LIBRE DISCUSSION DANS LES COULISSES DE DEMAIN

Débattons en toute liberté, dans le respect de l’autre, sur tous les sujets qui composent notre société : politique, économie, environnement, religion, philosophie, paranormal, sciences, famille, santé, mode, sexualité, loisirs, sports, divertissements…

Derniers sujets

» Le Festival de Douranenez consacre deux journées à la Fédération de la Syrie du nord
par bye Mar 3 Juil - 14:19

» Pour une autre formation professionnelle
par bye Mer 27 Juin - 14:07

» Violences policières, violences d’Etat
par bye Mer 27 Juin - 13:56

» migration internationale
par bye Mar 26 Juin - 19:25

» Guyane : non à la Montagne d’or !
par bye Mar 12 Juin - 18:05

» Crime raciste en Calabre
par bye Ven 8 Juin - 12:17

» Les premiers chiffres de PARCOURSUP : une génération sacrifiée ?
par bye Lun 4 Juin - 17:42

» LES ONG DÉVOILENT LEUR PROJET DE LOI D’AVENIR POUR LES TRANSPORTS ET LA MOBILITÉ
par bye Mar 29 Mai - 18:01

» NE JAMAIS RECHERCHER D’ADHÉSION
par bye Mar 22 Mai - 14:38

» Kanaky, quand le peuple voulait s’éduquer lui-même...
par bye Lun 14 Mai - 10:04

» Anarchisme, éducation et pédagogie
par bye Lun 7 Mai - 13:15

» Cours libres - Debout ! Debout ! C’est maintenant que ça se passe...
par bye Dim 15 Avr - 9:08

» fascisme pas mort, hélas!
par bye Ven 6 Avr - 11:52

» Notre Dame des Landes ou l’art des grands projets inutiles
par bye Mar 3 Avr - 19:20

» MÉDECINS ET ASSOCIATIONS UNISSENT LEURS VOIX POUR RAPPELER L’URGENCE D’AGIR FACE À LA POLLUTION DE L’AIR
par bye Mer 28 Mar - 18:19

» BOMBARDEMENTS AU PROCHE ET MOYEN ORIENT : EXIGEONS LE RESPECT DU DROIT INTERNATIONAL PAR TOUS
par bye Jeu 22 Mar - 18:08

» Manifestation kurde anti-Erdogan à Bruxelles
par bye Mar 20 Mar - 7:23

» Les cigarettes électroniques, plus dangereuses que bénéfiques ?
par bye Mar 20 Mar - 7:13

» La métamatière et les créations
par Claude De Bortoli Jeu 15 Mar - 11:43

» Scandale sexuel : Oxfam présente ses excuses aux autorités haïtiennes
par bye Ven 9 Mar - 18:50

» SDF, il avait volé des sandwiches dans la poubelle d’Atac
par bye Ven 9 Mar - 18:40

» Malgré l’austérité, la France va dépenser 37 milliards pour son réarmement nucléaire
par bye Ven 9 Mar - 18:31

» La pauvreté s’installe...
par bye Mar 6 Mar - 10:58

» large victoire des grévistes d’HEMERA - HOLIDAY INN
par bye Ven 16 Fév - 10:40

» jeunes à la rue dans le grand froid : faire connaitre est déjà un combat
par bye Mer 14 Fév - 18:07

» National ou civique ou militaire : en arrière-plan du service obligatoire, la militarisation des élèves
par bye Lun 5 Fév - 13:03

» ARRIVÉES ET DEMANDES D'ASILE EN BAISSE EN 2017 EN EUROPE
par bye Mar 30 Jan - 18:29

» Les véritables enjeux des réformes éducatives de Jean-Michel Blanquer
par bye Mar 30 Jan - 15:00

» Contre la sélection à l’université : "On veut de l’inattendu !"
par bye Mar 23 Jan - 19:19

» Les policiers français ont abattu 18 personnes en 2017
par bye Ven 19 Jan - 7:43

» Acheter permis de conduire français
par Pipoinzaghi Mar 16 Jan - 16:02

» Journée internationale des droits de l’Homme : en Birmanie des espoirs déçus
par bye Sam 6 Jan - 7:52

» Tapis dans le bocage : la vérité sur les armes secrètes des "zadistes"
par bye Ven 29 Déc - 14:32

» Victoire du Secours populaire contre le maire F.N. d’Hayange
par bye Mer 20 Déc - 21:28

» Peut-on renvoyer les demandeurs d’asile vers des « pays tiers sûrs » ?
par bye Mar 19 Déc - 19:52

» Une montée des violences envers les migrants à travers l'Europe :
par bye Ven 15 Déc - 18:54

» Défendre et renforcer les CHSCT !
par bye Mar 5 Déc - 12:59

» Nuage de Ruthénium-106 sur l’Europe : que s’est-il réellement passé ?
par bye Mar 28 Nov - 12:35

» Dossier sur "l’affaire du stage de Sud éduc 93"
par bye Lun 27 Nov - 12:34

» Appel de Raymond Millot : Un projet émancipateur face aux dangers de l’anthropocène
par bye Mar 21 Nov - 12:54

» Les émissions de CO2 repartent à la hausse
par bye Ven 17 Nov - 17:05

» l’idéologie du consentement, outil d’émancipation ou d’isolement individuel ?
par bye Lun 13 Nov - 12:21

» Droit au logement opposable : le bilan chiffré 2008-2016
par bye Jeu 9 Nov - 20:02

» La rétention des « dublinés », dans l’attente d’un transfert, est contraire au règlement Dublin
par bye Lun 6 Nov - 18:33

» Face à la situation en Catalogne
par bye Mer 1 Nov - 11:33

» ACTUALITÉ SOCIÉTÉ ET POLITIQUE
par bye Sam 21 Oct - 10:37

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:32

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:32

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:31

» Offre de Prêt Entre Particulier Sérieux en 72H
par gramophone Ven 20 Oct - 9:31

» Bus de la honte : ne laissons pas l’avenir aux réactionnaires
par bye Sam 14 Oct - 12:44

» La métamatière et le peuple
par Claude De Bortoli Ven 6 Oct - 9:27

» Vers un retour du délit de solidarité ?
par bye Sam 30 Sep - 6:45

» Dossier : de l’École capitaliste à l’éducation émancipatrice
par bye Mer 13 Sep - 19:07

» Education : le « désastre » d’un enseignement tiré vers le bas...
par bye Lun 4 Sep - 12:13

» Offre de prêt entre particuliers rapide en 72h
par BastienL Dim 13 Aoû - 19:49

» Jean Gadrey, économiste : “Il faut remettre la réduction du temps de travail au cœur du débat public”
par bye Mar 8 Aoû - 19:04

» Le « chavo-madurisme » n’est rien moins qu’une dictature pure et simple
par bye Dim 6 Aoû - 18:52

» Gel des postes et du budget de l’éducation nationale : non, cette école ne nous convient pas !
par bye Mer 12 Juil - 13:56

» G 20 Hambourg
par bye Lun 10 Juil - 11:51

» Handicapée, je ne peux continuer à enseigner dans mon académie
par bye Mer 5 Juil - 6:21

» Pour une éducation populaire féministe
par bye Lun 12 Juin - 18:20

» La CNT a écrit aux Éditions Belin
par bye Mar 6 Juin - 10:20

» Blanquer ministre de l’Education nationale : au secours, Sarkozy revient !
par bye Jeu 25 Mai - 11:08

» L'accaparement des terres en Birmanie
par bye Mer 17 Mai - 18:42

» Un enseignant kurde témoigne...
par bye Lun 15 Mai - 17:50

» La métamatière et le Roi de la Terre
par De Bortoli Claude Mar 2 Mai - 9:52

» Au-delà des élections
par bye Mer 26 Avr - 17:26

» Les Etats-Unis ont utilisé leur plus puissante bombe non-nucléaire en Afghanistan, une première
par bye Dim 23 Avr - 18:35

» « Pourquoi nous sommes en grève de la faim dans les prisons d’Israël »
par bye Dim 23 Avr - 18:31

» « Enculé, ordure ! ». Philippe Poutou insulté par les flics
par bye Dim 23 Avr - 18:25

» La Sécurité sociale, une assistance ou un droit ?
par bye Dim 23 Avr - 18:22

» Birmanie: pour établir un mécanisme indépendant de réexamen de tous les cas de prisonniers politiques
par bye Ven 21 Avr - 6:02

» Gatti est mort. A la Parole Errante ses mots résonnent encore !
par bye Mer 12 Avr - 18:21

» Turquie : appel urgent au monde enseignant, aux associations et syndicats…
par bye Lun 3 Avr - 18:21

» APPEL À LA MOBILISATION CONTRE LE PROCHAIN SOMMET DE L’OTAN !
par bye Sam 1 Avr - 5:30

» Communiqué de presse de SUD éducation Guyane du 28 mars
par bye Jeu 30 Mar - 10:16

» Qu’est-ce qui ne va pas avec l’arabe à l’école ?
par bye Ven 24 Mar - 12:03

» Libérons l'oisiveté !
par bye Ven 17 Mar - 19:05

» Quand Espérance banlieues bat la campagne
par bye Ven 17 Mar - 19:00

» 8 mars : luttons toutes et tous pour l’égalité des droits !
par bye Mer 8 Mar - 11:01

» Désarmer la police, la proposition pas si saugrenue du NPA
par bye Mar 7 Mar - 12:50

» Fin du dispositif des Caomi: quelle orientation pour les mineurs isolés de Calais ?
par bye Sam 4 Mar - 9:58

» Les fonctionnaires répondent aux "menaces" de Marine Le Pen
par bye Sam 4 Mar - 6:25

» Réduction des indemnités et contrôles drastiques : Macron s’attaque aux chômeurs
par bye Sam 4 Mar - 6:22

» L'avenue Serge Dassault à Corbeil-Essonnes doit être débaptisée !
par bye Sam 4 Mar - 6:20

» Nouvelle révélation du Canard Enchainé : les copinages de Hamon et LVMH
par bye Sam 4 Mar - 6:18

» Une nouvelle menace pour les étrangers
par bye Mar 21 Fév - 12:02

» "Vous êtes la candidate du nanti-système", lance Charline Vanhoenacker à Marine Le Pen
par bye Lun 20 Fév - 20:30

» Vaccins : Marisol Touraine va-t-elle faire respecter la loi ou satisfaire les labos ?
par bye Lun 20 Fév - 20:26

» La tension monte d’un cran entre les Etats-Unis et le Venezuela
par bye Lun 20 Fév - 20:23

» Vandana Shiva : « Gandhi est plus pertinent qu’il ne l’a jamais été »
par bye Lun 20 Fév - 20:16

» Vague de froid en Europe : les migrants vulnérables
par bye Mar 7 Fév - 17:59

» Le centre pour les femmes et les familles migrantes a ouvert ses portes à Paris
par bye Mar 7 Fév - 17:56

LE SITE

Dans Les Coulisses de Demain

FORUMS & SITES AMIS

FORUM EST INSCRIT SUR


    Kanaky, quand le peuple voulait s’éduquer lui-même...

    Partagez
    avatar
    bye
    Administratrice

    Masculin
    Nombre de messages : 8802
    Localisation : souvent nuages
    Emploi/loisirs : décalé
    Humeur : main tendue
    Date d'inscription : 19/12/2007

    Kanaky, quand le peuple voulait s’éduquer lui-même...

    Message par bye le Lun 14 Mai - 10:04

    Alors que Macron - et son ministre Blanquer étaient il y a quelques jours en Kanaky, nous proposons à nos lecteurs et lectrices un article publié dans la revue N’Autre école (et repris dans une version plus longue dans l’ouvrage De l’autogestion, publié aux éditions CNT-RP) sur l’histoire méconnue de l’école en Kanaky et de la naissance des Écoles populaires Kanak au milieu des années 80 ...

    Épisode méconnu, l’appel au boycott de l’école coloniale et la création d’une éducation populaire kanak (1) à l’occasion des « événements » qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie au milieu des années 1980, est l’une des rares expérimentations à grande échelle (entre 6 et 15 % des enfants kanak concernés, selon les sources (2)) d’une « pédagogie sociale » par, à travers et pour le milieu.

    Elle s’inscrit dans une longue tradition de lutte et de résistance que nous avons choisi de faire débuter ici, avec l’arrivée de Louise Michel et des communards en terre kanak.

    Sommaire
    - Article
    - Encadré les EPK en 1995
    - Encadré l’enseignement des langues kanak
    - Chronologie
    - Bibliographie
    - Notes


    Décembre1873 : c’est à bord de La Virginie, vieille frégate à voile reconvertie en « bateau-cage » pour le transport des bagnards, que les proscrits de la Commune de Paris atteignent la Nouvelle-Calédonie. Cela fait tout juste vingt ans que le « Caillou » a été officiellement intégré à l’Empire colonial français et sert de prison à ciel ouvert pour des insurgés venus du bout du monde. Outre les révoltés parisiens, on y croise également une poignée de rebelles kabyles rescapés de la féroce répression de 1872 (3).

    Démoralisés, livrés à eux-mêmes et ruminant leur échec, les communards vivent en vase clos. Rares sont ceux qui s’intéressent au sort des indigènes, ces Kanak qui refusent pourtant, les armes à la main, de se soumettre à l’ordre colonial.

    Louise Michel sera de ceux-là. Ancienne institutrice (4), elle reprend du service au sein de la communauté des déportés. Mais très vite, elle se découvre une proximité avec le peuple kanak, faisant l’effort d’apprendre sa langue et s’ouvrant à sa culture et ses traditions (elle publiera un recueil de contes et légendes kanak à la suite de son séjour (5)). Fidèle à sa devise d’ « apprendre toujours et de partager ce savoir », partageant leur révolte dans un même élan de résistance et d’espérance, elle devient à la fois leur élève et leur enseignante – ce qui lui vaudra, selon la légende, une relégation au « quartier des Incorrigibles (6). » Elle raconte dans ses Mémoires comment elle enseignait aux Kanak, à partir des rudiments de langue qu’elle maîtrisait, mettant au point des méthodes nouvelles de lecture et d’écriture à l’aide de lettres mobiles.

    Je reviendrai !
    En 1878, elle prend fait et cause pour le soulèvement d’Ataï, quand nombre de déportés n’hésitent pas à se ranger du côté de leurs anciens bourreaux.

    Une fois l’ordre rétabli, le gouverneur Olry expédie les têtes coupées des chefs rebelles (7) à Paris pour l’Exposition universelle. Les vaincus sont vendus comme esclaves à des négriers. Un demi-millier de Kanak sont ainsi transportés sur les côtes du Chiapas pour connaître le servage des peones tzotziles ou tzeltales, où ils seront décimés par une épidémie de vérole (8).

    Quelques mois avant que Jules Ferry – père de l’école républicaine mais également chantre du colonialisme français – ne proclame ses lois scolaires, l’exemple de Louise Michel se dresse comme un contre-modèle éducatif, inspiré des idéaux pédagogiques de la Commune, où l’instruction – considérée comme un outil d’émancipation et non de domestication - s’acquiert dans le respect des cultures opprimées (9).
    On prétend que la communarde a fait don aux insurgés kanak de la fameuse écharpe rouge qu’elle arborait sur les barricades. « Je reviendrai ! », leur promet-elle, depuis le pont du navire la ramenant vers la France. Faut-il alors voir dans l’aventure des Écoles populaires kanak (EPK), un lointain écho aux rêves de la pétroleuse ?

    Du boycott scolaire aux Écoles populaires kanak
    En 1985, un siècle après les adieux de Louise Michel – et l’instauration des lois scolaires de Jules Ferry – le vent de l’insurrection souffle à nouveau sur la Nouvelle-Calédonie. Au cri de « Indépendance et socialisme », le peuple Kanak, organisé au sein de FLNKS et de l’USTAKE (10), défie le système colonial, dont l’école est un rouage essentiel, au point que « Le système éducatif - le contenu des programmes, la composition du corps enseignant, etc. - est, avec la terre, le point focal des revendications et des pressions kanak (11). »
    Pour le gouvernement indépendantiste issu des barricades, il y a « urgence [à] mettre en place une école populaire kanak » (« Instruction du gouvernement de Kanaky aux Comités de lutte », 28 février 1985) pour partir à la conquête de l’indépendance éducative, culturelle, politique et économique.

    Cette résolution, qui accompagne les occupations de terre et les barrages, appelle au « boycott scolaire » et invite les Comités de lutte à déserter les établissements coloniaux pour créer, investir et animer des écoles populaires kanak.

    Histoire et échec de l’école coloniale
    « 130 ans pour faire un médecin. [...] 1000 enfants kanak en maternelle, 15 ans plus tard, 4 bacheliers (12) » ; c’est avec cette ironie amère que le mouvement kanak dresse le bilan de l’éducation coloniale. À partir des années 1970, les premiers mouvements indépendantistes, comme le Groupe 1878 (en référence au soulèvement d’Ataï), intègrent la question éducative à la lutte politique : « Nous avons reçu l’éducation de la domination, c’est une éducation dont le but était de ne pas tenir compte de la façon dont les populations locales pensent et agissent, elle est orientée de telle sorte que le passé traditionnel est une donnée sans aucune importance » (Andi Ma Dhôn, juillet 1976). Tout au long de ces années, des campagnes autour des enjeux éducatifs sont menées : l’occupation, entre 1976 et 1978 d’un foyer pour étudiants calédoniens à Paris par des étudiants et des conscrits militaires, et une série de mobilisations, entre 1979 et 1981, pour s’opposer aux licenciements, par les autorités scolaires de Nouvelle-Calédonie, de personnels enseignants Kanak et pro-kanak.

    En 1985, « un enfant mélanésien a 2,3 fois moins de chances objectives d’obtenir un CAP qu’un enfant européen ; il a trois fois moins de chances de glaner un BEPC, six fois moins de réussir un bac technique et douze fois moins de devenir bachelier des sections classiques (13) » ; désaveu cinglant de toutes les proclamations sur le rôle positif de la colonisation et sa mission civilisatrice. L’école en système colonial aiguise les tensions et exacerbe les mécanismes de la domination (coloniale et capitaliste). Mais, dans le même temps, confrontée aux impostures de ce système, la lutte indépendantiste met à nu ces contradictions : les Écoles populaires kanak s’inscrivent à coup sûr dans l’histoire spécifique de l’enseignement en Nouvelle-Calédonie et de sa contestation.

    Évangélisation, soumission et civilisation
    Dès l’annexion de l’archipel, l’éducation des « indigènes » est prise en main par les missionnaires religieux. La logique qui prédomine est celle de l’évangélisation, bien plus que celle de l’instruction. Une (ré)éducation qui prône l’éradication des langues kanak (interdites à l’école en 1863 et jusque dans les années 60-70). Le pouvoir local, à la différence de ce qui va se jouer en métropole, s’accommode et favorise cet enseignement religieux – moins coûteux et surtout conforme à l’entreprise de colonisation des esprits (la plupart de ces écoles sont des internats, ce qui permet d’arracher les enfants à leur milieu et à leur famille (14)). Jusqu’à la Première Guerre mondiale, l’enseignement public des Kanak relève d’ailleurs du ministère des Affaires indigènes et non de celui de l’Instruction publique. « Je tiens essentiellement, écrit en 1865 le Ministre de la Marine et des Colonies à ce qu’une œuvre [les écoles religieuses] dont le but principal est d’amener sans mesures violentes, la soumission et la civilisation des populations indigènes puisse se développer librement et soit certaine de trouver […] auprès de l’administration locale les facilités et les encouragements (15) » . Si bien que s’instaure un dualisme scolaire « inversé » : l’école publique accueille les enfants de colons – d’où son surnom « d’école des blancs » – et l’école privée religieuse, les enfants kanak. Paradoxalement, l’école publique fut longtemps l’école des milieux favorisés( ce n’est plus vrai aujourd’hui, peut-être pour des raisons politiques et stratégiques : il y a eu un clivage très sensible entre Nouméa et la brousse, les dirigeants des écoles confessionnelles de brousse, protestantes surtout, mais catholiques aussi, ayant pris très tôt position pour les revendications kanak d’une part ;aujourd’hui, parce que le développement des institutions scolaires fait partie des moyens accordés au rééquilibrage et à la mise au centre du dispositif des Accords de Nouméa du peuple kanak. En conséquence il y a eu un accroissement considérable des établissements scolaires de proximité). Cette « division du travail social d’éducation » (Kohler et Wacquant) - les écoles confessionnelles employant par ailleurs majoritairement des enseignants kanak - se prolonge bien au-delà de l’ouverture de l’école publique et l’abolition du code de l’indigénat (l’école primaire devient gratuite et obligatoire pour les kanak en 1953, et en 1956, les étudiants kanak ont été autorisés pour la première fois de fréquenter une école secondaire publique, D. SMall). Malgré la volonté de faire de l’école en Nouvelle-Calédonie une « vitrine » de la France (meilleurs salaires pour les enseignants, efforts pour scolariser l’ensemble de la population...), en 1985, l’école publique reste l’école « des blancs », n’accueillant en moyenne que la moitié des enfants kanak (à peine 30 % hors des zones urbaines) mais plus de 85 % des jeunes européens.

    https://www.questionsdeclasses.org/?Kanaky-quand-le-peuple-voulait-s-eduquer-lui-meme

      La date/heure actuelle est Ven 17 Aoû - 14:31