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    Message par bye Sam 7 Jan - 20:37

    Contre l’ordre actuel, deux types de combats se côtoient, parfois rivalisent. La propagande par le fait recherche une prise de conscience morale et politique. Elle a recours à des techniques spectaculaires, souvent individuelles, mais peine à maintenir l’élan initial. Moins en vogue, l’organisation privilégie un travail de longue haleine, plus collectif, moins ludique. Il arrive pourtant que ces deux fleuves se rejoignent.

    Il y a une dizaine d’années, j’assistai à une conférence intitulée « 1968 » dans une université du New Jersey. L’orateur, Mark Rudd, une figure du mouvement étudiant et de la contre-culture des années 1960, avait pris sa retraite au Nouveau-Mexique après avoir enseigné les mathématiques au sein d’établissements d’enseignement supérieur fréquentés surtout par des pauvres. Dans son discours, il s’amusa à démystifier la célébrité qui lui était tombée dessus lorsque, âgé d’une vingtaine d’années, il joua un rôle important dans l’occupation de l’université Columbia, à New York. À la même époque, il fut également partie prenante du Weather Underground, un groupe radical apprécié des médias, adepte de la « propagande par le fait », qui connut son heure de gloire en faisant exploser des bombes devant le Capitole puis le Pentagone (heureusement sans faire de victimes).

    L’assistance, composée pour l’essentiel d’étudiants et de jeunes gens politisés, ne demandait qu’à s’enflammer pour le passé révolutionnaire de Rudd, fascinée par sa condition de fugitif pendant des années. Les « Weathermen », se disait-on, y sont peut-être allés trop fort et n’ont rien accompli de tangible ; mais au moins ils ont agi !

    Rudd ébranla notre romantisme bon marché. À la différence de la plupart de ses anciens camarades, devenus plus conservateurs avec l’âge, il était resté fidèle aux idéaux politiques de sa jeunesse. Mais il n’adhérait plus à la tactique de la confrontation directe qui lui avait valu sa notoriété. La pavane machiste, les appels à prendre les armes, tout cela, nous disait-il, n’avait représenté qu’une illusion délirante. En s’attribuant le rôle avantageux d’avant-garde destinée à catalyser une force combattante au service des « peuples du monde », lui et ses camarades ne réussirent qu’à démobiliser la base militante que d’autres avaient mis des années à rassembler, au prix de beaucoup d’efforts.

    Ce qu’il ne mesurait pas à l’époque, nous expliqua-t-il sans chercher à ménager nos fantasmes insurrectionnels, c’était la différence entre l’« activisme » et l’organisation, entre la mise en scène de ses idéaux et la construction d’un mouvement. Ce message, il ne cesse de le marteler. « La seule fois, m’a-t-il dit récemment, où j’ai entendu le mot “activiste” il y a cinquante ans, c’était sous forme d’insulte adressée aux militants étudiants par nos ennemis d’alors, les administrateurs de l’université et les éditorialistes. »

    À la différence du terme « organisateur (1) », ancré dans l’histoire du syndicalisme et de la gauche américaine, celui d’« activiste », aux origines ambiguës, s’est progressivement imposé pour désigner les personnes engagées dans une action de régénération individuelle et politique au sens large. « Nous-mêmes avions l’habitude de nous qualifier tour à tour de révolutionnaires, de radicaux, de militants, de socialistes, de communistes ou d’organisateurs », se souvient Roxanne Dunbar-Ortiz, une historienne de gauche forte de cinquante ans d’expérience des mouvements sociaux. L’apparition du mot « activiste » sur la scène publique coïncida, selon elle, avec la généralisation du « discrédit de la gauche ».

    Maintenir la mobilisation

    Une grande partie des camarades de lutte de Rudd et de Dunbar-Ortiz venaient de familles imprégnées d’idées communistes, syndicalistes, ou alors ils avaient pris part au combat pour les droits civiques dans les États du Sud. Ils s’y étaient familiarisés avec un mouvement adossé aux Églises et à des structures communautaires, payant souvent — pauvrement — des organisateurs afin qu’ils maintiennent la population mobilisée pendant de longues périodes, alors même que les perspectives de victoire étaient lointaines.

    C’est seulement après la fin des années 1960 et à la faveur de nouveaux combats — centrés sur le féminisme, l’émancipation des homosexuels, l’écologie, les droits des handicapés — que les activistes ont commencé à proliférer. Au cours des années 1980 et 1990, le terme s’est imposé. Les mouvements qualifiés de la sorte ont accompli un travail énorme en un temps très court, bien souvent grâce à la mise en œuvre de techniques qui enrichirent les formes de lutte traditionnelles ; ils inventèrent notamment des procédures ouvertes, démocratiques et antihiérarchiques. Cependant, tout à leur désir de s’affranchir de l’héritage pesant de la gauche traditionnelle, ils ont parfois jeté par-dessus bord des tactiques, traditions et méthodes qui auraient pu leur être utiles.

    Les activistes ont tiré parti d’une période où les contestataires se détournaient de ce qu’ils estimaient être des idéologies désuètes au profit de choix politiques plus incisifs et plus radicaux. À partir des années 1960, il devint également courant de chercher à se dégager de la figure du leader charismatique, compte tenu des dégâts essuyés par le mouvement social lorsque le personnage ayant endossé ce rôle finissait assassiné (Martin Luther King), perdait la raison (Eldridge Cleaver (2)) ou retournait sa veste (Jerry Rubin (3)). Dans le même temps, les syndicats américains pâtirent d’avoir laissé s’installer à leur tête des bureaucrates timorés ou corrompus. Le désenchantement envers les professionnels du changement social a alors gagné les cercles les plus idéalistes.

    Mais, pendant que la gauche se détachait de ses racines organisationnelles, les conservateurs, eux, créaient des structures nouvelles, des think tanks, des groupes d’affaires arrosés d’argent par les multinationales ; ils galvanisaient l’infanterie évangélique de la « majorité morale » ; ils déroulaient le terrain à la « révolte fiscale » des grosses fortunes. La gauche gagnerait donc à réapprendre à s’organiser pour rendre son activisme plus durable, plus efficace, pour soutenir et amplifier son élan lorsque l’intensité des protestations de rue décline. Autrement dit, fonder des organisations politiques, débattre de stratégies à long terme, faire émerger des dirigeants (choisis en fonction de leur fiabilité et non de leur charisme) et réfléchir à la manière de les soutenir. La progression de l’activisme au cours des dernières décennies est un phénomène salutaire. Toutefois, les modes d’organisation qui assuraient jadis le succès des mouvements sociaux ne se sont pas développés au même rythme, bien au contraire.

    Aujourd’hui, les activistes américains ont des repères politiques très différents de ceux de leurs aînés. Nul n’a plus de parent membre du Parti communiste, les syndicats sont moribonds et, de la longue lutte du mouvement des droits civiques, qui aurait encore tant à nous apprendre, ne subsiste qu’une série d’images pieuses et de contes de fées. Le terme même d’« activiste » a été dévoyé de son sens. Dorénavant, il décrit davantage un tempérament qu’un spectre donné d’opinions et de pratiques politiques. Nombre de ceux qu’on qualifie ainsi paraissent se délecter de leur marginalisation et se soucier comme d’une guigne de l’efficacité, en imaginant peut-être que leur isolement constitue une marque de noblesse ou une preuve de vertu.

    De larges segments de l’activisme contemporain risquent donc de succomber au piège de l’individualisme. Or l’organisation est coopérative par nature : elle aspire à entraîner, à construire et à exercer un pouvoir partagé. Elle consiste, comme l’écrit le jeune sociologue et militant Jonathan Smucker, à transformer un « bloc social en force politique ». N’importe qui peut se dire activiste, même quelqu’un qui, en tentant sans relâche d’attirer l’attention sur un sujet important, agit seul et ne répond de ses actes envers personne. Faire en sorte que nos semblables prennent conscience d’un problème — l’un des objectifs privilégiés par l’activisme contemporain — peut se révéler fort utile. Mais l’éducation n’est pas la même chose que l’organisation, laquelle n’implique pas uniquement d’éclairer l’individu qui reçoit votre message, mais aussi d’agréger des personnes autour d’un intérêt commun afin qu’elles puissent combiner leurs forces. L’organisation, tâche de longue haleine et souvent fastidieuse, implique de créer des infrastructures et des institutions, de trouver des points vulnérables dans les défenses de vos adversaires, de convaincre des individus dispersés d’agir au sein d’une même équipe.

    Depuis 2011, nombre d’acteurs des mouvements sociaux ayant surgi aux quatre coins du monde sont tombés dans le piège décrit par Mark Rudd : « L’activisme comme expression de nos sentiments profonds n’est que l’un des éléments de la construction d’un mouvement. C’est une tactique qui a été élevée au rang de stratégie en l’absence de toute stratégie. La plupart des jeunes militants pensent que s’organiser consiste à prendre les dispositions nécessaires à la tenue d’un rassemblement ou d’un concert de soutien. » On pourrait ajouter à cette liste : créer un hashtag sur les réseaux sociaux, poster une pétition en ligne, animer des débats entre internautes. Le travail réel d’organisation a perdu de son cachet auprès de nombreux cercles militants, figés dans leur croyance en une insurrection spontanée et dans une suspicion profonde envers toute institution, direction ou tentative de prise de pouvoir.

    À certaines périodes, des rassemblements, des concerts, des hashtags, des pétitions et des débats en ligne trouvent leur pleine utilité. Le problème surgit lorsque ces pratiques représentent l’horizon ultime de l’engagement politique. « C’est une bonne chose qu’au cours des dernières années bien des gens aient eu envie d’agir, et que le développement des nouvelles technologies ait facilité leur passage à l’acte », observe L. A. Kauffman, qui achève la rédaction d’une histoire de l’action directe. S’engager dans de petites actions concrètes — signer une pétition, participer à un rassemblement, etc. — peut en effet encourager ensuite à se mettre au service d’objectifs plus généraux, par exemple contrarier les élites et s’attaquer à leurs profits.

    Mais des organisateurs de la vieille école, comme les syndicalistes, continuent simultanément à abattre un travail inestimable. Et un nombre croissant d’individus font l’expérience de nouvelles formes de pouvoir économique et de résistance. L’un des défis majeurs de notre époque néolibérale et postfordiste consiste donc à trouver des moyens inventifs de mettre à jour le modèle du syndicalisme et à l’adapter aux conditions actuelles de financiarisation et d’insécurité sociale. À construire de nouveaux liens entre les millions de travailleurs échoués, privés d’un emploi stable, de droits syndicaux, afin qu’ils constituent une puissance avec laquelle il faudra compter.

    Les organisateurs du combat pour la justice climatique, par exemple, ont mis au point des formes de mobilisation originales contre les profits des compagnies pétrolières en poussant le gouvernement américain à ne plus délivrer de licences d’exploitation de mines de charbon sur des terres publiques. Lancée en 2012 par des étudiants sur leurs campus, cette campagne contre les énergies fossiles a contraint des investisseurs totalisant 3 400 milliards de dollars (3 000 milliards d’euros) de fonds à se retirer du marché. L’action s’est rapidement propagée au-delà des cercles universitaires, jusqu’à rallier une soixantaine de villes dans le monde. « L’un des plus grands succès de cette campagne jusqu’ici est qu’elle a ruiné la confiance dans les projets de l’industrie des énergies fossiles, se réjouit Jamie Henn, l’un des instigateurs du mouvement et cofondateur du groupe de lutte pour l’environnement 350.org. Ce ne sont plus seulement de petites écoles de beaux-arts de gauche qui prennent au sérieux le risque carbone, mais d’énormes institutions financières telles que la Banque d’Angleterre, le fonds souverain norvégien et les fonds de pension californiens. »

    Internet montre des limites

    Le mouvement Black Lives Matter (« Les vies des Noirs comptent ») peut également se prévaloir d’un résultat impressionnant, puisqu’il a remis sur le devant de la scène la question des oppressions subies par les Noirs aux États-Unis. De jeunes collectifs comme les Dream Defenders (« Défenseurs du rêve »), un groupe fondé en Floride après le meurtre raciste de Trayvon Martin, revendiquent un modèle d’organisation qui accepte la présence de dirigeants et qui doute des effets d’un activisme uniquement basé sur Internet. « Pour changer la vie de nos communautés, nous avons besoin de pouvoir, pas seulement de “followers” », ont expliqué les dirigeants du groupe.

    Quand la notion d’activisme est née il y a un siècle dans l’esprit du philosophe allemand Rudolf Eucken, elle privilégiait le monde spirituel plutôt que le monde matériel. Cette préférence s’observe encore chez ceux qui croient que l’action, même déconnectée de toute stratégie cohérente, peut provoquer magiquement une sorte d’épiphanie sociale. Heureusement, les activistes n’ont pas totalement évincé les organisateurs. Une multitude d’espaces subsistent où, selon Mark Rudd, se pratique le triptyque « éducation, construction d’une base, coalition », qu’on pourrait décrire comme la création d’une identité collective alliée à un partage du pouvoir économique. Mais ces efforts, peu spectaculaires, se voient trop souvent ensevelis par le dernier buzz en ligne.

    Ces derniers mois, des dizaines de milliers d’Américains se sont rués dans les meetings de M. Bernie Sanders pour l’entendre dénoncer la « classe des milliardaires ». Dès lors qu’un nombre croissant de jeunes et une majorité de nouveaux électeurs démocrates ont une perception positive du mot « socialisme », un travail d’organisation efficace et intelligent permettrait d’appuyer cette résurgence renversante de la sensibilité de gauche et de canaliser l’énergie qu’elle charrie au-delà du rituel étriqué du scrutin présidentiel et de la politique électoraliste.

    Les élites n’ont jamais eu de mal à faire passer ceux qui contestent leur pouvoir pour des perdants et des grincheux. Il leur sera toujours plus difficile de disqualifier des organisateurs qui ont réussi à mobiliser une base populaire qui agit de façon stratégique.

    Astra Taylor
    Écrivaine, réalisatrice de documentaires sur les intellectuels radicaux, militante contre la dette. Une version plus longue de ce texte a été publiée dans le dernier numéro du trimestriel américain The Baffler (Cambridge, Massachusetts).

    http://www.monde-diplomatique.fr/2016/06/TAYLOR/55721

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