nouvelle étude, et qu’on pourrait en ressortir après. L’étude a été réalisée, ses résultats sont connus, il faut donc sortir du Sedif maintenant », déclaraient, après les élections municipales de mars 2014, les élus Front de gauche et EELV du Pré-Saint-Gervais, ancien fief d’un certain Claude Bartolone, et dont le maire PS actuel, Gérard Cosme, est le président d’Est Ensemble.

    Les éléments qui peuvent inciter à municipaliser l’eau concernent, bien sûr, les questions de démocratie locale, mais aussi le prix de l’eau. Avec des chiffres sans équivoque : « En dépit du rabais consenti par Veolia, le tarif du mètre cube d’eau, assainissement compris, reste en moyenne un euro plus élevé sur les trois départements de la petite couronne qu’à Paris, où il est de 3 euros », constate ainsi le magazine Grand Paris Développement [7].

    Il y a aussi le chiffre des fuites : une étude publiée en mars 2014 par la fondation France Libertés révélait que 1 300 milliards de litres d’eau étaient perdus en France, chaque année, à cause d’un mauvais entretien des réseaux. Soit, en moyenne, entre 20 et 25 % de la consommation totale. Or, dans le classement des opérateurs économe en pertes, les régies municipales font partie des meilleurs élèves, à l’image de Paris (8,3 %).

    Menaces judiciaires sur André Santini

    Dans un contexte où les finances locales connaissent une cure d’austérité inédite, le passage à la gestion publique devient un argument qui n’est plus seulement idéologique, mais aussi pragmatique. On voit des communes de droite choisir cette option, comme cela a été le cas dans l’agglomération du Val d’Orge. Mais aussi... dans l’agglomération de Nice, ville dirigée par Christian Estrosi (LR).

    C’est pourquoi le résultat des prochaines élections régionales en Île-de-France, même s’il est défavorable à la gauche – et même si l’eau ne relève pas directement de la compétence de la région – pourrait ne pas forcément inverser la tendance à la remunicipalisation. Cela dépendra, entre autres, des projets pour la région, comme pour le Grand Paris, présentés par la candidate LR Valérie Pécresse, et par le candidat PS Claude Bartolone, qui ne se sont guère exprimés sur le sujet. Cela dépendra aussi de l’influence déterminante que continuera ou non à avoir le député-maire d’Issy-les-Moulineaux, André Santini, âgé de 74 ans.

    Le 23 septembre 2015, la cour d’appel de Versailles a rendu son verdict dans l’affaire dite « de la Fondation Hamon » dans laquelle Charles Pasqua (décédé depuis) et André Santini étaient poursuivis pour détournement de fonds public, recel de faux et prise illégale d’intérêts. L’avocat général avait requis cinq ans d’inéligibilité contre ce dernier. En première instance, il a été condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis, à 200 000 euros d’amende et à cinq ans d’inéligibilité. Une douche froide pour l’indéboulonnable président du Sedif. Qui vient d’être relaxé par la cour d’appel.

    Martin Brésis

    http://www.bastamag.net/Grand-Paris-le-Sedif-et-Veolia-revent-de-reconstruire-leur-empire-de-l-eau-en—

      La date/heure actuelle est Ven 21 Juil - 19:46